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Maison Bertrand
et New Longwood House
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A moins de deux cents mètres de la véranda
de Longwood House, de l'autre côté de la route d'enceinte,
se dresse toujours la plaisante maison construite spécialement
pour la famille Bertrand, avec son avancée ajoutée
sur l'ordre de Sir Hudson Lowe prescrivant de ne rien refuser
qui pourrait être agréable à sa semi-compatriote
madame Bertrand. C'est là que Napoléon venait observer
à la lorgnette les courses de chevaux sur le champ de
Deadwood et les conversations de ses officiers avec les commissaires
étrangers qu'il se refusait de recevoir. Nous avons pique-niqué
dans le jardin de Fanny Bertrand, face à l'admirable paysage
du et du Barn. |
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Ces deux sommets étaient visibles depuis
la véranda de Longwood, mais sont aujourd'hui masqués
par des arbres. La vue depuis la maison Bertrand est en revanche
préservée. Bien que la maison ne soit qu'une dizaine
de mètres en contrebas de Longwood, le temps y est souvent
très clair alors que Longwood est dans la brume. L'avocat
de Jamestown et sa jeune épouse qui y résident
semblent s'y trouver fort bien. |
A peu de distance, on retrouve l'emplacement,
entaillé dans la colline et bien à l'abri, de New
Longwood House, terminée en décembre 1820, dans
laquelle Napoléon refusait de déménager
pour un problème de grille d'enceinte, pourtant mineur.
Voici une cinquantaine d'années, plutôt que de restaurer
New House, rongée par les termites, le gouverneur a préféré
la raser. Le site abrite aujourd'hui des hangars agricoles.
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Avant de venir habiter près de Longwood,
les Bertrand ont occupé jusqu'en octobre 1816 une maison
située en face du petit magasin de Hutt's Gate. On ne
trouve plus que quelques ruines de cette maison car l'habitude
à Sainte-Hélène, quand une maison est dégradée,
est de la laisser tomber en ruine et d'en construire une autre
à côté ! |
La Tombe
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Pour ma part, je considère que la vallée
de la Tombe où je me suis rendu deux fois, dont une fois
avec un seul ami, est le site le plus émouvant de l'île.
Le chemin qui y descend depuis la route, élargi en 1840
pour permettre la remontée du sarcophage, est l'un des
sites les plus romantiques que je connaisse au monde. Les saules
dont on parle tant, et qui n'étaient pas pleureurs, ont
pratiquement disparu, victimes d'un parasite. |
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Mais, dans son vallon, la Tombe demeure, couverte
d'une dalle de ciment armé sans aucune mention, entourée
d'éléments de grille en provenance de New House.
Plus de six cents mètres de ce type de grille haut d'un
mètre cinquante seulement avaient été importés
et on en retrouve des éléments un peu partout dans
l'île, jusqu'autour du jardin public de Jamestown. Bien
entendu, nous avons déposé des gerbes devant la
Tombe. En fouillant à proximité dans la végétation,
nous avons retrouvé la source de Torbett où, chaque
matin, un Chinois venait puiser deux bouteilles pour la consommation
personnelle de l'Empereur. |
Les Briars
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Après l'unique nuit passée à
la pension Porteous, Napoléon a vécu sept semaines,
certainement les plus heureuses de la captivité, au petit
pavillon des Briars, à proximité de la famille
Balcombe . . . . dont l'une des filles se prénommait Betsy.
Dès 1816, deux ailes ont été ajoutées
au pavillon pour y loger l'amiral commandant la flotte à
Sainte-Hélène. Situé à proximité
de Jamestown, le site des Briars est l'objet d'une pression immobilière
qui désole ceux qui l'ont connu voici vingt ou trente
ans. |
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Néanmoins, le pavillon est toujours charmant
et, à titre personnel, Michel Martineau a acheté
une vaste partie de la vallée en amont pour la préserver
de toute construction. C'est devant Les Briars que nous avons
tenu notre soirée d'adieu.
Offerts à la France en 1959 par Mrs Mabel, arrière-petite-fille
de Betsy Balcombe, Les Briars constituent, après Longwood
House et la Tombe, le troisième des Domaines français
de Sainte-Hélène. |
A travers
l'île
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Sous la conduite de l'infatigable marcheur qu'est
Michel Martineau, nous avons en 7 jours parcouru l'île
dans tous les sens, dirigeant principalement nos pas vers les
sites ayant un rapport avec la Captivité. Je n'en ferai
qu'une énumération : |
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* La Vallée du Pêcheur, proche de
Longwood, où les premiers mois Napoléon fit de
nombreuses promenades. On y voit encore les ruines de la maison
des Robinson, dont les exilés surnommaient la ravissante
fille la Nymphe de la Vallée. |
* Orange Grove (ou Teutonic Hall), également
en ruine, demeure de Miss Mason, extravagante Anglaise qui parcourait
l'île à califourchon sur un buf. Très
amie des Français, elle accueillit avec des cris de joie
le général Gourgaud en 1840.
* Pique-nique à Maldivia, maison du major Hodson, surnommé
Hercule et très francophile, auquel Napoléon rendait
visite depuis les Briars.
* Rosemary Plain, où se trouve, reconstruite, Rosemay
Hall, maison occupée par Balmain et Stürmer, les
commissaires russe et autrichien. Montchenu, le commissaire français
(un vieux con, disait Napoléon), préférait
par économie loger à Jamestown en face de la pension
Porteous. Sa maison existe toujours.
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A proximité de Rosemary, se trouve également
Farm Lodge, ravissante demeure où Hudson Lowe aurait peut-être
accepté de transférer Napoléon en 1818 si
le général Gourgaud ne lui avait inconsidérément
déclaré que le site de Longwood était de
loin le plus facile à garder. Farm Lodge est aujourd'hui
un hôtel-résidence de luxe pour happy few souhaitant
échapper temporairement au stress de la vie moderne.
* Rock Rose, en ruine, où résidèrent un
mois Las Cases, puis Gourgaud, en attendant leur départ
de l'île. |
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* Et bien sûr Mount Pleasant, la demeure
de Sir William Doveton, dominant le fabuleux paysage de Sandy
Bay. Comme Napoléon le 4 octobre 1820, jour de sa dernière
sortie, les Amis de Malmaison ont pique-niqué devant la
maison de Sir William et ont invité ses successeurs à
partager leur déjeuner. |
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Nos pique-niques étaient d'ailleurs fort
bien pourvus puisque l'extraordinaire Ann de Jamestown envoyait
son personnel porter les victuailles, dresser tables et chaises
à l'endroit où nous étions attendus. La
vie des îles avant de retomber dans les dures réalités
de la vie parisienne ! |
* Le lever du soleil au pied du Barn
et devant Prosperous Bay (suivi bien sûr d'un petit déjeuner
apporté par Ann), non loin du plateau ou peut-être
un jour des avions plus ou moins gros déverseront des
flots de touristes . . . La population est très divisée
au sujet de la construction d'un aéroport, certains y
voyant la clé du développement de l'île,
les autres craignant à juste titre qu'elle n'y perde son
âme. Là se trouvait la forêt de gommiers,
petits arbres couchés par le vent, décrite par
Las Cases. Cette espèce a été en voie de
disparition et, depuis deux ans, une opération de reforestation
est menée. Les Amis de Malmaison ont pu financer de jeunes
plants auxquels la plupart d'entre eux ont donné les noms
de leurs petits-enfants. Si un jour ceux-ci viennent à
Sainte-Hélène, ils y trouveront "leur"
gommier.
* Au Castle de Jamestown, visite de la
Chambre du Conseil de Sainte-Hélène et du bureau
du Gouverneur.
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*Visite de Plantation House, dont nous dirons seulement
que la décoration intérieure est . . . très
british. A défaut du Gouverneur, en mission à Londres,
nous y avons été reçu par Jonathan, la tortue
galapago vieille de 170 ans, qui a toujours bons pieds, bon il
(elle n'en a plus qu'un !). |
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*Cathédrale St-Paul, reconstruite en 1851,
et son cimetière ou fut inhumé le steward Cipriani.
Les tombes de cette époque sont à l'abandon, sans
inscriptions et envahies par les herbes.
* Pour montrer que nous n'étions pas sectaires, nous avons
aussi visité Prince's Lodge, la fort jolie maison de Robin
Castell, riche Anglais ayant émigré en Afrique
du Sud au bon temps de l'apartheid. Il a publié, à
compte d'auteur, de superbes albums de photos consacrés
à l'histoire et à la géographie de Sainte-Hélène.
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Malheureusement, à côté
de lui, Hudson Lowe et son adjoint Thomas Reade sembleraient
des napoléonistes convaincus. Dans les écrits de
Castell, Bonaparte est toujours le tyran ou l'infâme
prisonnier. Voici un échantillon de son style : "
La fin de l'appétit de Bonaparte à dominer le monde
marque le rétablissement de la paix et de la liberté
pour toutes les nations. C'est vraiment une pitié qu'il
ait fallu l'incarcération d'un si notoire criminel pour
faire connaître l'île de Sainte-Hélène
". Parfois le grotesque le dispute au risible.
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*Les plus courageux, une dizaine, entreprirent
un tour complet de l'île en bateau de pêche. Signalons
à ce sujet une anecdote qui montre comment s'écrit
l'histoire. On eut beaucoup de mal à se procurer du plâtre
pour prendre le masque mortuaire de l'Empereur. On en trouva
cependant sur l'île près d'un lieu dit Saint-Georges.
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Un jour, un historien découvrit un petit
îlot tout blanc, nommé également Saint-Georges,
très difficile d'accès et il décrivit une
homérique et dangereuse expédition pour prélever
du gypse sur cet îlot. Son récit eut tant de succès
qu'on le trouve reproduit dans la plupart des livres sur le décès
de l'Empereur. Il n'avait cependant pas remarqué que l'îlot
n'était pas recouvert de gypse, mais de guano. |
Le retour
La semaine nous a paru bien courte, riche
en découvertes et émotions. La réalité
du retour nous a frappé en plein visage quand, soudain,
le RMS St-Helena est apparu en rade de Jamestown, revenant
de l'île de l'Ascension. Il a fallu dire adieu à
la population de Sainte-Hélène, si calme, si souriante,
si loin de notre vie moderne. Ô, bien sûr, depuis
8 ans elle reçoit la télévision, depuis
deux ans elle est connectée à Internet, mais sa
vie se déroule toujours au rythme des passages du RMS,
seul repère datant psychologiquement les événements.
Combien de temps l'île va-t-elle encore résister
à la pression du monde ? Début 2002, les îliens
ont obtenu le british passport, qui leur permet de s'installer
n'importe où dans le Royaume Uni. On constate depuis lors
une chute de la population, le départ des artisans. Où
cette évolution s'arrêtera-t-elle ? L'aéroport,
un hôtel de luxe, un terrain de golf constituent-ils des
solutions miracle ? L'avenir nous le dira.
Dans cette situation, Longwood House semble aujourd'hui bien
armée pour résister à l'usure du temps.
Non seulement elle survit, mais elle vit, appliquant les principes
modernes de la muséographie, devenant un lieu de mémoire
plus qu'un lieu de conservation tatillonne d'un passé
révolu, n'en déplaise aux nostalgiques qui voudraient
la voir plongée dans le formol. Ainsi préservera-t-elle
sa raison d'être et son âme.
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Le 17 avril, le RMS faisait exceptionnellement
pour nous le tour des trois quarts de l'île, de Jamestown
à Sandy Bay, avant de prendre la direction du Cap. Immédiatement,
l'île se couvrait de brumes comme nous n'en avions jamais
vues, avant de disparaître à l'horizon. |
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Au matin du 22 avril, la Montagne de la Table apparaissait
devant l'étrave du RMS. Le rêve s'achevait,
mais tous pensaient qu'un jour peut-être ils reviendraient
à Sainte-Hélène. |
Hommages
Cet extraordinaire voyage n'aurait pu
avoir lieu sans le considérable travail de préparation
effectué depuis deux ans par :
. Bernard Chevallier, Conservateur des Musées de Malmaison
et Bois-Préau, qui a lancé puis piloté l'opération.
. Michel Martineau, Consul honoraire de France à Sainte-Hélène,
Conservateur des Domaines français de Sainte-Hélène,
qui a tout préparé sur place, puis qui pendant
une semaine s'est dépensé sans compter pour assurer
le bon déroulement des activités, avec l'aide de
l'ensemble du personnel de Longwood House. L'inauguration du
15 avril a consacré le couronnement de ses années
d'efforts pour insuffler une nouvelle vie au domaine de Longwood.
. Josette Lebrun, secrétaire de la Société
des Amis de Malmaison, sans qui rien n'aurait été
possible.
Remercions également
les Saints (habitants de Sainte-Hélène) qui, propriétaires
de maisons historiques, commerçants, fonctionnaires, nous
ont si gentiment accueillis et aidés. Ainsi que Chris
Amstrong, directeur de l'agence Instant Travel au Cap, qui avec
son guide Jorge a efficacement organisé notre double passage
au Cap et la visite de la région, du vignoble de Constance,
si apprécié de l'Empereur, au cap de Bonne Espérance.
Jacques Macé - Avril 2003
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Jacques Macé
est l'auteur de:
Le général Gourgaud. Biographie.
Polytechnicien et artilleur,
issu d'une célèbre famille d'artistes, Gaspard
Gourgaud a participé jusqu'en 1811 aux campagnes de la
Grande Armée. Officier exceptionnel, il devient premier
officier d'ordonnance de Napoléon Ier et lui sauve la
vie à deux reprises, à Moscou en 1812 puis à
Brienne en 18l4. Après la défaite de Waterloo et
l'abdication, il obtient le droit d'accompagner l'Empereur à
Sainte-Hélène, mais son caractère ombrageux
et ses emportements le mettent en conflit avec ses compagnons...
Nouveau Monde Editions, 2006. Bibliothèque Napoléon
- Broché, 354 p.
La petite fiancée de Napoléon : Souvenirs
de Betsy Balcombe à Sainte-Hélène (1815-1818).
Jacques Macé, auteur du Dictionnaire historique de
Sainte-Hélène, «a enrichi les Souvenirs
de Betsy d'un remarquable appareil critique qui leur donne une
importance qu'ils n'avaient pas à l'origine». (Jean
Tulard).
Editions
Tallandier, 2005, 191 pages, édition revue et augmentée.
Dictionnaire
historique de Sainte-Hélène. Tous
y revivront la fin du «plus grand capitaine du monde»
sur ce bout de terre qui na que très peu changé
depuis deux siècles.
Editions
Tallandier, 2004, 488 pages.
Paul et Laura Lafargue, du droit à la paresse
au droit de choisir sa mort. Evocation de la vie (et de la
mort) de la fille et du gendre de Karl Marx - L'Harmattan, 2001,
216 pages.
L'honneur
retrouvé du général de Montholon, de Napoléon 1er
à Napoléon III,
aux Editions Christian (Picard Diffusion), 14 rue Littré,
Paris, 2000.
Les fantômes de Villiers, chronique du château
de Villiers à Draveil de 1550 à nos jours /
Jacques Macé. - Draveil : chez L'Auteur, 1997 224 p. :
ill. |