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Carte: Napoléon détermine la route à prendre pour rejoindre Paris

La Route Napoléon insolite
par Jacques L'Azou


CHAPITRE XIII

GRENOBLE - MERCREDI 8 ET JEUDI 9 MARS


En six jours, les soldats ont marché plus de 300 km et dans quelles conditions ! Dans la matinée, les derniers retardataires rejoignent peu à peu par petits groupes, l'uniforme couleur poussière. On s'empresse, on les réconforte et on se les dispute pour les inviter chez soi, à la table de famille. Bientôt ragaillardie, ces vieux grognards de la vieille garde se trouveront dans l'après-midi pour une revue solennelle sur la Place de Grenette. De part et d'autre de leur impressionnant carré, les deux régiments où s'est reformé la garnison de la ville, plus une troupe hétéroclite de militaires en demi-solde de tous grades de toutes armes, aux uniformes fripés sortis des armoires qui forme un bataillon qui vient de naître à Grenoble: «Le Bataillon de la violette».

Les rues avoisinantes sont envahies par une cohue de spectateurs. Les fenêtres, les balcons, les bords des toits, tout est pris d'assaut pour voir la première revue. Les tambours battent «Aux champs», et au centre d'un groupe d'officiers empanachés, de la rue Montorge débouche Napoléon redingote grise, petit chapeau, chevauchant Tauris. Suivi des lanciers du colonel Jermanowski, rutilant, sabre au clair et tunique au vent. Une ovation formidable couvre les carillons de la collégiale St André. Il est trois heures, cette revue va durer quatre heures. Napoléon passe devant chacun, dialoguant à brûle-pourpoint avec un soldat reconnu tout à coup entre mille. Pour l'Empereur, le triomphe se renouvelle à chaque pas. Grandiose par un élan patriotique rarement atteint, familière par ces manifestations d'attachement à l'armée, cette revue enchantera les Grenoblois.

Le matin déjà, à l'auberge des «Trois dauphins» Napoléon avait surpris les autorités municipales, judiciaires, religieuses et l'académie, qu'il avait reçu en audience à tour de rôle. Tous sont curieux et admiratifs, le félicitent de le voir revenir pour relever les principes de la Révolution, et tout en protestant de leur dévouement, lui font sentir qu'il fallait se préparer à un règne différent du précédent. Devant ce nouveau langage, éloigné de l'humble soumission d'autrefois, Napoléon ne témoigne aucune gêne ni mécontentement. Tranquille et serein dans son nouveau rôle, il dit à tous qu'il a passé dix mois à réfléchir et à en tirer des leçons, que les outrages au lieu de l'irriter l'avaient instruit:

«Pendant mon absence, on m'a couvert d'injures, on m'a appelé tyran et on m'a donné les noms les plus ignominieux. Pourquoi m'obéissiez-vous donc si j'étais un brigand ? Pourquoi observiez-vous les lois que je vous ai données de votre consentement ? Pourquoi acceptiez-vous les places ?.. Je ne puis supporter qu'on avilisse une nation généreuse qui a partagées mes destinées. Je n'aurais jamais quitter mon île si j'avais cru que la France pût être heureuse. Mais, dès que j'ai vu Louis XVIII dater «l'an vingt et unième de mon règne», j'ai dit il est perdu: il fallait qu'il se dégageât de ses vieilles idées, qu'il s'assit sur le trône que je quittais sans faire de changements, qu'il s'intitulât Louis 1er, datant de l'an l de son règne. Mais pour cela il fallait du courage, de la grandeur et beaucoup d'énergie ! Quand j'ai vu cela, je me suis décidé à revenir en France, sauver ce bon peuple qui ne mérite pas qu'on l'humilie. Ce n'est pas pour moi, j'ai assez de gloire ! Que me faut-il d'ailleurs ? Je mange peu, je dors peu, je n'ai pas de plaisir ...Ce n'est que pour cette grande nation !»

Le récit de ces visites officielles est rapporté par le maire. M. Renauldon et plusieurs magistrats dont M. Berriat Saint Prix. Puis l'empereur va leur parler de son fils pour qui «il va travailler désormais, qu'il venait pour préparer son règne, le lui ménager digne et tranquille».

«A Cannes, j'étais un aventurier, à Grenoble j'étais un prince» dit Napoléon dans le Mémorial. Le Jeudi 9 mars, sur le petit guéridon de sa chambre à l'auberge des «Trois Dauphins», vont être signés les premiers décrets impériaux «Par la grâce de Dieu et des Constitutions de l'Empire» il est redevenu «Empereur des français». Il légifère, nommant M. Claude Colaud de la Salcette préfet de l'Isère, destituant M. Harmand le préfet de Gap qui avait déserté, rappelant M. Fourrier, pour être préfet à Lyon. Le frère du nouveau préfet, Jean-Jacques Colaud commande la 7° division militaire à la place du général Marchand.

Surtout, il expédie Dumoulin à Turin avec une lettre pour sa femme Marie-Louise qu'il doit remettre au général autrichien Bubna que Napoléon connaît bien et avec qui il avait sympathisé quand l'Autriche était alliée de l'empire. Dans cette lettre, il lui annonce qu'il est bientôt maître de la France et qu'il l'attend à Paris avec son fils, pour le 20 mars jour de l'anniversaire de leur petit Napoléon...L'Impératrice ne quittera pas les bras de Neipperg, et par son attitude changera la face du monde. En effet, Napoléon, si son épouse l'avait rejoint, avait une solution politique: abdiquer en faveur de son fils Napoléon II et avec Marie-Louise comme régente, il obtenait l'aide de son beau-père l'Empereur d'Autriche. Il pouvait faire l'économie de Waterloo. On sait ce qu'il advint...

A l'auberge des «Trois Dauphins» Napoléon reçoit encore la générale Marchand, qui vient justifier la conduite de son mari. Un visiteur est annoncé: le général Chabert, général d'opposition qui avait crié «au dictateur» au coup d'état du 18 Brumaire et avait été jugé et dégradé après une défaite en Espagne.

-Bonjour général. Vous avez beaucoup souffert !
-Oui, Sire, vous m'avez traité de manière cruelle et bien injuste.
-Désormais, je ne vous ferai plus que du bien.
-Vous avez alors beaucoup de bien à me faire.
-Voulez-vous me servir ?
-Je suis et je serai toujours prêt à servir mon pays.

Le général Chabert sera nommé au commandement des Hautes-Alpes. Quand Napoléon apprendra qu'il a rallié sur les hauteurs de Gap, les troupes royalistes des généraux Gardanne et Miollis, il le fera baron.

Dans l'après-midi du 9 Mars une partie des troupes se met en marche sur Lyon par la porte de France, après avoir franchi l'Isère. Cette porte existe toujours, elle abrite le monuments aux morts de la guerre 1418. La route, près du jardin des Dauphins, montait à l'époque à flanc de coteau avant de traverser saint martin le Vinoux, en direction de Voreppe, Rives et Bourgoin-Jallieu. Le Bataillon de la Violette traîne à ses côtés des grappes d'amis de parents pour «assurer le retour du Père de la Patrie».
«Quinze jours après le séjour de l'Empereur à Grenoble, cent Grenoblois au moins étaient à Paris, sollicitant et répétant partout que c'étaient eux qui avaient mis l'Empereur sur le trône», Stendhal, Mémoires d'un touriste.

Toute une armée, les 5°, 7°, 11° régiments de ligne, le 4° d'artillerie, le 3° du génie, un train d'équipages, un parc d'artillerie, en tout 7.000 hommes menés par le 4° de Hussards en tenue étincelante bleu et rouge.

Pendant ce temps à Paris circulent des journaux annonçant que Buonaparte a été fait prisonnier à Grenoble, espérant que la nouvelle serait confirmée le lendemain... Les gros titres successifs de la presse parisienne sont à savourer :

L'ogre de Corse a débarqué à Golf Jouan !

Le cannibale marche sur Grasse !

L'usurpateur est entré dans Grenoble.

Napoléon marche sur Fontainebleau.

Sa Majesté est attendue demain à Paris.

Passant la Porte de France, l'Empereur monte en calèche et prend la route de Rives où il dîne le soir, à l'hôtel de la Poste. Il arrive à Bourgoin à 1 heure du matin, à l'hôtel du Parc, où Cambronne a fait le logement...

Avant de partir, Napoléon fait cette déclaration :

«Dauphinois, sur le point de quitter vos contrées pour me rendre dans ma bonne ville de Lyon, j'ai senti le besoin de vous exprimer toute l'estime que m'ont inspirée vos sentiments élevés. Mon coeur est tout plein des émotions que vous y avez fait naître, j'en conserverai toujours le souvenir .
Napoléon


Il ne faut surtout pas se méprendre sur l'importance de la Route Napoléon. Cette épopée est d'abord un révélateur de la situation que découvre l'Empereur après onze mois de repos forcé dans I'île d'Elbe. Il en avait ressenti les prémices lors de la campagne de France et durant les négociations lors de la première abdication de Fontainebleau en 1814. Il se trouve confronté à deux France, celle du peuple qui l'ovationne sur le trajet, tout en criant des propos dignes de 89, des «Vive l'Empereur !» , suivis de «A bas la calotte ! Les aristos à la lanterne ! » et celle des notables, bourgeois enrichis par la vente des biens nationaux et qui veulent la tranquillité pour en profiter.

Les deux l'agacent fortement, ayant toujours détesté les manifestations révolutionnaires autant que les manigances des dignitaires du régime, lui qui a dépassé tous les Hommes Illustres de Plutarque... Conclusion de la Révolution de 1789, la Route Napoléon annonce les Révolutions de 1830 et 1848... Napoléon découvre l'émergence du clivage gauche-droite, force lui est de constater que la fracture sociale s'est accrue, et qu'il n'est plus le catalyseur de la Nation. Pendant les Cent-Jours, il ne sera que l'ombre de lui-même, souvent ailleurs, perdu dans ses pensées, étonné par l'ampleur de son destin et paralysé par la chute de son étoile.

Mais ce qui prime à ses yeux c'est la révélation de la trahison de l'épouse et la perte de son fils, prisonnier à Vienne. Il les attendra à Lyon, retardant sa marche, il ne rentrera à Paris que le 20 Mars, jour anniversaire du petit roi de Rome. Plus tard, les négociations n'aboutiront pas entre Metternich et ses frères, Joseph et Lucien, tous deux en Suisse essayant de détacher l'Empereur d'Autriche de la coalition en faisant du couronnement de son petit-fils l'enjeu de la combinaison. Napoléon fait alors courir le général Grouchy sus au duc d'Angoulême, dernier dauphin de France, fils du futur Charles X. Le duc d'Angoulême organise la résistance royaliste dans le Midi. Grouchy, désigné au commandement de Lyon, reçoit l'ordre de l'enlever pour qu'il serve de monnaie d'échange pour forcer Marie-Louise à rejoindre. Grouchy, pas encore maréchal, arrivera déjà trop tard...

Le 8 mars, le général Adam Neipperg apprendra à l'Impératrice, au retour d'une promenade sentimentale, que Napoléon s'est évadé de l'île d'Elbe... La nouvelle s'étant répandu à schonbrunn, des domestiques français crient «Vive l'Empereur !». Neipperg menace de les pendre et les fait reconduire à la frontière. Le 12 mars, Marie-Louise, sous la dictée de son amant, écrit une lettre officielle à Metternich, se déclarant étrangère aux projets de son époux et se mettant sous la protection des Alliés... Ah ! Marie-Louise, on aurait pu faire l'économie de Waterloo !

FIN

Jacques L'AZOU, Bouquiniste - Mars 2003

Site internet
http://www.laroutenapoleon.com


Sources Bibliographiques :

-Souvenirs et Anecdotes de l'Île d'Elbe -d'André Pons de l'Hérault -Pion 1897

-Napoléon et Marie-Louise, Souvenirs Historiques -du baron Claude-François de Méneval -librairie d' Amyot -1844

-la Fin de l'Empire dans les Alpes (1813-1815) -de M. Georges de Manteyer -Bulletin de la Société d'Etudes des Hautes-Alpes -2, rue du Connétable à Gap. Cet ouvrage regroupe :

-le Retour de l'Île d'Elbe et les Cent-Jours dans les Basses-Alpes -de Christian Cauvin, professeur
au lycée Gassendi de Digne -imprimerie Chaspoul, 20 place de l'Evéché à Digne, en 2 volumes -1920

-Catalogue de l'Exposition napoléonienne intitulée le Retour de l'Isle d'Elbe -musée Grimaldi d'Antibes

-1937 de Mr. Dor de la Souchère Ce catalogue en 2 tomes regroupe toute la correspondance des administrations concernées.

-1815, les Cent-Jours -d'Henry Houssaye -librairie académique Perrin -1907

-Histoire du Consulat et de l'Empire -d'Adolphe Thiers -tome XIX -Editions lheureux -1861

-Napoléon et Sa Famille -de Frédéric Masson -tome X et XI -Paul Ollendorf et Albin Michel -1914

-Marie-Louise -de Frédéric Masson -Albin Michel -1926

-le Vol de l'Aigle -de Jean Thiry -Editions Berger levrault -1942

-le Retour de l'Île d'Elbe -de Paul sénéquier et le Colonel Gazan -Librairies Debraux et Rostan à Grasse 1902 -(P. sénéquier était Juge de Paix à Grasse.)

-la Vraie Route Napoléon -d'André Chollier -éditions Alpina 1946

-l'Authentique Route Napoléon de Grasse à Digne -de Camille Bartoli -Editions TAC Motifs 1994

-Napoléon de l'Île d'Elbe à la Citadelle de Sisteron -de Pierre de Gombert -Editions du SOCLE -Aix en Provence 1968 -(P. de Gombert était le descendant du maire de Sisteron de l'époque.)

-la Chevauchée Héroïque du Retour de l'Île d'Elbe -de S. Et A. Troussier -Académie Delphinale -1964

-la Route Napoléon, de Golfe-Juan aux Tuileries -De René Reymond -Archives du Dauphiné -éditions la Manufacture 1985

-Napoléon à Grenoble -de Arthur Chuquet -Revue de Paris -1917

-le Général Cambronne -de louis Garros -Calmann-lévy -1949

-
Les chevaux de Napoléon -par Philippe Osché avec la collaboration de Frédéric Künzy - chez l'auteur, 2003

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