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Carte: Napoléon détermine la route à prendre pour rejoindre Paris

La Route Napoléon insolite
par Jacques L'Azou


CHAPITRE XII

CORPS -LA MURE -GRENOBLE -MARDI 7 MARS


Aventurier à Corps, Prince à Grenoble...

Pour ce jour décisif, Napoléon quitte Corps à 6 heures du matin, avec son état-major et un peloton de chevau-Iégers polonais, laissant 10 troupe manger 10 soupe à Corps. Depuis la fenêtre de sa chambre, a-t-il admiré l'Obiou qui culmine à 2.789 m.? Certainement. Par contre il n'a pu profiter de la vue sur le lac du Sautet qui n'existe que depuis 1935. Merci E.D.F !...Ils quittent Corps par la route de l'époque qui, après l'ancien hôpital, passe par la terre du Coin pour rejoindre Saint-Brême, village maintenant englouti sous le lac, puis Quet-en-Beaumont et La Salle.

A la même heure, à Vienne, ce mardi 7 mars, un courrier porteur d'une dépêche urgente arrive chez Metternich. Le ministre peut lire sur l'enveloppe: «du Consulat général impérial et royal à Gênes.» Elle ne contient que six lignes: «Le commissaire anglais Campbell vient d'entrer dans le port pour s'informer si personne n'avait vu Napoléon à Gênes, après sa disparition de I'île d'Elbe. La réponse étant négative, la frégate anglaise a repris 10 mer sans tarder

Le prince Metternich saute de son lit. A 8 heures il est chez l'empereur François, à 8 heures 15, chez le tsar Alexandre, à 8 heures 30 chez le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III. A 9 heures, rentré chez lui, il convoque pour 10 heures les ministres des Quatre Puissances dans son bureau.

-Maintenant qu'il s'est échappé, il faut le pendre !
-Avant de le pendre, il faut le prendre...

Marie-Louise apprendra la nouvelle par Neipperg au cour d'une promenade. Elle ne montra aucune émotion.

Napoléon et Sa troupe retrouvent le général Cambronne à Pont-Haut, et arrivent à La Mure à 8 heures où ils font une halte sur la colline du Calvaire. Plus de mille personnes suivent acclamant l'Empereur. Un piquet de chasseurs les maintiennent en cercle autour d'un bivouac improvisé. Pendant cette halte, Napoléon s'entretient avec le maire M. Pierre-Noé Genevois, et ses conseillers municipaux. M. Genevois aîné , sera récompensé d'avoir évité de faire sauter le pont de Pont-Haut, il sera sous-préfet pendant les CentJours, donc le premier et le dernier sous-préfet de La Mure.

Il fait chaud, et un caporal apporte un seau de vin pour les hommes du piquet. Napoléon fait un signe au caporal et dans le même verre que les soldats, boit à son tour, ce qui fait frémir de plaisir ces vieilles moustaches !

A 11 heures, on se remet en route, les Polonais en tête, les chasseurs de la vieille garde ensuite, les uns à pied, les autres en charrettes offertes par les habitants, enfin l'Empereur en calèche, son cheval mené en main. Le gros de la colonne venant de Corps n'a pas encore rallié.

A 1 heure de l'après-midi, on est à Pierre Châtel, 161 habitants en 1815. Le maire est Jean-Baptiste Troussier, et parmi toute la population accourue, une fillette de 12 ans, Séraphique Troussier, vient offrir à l'Empereur un bouquet de violettes. Cette petite Séraphique se souviendra toute sa vie (elle mourra à 97 ans) de ce baiser mémorable de Napoléon.

La Plaine de la Rencontre à Laffrey

On longe le lac de Pierre-Châtel, puis celui de Petichet et l'on arrive maintenant au grand lac de Laffrey. Le plateau se resserre entre les collines et les lacs. Soudain, les lanciers polonais à bride abattue reviennent vers les chasseurs qui aussitôt sautent de leurs charrettes et chargent leurs fusils. L'Empereur descend de calèche et monte à cheval, puis dépassant les chasseurs pousse vers Laffrey avec les lanciers. Après un temps de galop, ils s'arrêtent: une troupe d'infanterie est rangée en bataille en avant du village.

C'est le bataillon de Lessart qui, pris de scrupules de n'avoir pas fait sauter le pont de Ponthaut dans la nuit, occupe le défilé. Cet infortunné chef de bataillon a troublé les historiens de cette fameuse rencontre de Laffrey: il se nomme suivant les ouvrages Lessart, ou Lessard avec un d, ou devenu noble, de Lessard, ou encore Delessart ...

Lessart, donc, a envoyé un courrier à Grenoble au général Marchand et attendant une réponse, il espère retarder les rebelles. A midi, arrive un aide de camp, le capitaine Randon, officier de 19 ans qui n'est autre que le neveu de Marchand. Parti de Grenoble avant que la dépêche arrive, Randon n'a aucun ordre nouveau, mais, jeune et bouillant, assure «qu'il n'y a pas de doute, Bonaparte, il faudra tirer dessus.» Le capitaine Jacques Randon de St Marul, né à Grenoble en 1793, engagé à 16 ans a fait la campagne de Russie et, lieutenant en 1813, la campagne d'Allemagne, ce jeune capitaine deviendra maréchal et ministre de la guerre pendant le Second Empire, gouverneur de l'Algérie, pour finir à Genève en 1871.

Il reste avec Lessart qui établit son bataillon en avant du village, les voltigeurs déployés en première ligne. Le commandant Lessart reconnaît Napoléon à sa redingote grise et le voit descendre de cheval et marcher de long en large sur la route, puis observer le bataillon à la lunette. Un grand nombre de paysans l'avaient suivi, et certains approchent des voltigeurs avec des proclamations. Mais les soldats restent fixes à leur rang. Lessart intervient pour chasser les paysans. L'Empereur, à ce moment, lui envoie pour parlementer le général Bertrand qui a reconnu Lessart avec qui il a combattu en Egypte où il avait été décoré par Napoléon. Lessart reste inflexible :

«La France est maintenant au roi. Je ferai feu sur ses ennemis qui s'avanceraient sur mon bataillon

«Mais si l'Empereur se présente lui-même à vous, que feriez-vous ? Auriez-vous le courage de tirer sur lui ?» crie le général Bertrand.

«Je ferai mon devoir !» répond le chef de bataillon.

Et comme le comte Bertrand s'avance pour parler aux voltigeurs, Lessart met la main sur la garde de son épée.

Le capitaine d'artillerie Raoul, aide de camp de l'Empereur, arrive alors à cheval jusqu'au front du bataillon et crie :

-L'Empereur va marcher vers vous. Si vous faites feu, le premier coup de fusil sera pour lui. Vous en répondrez devant la France ! »

Les lanciers polonais se mettent en route et à cent mètres derrière on aperçoit les longues capotes bleues et les bonnets à poil de la vieille garde. Un flottement se produit dans les rangs du 5° de ligne. Lessart voit l'épouvante se lire sur le visage des ses soldats. Il crie à Randon :

-Comment engager le combat avec des hommes qui tremblent de tous leurs membres et qui sont pâles comme la mort !» et il commande :

-Bataillon ! Demi-tour à droite... Marche» car si depuis une minute il voit qu'il est impossible de résister, il veut au moins éviter les défections.

Les Polonais approchent. Lessart fait presser le pas. On sent le souffle des chevaux dans la nuque. Ne voulant pas être entamé par derrière, Lessart commande :

-Halte ! Face en tête ! ». Et il fait croiser les baïonnettes à sa troupe qui obéit machinalement. Les lanciers, qui savent qu'ils ne doivent pas charger, tournent bride et se replient à la droite de la vieille garde.

Alors, l'Empereur ordonne au colonel Mallet qui commande les grognards de faire mettre à ses hommes l'arme sous le bras gauche. Le colonel objecte qu'il a danger à se présenter désarmé devant une troupe qui n'hésitera pas à tirer et dont la première décharge serait meurtrière. Napoléon crie: «Mallet, faites ce que je vous dis !» et seul sortant de la ligne de ses vieux chasseurs il marche vers le 5° de ligne.

«Le voilà !... Feu ! s'écrie Randon. Feu !»

A portée de pistolet, Napoléon s'arrête :

«Soldats du 5°, dit-il d'une voix forte et calme, je suis votre empereur. Reconnaissez-moi ! »
et avançant encore de deux ou trois pas, il entrouvre sa redingote ;

«S'il est parmi vous un soldat qui veuille tuer son empereur, me voilà ! »

«Feu ! » crie le capitaine Randon...

«Vive l'Empereur ! Vive l'empereur ! Vive l'empereur !»

La Rencontre de Napoléon avec le 5eme à Laffrey

Un cri si longtemps comprimé jaillit de toutes les poitrines. Les rangs sont rompus, les cocardes blanches volent en l'air, des cocardes tricolores sortent des coiffures, les shakos s'agitent à la pointe des ba:ionnettes, les soldats se précipitent vers l'empereur, l'acclament, le touchent. Le chef de bataillon Lessart désespéré et ému remet en larmes son épée à Napoléon qui l'embrasse pour le consoler. Randon pique des deux et s'enfuit vers Grenoble. Stendhal a relaté cet épisode chargé de drames et d'émotions dans «Mémoires d'un Touriste» et dans sa «Vie de Napoléon». N'oublions pas que Stendhal est né à Grenoble en 1783, dans la rue des Vieux Jésuites, aujourd'hui rue Jean-Jacques Rousseau (plaque commémorative au-dessus de la porte). Lieutenant de Dragon sous l'empire, il fera la campagne de Russie en 1812, en qualité d'intendant.

L'Empereur reste calme et tranquille. «Sa physionomie reflète la satisfaction, mais il est impossible d'y percevoir le moindre sentiment d'inquiétude ou d'émotion.» relate le Courrier de l'Isère du 30 avril 1839... Les soldats ayant repris leurs rangs, il leur dit :

-Soldats ! je viens à vous avec une poignée de braves gens, parce que je compte sur le peuple et sur vous. Le trône des Bourbons est illégitime puisqu'il n'a pas été élevé par la nation. Vos pères sont menacés du retour des dîmes et des droits féodaux... N'est-il pas vrai citoyens ? »

-Oui ! Oui ! » crient les paysans de Laffrey, de Pierre-Châtel, de La Mure, de Mens, et des villages voisins, que la curiosité et leur sympathie pour Napoléon ont ramenés sur le terrain.

Statue équestre de Napoléon - Plaine de la Rencontre à Laffrey

Cet endroit est resté célèbre, et s'appelle désormais «La Prairie de la Rencontre » et une statue en bronze marque la place. Sur la droite de la route en descendant vous remarquez d'abord un R.I.S. de L'A.N.E.R.N. et arrêtez-vous pour approcher de la statue. C'est une oeuvre de Frémiet, commandée par Napoléon III. Cette statue se trouvait sur la Place d'Armes, aujourd'hui Place Verdun, à Grenoble. Après la défaite de Sedan en 1870, détériorée, elle est mise au placard au dépôt des marbres, jusqu'au jour où Paris et Grenoble se disputent pour la posséder. Paris la voulait pour l'entrée des Invalides et finalement Grenoble, grâce à la ténacité de Marcel Deléon en 1929, obtint de la faire ériger au centre de la «Prairie de la Rencontre» là où Stendhal avait planté un saule... Elle sera inaugurée officiellement une seconde fois le 31 Août 1930.

Gendarmes face au château de Vizille

A Vizille, c'est jour de marché et depuis midi on est en alerte. La foule est grande, bientôt on voit à flanc de colline des cavaliers dévaler et les shakos et les chapskas s'agiter de l'autre côté du pont sur la Romanche. Le maire M. François Boulon et ses adjoints, dans la traversée de la ville, accompagnent Napoléon qui s'informe des besoins de la commune et fait remettre une somme d'argent pour l'hôpital. Il passe sous les hauts murs de la belle demeure du connétable de Lesdiguières, le «vieux renard du Dauphiné», qui sera maréchal du bon roi Henri IV, en 1609.

A la sortie de Vizille, pour suivre la vraie Route Napoléon, suivez la direction Eybens ( D.5 ), qui est la vieille route de Grenoble, par le plateau de Brié-et-Angonnes, puis Tavernolles et Eybens qui est déjà la banlieue de Grenoble. A l'époque, c'était le grand chemin de la Croix Rouge qui aboutissait à la porte de Bonne, actuel emplacement de la salle des ventes.

Pendant ce temps, Grenoble est dans la plus vive agitation. Vers midi le 4° de hussards venant de Vienne et le 7° de ligne commandé par le colonel Charles de La Bédoyère et le 11° du colonel Durand venant tous deux de Chambéry, entrent en viIle. Marchand compte peu sur les hussards qui avaient crié «Vive l'Empereur » l'an dernier lors d'une revue du comte d'Artois. Par contre il est sûr de La Bédoyère un des meilleurs colonels, qui, à 28 ans, a déjà été proposé au grade de général pendant la campagne de France en 1814. De plus il est noble, il a épousé à la fin de 1813 Mlle de Chastellux, brillante famille. D'abord rallié sincèrement aux Bourbons, il avait senti son royalisme décroître, et la politique vexatoire du ministère l'avait rangé dans le rang des mécontents, et fréquenté les salons d'opposition souhaitant tout haut le retour de l'empereur. Il avait alors été éloigné en semi-disgrâce à Chambéry. Le colonel Durand, lui a 42 ans; il a fait la Vendée, St Domingue, l'Allemagne, la Pologne, l'Espagne. Il est Grenoblois, et après la revue, il invite les officiers chez lui rue Jean-Jacques Rousseau.

Retenu dans une réunion par le général Marchand, La Bédoyère arrive le dernier. A son entrée dans le salon des Durand, les officiers le pressent de questions, pensant qu'il apporte une nouvelle: «Eh bien ! Oui, leur dit-il, c'est chose faite, L'Europe ne veut plus des Bourbons, l'Impératrice passe le Mont Cenis avec 40.000 hommes pour rétablir l'empire.» En entendant ces mots, le colonel Durand, qui était devant sa cheminée s'élance vers La Bédoyère et d'une voix forte; «Et quand cela serait, n'avons-nous pas nos serments ? » Stupéfaction dans le salon. Mme Durand déteste les Bourbons et admire Napoléon. Elle sait que son mari partage au fond de lui les mêmes sentiments. La Bédoyère sans un regard pour Durand qui tente de le retenir sort disant: «Vous avez le temps, les ordres sont pour 3 heures... «

La Bédoyère se rend aux remparts où est posté son régiment. Il est 2 heures. Il ne s'est pas passé une demi-heure qu'on entend battre la générale. Dans le salon, les officiers se précipitent sur leurs armes. Mme Durand leur demande s'iIs oseront se battre contre l'Empereur, mais son mari coupe court, ajustant son uniforme pour se contenir: «Allons ! N'écoutez pas les femmes: il faut me suivre...»

A la porte de Bonne, ils rencontrent le général Marchand en fureur. Il vient de voir La Bédoyère arracher sous ses yeux le plumet blanc de son bicorne et de la remplacer par un plumet rouge, tirer son épée en criant: «Grenadiers, soldats, voltigeurs du 7°, à moi ! à moi ! qui m'aime me suive, je vais vous montrer notre chemin !» Les tambours battent la charge, les compagnies crient «Le 7° à la porte de Bonne !» et tout le régiment, aux cris de «Vive l'Empereur ! » s'engouffre sous la voûte comme un torrent. A 300 mètres des dernières maisons, à portée de fusils des remparts, La Bédoyère commande: «Halte ! Formez les carrés ! Présentez armes !» et il fait percer un tambour d'où s'échappent un flot de cocardes tricolores, puis tire d'on ne sait où l'ancien aigle du régiment qu'il fixe sur une branche.

Pour colmater le vide laissé par la défection du 7°, le colonel Durand élargit les rangs de son régiment , mais les plus jeunes s'élancent pour rejoindre ceux du 7°, aussi Marchand fait fermer les portes. Le capitaine Randon arrive à ce moment, épuisé. Il raconte ce qui c'est passé à Laffrey. Il a croisé le 7° régiment de La Bédoyère, rayonnant, certains hommes, le prenant pour une estafette de Napoléon, le saluant par des «Vive l'Empereur !» Poursuivi par des lanciers de Jermanowski, à tombeau ouvert, il avait dévalé la fameuse route et échappé de justesse grâce à un raccourci, le «tracoulet» qu'il avait pris à la sortie de Vizille.

Château de Vizille

A Vizille, ne faites pas comme Napoléon, arrêtez vous au château de Lesdiguières. C'est dans ce château que les Etats du Dauphiné se sont réunis le 21 juillet 1788 dans la salle du jeu de paume. Cette assemblée de Vizille dirigée par Barnave et Mounier, marque le début de la Révolution. Depuis 1984, le château est devenu le musée de la Révolution, on peut y admirer de superbes tableaux, sculptures, dessins et estampes de l'époque révolutionnaire. Le château et le parc animalier sont de toute beauté.

Vizille, c'est aussi la route de l'Alpe d'Huez et des Deux-Alpes, du Galibier, mais pour suivre les grognards nous devons nous écarter de la RN 85, et prendre la D5 par Eybens. Nous sommes à 15 Km de Grenoble, et nous montons sur le plateau de Brié-et-Angonnes, où l'Empereur rencontre le régiment de La Bédoyère venu à sa rencontre.

Le colonel La Bédoyère ne quittera plus l'empereur qui en fait son aide de camp. A Waterloo, il sera l'un des derniers à quitter le champ de bataille. Après la seconde abdication, il envisage de s'exiler en Amérique. Revenant, clandestin, une dernière fois embrasser sa femme et son jeune fils, il est démasqué par un policier, emprisonner et jugé. Le juge, en se servant des cocardes sorties du tambour, fera admettre la préméditation, et Charles de La Bédoyère sera condamné à mort et sera fusillé le 19 Août, plaine de Grenelle.

Sur le plateau de Brié, un grenadier de I'île d'Elbe, originaire du lieu, se précipite à la ferme paternelle et dans l'effusion générale, vient présenter son vieux père à l'empereur qui l'embrasse. C'est maintenant une forte troupe qui marche sur Grenoble. Le 5° de Delessart, le 7° de La Bédoyère et les chasseurs de Laborde mêlés, entourés d'une foule de plus en plus dense. A Tavernolles, l'Empereur s'arrête dans une auberge dont l'enseigne «Aux Trois Fleurs de Lys» le fait sourire. C'est la fin de l'après-midi et depuis ce matin que d'émotions ! La tenancière, la «Mère Viguier» lui prépare une bonne omelette campagnarde, arrosée d'un pichet de vin. Dernière halte avant la capitale du Dauphiné, Eybens, où Napoléon descend à l'auberge Ravanat, pendant que l'état-major va en reconnaissance jusqu'aux portes de Grenoble.

Il est 7 heures du soir et le général Marchand entend de véritables hurlements de la fenêtre de son hôtel qui domine les remparts: face à la Porte de Bonne, plus de 2.000 paysans armés de fourches et de vieux fusils, portant des torches entourant l'avant-garde de Napoléon. Et tout ce monde criant «Vive l'empereur ! » Et depuis les remparts, les canonniers répondant par des «Vive l'empereur !»

Sont-elles bonnes vos prunes ?» demandent les chasseurs aux canonniers.

L'officier d'ordonnance Raoul, avec deux lanciers, s'approche de la porte et crie; «Ouvrez ! Au nom de l'Empereur ! » Le colonel Roussille responsable de la porte de Bonne, fait avertir Marchand qui réplique :

«Dites au colonel de répondre par des coups de fusils !» et il part rejoindre les remparts. Il y a là 2.000 hommes armés et 20 pièces de canons. Il suffit d'un seul coup de fusil pour disperser les assaillants, mais le général Marchand a beau crier, les soldats en riant répondent par des «Vive l'Empereur ! ». Des royalistes essaient de gagner les canonniers en apportant des saucissons et du vin et les canonniers mangent le saucisson et boivent le vin à la santé de l'Empereur !

Le général Marchand s'adresse à un lieutenant d'artillerie réputé royaliste :

-M. de saint Genis ! Si les hommes ne veulent point tirer, les officiers ne tireront-ils pas ?

-Mon général, nous serions hachés sur les pièces, nos canonniers nous ont prévenus !

Pendant ce temps, Napoléon est à Eybens à l'auberge Ravanat, où il prend un bain de pieds. En effet, la Mère simiand, comme elle l'aurait fait pour son mari au retour d'une journée de travail, a préparé un bon chaudron d'eau chaude et du linge. Napoléon accepte de bonne grâce. Après tant de fatigues, parti depuis Corps à 6 heures du matin, même pour des pieds d'Empereur, ça doit être agréable. Le chaudron de cuivre rouge est toujours là brillant dans un salon de la mairie d'Eybens !

Mais il est temps d'en finir, l'Empereur accompagné de La Bédoyère, rejoint la porte de Bonne, en se frayant un passage à travers la foule :

-Je vous ordonne d'ouvrir !
-Je ne reçois d'ordre que du général ! s'écrie le colonel Roussille
-Je le destitue !
-Je connais mon devoir, je n'obéirai qu'au général !
-Arrachez-Iui ses épaulettes crie La Bédoyère aux soldats.

Le tumulte est au comble. Le général Marchand qui a les clefs de la porte est rentré dans son hôtel et se prépare à quitter Grenoble. Les charrons de faubourg St Joseph apportent un lourd madrier et vont bientôt faire sauter les portes. Marchand avertit en hâte ses chefs de corps et en direction de Chambéry, passe la porte St Laurent avec le colonel Durand la mort dans l'âme car il laisse sa jeune femme, et 2 à 300 hommes qu'on a réussi à rassembler. En partant, Marchand donne les clefs au commandant Bourgade qui les porte au colonel Roussille qui enfin ouvre les portes toutes prêtes à éclater. A une heure du matin cette petite troupe s'arrête à saint-Ismier où Marchand a une maison de campagne pour y dormir. Il ne «donne plus aucun ordre». Le colonel Durand pousse jusqu'à Biviers chez son beau-père, où sa femme viendra le rejoindre le lendemain après avoir assisté à la revue passée par l'empereur...

La résistance a duré deux heures. Le docteur Emery est sorti de son armoire et avec son ami Dumoulin, ils rejoignent un groupe de notables «agents de la première heure» , les docteurs Renaud et Fournier , Champollion-Figeac, professeur à la faculté de lettres, frère de l'égyptologue, et d'autres comme le colonel Gauthier maître de la Loge maçonnique du Grand Orient de France. Ils sont nombreux dans l'armée ces officiers en disgrâce, limogés ou déplacés à rechercher dans la franc-maçonnerie une carrière de remplacement ou simplement de la fraternité. Le rôle joué par la loge tout au long de cette Route Napoléon est encore assez mystérieux. Napoléon n'est pas franc-maçon, mais ses frères et un grand nombre de ses anciens officiers le sont, qui auraient pu l'aider.

Auberge des Trois Dauphins à Grenoble
Porté en triomphe Napoléon rentre dans Grenoble à 11 heures du soir. Il refuse d'aller à la préfecture désertée par M. Fourrier, et descend à l'auberge des «Trois Dauphins». En 1791, le lieutenant d'artillerie Buonaparte, en garnison à Valence, passait à Grenoble et logeait dans cet hôtel, un des plus anciens de la ville dont l'enseigne existait déjà en 1412 ! Plus tard, Stendhal viendra et écrira dans ses mémoires: «Je loge rue Montorge chez Blanc, dans la chambre n°2 qu'occupa Napoléon à son retour de I'île d'Elbe». En 1815, les «Trois Dauphins» sont à la famille Labarre. Toussaint Labarre le propriétaire n'est autre qu'un ancien artilleur des campagnes d'Italie et d'Egypte...L'auberge est au n°7 de la rue Montorge, tout près de la Place Grenette. C'est aujourd'hui l'Auberge Napoléon, restaurant très réputé à la belle façade flambant neuve.

Napoléon va y passer deux nuits et y recevoir tous les artisans de son entrée dans la ville: Jean Dumoulin devient officier d'ordonnance et reçoit la légion d'Honneur, et Champollion-Figeac, secrétaire particulier.

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