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e Grand Homme né
sur une île est mort sur une île désolée
au milieu de l'Atlantique Sud. Il a vécu à Longwood
cinq ans et cinq mois, exactement le même temps qu'à
l'École de Brienne. Mais, en ce début du XXIe siècle,
Sainte-Hélène est encore moins accessible qu'il
y a deux cents ans : pas de port digne de ce nom, pas d'aéroport.
Alors qu'il y avait alors toujours une dizaine de navires en
escale dans la rade de Jamestown, le RMS Saint-Helena
(dernier bateau de la Couronne britannique assurant un Royal
Mail Service) la dessert avec une fréquence variable
qui va de 8 à 32 jours, en fonction de ses étapes
(Cardiff, Tenerife, Ascension, Le Cap, Tristan da Cunha). Une
quinzaine de bateaux de croisière y font escale chaque
année, déversant pour une journée 600 à
800 touristes qui montent à Longwood par paquets de 20
et disposent de 12 minutes chrono pour parcourir les six pièces
de l'Empereur, avec à la sortie passage à la boutique
installée dans le " billard des domestiques "
pour y acheter une casquette ou un T-shirt portant la signature
Napoléon. Le lendemain, Longwood panse ses plaies,
retrouve son calme et son mystère.
Pour qui dispose de temps (et accessoirement d'un peu d'argent
!), il est cependant une manière plus digne de visiter
les lieux et de s'imprégner de l'atmosphère de
Longwood. Durant la " belle " saison, qui va de février
à avril, le meilleur moyen consiste à prendre le
RMS au Cap, de débarquer à Sainte-Hélène
après 6 jours de navigation, d'y rester 8 jours tandis
que le bateau fait la navette à l'île de l'Ascension,
et de rentrer au Cap en de nouveau 6 jours. C'est ce qu'ont fait
en avril 2003, sous l'égide de Bernard Chevallier, Conservateur
des musées de Malmaison et Bois-Préau, et de Michel
Martineau, Consul honoraire de France à Sainte-Hélène,
Conservateur des Domaines français de Sainte-Hélène,
vingt-sept " Amis de Malmaison ", parmi lesquels les
comtes Alexandre et Florian Walewski, descendants directs de
l'Empereur, et madame Philippe Gutzwiller, née princesse
Cécile Murat, descendante également en lignée
féminine de Berthier et de Ney. Eux-mêmes et la
moitié du groupe venaient pour la première fois
à Sainte-Hélène. D'autres avaient participé
dans le passé aux croisières historiques du France
ou du Mermoz, ou encore au voyage organisé
par le Souvenir Napoléonien en 1980. Chacun avait sa propre
motivation de voyage, ce qui faisait la richesse du groupe, mais
tous venaient partager une expérience unique, laissant
dans l'esprit une marque indélébile.
Du Cap à
Jamestown
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Le 10 avril dès 5 heures du matin, nous
avons vu la masse sombre et hostile de l'île surgir de
la nuit. Je ne répéterai pas la phrase prononcée
en de pareilles circonstances par Fanny Bertrand, mais je n'en
pensais pas moins. |
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Le RMS Saint-Helena, construit en 1990,
est un cargo mixte qui transporte les produits de la civilisation
à Sainte-Hélène et accueille également,
dans des conditions de très bon confort, jusqu'à
120 passagers. Nous étions 60 à l'aller et 80 au
retour. Un jour pour embarquer et appareiller, quatre jours en
pleine mer, un jour d'arrivée, le temps passe en fait
très vite, surtout que chaque jour une ou deux conférences
étaient faites par des membres du groupe ayant une spécialité
napoléonienne. Et le soir à 6 heures, concert sur
le pont : Mozart ou Beethoven tandis qu'un soleil rougeoyant
plonge dans les eaux de l'Atlantique et que, dans le ciel, commence
à briller la Croix du Sud. |
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A 7 heures, nous nous ancrions dans la rade de
Jamestown. Le débarquement se fait à l'aide de
chaloupes et la montée sur le quai est toujours un peu
acrobatique, en s'accrochant à une corde. Les " handicapés
" peuvent prendre une nacelle se balançant au bout
d'une grue ! En fait, le quai a été allongé
d'une cinquantaine de mètres et les passagers ne débarquent
plus exactement par l'escalier emprunté par Napoléon.
Détruisons également une autre légende :
pour échapper aux curieux, l'Empereur n'est pas entré
en ville par la poterne centrale de la muraille mais a emprunté
un petit escalier donnant directement accès au jardin
du Castle (château et centre administratif de l'île)
et a pénétré par l'arrière (par les
cuisines) dans la pension Porteous. Vous lirez dans tous les
livres que l'immeuble Porteous a été incendié
voici un siècle et est remplacé par un parking.
En fait il est reconstruit depuis un an, presque à l'identique,
et abrite un magasin de mode féminine. |
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La rue centrale de Jamestown (Main Street)
mesure deux cents mètres de long et n'a guère changé
depuis 1821. Elle se divise ensuite en deux, la route de gauche
(Napoleon Street) conduisant aux Briars et à Longwood,
celle de droite à Plantation House. |
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La construction la plus impressionnante
est l'escalier de 600 marches (Echelle de Jacob) conduisant directement
au fort de Ladder Hill et dévalé le matin par des
enfants se rendant à l'école, mais cet escalier
n'existait pas en 1821. Au Castle, dans la petite salle des archives
où règne mon amie Lacosta, custodian of the
records, on consulte avec émotion les registres mentionnant
les décès de Napoleon Bonaparte, late Emperor
of France, de Cipriani, steward of the general Bonaparte,
les baptêmes d'Arthur Bertrand et des deux petites Montholon. |
Jamestown dispose de deux hôtels,
rénovés en 2002 à l'occasion des fêtes
marquant le cinquième centenaire de la découverte
de l'île : The Wellington (que nous avons naturellement
boudé !) et The Consulate, charmante demeure coloniale
où nous avons pris nos quartiers pour une semaine. La
bonne table de l'île est le restaurant Ann's au
fond du jardin du Castle, dont la patronne accueillante et dynamique
a été aux petits soins pour nous durant tout notre
séjour. Jamestown dispose également de deux ou
trois coffee shop, mais en trois minutes vous avez fait le tour
du centre ville. Cependant, les nombreux îliens qui travaillent
sur la base américaine de l'Ascension ou les bases britanniques
des Falklands (les Malouines si vous préférez)
ramènent beaucoup d'argent et se font construire des maisons
un peu partout sur l'île, au point que les paysages s'en
trouvent transformés (Ce ne sont pas les Baléares,
mais le processus est en cours). Si bien que leur descente à
Jamestown pour faire leurs courses provoque des embouteillages
(si on peut dire !) et qu'il a fallu créer une Zone Bleue.
Longwood House
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La longue route au-delà de Napoleon Street
laisse à droite l'embranchement pour les Briars et plus
haut le chemin descendant à la Tombe (nous y reviendrons)
pour atteindre le relais de Hutt's Gate, contourner le Bol de
Punch du Diable et aboutir après 11 kilomètres
sur le plateau de Longwood. |
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Franchissant silencieusement le portail du domaine
français, le visiteur est immédiatement surpris
par l'abondance de la végétation et se demande
si, s'étant trompé de destination, il ne se trouve
pas à Giverny. En fait, les travaux d'adduction d'eau
entrepris par Hudson Lowe et ses successeurs, l'éradication
des chèvres sauvages qui dévoraient la végétation,
la lutte contre les rats et leurs prédations, ont profondément
transformé l'aspect de l'île. Elle comporte toujours
des zones désolées, battues par les vents, mais
la végétation tropicale, détruite par les
premiers colonisateurs, a reconquis de vastes territoires. |
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Déjà, les travaux de jardinage entrepris
par Napoléon à partir de 1819 et dont il était
très fier, ont complètement transformé l'environnement
de Longwood House au point que Las Cases, s'il était revenu
en 1821, n'aurait rien reconnu ! Or, la plupart des pèlerins
vivent des descriptions du Mémorial et on devine
leur surprise ! En fait, Michel Martineau a voulu reconstituer
les jardins de 1820-1821, avec leurs allées encaissées,
leurs plantations, leurs bassins, comme les photos aériennes
permettent d'en retrouver les tracés. |
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Napoléon n'a-t-il pas dit à Bertrand
en décembre 1819 : " Quand je ne serai plus ici,
les voyageurs anglais feront le dessin de ce jardin fait par
Napoléon. Il n'en est aucun qui ne veuille le visiter
". De même, les bâtiments doivent être
très souvent repeints et l'affreuse peinture rouge, visible
sur de nombreuses photos, a disparu, remplacée par une
couleur crème, proche de l'originale. Toutefois, la salle
de billard, initialement construite en bois, est peinte en gris
foncé, pour maintenir un nécessaire contraste avec
les autres bâtiments. |
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Sous le soleil de l'été austral,
Longwood est loin d'avoir un aspect déplaisant, mais à
tout moment le climat se rappelle à nous par un nuage
qui en quelques secondes envahit le plateau, suivi d'une averse
de quelques minutes, puis le soleil réapparaît.
Pensons cependant aux neuf autres mois de l'année durant
lesquels le soleil disparaît pendant des semaines entières.
Le soleil d'été ne parvient d'ailleurs pas à
ôter l'odeur de moisi qui imprègne tout vêtement
ou livre ayant passé une nuit à Longwood. Seule
la machine à laver la fera disparaître ! |
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Faut-il décrire les six pièces de
Longwood tant elles sont connues ?
La véranda, le parloir où le billard a retrouvé
sa place initiale, le salon où, entre les deux fenêtres,
le lit de camp aux rideaux verts occupe l'endroit même
où l'Empereur est décédé, la sombre
salle à manger qui a retrouvé sa table d'origine
et la bibliothèque où régnait le mameluk
Ali, les deux petites pièces de l'Empereur enfin dans
lesquelles quelques meubles dispersés en vente publique
en 1821 ont repris leur place et cette salle de bain à
la baignoire en cuivre dans laquelle il a rêvassé
ou s'est conté durant de longues heures. |
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Si vous vous y trouvez dans la journée,
avec quelques autres visiteurs, vous avez l'impression de parcourir
les salles d'un quelconque musée mais il faut, comme j'ai
pu le faire, y pénétrer seul à la tombée
de la nuit, passer de pièce en pièce en entendant
ses pas résonner sur les parquets, revivre telle ou telle
scène à l'endroit précis où elle
s'est déroulée, pour être saisi par la puissance
évocatrice du lieu. A ce moment seulement, vous avez pleine
conscience du calvaire de Sainte-Hélène. |
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Nous avons pénétré plusieurs
fois à Longwood mais notre première visite a été
marquée par un fait historique : pour la première
fois depuis avril 1821, un prêtre catholique, le père
Joe Whelam, a célébré une messe dans la
salle à manger de nouveau transformée en chapelle,
sur la console utilisée en autel lors de l'office des
obsèques et avec la nappe de l'abbé Vignali, spécialement
amenée de Malmaison. Quel intense moment de prière
en ce lieu pour le repos éternel de l'Empereur Napoléon,
en y associant le nom de Gilbert Martineau qui, conservateur
durant trente-cinq ans, a tant fait pour la préservation
de ce site. Un fauteuil vide lui avait été réservé. |
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Enfin, le mardi 15 avril, nous avons participé
à l'inauguration des nouvelles salles installées
dans les constructions annexes de Longwood, jusqu'ici résidence
du consul français. Celui-ci réside maintenant
aux Briars. En fait, ces bâtiments n'ont rien d'originaux
puisqu'ils avaient été complètement rasés
en 1860 et reconstruits dans les années 1930, en respectant
seulement les dimensions extérieures. |
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La chambre de l'officier d'ordonnance britannique
et le logement des Las Cases sont reproduits à l'identique,
mais les habitations du général Gourgaud, du docteur
O'Meara et de la famille Montholon ont été regroupées
en une salle à manger et deux grands salons, constituant
à la fois un espace permettant à la France de recevoir
dignement ses invités en son Domaine de Sainte-Hélène
et un lieu d'exposition permanente de tableaux, gravures, souvenirs,
mobiliers en relation avec l'histoire de la Captivité.
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On peut y voir l'authentique " piano de madame
Bertrand " sur lequel Albine de Montholon jouait des romances
italiennes à l'Empereur et la grande table de salle à
manger importée d'Angleterre pour équiper New Longwood
House, maison que Napoléon n'a jamais occupée.
Cette table figure sur de nombreuses photos de la salle à
manger de Longwood car elle y a été longtemps exposée.
La véritable table de l'Empereur, beaucoup plus modeste,
a aujourd'hui retrouvé sa place. |
Il fallait observer les visages étonnés
et ravis des personnalités de Sainte-Hélène
qui voyaient pour la première fois Longwood sous cet aspect.
Deux jours plus tard, le St-Helena Herald, journal local
généralement critique ou ironique vis à
vis des pèlerins français, publiait en première
page un long article consacré à cette manifestation
et soulignant que Longwood constituait un élément
majeur, non seulement du patrimoine français, mais aussi
du patrimoine de Saint-Helena Island. Napoléon est donc
aujourd'hui considéré par les îliens comme
citoyen d'honneur de Sainte-Hélène.
Dans les jardins de Longwood, le bassin en forme de chapeau impérial
est couvert de nénuphars, le pavillon chinois, restauré
grâce à un don de la Fondation Napoléon,
brille comme un sou neuf. L'emplacement de la volière
est dégagé. Il attend qu'un généreux
mécène fasse réaliser une réplique
de l'authentique volière qui se trouve au Musée-Hôtel
Bertrand de Châteauroux. Avis aux amateurs.
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et New Longwood House
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