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LE GRAND SANHEDRIN
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"Jamais, depuis
la prise de Jérusalem par Titus, autant d'hommes éclairés
appartenant à la religion de Moïse n'ont pu se rassembler
en un même lieu. Dispersés et persécutés,
les Juifs ont été soumis soit à des taxes
punitives, soit à l'abjuration de leur foi, soit à
d'autres obligations et concessions opposées à
leurs intérêts et à leur religion. Les circonstances
présentes sont à tout égard différentes
de celles qui ont existées à toute autre époque.
Les Juifs n'ont plus à abandonner leur religion ni à
accepter des modifications qui la profaneraient dans la lettre
ou dans l'esprit."
"Durant les persécutions des Juifs et durant les
époques où ils durent se cacher pour échapper
à ces persécutions, différentes sortes de
doctrines et de coutumes ont vu le jour. Les rabbins prirent
individuellement la liberté d'interpréter les principes
de leur foi chaque fois que se présentait un besoin de
clarification. Mais la droite ligne de la foi religieuse ne peut
être tracée par des isolés; elle doit être
établie par un grand congrès de Juifs légalement
et librement rassemblés et comprenant des membres des
communautés espagnoles et portugaises, italiennes, allemandes
et françaises, soit des représentants des Juifs
de plus des trois-quarts de l'Europe."
23 août
1806, Napoléon à son ministre de l'intérieur.
Extrait de "L'Esprit de Napoléon: Une sélection
de ses écrits et de ses déclarations" édité
et traduit par J. Christophe Herold. |
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"ils devaient
fuir pour échapper aux pierres"
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"C'est un fait extraordinaire
que les Juifs, bien que dispersés dans le monde entier,
aient conservé les mêmes habitudes et les mêmes
traits caractéristiques. Avant la Révolution de
1789, les Juifs du Comtat Venaissin (une enclave du territoire
papal, près d'Avignon en France) vivaient dans d'affreuses
conditions. Les chrétiens de cette région ne considéraient
pas qu'un enfant d'Israël était un être humain
semblable à eux. Les Juifs devaient résider dans
un quartier qui leur était assigné et d'où
ils ne pouvaient sortir que durant des créneaux horaires
strictement imposés. Si, par malchance, ils se trouvaient
dans une rue où passait une procession chrétienne
(ce qui était fréquent), ils devaient fuir pour
échapper aux pierres qui leur étaient jetées
de tous les côtés."
"Ils devaient toujours porter un chapeau jaune: les Juives
devaient avoir un foulard de la même couleur en travers
de leur poitrine. Malheur à ceux qui quittaient leur quartier
sans ces signes distinctifs. Les Juifs devaient obligatoirement,
en s'inclinant respectueusement, saluer tous les chrétiens,
même les mendiants, qui leur disaient alors "Faites
une offrande". Le Juif devait obéir et donner cinq
sous. Dieu seul sait combien de pièces de vingt-cinq centimes
un Juif était ainsi obligé de payer chaque fois
qu'il sortait de chez lui."
(Elzéar
Blaze, La vie militaire sous Napoléon, traduit par John
R. Elting).
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Une des nombreuses contributions
de Napoléon à l'amélioration des conditions
de vie des populations, et peut-être celle qui est la plus
importante et la plus durable, est le Code Civil. Il engagea
sa responsabilité personnelle dans la rédaction
de la plupart des 2281 articles qui le composent.
A cette époque
de l'histoire, les chefs politiques de la Révolution avaient
entravé les pratiques religieuses. Napoléon ouvrit
les églises catholiques fermées depuis des années
et accorda la liberté des cultes aux Juifs et aux Protestants.
En application de la devise " Liberté, Egalité,
Fraternité ", il donna également droit de
cité aux francs-maçons.
En ce temps, les protestants de France étaient environ
680,000, soit 480,000 Calvinistes et 200,000 Luthériens.
Napoléon décida que leurs pasteurs recevraient
un salaire de l'État.
Le Code Civil, aussi appelé Code Napoléon. promulgué
en 1804, contient 36 Lois et 2281 articles. Il fut élaboré
en quatre mois de sessions quotidiennes, présidées
pour la plupart par le Premier Consul en personne. Le Code Napoléon
a servi de modèle à tous les juristes du XIXème
siècle.
COMMENT
NAPOLÉON A- T -IL ÉTÉ AMENÉ A S'INTÉRESSER
AUX JUIFS ?
Napoléon Bonaparte
n'a pas rencontré de Juifs dans son enfance, ni même
peut-être durant ses années d'étude en France.
Son premier contact avec une communauté juive s'est produit
le 9 février 1797 durant la Campagne d'Italie.
Quand Napoléon et son armée entrèrent à
Ancône, la communauté Juive y vivait confinée
dans un étroit ghetto bouclé la nuit. Il fut frappé
de constater que certaines personnes portaient des bonnets jaunes
et des brassards avec l'étoile de David. Il en demanda
la raison à un des ces officiers. Celui-ci répondit
que c'étaient des Juifs qui devaient obligatoirement rentrer
dans leur ghetto avant la nuit. Ils étaient ainsi marqués
pour permettre de vérifier qu'ils n'enfreignaient pas
cette règle. Napoléon ordonna immédiatement
que les bonnets jaunes et les brassards soient enlevés
et il les remplaça par la rosette tricolore. Il supprima
le ghetto et donna des instructions pour que les Juifs puissent
pratiquer ouvertement leur religion et vivre librement là
où ils le souhaitaient. Les Juifs d'Ancône furent
surpris et ravis de constater que les premiers soldats français
qui entrèrent dans le ghetto étaient des Juifs.
Plus tard, Napoléon libéra également les
Juifs des ghettos de Rome, Venise, Vérone et Padoue.
Le "Libérateur de l'Italie" abolit les lois
de l'inquisition, et les Juifs furent enfin libres.
POURQUOI
NAPOLÉON FIT-IL CELA ? AVAIT-IL UN MOTIF ?
Voici un autre fait qui
mérite d'être signalé. Le 12 Juin 1798, quand
les français s'emparèrent de Malte, Napoléon
apprit que les Chevaliers interdisaient aux Juifs de pratiquer
leur religion dans une synagogue. Ils traitaient les prisonniers
Juifs comme des esclaves et les utilisaient ou les vendaient
sans pitié. Napoléon donna immédiatement
aux Juifs la permission de bâtir une synagogue.
JE
DEMANDE ENCORE: POURQUOI NAPOLÉON EUT -IL CE COMPORTEMENT
?
QUELLE POUVAIT ETRE SA MOTIVATION ?
Maintenant
voici un fait étonnant qui est peu connu.
Quand les français
assiégeaient Saint-Jean d'Acre, Napoléon avait
préparé une proclamation créant en Palestine
un Etat Juif indépendant.
Il pensait occuper Saint-Jean d'Acre dans les jours suivants
et se rendre ensuite à Jérusalem pour y lancer
sa proclamation. A cause des Anglais accourus au secours des
Turcs, il ne put réaliser ce projet.
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Proclamation
à la nation Juive Quartier général Jérusalem,
1er floréal, an VII de la République Française
(20 avril 1799)
Bonaparte, commandant en chef des armées de la République
Française
en Afrique et en Asie, aux héritiers légitimes
de la Palestine :
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Israélites, nation
unique que les conquêtes et la tyrannie ont pu, pendant
des milliers d'années, priver de leur terre ancestrale,
mais ni de leur nom, ni de leur existence nationale !
Les observateurs attentifs et impartiaux du destin des nations,
même s'ils n'ont pas les dons prophétiques d'Israël
et de Joël, se sont rendus compte de la justesse des prédictions
des grands prophètes qui, à la veille de la destruction
de Sion, ont prédit que les enfants du Seigneur reviendraient
dans leur patrie avec des chansons et dans la joie et que la
tristesse et que les soupirs s'enfuiraient à jamais. (Isaie
35.10)
Debout dans la joie, les exilés ! Cette guerre sans exemple
dans toute l'histoire, a été engagée pour
sa propre défense par une nation, de qui les terres héréditaires
étaient considérées par ses ennemis comme
une proie offerte à dépecer. Maintenant cette nation
se venge de deux mille ans d'ignominie. Bien que l'époque
et les circonstances semblent peu favorables à l'affirmation
ou même à l'expression de vos demandes, cette guerre
vous offre aujourd'hui, contrairement à toute attente,
le patrimoine israélien.
La Providence m'a envoyé ici avec une jeune armée,
guidée par la justice et accompagnée par la victoire.
Mon quartier général est à Jérusalem
et dans quelques jours je serais à Damas, dont la proximité
n'est plus à craindre pour la ville de David.
Héritiers légitimes de la Palestine !
La Grande Nation qui ne trafique pas les hommes et les pays selon
la façon de ceux qui ont vendu vos ancêtres à
tous les peuples (Joël 4.6) ne vous appelle pas à
conquérir votre patrimoine. Non, elle vous demande de
prendre seulement ce qu'elle a déjà conquis avec
son appui et son autorisation de rester maître de cette
terre et de la garder malgré tous les adversaires.
Levez-vous ! Montrez que toute la puissance de vos oppresseurs
n'a pu anéantir le courage des descendants de ces héros
qui auraient fait honneur à Sparte et à Rome (Maccabée
12.15). Montrez que deux mille ans d'esclavage n'ont pas réussi
à étouffer ce courage.
Hâtez vous! C'est le moment qui ne reviendra peut-être
pas d'ici mille ans, de réclamer la restauration de vos
droits civils, de votre place parmi les peuples du monde. Vous
avez le droit à une existence politique en tant que nation
parmi les autres nations. Vous avez le droit d'adorer librement
le Seigneur selon votre religion. (Joël 4.20)
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Sans l'échec devant
Acre, Napoléon, par cette proclamation imprimée
et datée le 20 avril 1799, aurait créé l'État
d'Israël. Les Juifs n'auraient pas eu à attendre
150 ans de plus avant de retrouver un état indépendant.
Cette proclamation, néanmoins, a porté des fruits.
Elle a donné naissance au sionisme en renforçant
l'idée qu'il était juste que les juifs retrouvent
une patrie. Les idées exprimées par Napoléon
exaltèrent l'enthousiasme de tous ceux qui y virent la
réalisation de la prophétie biblique selon laquelle
les Juifs rentreraient un jour en possession de la terre de leurs
ancêtres; tout spécialement en Angleterre. Cent
dix huit ans plus tard, en 1917, le Comte de Balfour, qui était
le chef du parti conservateur, déclara que l'Angleterre
devait aider le peuple juif à retrouver sa patrie en Palestine,
mais ce n'est que 31 ans plus tard, en 1948, que l'État
d'Israël sera reconnu par un vote de l'Assemblée
Générale des Nations Unies. La déclaration
de Napoléon, ce premier jour de Pâques de 1799,
aura donc un rôle important dans la création de
l'État d'Israël.
Dans le Moniteur Universel de Paris, à la date du 22 mai
1799, on trouve: "Bonaparte a publié une proclamation
par laquelle il invite tous les juifs de l'Asie et de l'Afrique
à se ranger sous sa bannière en vue de rétablir
l'ancienne Jérusalem. Il a déjà armé
un grand nombre, et leurs bataillons menacent Alep."
Le 16 août 1800, Napoléon déclara: " Si je gouvernais une nation juive, je
rétablirais le temple de Salomon."
POURQUOI
NAPOLÉON FIT-IL CELA ?
On trouve la réponse
à cette question dans le journal du docteur Barry O'Meara,
le médecin personnel de l'Empereur à Sainte-Hélène.
Le 10 novembre 1816, O'Meara avait demandé à Napoléon
pourquoi il avait donné aux Juifs tant d'encouragements
: L'Empereur répondit, et je cite : "Je voulais
libérer les Juifs pour en faire des citoyens à
part entière. Ils devaient bénéficier des
mêmes avantages que les Catholiques et les Protestants.
J'insistais pour qu'il soient traités en frères
puisque nous sommes tous les héritiers du Judaïsme.
En outre, je pensais attirer en France un renfort précieux.
Les Juifs sont nombreux et ils seraient venus en masse s'installer
dans un pays qui leur accordait plus de privilèges que
partout ailleurs. Sans les événements de 1814,
bien des Juifs de toute l'Europe seraient venus s'établir
en France, où liberté, égalité, fraternité
leur étaient assurées, et où la porte des
honneurs leur était ouverte. Ils auraient ainsi participé
à la grandeur nationale."
Tout au long de son règne, Napoléon a éprouvé
une grande sympathie pour les Juifs. Il a toujours fait tout
son possible pour que les Juifs bénéficient des
mêmes droits que les Catholiques et les Protestants.
La Révolution de 1789 avait allégé en France
les mesures d'ostracisme imposées aux Juifs. Le 27 novembre
1791, un décret de l'Assemblée Constituante leur
avait accordé la citoyenneté à part entière.En
fait, il s'agissait là d'une simple profession de foi,
sans portée pratique. En effet, l'Assemblée Législative
ne prit aucune mesure d'application. Quant à la Convention,
elle ferma les synagogues, interdit de parler hébreu et
d'une manière générale rendit difficile
la vie des Juifs.
Sous le Directoire, les synagogues furent rendues au culte et
quelques Juifs isolés purent se lancer dans les affaires
ou une carrière politique.
Cependant, la masse demeura réprouvée et à
peine tolérée. Lorsque le pouvoir est confié
à Napoléon en France, la condition des Juifs est
donc précaire et instable. Elle est soumise, selon les
régions, à l'arbitraire des coutumes locales, tantôt
libérales, tantôt tyranniques. Les croyances personnelles
de Napoléon en matière de religion n'ont jamais
été très marquées. Par contre, il
avait un esprit de tolérance hors de pair. Partout où
il a étendu son pouvoir, il a établi la liberté
des cultes. Il disait: "La foi n'est pas du domaine de la
loi. C'est le bien personnel de l'homme et personne n'a le droit
de lui demander des comptes à ce sujet."
Il
voulait que les Juifs aient leur Jérusalem en France.
Metternich-Winneburg,
qui était Consul d'Autriche à Paris, écrivait
dans une lettre adressée en septembre 1806 au Comte Standion,
Ministre des affaires étrangères d'Autriche:"Tous
les juifs voient en Napoléon leur Messie."
Napoléon fut le premier chef d'état à accorder
l'égalité aux Juifs, à une époque
où les autres les maintenaient en servitude. Il supprima
aussi les taxes spéciales imposées aux Juifs en
Allemagne et il leur donna, pour la toute première
fois, l'égalité civique et politique. Quand une
forte opposition se manifesta en France, Napoléon maintint
fermement son soutien aux Juifs.
Quand Napoléon arriva au pouvoir, il n'y avait pas plus
de 40,000 Juifs dans toute la France et ils étaient dispersés
dans diverses provinces. C'est en Alsace, où vivait la
moitié de la population Juive de France, que les persécutions
étaient les plus sévères. A Paris, il y
avait environ 1,000 Juifs. Il leur était interdit de se
lancer dans les affaires, d'occuper des positions officielles
et d'acheter des propriétés.
Au cours de l'élaboration de la loi du 8 avril 1802 sur
l'organisation des cultes, le Conseiller d'État Jean-Etienne
Portalis, principal auteur du projet, déclara: "Les
Juifs bénéficieront, comme les autres, de la liberté
édictée par nos lois."

Christophe Martin Wieland
était un poète et philosophe Juif parmi les plus
respectés. Au cours d'un séjour en Allemagne, Napoléon
tint à le rencontrer. |
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Bien que l'opposition
antisémite fut très forte, Isaac Cerf-Beer, un
citoyen Juif parmi les plus éminents, présenta
à Portalis, récemment nommé ministre des
cultes, un remarquable plan d'intégration des Juifs dans
la nation. Ce plan fut transmis à Napoléon au camp
de Boulogne en août 1805. Il l'approuva et commanda à
Portalis de le mettre en pratique aussi vite que possible.
Aussi loin que les Juifs sont concernés, il ne fait aucun
doute que les lois de Napoléon constituent le tournant
qui leur a permis d'accéder à la libre société
telle qu'elle existe aujourd'hui.
Cerf-Beer a tenu un rôle important dans l'abolition de
l'impôt imposé à chaque Juif qui passait
un jour à Strasbourg. Au printemps 1806, après
la Campagne d'Austerlitz, Napoléon va intervenir personnellement
avec la plus grande vigueur, pour que les Juifs bénéficient
réellement d'une totale liberté. Cependant, le
" Mercure de France " publia un article violemment
antisémite, dans lequel il était dit que pour prétendre
à la liberté en France, les Juifs devraient obligatoirement
se convertir au Catholicisme. Une forte opposition menée
par Molé, Beugnot, Ségur et Régnier tenta
de faire avorter les plans de Napoléon en faveur des Juifs. |
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