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Le retour
des Cendres
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'est ainsi que le 7 Juillet suivant,
la frégate La belle-Poule et la corvette La
Favorite levèrent l'ancre de Toulon pour l'île
de Sainte-Hélène où elles accostèrent
le 8 Octobre. Un protocole rigoureux avait été
défini au préalable par les autorités françaises
et anglaises et chacun s'employa à n'en point déroger.
Le 9, toute la troupe française rend visite au gouverneur
britannique de l'île, lord-général Middlemore
qui leur apprend que "les restes mortels de l'Empereur
Napoléon leur seront remis le jeudi 15 octobre."
A la suite de cette courte
entrevue, la Mission se rend dans la vallée des géraniums
où se trouve la sépulture de l'Empereur. Bientôt,
la tombe s'offre à leurs yeux, gardée par un vieux
sergent anglais. Une grille de fer forgé entoure la dalle
épaisse surplombant le caveau. Arrivé à
proximité, l'abbé coquereau s'agenouille, les serviteurs
en font autant. Le prince de Joinville ôte son couvre-chef.
Chacun se laisse gagner par l'émotion et les souvenirs.
A travers les yeux embués du baron Gourgaud, c'est toute
l'épopée qui réapparaît, avec son
cortège de batailles, de victoires, de gloire, de distinctions,
mais aussi de trahisons. Se souvient-il à cet instant,
que vingt-six ans plus tôt, pendant la Campagne de France,
lors de la bataille de Brienne, il sauva la vie de l'Empereur
en abattant un cosaque qui tentait de le transpercer de sa lance
?
Un grand calme règne. Le silence est simplement troublé
par quelques clapotis en provenance de la source située
à quelques pas et où l'Empereur aimait à
s'y désaltérer.
Après quelques minutes de recueillement, la mission se
dirige sur le plateau de Longwood, là où se situe
la maison qu'avait occupé l'Empereur jusqu'à sa
mort. Un spectacle affligeant les y attend. En effet, le jardin
qu'avait façonné l'Empereur a disparu. Des moutons
y paissent. La maison a été transformée
en ferme et ses mûrs sont lézardés. Les fenêtres
sont sans vitres et claquent au vent. A l'intérieur, la
désolation est totale : on a entreposé du fumier
à même le plancher, lui-même rongé
par la pourriture. En pénétrant dans le petit salon,
où l'empereur rendit l'âme, se trouve un moulin
à blé, le plafond a été défoncé
et les portes ont disparu. Son cabinet et sa chambre ont été
aménagés ...en écurie. L'indignation est
générale. Les anciens compagnons pleurent... - Quelle honte ! s'écrie le grand-maréchal
Bertrand, il est temps de sortir l'Empereur de cette île
maudite !
C'est dans le froid et sous une pluie battante que les travaux
d'exhumation commencent, peu après minuit le 15 octobre,
à la lumière des lampes à huile. Le prince
de Joinville a jugé plus convenable de rester à
quai avec son état-major, afin d'y accueillir le cercueil
de l'Empereur. Toute la troupe française et anglaise est
présente. Plusieurs tentes sont dressées à
proximité du tombeau. La plus grande étant destinée
à recevoir le cercueil de l'Empereur. L'Angleterre, craignant
sans doute qu'une expédition hardie ne vinsse voler le
corps du proscrit, avait, dix-neuf années plus
tôt, rendu la tombe quasiment inviolable de telle sorte
qu'il faut consentir plus de 9 heures 30 de travaux pénibles
avant que n'apparaisse enfin le cercueil impérial. L'abbé
Coquereau, revêtu des habits liturgiques, portant la croix,
se porte à la tête de la tombe, suivis par les enfants
de choeur. Tous prient... Dix soldats anglais, aidés de
cordages, parviennent à extraire le lourd cercueil d'acajou,
épais de deux centimètres qui est ensuite porté
sous la grande tente où on le scie. Apparaît alors,
celui de plomb que l'on place dans la bière d'ébène
apportée par la mission et qu'un ex-officier de la Grande
Armée, reconverti en ébéniste, avait fabriqué
avec tout l'amour que l'on devine. Le cercueil de plomb est ouvert
à son tour et fait place à une caisse de bois renfermant
le dernier cercueil de fer blanc soudé. Il est presque
1 heure de l'après-midi lorsque l'on soulève le
couvercle.
L'assistance ne forme plus alors qu'un seul coeur palpitant d'émotion,
tel un jeune tambour s'avançant à l'ennemi. Le
capitonnage de satin blanc s'est affaissé sur le corps
et en épouse la forme. Sitôt ôté, l'Empereur
apparaît. Le Grand-Maréchal Bertrand ne peut contenir
un brusque écart provoqué par cette vision soudaine
et magnifique du grand homme. Des sanglots s'échappent
de la poitrine de ses vieux compagnons. Des larmes roulent sur
les joues... C'est bien lui ! c'est bien Napoléon le Grand,
là, devant eux ! La mort a épargné son corps.
Son visage, quoique légèrement émacié,
a gardé les traits du fougueux Bonaparte. La peau des
membres a été entièrement préservée.
Son uniforme des Chasseurs de la Garde ainsi que le Grand Cordon
de la légion d'honneur ont gardé leur teinte d'origine.
Les ongles ont poussé. Seules les coutures des bottes
ont cédé et laissent apparaître quelques
orteils. On découvre entre les jambes, son chapeau et
les deux vases d'argent remplis de vinaigre, dans lesquels le
Dr Antommarchi, dix-neuf années auparavant, avait placé
le coeur et l'estomac.
Le Dr Guillard craint que l'air n'active la décomposition
du corps. On s'empresse alors de tout refermer. Les différentes
caisses sont déposéees dans un nouveau cercueil
de plomb comportant une plaque gravée en lettres d'or
de l'épitaphe suivante : « Napoléon, empereur et roi, mort à
Sainte-Hélène le V mai MDCCCXXI ». On place
le tout, dans le sarcophage d'ébène apporté
de France que l'on recouvre délicatement d'une étoffe
de velours violet, brodée d'aigles d'or, parsemée
d'abeilles et d'étoiles. Une croix d'argent est dessinée
en son centre. Après une dernière bénédiction
par l'abbé, le sarcophage qui pèse près
de 1200 kg, est transporté par quarante trois artilleurs
anglais jusqu'au char funèbre, tiré par quatre
chevaux harnachés de noir.
Il est alors 3 heures 30. La descente vers le port de Jamestown
commence. La pluie ne cesse de tomber. Près de cinq cent
soldats et miliciens de Sainte-Hélène se sont portés
à l'avant du cortège qui s'élance majestueusement
aux sons des tambours et des trompettes. Derrière eux,
l'abbé coquereau, tenant la croix levée vers le
ciel, est entouré des enfants de choeur. Derrière
le char funèbre se trouvent les membres de la Mission,
compagnons et serviteurs. Les autorités civiles et militaires
ferment la marche. Au loin, le canon gronde de minute en minute.
Après vingt-cinq années, l'Angleterre rend les
honneurs à son pire ennemi.
Après
la cérémonie officielle de remise du corps de l'Empereur
par les autorités anglaises aux autorités françaises
sur le quai du port, le cercueil est déposé dans
une chaloupe et vogue vers La Belle-Poule. A 5 heures
45, on le hisse à bord de la frégate où
une chapelle ardente est dressée dans l'entrepont. Enfin
! l'Empereur est de nouveau sous la protection du drapeau français.
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Le 15 octobre
au soir, le cercueil rejoint La Belle-Poule
D'après
Isabey
Musée
national du château de Versailles et des Trianons
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