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Napoléon, tout le monde connaÎt
son histoire... Dans le monde entier, son chapeau, sa redingote,
ont rendu sa silhouette familière. «Cet homme
étrange a comme enivré le monde... »
a déclaré Victor Hugo. «Il a été
publié plus de livres sur l'Empereur qu'il ne s'est écoulé
de jours depuis sa mort» nous dit Jean Tulard. Napoléon
n'aurait pas assez de toute une vie pour lire tous les ouvrages
écrits sur lui. Et c'est sans compter les gravures, tableaux,
images d'Epinal, statues, figurines, pièces de théâtre,
opéra et maintenant les films et autres feuilletons télévisés.
Plus haut qu'Alexandre, plus haut que César, plus haut
que Charlemagne, plus haut que Frédéric de Hohenstaufen,
Son étoile aura brillé au plus haut. Oublié
le million de Français perdu durant les guerres de l'Empire,
oubliés les massacres en Calabre, au Tyrol, en Espagne,
oubliées les deux invasions, l'épopée reste
et la légende devient mythologie. En 1785, en garnison
à Valence, le lieutenant Buonaparte va dévorer
la librairie Aurel de la Maison des Têtes. Il se nourrit
de Plutarque et de Rousseau, et en restera imprégné
toute sa vie. Ce qui aurait dû le rendre plus sage... Parti
de moins que rien, ce jeune lieutenant autodidacte, par son habileté
militaire, parviendra à des sommets jamais égalés.
La carrière de Napoléon ne peut être entièrement
expliquée tant il y eut des hasards heureux ou malheureux.
On peut l'interpréter par la conjonction de son génie
et des circonstances extraordinaires de l'époque. Le plus
surprenant est que trahi par tous, et se sachant trahi, Napoléon,
guidé par son étoile, poursuive sa destinée
«poussé par une force intérieure».
Jamais, homme aussi puissant n'aura été aussi trompé,
par ses femmes, par ses frères et soeurs, par ses ministres
et ses maréchaux.
La Route Napoléon, beaucoup en ont entendu parler,
mais peu la connaissent vraiment. Pourtant cette campagne napoléonienne,
«l'invasion d'un pays par un seul homme»,
est la plus belle des campagnes puisqu'elle se déroule
sans tirer un coup de fusil, sans verser une goutte de sang.
Mais La Route Napoléon c'est surtout l'épilogue
de ces vingt années d'une vie hors norme, et questionné
par son médecin Irlandais, Barry O'Meara, à sainte-Hélène,
Napoléon lui confiera que le moment le plus heureux de
son existence a été «La marche de Cannes
à Paris», moment inoubliable où la France
s'offrait à lui sans combattre, comme envoûtée...
Pour mieux apprécier votre randonnée, faisons tout
d'abord une courte excursion dans le temps: ce mercredi 1er mars
1815, à Vallauris, sur la plage de Golfe-Jouan, la route
de Napoléon, Empereur des Français et souverain
de I'île d'Elbe, croise le chemin du citoyen-général
Buonaparte. Par un extrordinaire retour du destin, rare dans
l'Histoire, Napoléon, à 46 ans et après
10 mois d'exil, retrouve les traces du jeune artilleur de 25
ans qui vient de se distinguer au siège de Toulon...
1793, Toulon qui s'était livrée aux Anglais, vient
d'être repris par le général Dugommier, en
partie grâce à une action décisive du commandant
Buonaparte qui est proposé au grade de général
«à titre provisoire». Dugommier contresigne
le décret des commissaires en y ajoutant de sa main cette
réflexion ironique: «Si on ne l'avançait
pas, cet officier avancerait tout seul.»
En février 1794, il est confirmé dans son grade
par le représentant salicetti auquel se sont adjoints
Ricord et Robespierre (Augustin, le frère de Maximilien
alors au faîte de son pouvoir). Buonaparte est affecté
au commandement de l'artillerie de l'armée d'Italie, à
l'état-major de Dumerbion à Nice. Comme il a pour
mission d'inspecter les batteries côtières, il réquisitionne
pour son usage personnel le Château Salé sur les
hauteurs d'Antibes, et y fait venir toute sa famille: sa mère
Letizia, ses soeurs Elisa, Pauline, Caroline et ses jeunes frères
Louis et Jérôme. Joseph, l'aîné est
employé au commissariat des guerres, et a fait la connaissance
de Julie Clary, fille de riches négociants marseillais.
Ils vont bientôt se marier, et séjourneront quelque
temps au Château Salé. De même, Lucien, qui
en ces temps révolutionnaires se fait appeler Brutus,
sert dans l'intendance: il est magasinier à St Maximin
et va convoler avec la fille de son aubergiste Christine Boyer.
Après tant d'années difficiles, c'est enfin pour
tout ce petit monde le début du bonheur: les bonnes places,
l'argent, et cette belle bastide au milieu des oliviers et des
eucalyptus avec une superbe vue sur la mer, le fort Carré
d'Antibes, et les montagnes de l'arrière-pays niçois.
Le Château Salé verra aussi passer un groupe de
jeunes officiers que Napoleone a remarqués au siège
de Toulon et qui lui servent d'aides de camp, et dont il fera
la carrière: Junot, Marmont, Duroc, sébastiani,
Desaix, Suchet, Victor, Desgenettes. On peut les voir galoper
le long des plages, désertes à l'époque,
vers Nice qui vient d'être annexée, ou vers les
montagnes toutes proches vers Grasse, sous-préfecture
du Var en ce moment, ville commerçante et déjà
industrielle avec ses parfumeurs et ses tanneurs, capitale de
fait de la région avec ses 12.000 habitants quand Antibes,
le poste frontière avant le Var, n'en compte que 4.000,
et Cannes n'est qu'un modeste port de pêche, avec 3.000
habitants.
Ce cercle d'officiers avec sa famille sera le premier clan, et
Napoleone devient le centre de ce système qu'on retrouvera
plus tard. Cette année 1794, au Château Salé
d'Antibes combien de futurs rois, de futures princesses, de futurs
maréchaux, de gouverneurs... On pouvait voir dans les
rues d'Antibes en 1794, maman Letizia et ses filles dans une
calèche conduite par un superbe noir appelé Domingo.
Domingo, qui parfois accompagnait le général Buonaparte
à Nice, sera blessé lors d'un combat au-dessus
d'Eze. Ironie du sort, il sera à Rochefort en Août
1815, où Napoléon le rencontrera, avant d'embarquer
sur le Bellerophon, en partance pour Plymouth...
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Le Château Salé existe toujours,
mais il n'est plus dans une oliveraie. Vous pouvez le trouver
encerclé d'immeubles, derrière l'église
de l'Assomption sur la route de Grasse. En 1834, il faillit être
acheté par Lord Brougham, le «créateur»
de Cannes, mais ce fut finalement le général Reille,
antibois et gendre du maréchal Masséna, qui en
fit l'acquisition auprès d'un certain M. Servelle. Cette
bastide historique appartient désormais à la ville
d'Antibes et abrite les pépinières municipales.
Elle mériterait un meilleur sort... |
La batterie du Graillon est un bel exemple de ce
qui peut être réalisé pour préserver
un patrimoine historique. Chargé d'inspecter les batteries
côtières, le général Buonaparte commandant
l'artillerie, restaure en cette année 1794, ce fortin
du Graillon, dans le Cap d'Antibes, sous le phare de la Garoupe,
face aux Îles de Lérins. Il y installe 16 pièces
d'artillerie. Aujourd'hui, cette batterie du Graillon, mise en
valeur par André Sella, riche hôtelier du Cap d'Antibes,
est devenue le Musée Naval et Napoléonien, géré
par le Musée de la Marine. Il se trouve boulevard Kennedy,
au-dessus du petit port de l'Olivette. Ce musée rassemble
de très belles pièces de collection, de magnifiques
maquettes et des figurines charmantes. Bien sûr, une visite
s'impose avant d'entamer le parcours de la Route Napoléon.
On peut imaginer les chevauchées de Napoleone et de ses
jeunes officiers promis à un bel avenir mais insouciants
en ces temps incertains. Le plus court chemin du Château
Salé à la batterie du Graillon passe par la Garoupe.
En cette fin de XVIII° siècle, toute la côte
n'est que marais et dunes, et le Cap d'Antibes, une forêt
inhabitée. Par le chemin du Calvaire, on monte au plateau
de la Garoupe. Panorama splendide. Côté mer le coup
d'oeil va de l'Estérel à la côte italienne,
côté montagne, il découvre les premières
Alpes enneigées l'hiver, et tous ces villages perchés.
Du haut de la Garoupe vous verrez des trirèmes romaines,
des felouques barbaresques, des caraques génoises, des
galères florentines, des caravelles aragonaises. Ce n'est
pas hors sujet, le jeune Napoleone, pétri de culture antique
avait les mêmes hallucinations du haut des tours à
feux de la Garoupe. Il devait méditer sur le sort du Masque
de fer enfermé, en 1687 pendant 17 ans sur l'île
ste Marguerite.
Le phare date de 1837, détruit en 1944 et reconstruit
quatre ans plus tard. On peut le visiter: 116 marches en marbre
pour monter à 103,70 mètres au-dessus de la mer.
Tout près sur le plateau une magnifique chapelle du XII°
siècle abrite dans ses deux nefs juxtaposées une
collection impressionnante d'ex-voto offerts pour la plupart
par des marins dont le plus ancien est de 1779, offert par un
bagnard antibois, pour remercier la Bonne Mère de la Garoupe
de l'avoir aidé lors de son évasion du bagne de
Toulon !
Vers tribord, admirez les Îles de Lérins, ste Marguerite
et St Honorat qui valent le détour d'une journée
pour le moins. Pendant la Révolution, elles sont décrétées
bien national sous l'appellation Île Marat et Île
Lepeletier, deux héros révolutionnaires. Sic transit
gloria mundi... |