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RÉ :
UNE TERRE CHARGÉE D'HISTOIRE

par Marie-Hélène LEGRAND

Cliquez pour découvrir l'Île de Ré à travers les photos-panorama  de Laurent Gébeau en grand format.

Photo: Laurent Gébeau, avec son aimable autorisation. Visitez son site: http://photosmtoo.free.fr

 

Ré, la blanche.

'île de Ré «Ratis insula» est une terre basse de vingt-huit kilomètres de long sur cinq de large. Elle offre au regard le charme de sa côte, de ses dunes, de ses marais salants, de ses vignes et de ses forêts. Avant de devenir une place forte, rempart naturel et protecteur des villes de La Rochelle et de Rochefort, l'île est un refuge monastique. Elle se transforme avec l'implantation de maisons blanches auréolées d'une lumière exquise.

Le sel et le vin de Ré confèrent une richesse à cette île de Charente-Maritime qui permet de nos jours, au quartier de Saint-Martin, d'exposer aux regards des nombreux touristes, de superbes logis d'armateurs et un magnifique palais où résidèrent les gouverneurs successifs. La douceur de Ré, plantée de pins maritimes sur l'initiative de Napoléon III, donne à l'île des aspects enchanteurs.

Hélas ! L'île n'a pas toujours été un havre de paix parcouru par maints contemplatifs attirés par la splendeur des lieux. Son intérêt géographique, porte ouverte sur l'Atlantique aux marches de Bretagne et des Charentes, lui a valu d'être successivement possession anglaise autant que française et son essor économique l'a changée en port franc et prospère.



Remparts de St-Martin
Photo: L. Gébeau
Remparts de Saint-Martin de Ré. Photo: Laurent Gébeau
Durant son règne, Louis XIV a demandé à Sébastien le Prestre de Vauban, secondé par les ingénieurs Ferry et Augier, de construire des fortifications pour protéger l'île des attaques anglaises. Vauban bâtit la plus grande enceinte jamais édifiée au XVII ème siècle. Saint-Martin-de-Ré devient une place forte inexpugnable et un port de commerce. Les portes de Toiras et des Campani témoignent de ce passé guerrier.

Remparts de St-Martin
Entrée de la prison
Photo: L. Gébeau

Entrée de la prison de Saint-Martin de Ré. Photo: Laurent Gébeau

La Citadelle de Ré retiendra tout particulièrement l'intérêt des historiens. Ses murs épais se feront écho à jamais des plaintes des captifs qui se morfondirent dans les cachots humides. Les prisonniers étaient enfermés pour leurs opinions jugées séditieuses. À partir de 1815, ce seront les fidèles napoléoniens qui expieront, comme un crime, leur loyalisme envers l'Empereur. Durant la Révolution, le Consulat et l'Empire, l'île de Ré verra passer, indifféremment des Royalistes, des Jacobins, des Girondins, des Conscrits réfractaires, des Républicains et des Napoléoniens. Ils contribueront à écrire une page de l'histoire locale ; histoire douloureuse mais annonciatrice de meilleurs lendemains.

 

Ré et ses hommes célèbres

 

Le comte de Mirabeau



Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau  (1749-1791)

La Citadelle de Ré, dont la première pierre a été posée par le maréchal de Vauban, se voit transformée en prison, sous l'Ancien Régime.

Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau (1749-1791), y loge, en 1766, à l'âge de 17 ans.

C'est le chevalier d'Auban qui reçoit le jeune rebelle. Le père d'Honoré, un économiste, auteur du
«Traité sur la population», a demandé une lettre de cachet pour son fils qui a contracté une dette de jeu se montant à 80 livres. Mirabeau est alors sous-lieutenant au régiment de Berry-cavalerie. Afin de mater son fils, le marquis de Mirabeau a même envisagé de déporter son héritier dans les colonies hollandaises…

À Ré, Mirabeau a un
«régime de faveur», il peut sortir selon son humeur. Durant ses permissions qu'il passe à la Rochelle, il continue ses frasques. Le gouverneur d'Auban, intervient auprès du ministre Choiseul afin d'envoyer Mirabeau en Corse. Mirabeau quitte une île pour une autre, laissant dans la Citadelle de Ré les soupirs traduits par ses mots : «Ras le Ré.»

***

En 1769, Honoré de Mirabeau participera à la conquête de la Corse, en tant qu'officier de la Légion Lorraine. Puis le Comte entrera dans l'Histoire, il sera un des plus grands orateurs politiques de la Révolution. Le 26 septembre 1789, Mirabeau commencera son discours «Sur la Contribution du quart» par une phrase cinglante, en regard de la gestion financière de la monarchie : «Deux siècles de déprédations et de brigandages ont creusé le gouffre où le royaume est près de s'engloutir.»

 

Jean-Baptiste Jourdan

Jean-Baptiste JOURDAN (1762-1833)Le 2 avril 1778, Jean-Baptiste Jourdan (1762-1833) accoste sur l'île de Ré. Il vient de s'engager comme soldat colonial. L'enrôlement des soldats coloniaux se fait par «racolage, dans un élément sensiblement inférieur à celui du recrutement des régiments métropolitains.»

Le dépôt des soldats des Colonies se trouve à l'île de Ré. Chaque recrue qui s'engage reçoit 85 livres du Roi avant de se rendre sur le lieu de son affectation. Jourdan perçoit son paquetage d'une valeur de 20 livres ; somme automatiquement prélevée sur le pécule octroyé.

À peine débarqué, Jourdan passe une visite devant un médecin de la marine. Ensuite il est astreint à l'exercice deux fois par jour avant de se voir affecté dans un régiment en partance pour une colonie.
Le 10 décembre 1778, Jourdan quitte Ré, il incorpore le Régiment l'Auxerrois, désigné pour servir en Amérique. Les hommes instruits sur l'île vont participer à la guerre d'indépendance. À son arrivée sur le bateau, le soldat Jourdan remet tout son équipement militaire à son chef ; il restera en sarrau et culotte tout au long de la traversée !

Chaque formation d'un soldat colonial qui combat en Amérique revient à 292 livres à la Nation, d'où la nécessité de préserver les uniformes et l'armement !

Les soldats coloniaux de l'Auxerrois se rendent d'abord à Sainte-Lucie en Dominique, sous le commandement du Vicomte de Damas-Marillac. En 1779, Jourdan est à la Grenade, en 1780, à Saint-Vincent, en 1781, à Scarborough, puis à Saint-Eustache.

Le 1er Janvier 1782, le soldat Jourdan rentre chez lui. Il est malade. Néanmoins, en 1783, il rejoint son régiment placé sous les ordres du comte de Fléchin de Vamin.
Le 26 juillet 1784, Jean-Baptiste Jourdan est réformé.

***

Jean-Baptiste Jourdan ne résistera pas à l'appel de la Révolution et le 26 juin 1794, il deviendra le célèbre «Vainqueur de Fleurus.» Son nom restera associé aux victoires de Hondschoote, de Wattignies et de Düsseldorf.

Le 5 septembre 1798, il initiera la loi sur la conscription :
«Jourdan-Debrel» L'article premier stipulant : «tout Français est soldat et se doit à la défense de la patrie.» Le service militaire était obligatoire pour tous les Français âgés de vingt à vingt-cinq ans.

Le 18 brumaire Jourdan s'opposera au coup d'état ! Le Jacobin sera exclu du Corps Législatif et n'évitera le bagne que par la grâce de Joseph Fouché.

Sous l'Empire Jean-Baptiste Jourdan obtiendra le bâton de Maréchal et comptera parmi les amis de Joseph Bonaparte.

Ré et ses prisonniers

Pierre Denis Lanquetin

Ré marche avec l'histoire et son nom doit changer comme de nombreuses villes de la Nation. Pour paraître dans la norme et ne pas déplaire, elle prend celui de «Révolution». Sa Citadelle restera une prison.

Les premiers détenus sont les prêtres qui refusent le serment à la Constitution civile du clergé. Le député Voidel donne le nom de
«réfractaires» à ces ecclésiastiques, les accusant «de former une ligue contre l'État, sous prétexte de religion.» La déportation des réfractaires est entérinée le 26 août 1792, par l'Assemblée législative.

Alexandre Billard de Veaux (1773-1833), de son vrai prénom Robert-Julien, ancien chef de division de l'Armée Catholique et Royale, s'étonnera ultérieurement de la réaction de l'Église face à la Constitution civile du clergé :
«Parfaitement étranger à la théologie, je ne comprends pas encore aujourd'hui comment la cour de Rome défendit au clergé français de prêter un serment sanctionné par le roi, et qu'elle autorisera plus tard à prêter au Premier Consul.»

À Ré, les prêtres réfractaires débarquent par petits groupes et s'entassent dans la forteresse de Saint-Martin.

En 1793, l'un d'eux, Pierre Denis Lanquetin, arrive à
«l'Isle de Ré». Ancien curé de la paroisse de Jougne, dans le département du Doubs, il est «poursuivi comme perturbateur de l'ordre public.» Lanquetin est âgé de 55 ans.

En mai 1794, huit cents prêtres sont enfermés sur le ponton : Les Deux Associés
«comme des harengs dans un baril.» Les conditions de détention y sont si effroyables qu'ils demandent au Comité de salut public : «de leur faire donner de la paille, chose» précisent-ils «que l'on ne refuse pas à des criminels.»
Le nombre de prêtres réfractaires va en s'accroissant si bien qu'en 1798, les 1 023 prêtres qui
«croupissaient sur les Pontons de Rochefort» sont transférés dans la Citadelle Saint-Martin où «Ils furent entassés à plus de 1 000 dans des locaux prévus pour 500.»

Trois cents d'entre eux trépassent !

Le 15 juillet 1801 la signature du Concordat signifie la liberté retrouvée pour les prêtres.
Pierre Denis Lanquetin a survécu à son emprisonnement et peut regagner sa Franche-Comté natale.

 

Le vicomte Charles Robert de Lézardière


Le 21 juillet 1795, Charles de Lézardière, dont le passeport indique la localité de
«La Rochelle et autres circonvoisons», parvient en Vendée dans la commune de Chauché, le jour où les émigrés capitulent à Quiberon.

Charles de Lézardière est l'un des fils du baron de Lézardière qui, dès 1790,
«entretenait une correspondance suivie avec les royalistes de Paris et avec les émigrés, en particulier le comte d'Artois.»
Le 1er juillet 1791, le baron Robert de Lézardière sera arrêté avec trente-trois autres conjurés qui cherchaient à faire de Châtillon-sur-Sèvre le centre de la contre-Révolution, en Anjou et en Poitou.
Le 18 septembre,
«en exécution de la loi du 15 septembre, toutes les procédures commencées demeurent sans effet», le baron et ses amis seront élargis. Cette amnistie est consécutive à l'acceptation de la Constitution par Louis XVI. Le baron quitte la Vendée et gagnera Paris.
À l'époque des faits, Charles de Lézardière avait 14 ans.

Le 24 août 1796, Charles est âgé de 19 ans lorsqu'il se met au service du Chevalier François Athanase Charette de la Contrie. Il est de tous les derniers engagements de la Vendée.

Le Vendéen Charles de Lézardière et les insurgés mènent une guérilla contre les troupes du général Hoche harcelant à l'automne 1795, les colonnes de convois de subsistances :

[…] 600 volontaires suivis de 12 chariots chargés de vivres pour se rendre au camp de Palluau […] ont été attaqués subitement en tête, en flanc et en queue par 400 Brigands sous les ordres de Charette qui sont tombés sur eux comme des Tygres furieux et qui les ont tous impitoyablement égorgés, ceux qui ont échappé au Carnage ont rapporté que les Volontaires rendois les armes ont été torturés par les Brigands de la manière la plus cruelle et la plus barbare après leur avoir attaché les mains derrière le dos, ils leurs coupois les veines les quittant péri en ces tourmants, on a vu même de leurs femmes plonger des fourches en leur sein de ceux qui donnois encore quelques signe de vie.» Sic

Lors de l'expédition à l'île d'Yeu, l'armée de Charette connaît un cuisant échec. Le comte d'Artois s'en est allé vers d'autres rivages plus souriants. Les 17 000 hommes qui ont participé à cette lamentable équipée quittent les rangs de l'insubordination. Les paysans ne veulent plus se battre, la pacification entreprise par le général Hoche porte ses fruits.

Dans sa correspondance, en date du 9 novembre 1795, Hoche relate le comportement du chevalier de Charette : «Les lois draconiennes qu'il a données au pays qu'il occupe, l'ont en quelque sorte fait déifier par une multitude ignorante que son nom seul fait trembler. Son caractère est féroce et singulièrement défiant. Son ambition est de gouverner féodalement. Il n'a point d'ami.»

Charrette n'a plus à ses côtés que 300 fidèles dont fait partie Charles de Lézardière.

Le 26 novembre 1795, les Vendéens repoussent les Bleus à Saint-Denis-la-Chevasse puis les battent à la Châtaigneraie, continuant leur guerre d'embuscade.

Le 24 décembre, Charles de Lézardiaire partage la victoire de la Thébaudière. Le 28 décembre, il participe à l'assaut du camp républicain installé aux Quatre-Chemins de l'Oie. Les Brigands connaissent leur dernier succès.

Le 1er et le 2 janvier 1796, Hoche envoie 30 000 soldats pour stopper la course des insurgés. Charette ne compte plus qu'une centaine d'hommes ; Charles de Lézardière est toujours présent. Les rebelles sont sans vivres, pratiquement sans munitions. Sur les instances de Charrette, tous les vendéens, y compris les blessés, poursuivent les attaques. C'est ainsi que les rescapés assaillent la colonne des Bleus près d'Aigrefeuille, en Loire-Inférieure, puis se replient sur la Bruffière où le général Travot disperse les débris de la troupe !

Charles de la Lézardière coupé de son chef erre de bois en bois se cachant dans des abris de fortune.
Le 20 février 1790, il est arrêté, par les Républicains. Charles de Lézardière est dénoncé par des patriotes aux forces républicaines alors qu'il se croyait en sécurité dans une ferme en compagnie des lieutenants de Charette.

Charles de Lézardière est transféré aux Sables d'Olonne pour être jugé par un tribunal militaire.
Le Vendéen se croit perdu, la sentence ne faisant aucun doute ! Pourtant, contre toute attente un grenadier intervient en sa faveur signalant aux juges que lors de l'offensive lancée sur le camp des Quatre-Chemins de l'Oie, Charles de Lézardière lui a fait grâce ainsi qu'à six autres républicains.
Le Vendéen est condamné à la déportation, ce sera Cayenne ou l'île de Ré. En attendant la destination de son exil, Charles retourne en prison.

Le 27 juillet 1796, Charles de Lézardière est «détenu dans la citadelle de l'île de Ré.» Il est incarcéré en tant que «émigré et brigand» de feu, François de Charette de la Contrie.

***

En 1823, le vicomte Charles de Lézardière sera élu député de la Vendée. Puis il accédera au poste de préfet, avant de présider, le 5 octobre 1848, le Conseil Général de la Vendée. Ceci, conformément à la législation du 17 février 1800. Ces lois étaient l'oeuvre du Premier Consul, l'héritier indéniable de la Révolution…

Ré et ses réfractaires

Le major Jean-Louis Cailhassou

En 1798, l'île de Ré se transforme en centre de transit pour les prisonniers en partance pour Cayenne. Les déportés politiques et les prêtres y font leur dernier séjour sur le sol natal.

En 1800, l'article 46 de la Constitution prévoit : «Des prisons saines, avec des locaux propres ainsi que des visites régulières aux détenus par les juges d'instruction, les présidents des assises, les préfets et les maires.»

Ce n'est qu'un vœu pieux ! Rien ne change dans la condition pénitentiaire !

La commune de la Flotte accueille les conscrits réfractaires, malheureusement de plus en plus nombreux.

Voici quelques noms relevés au hasard sur la liste des réfractaires conduits à l'île de Ré :

Pierre Guillevic, Pluneret, «a été conduit au dépôt de l'isle de Ré, ayant été arrêté par les gendarmes. Amende de 500 livres.»

Joseph Leviavant, Theix,
«arrêté par les gendarmes le 4 juin 1809 et s'est évadé de nouveau du dépôt de l'isle de Ré, conduit le 27 juin à Metz, mis à la disposition du général Commandant la 3ème division militaire. On ne sait pas s'il est arrivé à destination. Amende de 500 livres.»

Jean Leglouevec, Napoléon-ville, arrêté par les gendarmes, le 19 avril 1808
«envoyé au dépôt pénitentiaire de l'isle de Ré. Le 5 novembre 1808, conduit au port de Lorient pour être embarqué. Amende de 500 livres.»
Pierre Simon, Pluvigner
« rendu volontairement à la maison de détention, parti pour l'isle de Ré. Amende de 500 livres.»
Julien Rolland, Le Faouët,
«décédé à l'hôpital de Ré en 1809. Amende 500 livres.»
Olivier Huchon, Locminé, envoyé à Ré
«4ème bataillon colonial en 1809.»
Jean Le Sauce, Theix,
«isle de Ré, parti pour le 3ème bataillon colonial, arrivé le 7 janvier 1810.»
À Saint-Martin-de-Ré se trouvent les dépôts des 3ème et 4ème bataillons coloniaux.

Le 24 janvier 1811, le régiment de l'Isle de Ré est organisé par décret impérial. Les bataillons sont formés uniquement de conscrits réfractaires.
Le 8 avril 1811, Jean-Louis Cailhassou écrit à Joachim Murat
«Sicil Rex» : « J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre en date du 18 mars dernier, par laquelle vous m'annoncez que Sa Majesté l'Empereur, par décret du 3 mars du même mois m'a nommé au grade de major dans le régiment de I'Isle de Ré. Je m'empresse de vous informer que je partirai demain 9 avril pour me rendre à mon nouveau poste.»

Le 30 avril 1811, un important contingent de conscrits réfractaires débarque à Saint-Martin-de-Ré. Dans le courant du mois de mai, le nouveau Major Cailhassou accoste sur l'île où il inculque à des recrues peu enthousiastes, l'art de la manœuvre militaire et l'amour de la patrie. En décembre 1811, les déserteurs et réfractaires à l'île de Ré atteignent l'incroyable nombre de 12 000 hommes.

***

En avril 1812, le major Cailhassou quittera l'île de Ré pour Berlin. Son régiment de l'Isle de Ré deviendra le 132ème de ligne formé à 4 bataillons et 3 batteries à pied. La couleur des parements et des revers est bleue avec lisérés jaunes pour différencier les réfractaires. Ces hommes se distingueront durant la campagne de Russie. Le 13 novembre 1812 à Wolkovski, durant deux jours le 132ème de ligne défendra vaillamment le pont de Wolkovski, face à l'assaut de 33 000 Russes. Le 22 janvier 1813, le major Cailhassou arrivera à Varsovie, avec les rescapés du 132ème régiment de ligne. Les soldats ont marché 470 kilomètres par un froid implacable, laissant la moitié de leurs camarades ensevelis dans les glaces.

Les réfractaires de «l'Isle de Ré» auront bien mérité de la Patrie !

Ré et ses oubliés de l'histoire

Gustave Dechèzeau

Gustave Dechèzeau est né à la Flotte de Saint-Martin-en-Ré, le 8 octobre 1760, dans une famille protestante. Son père est un négociant aisé. Le jeune Gustave fait ses études en Hollande, puis revient sur son île natale fonder une société de commerce avec l'aide de Jacob Lem. Gustave se montre un négociant avisé et ne tarde pas à faire fortune. Ses grandes capacités le conduisent à être juge au Tribunal de la commune de Saint-Martin.

La Révolution lui sied. Fervent républicain, il est nommé
«Électeur des représentants du Tiers État, de la sénéchaussée de La Rochelle à l'Assemblée Nationale.» Il commande ensuite la Garde Nationale de la Flotte.

Son sens de la justice lui fait verser naturellement
«une contribution patriotique de 500 livres», de plus il habille complètement deux volontaires sur les dix qui partent sauver la Patrie déclarée en danger.
Le 1er septembre 1791, il est premier suppléant à la législative. Le 6 septembre 1792, il est élu député à la Convention.

Sa sensibilité de protestant l'inscrit dans le courant girondin et le conduit à s'opposer contre
«la violation des formes les plus élémentaires de la justice» lors du procès de Louis XVI.
À la séance du 16 janvier 1793, Gustave Dechèzeau, député de la Charente-Inférieure, répond ainsi à la question posée par le président Vergniaud :
«Quelle peine Louis ci-devant roi des Français, a-t-il encouru ?
«J'ai déclaré Louis coupable et convaincu de crime de haute trahison nationale, parce que j'en ai la conviction. J'ai rejeté la sanction du jugement par le peuple, parce que j'en ai craint des conséquences funestes pour son bonheur, parce que j'ai voulu que toute la responsabilité pesât sur ma tête. Je déclare que Louis mérite la mort ; mais prononçant comme législateur et non comme juge, de grandes considérations politiques, auxquelles sont essentiellement liées peut-être les destinées de la République, me font voter pour la détention jusqu'à ce que les circonstances permettent d'y substituer le bannissement.»

Gustave Dechèzeau vote, en son âme et conscience, la détention du roi.

Fidèle à ses idéaux de justice, il proteste contre l'arrestation des Girondins. Sa position déplait au Rochelais Billaud-Varennes qui n'hésite pas à le déclarer
« contre-révolutionnaire. « Ce même Billaud-Varennes, député parisien avait demandé : «La mort «de Louis XVI», dans les vingt-quatre heures et, en tant qu'instigateur des «Massacres de septembre», encourageait les bourreaux, foulant au pied les morts, en leur criant : «Vous sauvez la patrie, braves citoyens ! Continuez votre ouvrage.»

Le 10 septembre 1793, Gustave Dechèzeau, jugeant que «deux partis avaient divisé la République,» décide d'abandonner le climat trouble de la politique parisienne afin de regagner son île de Ré. Il rentre chez lui à la Flotte, mais le député girondin ne connaît pas pour autant la tranquillité. La jalousie de quelques Rétais l'entraîne inexorablement vers la mort.

Les dénonciations de ces hommes, amènent deux commissaires de la Convention, Laignelot, député de Paris et Léquinio, député du Morbihan à organiser, à Rochefort, un Tribunal Révolutionnaire qui conduit un procès de comédie.

Gustave Dechèzeau est condamné à avoir la tête tranchée.

Le 13 janvier 1794, la guillotine est dressée place de la Liberté, à Rochefort. Gustave Dechèzeau meurt pratiquement un an après avoir demandé un procès équitable au roi Louis XVI.
Le 22 juillet 1790, Gustave Dechèzeau avait uni sa destinée avec une Rochelaise, Marguerite Françoise Vatable. Il a eu deux filles. Marguerite Dechèzeau se bat pour obtenir la réhabilitation de son époux et la chute de Robespierre en Thermidor, lui permet d'établir l'innocence du valeureux Girondin.

***

Sur l'acte de naissance de Gustave Dechèzeau il était inscrit : «Pierre Charles François Gustave, fils illégitime du sieur Estienne Mounier Dechèzeau.» La mention illégitime peut surprendre, elle était pourtant obligatoire pour les protestants. Les mariages célébrés par leurs pasteurs n'étaient pas reconnus légaux par l'État.

À l'initiative du Premier Consul, les articles organiques du 8 avril 1802, autoriseront deux confessions protestantes, les calvinistes et les luthériens, regroupés sous l'appellation «Églises réformées de France.»

En décembre 1804, l'empereur convoquera les pasteurs pour leur dire : «J'ai toujours été satisfait de tout ce qu'on m'a rapporté de la fidélité et de la bonne conduite des pasteurs des Citoyens des différentes communions protestantes. Je veux qu'on sache bien que mon intention et ma ferme volonté sont de maintenir la liberté des cultes.»

Napoléon créera deux facultés de théologie, l'une luthérienne à Strasbourg, l'autre calviniste à Montauban. Les protestants voueront une reconnaissance éternelle à l'Empereur et lui resteront fidèles jusqu'à sa seconde abdication.

Gabriel Querquy

Le trois novembre 1768, le vicaire de la Flotte enregistre la naissance de Gabriel Querquy, fils légitime de Gabriel Querquy, marchand et de Marie Joussourret.

Le 2 août 1791, le Rétais Querquy, âgé de 23 ans, se porte volontaire et reçoit des subsides, versés par le républicain, Gustave Dechèzeau ! Querquy part dans les rangs du 10ème bataillon de Fédérés. Il fait les campagnes de 1791 à 1793, dans l'Armée du Nord.

Au blocus de Maubeuge, Querquy est affreusement blessé d'un coup de sabre, assené sur la tête, et par un coup de feu. Ces graves lésions immobilisent le volontaire durant deux ans.
Malgré son état, Gabriel Querquy reprend du service et, le 25 décembre 1795, il entre dans la gendarmerie maritime. Il obtient son affectation pour l'arsenal de Rochefort, le seul qui fonctionne à peu près bien en France.
Le 31 juillet 1801, le Rétais Querquy passe à la compagnie d'Anvers. Il est chargé d'accompagner le préfet maritime dans ses tournées. La fonction du gendarme consiste à étudier les activités des marins dans les ports afin de pouvoir rechercher et arrêter d'éventuels déserteurs. Querquy inspecte les abords des bagnes suivant les directives du commissaire de marine préposé aux travaux forcés.
Le Rétais remplit ses missions jusqu'au 15 décembre 1809, date à laquelle il est nommé, maréchal des logis, en partance pour l'Espagne.

Le 24 novembre 1809, un décret impérial ordonnait la formation de 20 escadrons de gendarmerie.

Le 18 mars 1810, le gendarme Querquy est à Bayonne. Il rejoint le 12ème escadron de gendarmerie, placé sous les ordres du chef d'escadron d'Halmont.

Les gendarmes sont affectés à la sécurité de l'axe routier qui relie Graus à la France, par le col de Benasque. Gabriel Querquy assure la défense des convois de blessés, surveille les transports de fourrage, ceux de moutons et de bœufs, servant à l'approvisionnement de divers régiments du 3ème corps du général Suchet. L'année se termine avec la poursuite des Catalans qui rebroussent chemin devant les assauts du 12ème escadron.

Le 6 février 1811, Gabriel Querquy intègre une unité de Gendarmes Chevau-légers. Le maréchal Moncey a informé le général Buquet, commandant la gendarmerie en Espagne, de cette nouvelle formation, prévue par le décret du 6 novembre 1810.

Le Rétais est armé d'une lance et sa tenue de lancier-gendarme se compose d'un frac bleu à la hussarde avec revers bleus, collets parements et retroussis écarlates, aiguillettes blanches à gauche. La veste à la hussarde est rouge et la culotte bleue à la hongroise, garnie de tresses blanches. Le shako, bordé de blanc, est surmonté d'un plumet rouge. La vision des gendarmes-lanciers coiffés du shako ne tarde pas à inspirer la terreur chez les guérilleros.

Durant l'année 1811, la colonne mobile du maréchal des logis combat dans des Sierras dont les magnifiques paysages recèlent des emplacements de guet-apens. Les gorges creusées par des torrents aux eaux limpides servent de dernières demeures aux guérilleros occis par les gendarmes.

En 1812, des centaines de gendarmes, périssent dans diverses embuscades. Énucléations, langues coupées, nez arrachés, doigts sectionnés, ongles découpés, représentent un infime éventail des cruautés perpétrées des guérilleros. L'Empereur dira que «les paysans espagnols sont encore moins dans la civilisation européenne que les Russes.»

Gabriel Querquy, en garnison à Barbastro, se bat contre les guérilléros de Malcarado. Puis contre ceux de Mina. Devant l'impossibilité de défendre les places et ne pouvant plus garantir le contrôle des communications, les gendarmes reçoivent l'ordre du maréchal Suchet de quitter Barbastro pour le fort de Monzón, petite ville de l'Aragon. La forteresse est située sur une montagne à peu près circulaire, protégée sur trois côtés de son pourtour par le seul escarpement naturel du mont. Gabriel Querquy est parmi les quatre- vingt douze gendarmes qui forment la garnison.

Le 21 juin 1813, la défaite de Vitoria, sonne le glas de l'armée française. Les troupes quittent la péninsule ibérique. Le maréchal Suchet laisse trois garnisons en place, il s'agit de Lérida, Mequinenza et Monzón.

Le 6 septembre 1813, le Rétais Querquy est nommé sous-lieutenant.

Le 27 septembre 1813, les guérilleros de Mina, soutenus par deux régiments de la division de Navarre, formant une armée de 3 000 hommes, commencent le siège de Monzón.Dans le fort les Français sont cent !

Durant le siège, le sous-lieutenant Querquy fait office de canonnier, de sapeur. Il est de faction sur les remparts de la forteresse, dans le froid glacial de l'hiver. En décembre 1813 il est blessé par un coup de feu.

Le 13 février 1814, les Espagnols envoient un émissaire à Monzón. Il s'agit de don Juan Van Halen, qui intime aux gendarmes l'ordre de se rendre. Il précise pour faire bonne mesure que les places de Lerida et de Mequinenza ont été évacuées par les Français.
Gabriel Querquy est dépêché à Lérida afin de pouvoir confirmer la capitulation des Français. Pendant que le sous-lieutenant effectue son ambassade, la garnison continue son action défensive.
Le 14 février 1814, Querquy rentre de son périple, sous bonne escorte espagnole. Il confirme la reddition de Lerida et de Mequinenza, sans avoir eu d'explications à cet abandon.

La défense du fort de Monzón prend fin !

Le 15 février, malgré l'arrêt officiel des hostilités, le Rétais Querquy est atteint par un coup de feu tiré par les guérilleros. Les gendarmes posent leurs conditions aux Espagnols. Ils refusent de se constituer prisonniers, considérant qu'ils avaient toujours eu l'avantage sur l'armée de Espoz y Miña. Les gendarmes déplorent 9 morts, les Espagnols 460 !

Le maréchal Suchet officialisera cette honorable décision :

«Ces braves gendarmes et leurs chefs ne reculèrent devant aucun danger, et exécutèrent avec une constance sans bornes tous les travaux d'une guerre de chicane avec laquelle leur service ordinaire n'avait aucun rapport. C'est à leur dévouement, et à l'imagination et au courage de leur guide, qu'on doit attribuer la constante supériorité de la défense sur l'attaque pendant quatre mois et demi d'un siège ininterrompu.»

Le 17 février 1814, Gabriel Querquy, blessé, arrive à Lérida où les Espagnols le font prisonnier, avec la garnison, malgré la Convention de capitulation qui laisse aux militaires le droit de repartir avec armes et bagages. La blessure du sous-lieutenant ne lui épargne pas les brutalités espagnoles ni son envoi à Tarragone dans la Tour de l'ancien prétoire.

Du 26 février au 14 mai 1814, le Rétais est soumis à un traitement effarant ! C'est en guenilles qu'il sort de sa prison, pour gagner Auch, dépôt affecté aux gendarmes rentrant d'Espagne.

***

Le 1er juillet 1814 le sous-lieutenant Querquy sera licencié et se retirera à la Rochelle. Le 5 juillet 1817, le sous-inspecteur Laperry lui confirmera son état de demi-solde. Malgré ses diverses demandes le Rétais, Gabriel Querquy, ne sera jamais réintégré en gendarmerie.

 

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Ré : Se Remémorer !

Si un jour vous visitez l'île de Ré, vous pourrez, si vous le désirez, mettre vos pas dans ceux du maréchal de Vauban et suivre les fortifications qu'il a tracées. La Citadelle vous rappellera le passage du comte de Mirabeau, tribun du peuple provençal et député du Tiers Etat à Aix-en-Provence.

Le soldat Jourdan ne fait plus l'exercice et les conscrits réfractaires formés par le major Cailhassou ont été remplacés par les estivants, venant admirer la splendeur de la côte, bordée par un océan dont le sac et le ressac sourdre depuis des temps immémoriaux.

Le port de la Flotte accueille toujours les bateaux, mais les moteurs ont remplacé les corvettes et autres frégates à la mature déployée. Les façades des belles maisons qui longent les quais témoignent de la richesse de ce village côtier où Gustave Dechèzeau et Gabriel Querquy naquirent au Siècle des Lumières.

N'hésitez pas à emprunter les rues et venelles qu'ils ont parcourues dans leur prime jeunesse avant de se mettre au service de la Nation ; l'un pour défendre les nouveaux droits des citoyens, l'autre pour lutter contre un retour à la féodalité.

La Convention, malhabile dans sa gestion d'une France nouvelle, fera périr l'adepte de la philosophe des Lumières. Le Volontaire ira de victoires en combats, servant la République puis l'Empire, désireux de soutenir l'avancée de la liberté.

Gustave Dechèzeau et Gabriel Querquy ont contribué à bâtir la Ré et la France d'aujourd'hui ; nous ne devons pas oublier leurs souffrances, ni leurs engagements idéologiques ou armés.

André Rambaud a trouvé les mots adéquats pour rendre justice à ces hommes qui «nous ont fait ce que nous sommes.» Tout comme lui je pense que nous serions «ingrats, si nous ne défendions pas leur mémoire, indignes si nous laissions périr leur héritage.»

L'île de Ré vous attend !
Sa beauté vous charmera, tandis que l'ombre de ses anciens îliens vous guidera !

Marie-Hélène Legrand.


Sources :
« L'île Madame « Jean-François Deniau, Hachette littérature.
« L'Histoire de l'île de Ré « Anne Gaudin
« Bulletin de l'Association des amis de l'île de Ré. «
«
Procès de Louis XVI, convention nationale, « Extrait du Moniteur Universel, Journal officiel de la république Française. Séance du mercredi 16 janvier 1793
Lamartine (A. de)
« Histoire des Girondins tome II Hachette Furne Jouvert et Cie Panerre 1871
« Clément Couvez et Pierre Provins, gendarmes Napoléoniens. « Marie-Hélène Legrand
SHGN (2002)
« Citoyens Officiers de Napoléon « Marie-Hélène Legrand. L'Orée du Bois, 1997
« Contrôle Général des Conscrits, condamnés à l'amende comme Réfractaires, ainsi que leurs Pères et Mères, comme civilement responsables. « AD. Morbihan
« Historique de l'Armée Coloniale Française. « Les Armées du XXème siècle, Journal illustré 1905.
Réfractaire : Article VII de la loi du 6 floréal An IX (26 avril 1803)
Constitution de l'An VIII, article 46.
Pierre Tardy (Préface)
« Femme de l'île de Ré « Éditions Ouest-France 1996
Dictionnaire G. Six
« Le maréchal Jourdan « René Valentin. Éditions Charles de la Vauzelle et Cie 1956
« Bréviaire du Vendéen « Billard de Veaux Alexandre -1832-
« Une famille vendéenne sous la Révolution « Élie Fournier. Albin Michel 1993
« Souvenirs de la Révolution à Nantes ou la Mémoire d'un Bleu « Léon Brunschvicg. Reflets du Passé. 1982
« Mémoires d'un habitant des Sables d'Olonne. « ADV - J.163
« Correspondance de Hoche, « publié par Alexandre Rousselin.
«Historique du corps de Troupe de l'Armée Française. « 12ème régiment de Ligne ex-Auxerrois. Paris Berger-Levrault
« La Vie quotidienne en Vendée pendant la Révolution. « Georges Bordonove Hachette, 1974



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