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Impressions de voyage à Sainte-Hélène
5 - 23 avril 2003
par Jacques Macé
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e Grand Homme né sur une île est mort sur une île désolée au milieu de l'Atlantique Sud. Il a vécu à Longwood cinq ans et cinq mois, exactement le même temps qu'à l'École de Brienne. Mais, en ce début du XXIe siècle, Sainte-Hélène est encore moins accessible qu'il y a deux cents ans : pas de port digne de ce nom, pas d'aéroport. Alors qu'il y avait alors toujours une dizaine de navires en escale dans la rade de Jamestown, le RMS Saint-Helena (dernier bateau de la Couronne britannique assurant un Royal Mail Service) la dessert avec une fréquence variable qui va de 8 à 32 jours, en fonction de ses étapes (Cardiff, Tenerife, Ascension, Le Cap, Tristan da Cunha). Une quinzaine de bateaux de croisière y font escale chaque année, déversant pour une journée 600 à 800 touristes qui montent à Longwood par paquets de 20 et disposent de 12 minutes chrono pour parcourir les six pièces de l'Empereur, avec à la sortie passage à la boutique installée dans le " billard des domestiques " pour y acheter une casquette ou un T-shirt portant la signature Napoléon. Le lendemain, Longwood panse ses plaies, retrouve son calme et son mystère.

Pour qui dispose de temps (et accessoirement d'un peu d'argent !), il est cependant une manière plus digne de visiter les lieux et de s'imprégner de l'atmosphère de Longwood. Durant la " belle " saison, qui va de février à avril, le meilleur moyen consiste à prendre le RMS au Cap, de débarquer à Sainte-Hélène après 6 jours de navigation, d'y rester 8 jours tandis que le bateau fait la navette à l'île de l'Ascension, et de rentrer au Cap en de nouveau 6 jours. C'est ce qu'ont fait en avril 2003, sous l'égide de Bernard Chevallier, Conservateur des musées de Malmaison et Bois-Préau, et de Michel Martineau, Consul honoraire de France à Sainte-Hélène, Conservateur des Domaines français de Sainte-Hélène, vingt-sept " Amis de Malmaison ", parmi lesquels les comtes Alexandre et Florian Walewski, descendants directs de l'Empereur, et madame Philippe Gutzwiller, née princesse Cécile Murat, descendante également en lignée féminine de Berthier et de Ney. Eux-mêmes et la moitié du groupe venaient pour la première fois à Sainte-Hélène. D'autres avaient participé dans le passé aux croisières historiques du France ou du Mermoz, ou encore au voyage organisé par le Souvenir Napoléonien en 1980. Chacun avait sa propre motivation de voyage, ce qui faisait la richesse du groupe, mais tous venaient partager une expérience unique, laissant dans l'esprit une marque indélébile.

Du Cap à Jamestown

10 avril 2003, 5 heures du matin. L'île surgit de la nuit.
Le 10 avril dès 5 heures du matin, nous avons vu la masse sombre et hostile de l'île surgir de la nuit. Je ne répéterai pas la phrase prononcée en de pareilles circonstances par Fanny Bertrand, mais je n'en pensais pas moins.

Paquebot Caronia de la Cunard, en rade de Jamestown. Mais le RMS, prioritaire, va débarquer le premier ses passagers.

Le RMS Saint-Helena, construit en 1990, est un cargo mixte qui transporte les produits de la civilisation à Sainte-Hélène et accueille également, dans des conditions de très bon confort, jusqu'à 120 passagers. Nous étions 60 à l'aller et 80 au retour. Un jour pour embarquer et appareiller, quatre jours en pleine mer, un jour d'arrivée, le temps passe en fait très vite, surtout que chaque jour une ou deux conférences étaient faites par des membres du groupe ayant une spécialité napoléonienne. Et le soir à 6 heures, concert sur le pont : Mozart ou Beethoven tandis qu'un soleil rougeoyant plonge dans les eaux de l'Atlantique et que, dans le ciel, commence à briller la Croix du Sud.

Le RMS Saint-Helena en rade de Jamestown.

Le port de Jamestown. Le débarquement se fait au bout du quai, dans la petite crique.

A 7 heures, nous nous ancrions dans la rade de Jamestown. Le débarquement se fait à l'aide de chaloupes et la montée sur le quai est toujours un peu acrobatique, en s'accrochant à une corde. Les " handicapés " peuvent prendre une nacelle se balançant au bout d'une grue ! En fait, le quai a été allongé d'une cinquantaine de mètres et les passagers ne débarquent plus exactement par l'escalier emprunté par Napoléon. Détruisons également une autre légende : pour échapper aux curieux, l'Empereur n'est pas entré en ville par la poterne centrale de la muraille mais a emprunté un petit escalier donnant directement accès au jardin du Castle (château et centre administratif de l'île) et a pénétré par l'arrière (par les cuisines) dans la pension Porteous. Vous lirez dans tous les livres que l'immeuble Porteous a été incendié voici un siècle et est remplacé par un parking. En fait il est reconstruit depuis un an, presque à l'identique, et abrite un magasin de mode féminine.
Jamestown, Main Street depuis le balcon du Consulate. En bleu, l'hôtel Wellington. Un peu plus bas, la maison de Montchenu. Le clocher de l-église -en partie masqué-. La poterne.

La rue centrale de Jamestown (Main Street) mesure deux cents mètres de long et n'a guère changé depuis 1821. Elle se divise ensuite en deux, la route de gauche (Napoleon Street) conduisant aux Briars et à Longwood, celle de droite à Plantation House.
Jamestown, vue depuis le haut de l-échelle de Jacob. A droite du parc, la nouvelle -pension- Porteous -toit vert-.

La construction la plus impressionnante est l'escalier de 600 marches (Echelle de Jacob) conduisant directement au fort de Ladder Hill et dévalé le matin par des enfants se rendant à l'école, mais cet escalier n'existait pas en 1821. Au Castle, dans la petite salle des archives où règne mon amie Lacosta, custodian of the records, on consulte avec émotion les registres mentionnant les décès de Napoleon Bonaparte, late Emperor of France, de Cipriani, steward of the general Bonaparte, les baptêmes d'Arthur Bertrand et des deux petites Montholon.

Jamestown dispose de deux hôtels, rénovés en 2002 à l'occasion des fêtes marquant le cinquième centenaire de la découverte de l'île : The Wellington (que nous avons naturellement boudé !) et The Consulate, charmante demeure coloniale où nous avons pris nos quartiers pour une semaine. La bonne table de l'île est le restaurant Ann's au fond du jardin du Castle, dont la patronne accueillante et dynamique a été aux petits soins pour nous durant tout notre séjour. Jamestown dispose également de deux ou trois coffee shop, mais en trois minutes vous avez fait le tour du centre ville. Cependant, les nombreux îliens qui travaillent sur la base américaine de l'Ascension ou les bases britanniques des Falklands (les Malouines si vous préférez) ramènent beaucoup d'argent et se font construire des maisons un peu partout sur l'île, au point que les paysages s'en trouvent transformés (Ce ne sont pas les Baléares, mais le processus est en cours). Si bien que leur descente à Jamestown pour faire leurs courses provoque des embouteillages (si on peut dire !) et qu'il a fallu créer une Zone Bleue.

 

Longwood House

Longwood House, résidence de Napoléon. Vue générale.

La longue route au-delà de Napoleon Street laisse à droite l'embranchement pour les Briars et plus haut le chemin descendant à la Tombe (nous y reviendrons) pour atteindre le relais de Hutt's Gate, contourner le Bol de Punch du Diable et aboutir après 11 kilomètres sur le plateau de Longwood.

Longwood Longwood ou Giverny ?

Franchissant silencieusement le portail du domaine français, le visiteur est immédiatement surpris par l'abondance de la végétation et se demande si, s'étant trompé de destination, il ne se trouve pas à Giverny. En fait, les travaux d'adduction d'eau entrepris par Hudson Lowe et ses successeurs, l'éradication des chèvres sauvages qui dévoraient la végétation, la lutte contre les rats et leurs prédations, ont profondément transformé l'aspect de l'île. Elle comporte toujours des zones désolées, battues par les vents, mais la végétation tropicale, détruite par les premiers colonisateurs, a reconquis de vastes territoires.

Longwood, le jardin de Marchand et l'appartement de l-Empereur.

Déjà, les travaux de jardinage entrepris par Napoléon à partir de 1819 et dont il était très fier, ont complètement transformé l'environnement de Longwood House au point que Las Cases, s'il était revenu en 1821, n'aurait rien reconnu ! Or, la plupart des pèlerins vivent des descriptions du Mémorial et on devine leur surprise ! En fait, Michel Martineau a voulu reconstituer les jardins de 1820-1821, avec leurs allées encaissées, leurs plantations, leurs bassins, comme les photos aériennes permettent d'en retrouver les tracés.

Bibliothèque et jardin d'Ali.

Napoléon n'a-t-il pas dit à Bertrand en décembre 1819 : " Quand je ne serai plus ici, les voyageurs anglais feront le dessin de ce jardin fait par Napoléon. Il n'en est aucun qui ne veuille le visiter ". De même, les bâtiments doivent être très souvent repeints et l'affreuse peinture rouge, visible sur de nombreuses photos, a disparu, remplacée par une couleur crème, proche de l'originale. Toutefois, la salle de billard, initialement construite en bois, est peinte en gris foncé, pour maintenir un nécessaire contraste avec les autres bâtiments.

Le bassin et le kiosque chinois.

Sous le soleil de l'été austral, Longwood est loin d'avoir un aspect déplaisant, mais à tout moment le climat se rappelle à nous par un nuage qui en quelques secondes envahit le plateau, suivi d'une averse de quelques minutes, puis le soleil réapparaît. Pensons cependant aux neuf autres mois de l'année durant lesquels le soleil disparaît pendant des semaines entières. Le soleil d'été ne parvient d'ailleurs pas à ôter l'odeur de moisi qui imprègne tout vêtement ou livre ayant passé une nuit à Longwood. Seule la machine à laver la fera disparaître !

Jacque Macé attend sous la véranda d'être introduit par le mameluk de service.
La salle de bain.

Faut-il décrire les six pièces de Longwood tant elles sont connues ?
La véranda, le parloir où le billard a retrouvé sa place initiale, le salon où, entre les deux fenêtres, le lit de camp aux rideaux verts occupe l'endroit même où l'Empereur est décédé, la sombre salle à manger qui a retrouvé sa table d'origine et la bibliothèque où régnait le mameluk Ali, les deux petites pièces de l'Empereur enfin dans lesquelles quelques meubles dispersés en vente publique en 1821 ont repris leur place et cette salle de bain à la baignoire en cuivre dans laquelle il a rêvassé ou s'est conté durant de longues heures.

L'authentique table de salle à manger de l'Empereur.

Le salon. Lit à l'emplacement du décès de l'Empereur.

Dans le cabinet de travail de l'Empereur.

Si vous vous y trouvez dans la journée, avec quelques autres visiteurs, vous avez l'impression de parcourir les salles d'un quelconque musée mais il faut, comme j'ai pu le faire, y pénétrer seul à la tombée de la nuit, passer de pièce en pièce en entendant ses pas résonner sur les parquets, revivre telle ou telle scène à l'endroit précis où elle s'est déroulée, pour être saisi par la puissance évocatrice du lieu. A ce moment seulement, vous avez pleine conscience du calvaire de Sainte-Hélène.

 Autel dressé dans la salle à manger.

Nous avons pénétré plusieurs fois à Longwood mais notre première visite a été marquée par un fait historique : pour la première fois depuis avril 1821, un prêtre catholique, le père Joe Whelam, a célébré une messe dans la salle à manger de nouveau transformée en chapelle, sur la console utilisée en autel lors de l'office des obsèques et avec la nappe de l'abbé Vignali, spécialement amenée de Malmaison. Quel intense moment de prière en ce lieu pour le repos éternel de l'Empereur Napoléon, en y associant le nom de Gilbert Martineau qui, conservateur durant trente-cinq ans, a tant fait pour la préservation de ce site. Un fauteuil vide lui avait été réservé.

Vue arrière de l'appartement de Las Cases.

Enfin, le mardi 15 avril, nous avons participé à l'inauguration des nouvelles salles installées dans les constructions annexes de Longwood, jusqu'ici résidence du consul français. Celui-ci réside maintenant aux Briars. En fait, ces bâtiments n'ont rien d'originaux puisqu'ils avaient été complètement rasés en 1860 et reconstruits dans les années 1930, en respectant seulement les dimensions extérieures.

Maisons Gourgaud et Montholon.

Salon Montholon, vue actuelle.

La chambre de l'officier d'ordonnance britannique et le logement des Las Cases sont reproduits à l'identique, mais les habitations du général Gourgaud, du docteur O'Meara et de la famille Montholon ont été regroupées en une salle à manger et deux grands salons, constituant à la fois un espace permettant à la France de recevoir dignement ses invités en son Domaine de Sainte-Hélène et un lieu d'exposition permanente de tableaux, gravures, souvenirs, mobiliers en relation avec l'histoire de la Captivité.

Le piano de Fanny Bertrand et d'Albine de Montholon.

On peut y voir l'authentique " piano de madame Bertrand " sur lequel Albine de Montholon jouait des romances italiennes à l'Empereur et la grande table de salle à manger importée d'Angleterre pour équiper New Longwood House, maison que Napoléon n'a jamais occupée. Cette table figure sur de nombreuses photos de la salle à manger de Longwood car elle y a été longtemps exposée. La véritable table de l'Empereur, beaucoup plus modeste, a aujourd'hui retrouvé sa place.

Il fallait observer les visages étonnés et ravis des personnalités de Sainte-Hélène qui voyaient pour la première fois Longwood sous cet aspect. Deux jours plus tard, le St-Helena Herald, journal local généralement critique ou ironique vis à vis des pèlerins français, publiait en première page un long article consacré à cette manifestation et soulignant que Longwood constituait un élément majeur, non seulement du patrimoine français, mais aussi du patrimoine de Saint-Helena Island. Napoléon est donc aujourd'hui considéré par les îliens comme citoyen d'honneur de Sainte-Hélène.

Dans les jardins de Longwood, le bassin en forme de chapeau impérial est couvert de nénuphars, le pavillon chinois, restauré grâce à un don de la Fondation Napoléon, brille comme un sou neuf. L'emplacement de la volière est dégagé. Il attend qu'un généreux mécène fasse réaliser une réplique de l'authentique volière qui se trouve au Musée-Hôtel Bertrand de Châteauroux. Avis aux amateurs.

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