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NAPOLEON ET LES
JUIFS
par Ben Weider

Président
de la Société Napoléonienne Internationale
2875,
Chemin Bates, Montréal, Québec, Canada H3S 1B7
Chevalier
de la Légion d'Honneur,
Chevalier de l'Ordre national du Québec.
http://www.napoleonicsociety.com/
Conférence
donnée au :
Congrès de la Société Internationale Napoléonienne
- Alexandrie, Italie 21-26 juin 1997
28ème Symposium sur l'Europe Révolutionnaire
Université de l'Etat de Floride, Tallahassee, Etats-Unis,
7 mars 1998
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Pour mettre un terme
aux menées antisémites reprises par plusieurs journaux,
Napoléon déclara, je cite: "Ce n'est pas
de cette manière qu'on réglera la question juive.
On ne saurait me proposer rien de pire que de chasser de mes
états un grand nombre d'individus qui y sont hommes comme
les autres. Il y aurait de la faiblesse à chasser les
Juifs, il y aura de la force à les assimiler."
Le 30 mai 1806, un décret prescrit la réunion à
Paris d'une assemblée composée de Juifs parmi les
plus distingués et de rabbins de toutes les régions
de France en vue d'étudier et d'établir les formes
propres à conférer aux Israélites la qualité
politique et civile des Français.
Le samedi 26 juillet 1806, cent onze représentants de
la communauté Juive des départements de France
et de l'Italie du nord se réunissent à la Chapelle
Saint-Jean, une dépendance de l'hôtel de Ville de
Paris. Ils avaient reçu une déclaration de l'Empereur
:
"Mon souhait est de faire des Juifs de France des citoyens
utiles, concilier leurs croyances avec leur devoir de Français
et éloigner les reproches qu'on a pu leur faire. Je veux
que tous les hommes qui vivent en France soient égaux
et bénéficient de l'ensemble de nos lois."
Dés la première séance, le banquier bordelais
Abraham Furtado est élu président. Dans son discours
inaugural il fait, en termes vibrants, l'éloge de Napoléon:
"Celui qui a voulu mettre fin à une sanglante
anarchie et à des persécutions séculaires".
L'Assemblée va étudier diverses questions au cours
de séances tenues en août et en septembre. Si la
plupart ne soulèvent pas de difficultés et suscitent
de franches réponses, quelques unes cependant, comme les
mariages mixtes et la définition de l'usure donnent lieu
à des débats confus.
C'est alors que germe dans l'esprit de Napoléon l'idée
de réunir le Grand Sanhédrin dès l'année
suivante. D'émanation essentiellement religieuse, le Grand
Sanhédrin est le conseil suprême de la nation juive.
Cette assemblée avait gouverné Israël de 170
avant J.C. à 70 après J.C.
Le premier à s'élever contre ce projet est Alexandre,
le tsar de Russie. Il se prononce violemment contre la liberté
accordée aux Juifs et il demande à l'Eglise Orthodoxe
de protester avec la plus grande énergie. Il désigne
Napoléon comme " l'Antéchrist et l'ennemi
de Dieu ".
Une attaque venimeuse vient du "Saint Synode" de Moscou
qui proclame: "Dans le but de détruire les bases
des églises de la Chrétienté. l'Empereur
des Français a invité dans sa capitale toutes les
synagogues judaïques et il a le projet de fonder un nouveau
Sanhédrin hébreu. Qui est le même tribunal
qui osa jadis condamner à la croix le Seigneur Jésus."
Dans la catholique Autriche, l'irritation est grande.
En Prusse, l'église luthérienne se montre très
hostile et les réactions en Italie, bien que moins
virulentes, sont néanmoins défavorables. La réaction
de Londres est aussi formelle: "Nous repoussons la politique
et la doctrine d'une telle Assemblée."
Napoléon ne tient aucun compte de ces protestations, bien
qu'elles soient appuyées, en France même, par des
personnalités très influentes.
Peu après la victoire de lena, il adresse de Posen, le
29 novembre 1806, une note de huit pages où il entrevoit
déjà le statut à accorder aux Juifs.
Le Grand Sanhédrin se réunit solennellement le
9 février 1807 pour une session d'un mois. Le cérémonial
est calqué sur celui de l'état hébreu, il
y a deux mille ans. La Chapelle Saint-Jean est cette fois dotée
d'une vaste table en demi-cercle autour de laquelle prennent
place les soixante et onze, comme au Temple de Jérusalem.
Commentant les dispositions prises au cours du Grand Sanhédrin,
le vieux rabbin Sinzheim devait dire au cours de son allocution
de clôture: "...et toi, Napoléon, toi le
bien-aimé, toi l'idole de la France et de l'Italie, toi
la terreur des superbes, le consolateur du genre humain, le soutien
des affligés, le père de tous les peuples, l'élu
du Seigneur, Israël t'élève un temple dans
son coeur; toutes ses pensées se portent sans cesse vers
tout ce qui peut combler ta félicité. Dispose,
oui, dispose entièrement de la vie et des sentiments de
ceux que tu viens de mettre au rang de tes enfants, en les faisant
participer à toutes les prérogatives de tes sujets
les plus fidèles."
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Le Grand Sanhédrin
était la plus haute assemblée de la nation juive.
Elle n'avait pas siégé depuis 18 siècles.
Napoléon eut l'idée de rassembler les principaux
notables juifs de toute l'Europe, afin de leur permettre d'exposer
les problèmes qui les concernaient. Convoqué par
décret du 23 août 1806, le Grand Sanhédrin
se réunit du 9 février au 9 mars 1807. A la fin
de la dernière réunion, Napoléon fut proclamé
le " Cyrus " des temps modernes. Il fut chaleureusement
glorifié par tous les représentants unanimes.
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Le Grand Sanhédrin
était la plus haute assemblée de la nation juive.
Elle n'avait pas siégé depuis 18 siècles.
Napoléon eut l'idée de rassembler les principaux
notables juifs de toute l'Europe, afin de leur permettre d'exposer
les problèmes qui les concernaient. Convoqué par
décret du 23 août 1806, le Grand Sanhédrin
se réunit du 9 février au 9 mars 1807. A la fin
de la dernière réunion, Napoléon fut proclamé
le "Cyrus" des temps modernes. [Ce roi de Perse, Cyrus
le Grand, était à l'origine de la première
restauration d'Israël.] Il fut chaleureusement glorifié
par tous les représentants unanimes.
Le décret de 1806 avait libéré les Juifs
de leur isolement. Le Grand Sanhédrin de 1807, en faisant
du Judaïsme un troisième culte officiel, les liait
étroitement à leur patrie nouvelle. Les résolutions
du Sanhédrin de 1807 forment ainsi une sorte de concordat
qui reste, aujourd'hui encore, la base organique du Judaïsme
français. |
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Napoléon a été
le premier Chef d'État d'Europe à accorder la liberté
du culte pour toutes les religions. Dans cette lithogra-
phie d'époque, il l'accorde aux Juifs.
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Cependant, l'opposition
ne se tient pas pour battue. Le Cardinal Fesh, oncle de Napoléon,
lui dit: "Savez-vous que les Saintes Ecritures prédisent
que la fin du monde surviendra quand les Juifs seront reconnus
comme appartenant à une nation constituée."
Le Maréchal Kellerman, supporté par Mole, mobilise
l'opposition antisémite, ce qui lui attire les foudres
de l'Empereur: "Il faut se défendre de reprocher
à l'ensemble des juifs ce qui n'est que le fait d'une
minorité d'entre eux."
Chateaubriand déclare: " ...des mesures imposées
qui, d'effet en effet, feront tomber les finances du monde aux
échoppes des Juifs, et entraîneront partout une
subversion totale."
A cause de toute cette opposition et peut-être surtout
en raison de sa lune de miel avec le tsar Alexandre, après
Tilsitt, Napoléon accepta de signer, le 17 mars 1808,
un décret restrictif qui limitait les libertés
accordées aux Juifs. |
Le 11 avril 1808, Napoléon
recevait M. Furtado et Maurice Levy de Nancy qui voulaient exprimer
l'émotion de leur coreligionnaires au sujet du décret
restrictif. Après les avoir entendus, l'Empereur donna
immédiatement l'ordre d'annuler ce décret dans
13 départements du Midi, du sud-ouest et des Vosges. En
juin, ce furent Livourne et les Basses-Pyrénées
qui bénéficièrent de cette mesure.
Ainsi, au bout de trois mois, plus de la moitié des départements
rétablirent la liberté totale pour leurs citoyens
juifs.
En 1811 , les dernières restrictions furent levées
en Alsace. A partir de cette date rien dans les activités
civiles ou politiques en France ne distingua les Juifs des non-Juifs.
Une anecdote montre à quel point Napoléon était
sensible à la cause juive. Alors qu'il décorait
un jeune soldat, David Bloom, celui-ci lui dit: "Sire,
je suis alsacien et ne puis accepter de décoration tant
que mes parents ne sont pas entièrement libres."
L'Empereur décida alors d'abolir les dernières
restrictions.
Les Juifs purent suivre les cours des Universités et choisir
leur profession dans toutes les branches de la société.
L'Almanach impérial de 1811 mentionne que la religion
juive est une des trois religions officielles de France. Les
décisions de Napoléon pour libérer les Juifs
s'étendirent à tous les pays sous son autorité.
Le Code Civil assura liberté, égalité, fraternité
pour tous, quels que soient la religion ou le rang social.
En 1811, grâce à Napoléon, le Portugal accorda
aux Juifs la totale liberté et leur permit d'ouvrir leurs
synagogues qui étaient fermées depuis plus de 200
ans.
En Allemagne, aux Pays-Bas et en Italie les Juifs éprouvèrent,
pour la première fois, la sensation d'entrer dans la vie
moderne avec la possibilité de participer en hommes libres
à la société.
Dans les parties de l'Espagne qui n'étaient pas sous l'autorité
de la France, l'inquisition poursuivait ses tortures et ses méfaits.
Après Waterloo, la Sainte-Alliance réunie à
Vienne supprima dans toute l'Europe les lois libérales
de Napoléon. Le recul le plus grave se produisit dans
les Etats sous la domination du pape. C'était comme si
Pie VII eût voulu se venger sur la population juive des
humiliations qu'il avait subies du temps de Napoléon.
Il fit rétablir les ghettos et imposa de nouveau l'étoile
jaune.
En France et en Hollande, ce n'est qu'en 1830 que les Juifs retrouvèrent
la totale liberté. Puis ce fut le cas en Suède
en 1834 et en Suisse en 1838. Il est remarquable qu'en Angleterre
les Juifs ne furent libérés qu'en 1858. Lord Lionel
Rothchild dut être élu cinq fois avant d'avoir le
droit de siéger au Parlement.
C'est un fait historique, que la fin du règne de Napoléon,
entraîna un recul de l'émancipation et plongea le
Juifs dans le désespoir. Il faut noter aussi que les lois
de 1808 rétablies en 1830, sont toujours en vigueur en
France.
La rencontre du peuple Juif et de Napoléon marque un tournant
dans l'histoire du judaïsme. En effet, l'Empereur est le
premier homme d'état des temps modernes à s'être
penché avec lucidité et bienveillance sur les problèmes
du peuple Juif et à leur avoir donné des solutions
satisfaisantes et conformes à l'éthique universelle
des droits de l'homme.
Napoléon fit davantage que tous les autres
chefs d'état avant lui, pour assurer la sécurité
et la liberté religieuse des Juifs dans toutes les nations
qu'il contrôlait. Il n'avait pourtant que peu d'avantages
politiques à attendre de ses décisions généreuses,
car il n'y avait pas plus de 40,000 Juifs à cette époque
en France.
Les Juifs de France et de l'Empire reconnurent que ses bienfaits
étaient la marque de son grand coeur et de son respect
pour toutes les ethnies et religions. Ils lui étaient
tellement reconnaissants, qu'ils composèrent la prière
ci-dessous en son honneur. Cette prière était insérée
dans les missels de toute les synagogues de l'Empire. En conséquence,
tous les fidèles connaissaient cette prière qu'ils
récitaient fréquemment.
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Le texte ci-dessus
est la reproduction originale de la prière en hébreu.
Traduction en français ci-dessous. Collection Ben WEIDER
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Prière
des enfants d'Israël Citoyens de France et d'Italie
pour le succès et la prospérité de notre
Maître L'Empereur,
le Roi Napoléon le Grand (Que sa gloire étincelle)
Composée dans le mois de Mar-Hechran, année 5567
(1807)
Psaumes 20, 21, 27, 147
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J'implore l'Eternel,
créateur du ciel, de la terre et de tout ce qui y vit.
Tu as établi toutes les frontières du monde et
fixé à chaque peuple son langage. Tu as donné
aux rois le sceptre du pouvoir pour qu'ils gouvernent avec équité,
justice et rectitude afin que chacun, à sa place, puisse
vivre en paix.
Que nous sommes bienheureux, combien notre sort est agréable
depuis que tu as placé Napoléon le Grand sur les
trônes de France et d'Italie. Aucun autre homme n'est aussi
digne de régner, et ne mérite autant d'honneurs
et de reconnaissance; il dirige les peuples avec une autorité
bienfaisante et toute la bonté de son coeur.
Quand les rois de la terre lui ont livré bataille, toi
Dieu, tu lui as prodigué tes bienfaits, tu l'as protégé,
tu lui as permis de soumettre ses ennemis. Ils lui ont demandé
grâce et lui, dans sa générosité,
la leur a accordée.
A présent, de nouveau, les rois se sont ligués
pour trahir les traités et remplacer la paix par le sang
de la guerre. Des armées se sont rassemblées pour
combattre l'Empereur ; voici les ennemis qui s'avancent et que
notre maître avec sa puissante armée, se prépare
à repousser l'agression.
O Dieu! maître de la grandeur, de la force, de la puissance
et de la beauté, nous t'implorons de te tenir près
de lui. Aide-le, soutiens-le, protège-le et sauve-le de
tout mal. Dis-lui "Je suis ton sauveur" et donne-lui
ta lumière et ta vérité pour le guider.
De grâce, déjoue les complots de tous ses ennemis.
Que dans les décisions de l'Empereur apparaisse ta splendeur.
Renforce et affermis ses légions et ses alliés,
que tous ses mouvements soient empreints d'intelligence et de
succès.
Donne-lui la victoire et oblige ses ennemis à s'incliner
devant lui et à lui demander la paix. Cette paix, il la
leur accordera car lui ne souhaite que la paix entre toutes les
nations.
Dieu de clémence, Maître de la paix, implante dans
le coeur des rois de la terre des sentiments pacifiques pour
le plus grand bien de toute l'humanité. Ne permets pas
au glaive de venir chez nous verser le sang de nos frères.
Fais que toutes les nations vivent dans la paix et la prospérité
éternelle.
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BIBLIOGRAPHIE
1. Anchel, Napoléon
et les juifs,
1928
2. C.Roth, The Jews of Malta in: Transactions of the Jewish Historical
Society of England, XII (1931 ).
3. The
Jewish Press Magazine,
April 1998, page 69
4. The
Memoirs of Dr. Barry O'Meara
5. The
New Judea,
vol 16, September 1949
6. Simon Schwarz fuchs, Napoleon, the Jews and the Sanhedrin
7. Proctor Jones, The
Memoirs of Baron Fain, First Secretary of the Emperor Cabinet, first edition, 1998.
8. Frans Kobler, Napoleon
and the Jews
(1975).
9. A.S. Yahuda, Conception
d'un état juif par Napoléon, Evidences publication, 1951, no 19,
May-June.
LES
JUIFS DALSACE SOUS LEMPIRE
Par Moché
CATANE
Site du
JUDAISME ALSACIEN
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