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Impressions de voyage à Sainte-Hélène
5 - 23 avril 2003
par Jacques Macé
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Maison Bertrand et New Longwood House

La maison Bertrand.

A moins de deux cents mètres de la véranda de Longwood House, de l'autre côté de la route d'enceinte, se dresse toujours la plaisante maison construite spécialement pour la famille Bertrand, avec son avancée ajoutée sur l'ordre de Sir Hudson Lowe prescrivant de ne rien refuser qui pourrait être agréable à sa semi-compatriote madame Bertrand. C'est là que Napoléon venait observer à la lorgnette les courses de chevaux sur le champ de Deadwood et les conversations de ses officiers avec les commissaires étrangers qu'il se refusait de recevoir. Nous avons pique-niqué dans le jardin de Fanny Bertrand, face à l'admirable paysage du et du Barn.

Pique-nique des Amis de Malmaison chez Fanny Bertrand., devant le Flagstaff et le Barn.

Ces deux sommets étaient visibles depuis la véranda de Longwood, mais sont aujourd'hui masqués par des arbres. La vue depuis la maison Bertrand est en revanche préservée. Bien que la maison ne soit qu'une dizaine de mètres en contrebas de Longwood, le temps y est souvent très clair alors que Longwood est dans la brume. L'avocat de Jamestown et sa jeune épouse qui y résident semblent s'y trouver fort bien.

A peu de distance, on retrouve l'emplacement, entaillé dans la colline et bien à l'abri, de New Longwood House, terminée en décembre 1820, dans laquelle Napoléon refusait de déménager pour un problème de grille d'enceinte, pourtant mineur. Voici une cinquantaine d'années, plutôt que de restaurer New House, rongée par les termites, le gouverneur a préféré la raser. Le site abrite aujourd'hui des hangars agricoles.

Hutt's Gate Store. Le premier domicile des Bertrand se trouvait de l'autre côté de la route.

Avant de venir habiter près de Longwood, les Bertrand ont occupé jusqu'en octobre 1816 une maison située en face du petit magasin de Hutt's Gate. On ne trouve plus que quelques ruines de cette maison car l'habitude à Sainte-Hélène, quand une maison est dégradée, est de la laisser tomber en ruine et d'en construire une autre à côté !



La Tombe

Le chemin descendant à la Tombe de l'Empereur Napoléon

Pour ma part, je considère que la vallée de la Tombe où je me suis rendu deux fois, dont une fois avec un seul ami, est le site le plus émouvant de l'île. Le chemin qui y descend depuis la route, élargi en 1840 pour permettre la remontée du sarcophage, est l'un des sites les plus romantiques que je connaisse au monde. Les saules dont on parle tant, et qui n'étaient pas pleureurs, ont pratiquement disparu, victimes d'un parasite.

La Tombe, le jardinier chargé de l'entretien du site.

Mais, dans son vallon, la Tombe demeure, couverte d'une dalle de ciment armé sans aucune mention, entourée d'éléments de grille en provenance de New House. Plus de six cents mètres de ce type de grille haut d'un mètre cinquante seulement avaient été importés et on en retrouve des éléments un peu partout dans l'île, jusqu'autour du jardin public de Jamestown. Bien entendu, nous avons déposé des gerbes devant la Tombe. En fouillant à proximité dans la végétation, nous avons retrouvé la source de Torbett où, chaque matin, un Chinois venait puiser deux bouteilles pour la consommation personnelle de l'Empereur.



Tombe de l'Empereur. Dépôt de gerbes. La source Torbett.

 

Les Briars

Le pavillon des Briars.

Après l'unique nuit passée à la pension Porteous, Napoléon a vécu sept semaines, certainement les plus heureuses de la captivité, au petit pavillon des Briars, à proximité de la famille Balcombe . . . . dont l'une des filles se prénommait Betsy. Dès 1816, deux ailes ont été ajoutées au pavillon pour y loger l'amiral commandant la flotte à Sainte-Hélène. Situé à proximité de Jamestown, le site des Briars est l'objet d'une pression immobilière qui désole ceux qui l'ont connu voici vingt ou trente ans.

Aux Briars, sur le secrétaire, portraits des Balcombe.

Néanmoins, le pavillon est toujours charmant et, à titre personnel, Michel Martineau a acheté une vaste partie de la vallée en amont pour la préserver de toute construction. C'est devant Les Briars que nous avons tenu notre soirée d'adieu.
Offerts à la France en 1959 par Mrs Mabel, arrière-petite-fille de Betsy Balcombe, Les Briars constituent, après Longwood House et la Tombe, le troisième des Domaines français de Sainte-Hélène.

A travers l'île

Michel Martineau présente un jeune gommier aux Amis de Malmaison.

Sous la conduite de l'infatigable marcheur qu'est Michel Martineau, nous avons en 7 jours parcouru l'île dans tous les sens, dirigeant principalement nos pas vers les sites ayant un rapport avec la Captivité. Je n'en ferai qu'une énumération :

Vallée du pêcheur, maison de la Nymphe.

* La Vallée du Pêcheur, proche de Longwood, où les premiers mois Napoléon fit de nombreuses promenades. On y voit encore les ruines de la maison des Robinson, dont les exilés surnommaient la ravissante fille la Nymphe de la Vallée.

* Orange Grove (ou Teutonic Hall), également en ruine, demeure de Miss Mason, extravagante Anglaise qui parcourait l'île à califourchon sur un bœuf. Très amie des Français, elle accueillit avec des cris de joie le général Gourgaud en 1840.

* Pique-nique à Maldivia, maison du major Hodson, surnommé Hercule et très francophile, auquel Napoléon rendait visite depuis les Briars.

* Rosemary Plain, où se trouve, reconstruite, Rosemay Hall, maison occupée par Balmain et Stürmer, les commissaires russe et autrichien. Montchenu, le commissaire français (un vieux con, disait Napoléon), préférait par économie loger à Jamestown en face de la pension Porteous. Sa maison existe toujours.

Farm Lodge où Napoléon aurait pu être transféré.

A proximité de Rosemary, se trouve également Farm Lodge, ravissante demeure où Hudson Lowe aurait peut-être accepté de transférer Napoléon en 1818 si le général Gourgaud ne lui avait inconsidérément déclaré que le site de Longwood était de loin le plus facile à garder. Farm Lodge est aujourd'hui un hôtel-résidence de luxe pour happy few souhaitant échapper temporairement au stress de la vie moderne.

* Rock Rose, en ruine, où résidèrent un mois Las Cases, puis Gourgaud, en attendant leur départ de l'île.

Sandy Bay.

* Et bien sûr Mount Pleasant, la demeure de Sir William Doveton, dominant le fabuleux paysage de Sandy Bay. Comme Napoléon le 4 octobre 1820, jour de sa dernière sortie, les Amis de Malmaison ont pique-niqué devant la maison de Sir William et ont invité ses successeurs à partager leur déjeuner.

Pique-nique des Amis de Malmaison à Mount Pleasant, comme Napoléon le 4 octobre 1820.

Nos pique-niques étaient d'ailleurs fort bien pourvus puisque l'extraordinaire Ann de Jamestown envoyait son personnel porter les victuailles, dresser tables et chaises à l'endroit où nous étions attendus. La vie des îles avant de retomber dans les dures réalités de la vie parisienne !

* Le lever du soleil au pied du Barn et devant Prosperous Bay (suivi bien sûr d'un petit déjeuner apporté par Ann), non loin du plateau ou peut-être un jour des avions plus ou moins gros déverseront des flots de touristes . . . La population est très divisée au sujet de la construction d'un aéroport, certains y voyant la clé du développement de l'île, les autres craignant à juste titre qu'elle n'y perde son âme. Là se trouvait la forêt de gommiers, petits arbres couchés par le vent, décrite par Las Cases. Cette espèce a été en voie de disparition et, depuis deux ans, une opération de reforestation est menée. Les Amis de Malmaison ont pu financer de jeunes plants auxquels la plupart d'entre eux ont donné les noms de leurs petits-enfants. Si un jour ceux-ci viennent à Sainte-Hélène, ils y trouveront "leur" gommier.


Castle de Jamestown, bureau du Gouverneur. Au mur, portraits de Napoléon III et d'Eugénie évoquant la visite de l'Impératrice en 1860. Salon de Plantation House.

* Au Castle de Jamestown, visite de la Chambre du Conseil de Sainte-Hélène et du bureau du Gouverneur.

A Plantation House, les jardiniers font la pause.

*Visite de Plantation House, dont nous dirons seulement que la décoration intérieure est . . . très british. A défaut du Gouverneur, en mission à Londres, nous y avons été reçu par Jonathan, la tortue galapago vieille de 170 ans, qui a toujours bons pieds, bon œil (elle n'en a plus qu'un !).

Cimetière Saint-Paul, carré des tombes 1800-1820.

*Cathédrale St-Paul, reconstruite en 1851, et son cimetière ou fut inhumé le steward Cipriani. Les tombes de cette époque sont à l'abandon, sans inscriptions et envahies par les herbes.
* Pour montrer que nous n'étions pas sectaires, nous avons aussi visité Prince's Lodge, la fort jolie maison de Robin Castell, riche Anglais ayant émigré en Afrique du Sud au bon temps de l'apartheid. Il a publié, à compte d'auteur, de superbes albums de photos consacrés à l'histoire et à la géographie de Sainte-Hélène.

Malheureusement, à côté de lui, Hudson Lowe et son adjoint Thomas Reade sembleraient des napoléonistes convaincus. Dans les écrits de Castell, Bonaparte est toujours le tyran ou l'infâme prisonnier. Voici un échantillon de son style : " La fin de l'appétit de Bonaparte à dominer le monde marque le rétablissement de la paix et de la liberté pour toutes les nations. C'est vraiment une pitié qu'il ait fallu l'incarcération d'un si notoire criminel pour faire connaître l'île de Sainte-Hélène ". Parfois le grotesque le dispute au risible.

Tour de l'île.

*Les plus courageux, une dizaine, entreprirent un tour complet de l'île en bateau de pêche. Signalons à ce sujet une anecdote qui montre comment s'écrit l'histoire. On eut beaucoup de mal à se procurer du plâtre pour prendre le masque mortuaire de l'Empereur. On en trouva cependant sur l'île près d'un lieu dit Saint-Georges.

Gypse ou guano ?

Un jour, un historien découvrit un petit îlot tout blanc, nommé également Saint-Georges, très difficile d'accès et il décrivit une homérique et dangereuse expédition pour prélever du gypse sur cet îlot. Son récit eut tant de succès qu'on le trouve reproduit dans la plupart des livres sur le décès de l'Empereur. Il n'avait cependant pas remarqué que l'îlot n'était pas recouvert de gypse, mais de guano.

Le retour

La semaine nous a paru bien courte, riche en découvertes et émotions. La réalité du retour nous a frappé en plein visage quand, soudain, le RMS St-Helena est apparu en rade de Jamestown, revenant de l'île de l'Ascension. Il a fallu dire adieu à la population de Sainte-Hélène, si calme, si souriante, si loin de notre vie moderne. Ô, bien sûr, depuis 8 ans elle reçoit la télévision, depuis deux ans elle est connectée à Internet, mais sa vie se déroule toujours au rythme des passages du RMS, seul repère datant psychologiquement les événements. Combien de temps l'île va-t-elle encore résister à la pression du monde ? Début 2002, les îliens ont obtenu le british passport, qui leur permet de s'installer n'importe où dans le Royaume Uni. On constate depuis lors une chute de la population, le départ des artisans. Où cette évolution s'arrêtera-t-elle ? L'aéroport, un hôtel de luxe, un terrain de golf constituent-ils des solutions miracle ? L'avenir nous le dira.

Dans cette situation, Longwood House semble aujourd'hui bien armée pour résister à l'usure du temps. Non seulement elle survit, mais elle vit, appliquant les principes modernes de la muséographie, devenant un lieu de mémoire plus qu'un lieu de conservation tatillonne d'un passé révolu, n'en déplaise aux nostalgiques qui voudraient la voir plongée dans le formol. Ainsi préservera-t-elle sa raison d'être et son âme.

Adieu, Sainte-Hélène.

Le 17 avril, le RMS faisait exceptionnellement pour nous le tour des trois quarts de l'île, de Jamestown à Sandy Bay, avant de prendre la direction du Cap. Immédiatement, l'île se couvrait de brumes comme nous n'en avions jamais vues, avant de disparaître à l'horizon.

Retour au Cap (Afrique du Sud).

Au matin du 22 avril, la Montagne de la Table apparaissait devant l'étrave du RMS. Le rêve s'achevait, mais tous pensaient qu'un jour peut-être ils reviendraient à Sainte-Hélène.

Hommages

Cet extraordinaire voyage n'aurait pu avoir lieu sans le considérable travail de préparation effectué depuis deux ans par :

. Bernard Chevallier, Conservateur des Musées de Malmaison et Bois-Préau, qui a lancé puis piloté l'opération.

. Michel Martineau, Consul honoraire de France à Sainte-Hélène, Conservateur des Domaines français de Sainte-Hélène, qui a tout préparé sur place, puis qui pendant une semaine s'est dépensé sans compter pour assurer le bon déroulement des activités, avec l'aide de l'ensemble du personnel de Longwood House. L'inauguration du 15 avril a consacré le couronnement de ses années d'efforts pour insuffler une nouvelle vie au domaine de Longwood.

. Josette Lebrun, secrétaire de la Société des Amis de Malmaison, sans qui rien n'aurait été possible.

Remercions également les Saints (habitants de Sainte-Hélène) qui, propriétaires de maisons historiques, commerçants, fonctionnaires, nous ont si gentiment accueillis et aidés. Ainsi que Chris Amstrong, directeur de l'agence Instant Travel au Cap, qui avec son guide Jorge a efficacement organisé notre double passage au Cap et la visite de la région, du vignoble de Constance, si apprécié de l'Empereur, au cap de Bonne Espérance.

Jacques Macé - Avril 2003



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Jacques Macé est l'auteur de:

Le général Gourgaud. Biographie.
Polytechnicien et artilleur, issu d'une célèbre famille d'artistes, Gaspard Gourgaud a participé jusqu'en 1811 aux campagnes de la Grande Armée. Officier exceptionnel, il devient premier officier d'ordonnance de Napoléon Ier et lui sauve la vie à deux reprises, à Moscou en 1812 puis à Brienne en 18l4. Après la défaite de Waterloo et l'abdication, il obtient le droit d'accompagner l'Empereur à Sainte-Hélène, mais son caractère ombrageux et ses emportements le mettent en conflit avec ses compagnons...
Nouveau Monde Editions, 2006. Bibliothèque Napoléon - Broché, 354 p.

La petite fiancée de Napoléon : Souvenirs de Betsy Balcombe à Sainte-Hélène (1815-1818). Jacques Macé, auteur du Dictionnaire historique de Sainte-Hélène, «a enrichi les Souvenirs de Betsy d'un remarquable appareil critique qui leur donne une importance qu'ils n'avaient pas à l'origine». (Jean Tulard).
Editions Tallandier, 2005, 191 pages, édition revue et augmentée.

Dictionnaire historique de Sainte-Hélène. Tous y revivront la fin du «plus grand capitaine du monde» sur ce bout de terre qui n’a que très peu changé depuis deux siècles.
Editions Tallandier, 2004, 488 pages.

Paul et Laura Lafargue, du droit à la paresse au droit de choisir sa mort. Evocation de la vie (et de la mort) de la fille et du gendre de Karl Marx - L'Harmattan, 2001, 216 pages.

L'honneur retrouvé du général de Montholon, de Napoléon 1er à Napoléon III,
aux Editions Christian (Picard Diffusion), 14 rue Littré, Paris, 2000.

Les fantômes de Villiers, chronique du château de Villiers à Draveil de 1550 à nos jours / Jacques Macé. - Draveil : chez L'Auteur, 1997 224 p. : ill.

 

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