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La Moskowa ou Borodino; deux dénominations
différentes qui désignent la même bataille,
le même affrontement, un chaos indescriptible, un orage
d'acier et de feu. Il suffit de lire certains témoignages
sur cette dernière afin de se rendre compte que ce jour
de septembre 1812, reste une date mémorable dans l'histoire
de l'Empire
Une
des plus terribles batailles de l'Epopée

'après Alain Pigeard : "
Kutuzof, qui avait succédé à Barclay de
Tolly, se vit contraint sous la pression du Tsar et de l'opinion
publique russe de livrer une grande bataille pour essayer d'arrêter
les français dans leur marche vers Moscou. Il choisit
une position en avant de Mojaïsk, vers un village appelé
Borodino. Les Russes fortifièrent la position sur
trois points importants : Schwardino, par une redoute
en avant de leur dispositif ; Semenowskoïe sous forme
de trois flèches remplies d'artillerie sur leur gauche,
et au centre de leur dispositif, une formidable redoute remplie
également d'artillerie. Le 5 septembre 1812, les français
se présentèrent devant le premier ouvrage russe,
la redoute de Schwardino. Napoléon ordonna au général
Compans d'enlever cette position ; les français s'en emparèrent
mais le combat fut meurtrier et laissait préfigurer le
combat du surlendemain.
La journée
du 6 fut consacrée à préparer la bataille
du lendemain et s'engagea à l'aube. Eugène aborda
Borodino tandis que Davout se jetait sur Semenowskoïe.
Après plusieurs succès et revers, les français
arrivèrent à s'emparer de la position des trois
flèches. A dix heures du matin, la bataille semblait gagnée
mais il fallut donner un coup supplémentaire aux Russes
qui se battaient bravement sur leur sol. La cavalerie française
se lança à l'assaut et les généraux
Montbrun et Caulaincourt perdirent la vie en tentant de s'emparer
de la Grande Redoute, position centrale du dispositif russe.
Napoléon, malgré l'insistance de ses maréchaux
et généraux, refuse de faire donner la Garde. L'artillerie
fut chargée d'effectuer cette besogne ; les Russes résistèrent
d'abord puis se retirèrent lentement, abandonnant le champ
de bataille aux français. La victoire était acquise
mais il s'agissait de la plus terrible bataille de l'Empire jamais
vue à ce jour : 12 généraux tués,
17 colonels, des milliers de morts et blessés. Le lendemain,
les Russes livrèrent encore quelques combats vers Mojaïsk
mais se retirèrent. Une semaine plus tard, les français
entraient à Moscou.
A lire les mémorialistes et les témoins de l'époque,
La Moskowa est la plus terrible de toutes les batailles de
l'Empire ; pas moins de 60 000 coups de canon tirés et
1 400 000 cartouches, soit 100 coups de canon à la minute
et 2300 coups de fusils
Sans parler du feu des Russes "
Quelques
chiffres.
(D'après A. Pigeard)
Forces françaises : de 127 000 à 135 000 hommes,
selon les sources, et 587 canons.
Forces Russes : Environ 120 000 hommes et 636 canons,
plus 33 000 miliciens.
Pertes Françaises : 6547 tués, 21 453 blessés.
Pertes Russes : Environ 45 000 tués et blessés.
Au
cur de l'action
Le Capitaine Henri de Brandt,
faisait alors partie de la 2ème Légion de la Vistule
lorsqu'il participa à la bataille de La Moskowa.
Ses " Souvenirs d'un officier polonais " contiennent
un très vivant chapitre s'y rapportant :
"Dès
sept heures du matin, la bataille était vigoureusement
engagée sur tous les points. Nous étions d'abord
postés immédiatement en avant de la garde, dont
les plumets et les épaulettes semblaient d'un rouge de
sang aux premières clartés de l'aurore. Nous étions
évidemment très-près des endroits où
le combat était le plus vif. Des boulets s'enfonçaient
en terre devant nous ou passaient sur nos têtes. Le vent,
qui nous soufflait fortement au visage, nous apportait tantôt
le cri français en avant ! tantôt les hurrahs des
Russes, mais, nous ne pouvions rien distinguer de la lutte. Bientôt
nous vîmes paraître des blessés ; ils nous
dirent que la redoute la plus voisine de nous venait d'être
enlevée
Vers neufs heures, on cria aux armes ! La division se porta,
sur deux colonnes, à mille ou douze cents pas de Schwardino,
jusqu'à un pli de terrain où l'on nous fit faire
halte, l'arme au pied. Au delà de cette dépression,
le sol se relevait brusquement. De nombreux boulets rasaient
la crête de cette hauteur et passaient ainsi au-dessus
de nous. Tandis que Chlopicki [le général du régiment],
aussi impassible qu'en Espagne, gravissait cette pente pour reconnaître
la position de l'ennemi, Claparède vint à nous.
Il fit ranger en cercle les officiers du 2ème, les engagea
à soutenir dignement la vieille réputation du régiment.
Cependant la bataille continuait avec fureur, surtout dans les
bois que nous avions à droite. De ce côté,
elle semblait s'étendre et même nous déborder.
Nous entendions sans relâche le sifflement des boulets.
Néanmoins aucun homme n'avait été encore
atteint ; le général avait bien choisi la position
pour éviter des pertes inutiles
Vers dix heures, parut un officier d'ordonnance de l'Empereur,
chargé de nous guider
Nous continuâmes de
marcher en avant, en obliquant un peu sur la gauche. Nous traversâmes
ainsi, à travers des prairies, une portion considérable
du champ de bataille. Sur notre droite, on se heurtait avec furie
; à gauche, nous apercevions de longues lignes de cavalerie
françaises, dans lesquelles l'artillerie ennemie faisait
à chaque instant des brèches. Nous perdîmes
aussi quelques hommes dans cette marche à découvert.
On nous fit faire une nouvelle halte dans un vallon, celui de
la Séménowka. De ce poste nous ne pouvions
rien voir, mais nous étions comme enveloppés par
des feux de mousqueterie et d'artillerie. Nous avions rencontré
en route de nombreux cadavres d'hommes et de chevaux ; maintenant
nous touchions presque à l'endroit où la lutte
était la plus acharnée. De nombreux blessés
passaient près de nous, laissant le long de nos rangs
des traces sanglantes
Vers deux heures, nous reçûmes
l'ordre de continuer à marcher en avant. Nous franchîmes
un ruisseau, sans doute la Séménowka, à
une place qui semblait avoir été piétinée
par un fort passage de cavalerie. Mais, tandis que nous gravissions
un monticule de l'autre côté du ravin, soudain une
véritable nuit de poussière nous enveloppa. En
même temps, un effroyable cri, jaillissant de milliers
de poitrines, couvrit le tonnerre de l'artillerie, dont les projectiles
labouraient nos colonnes. Et quand cette poussière commença
à se dissiper, nous vîmes que la grande redoute
du centre venait d'être enlevée, et que la cavalerie
française était déjà lancée
au-delà, chargeant sans relâche les Russes qui,
tout en se retirant, combattaient encore.

Bataille de la
Moskowa
(7 septembre
1812)
par Vasily
Veretchaguine, 1895
On
nous fit masser en arrière de la redoute. Evidemment,
nous avions été destinés à soutenir
et, au besoin, à remplacer ces premiers assaillants. Ils
avaient réussi, mais à quel prix ! La redoute et
ses alentours offraient un spectacle qui dépassait les
pires horreurs qu'on puisse rêver. Les abords, les fossés,
l'intérieur de l'ouvrage avaient disparu sous une colline
artificielle de morts et de mourants, d'une épaisseur
moyenne de six à huit hommes, entassés les uns
sur les autres. J'ai toujours présente la figure d'un
officier d'état-major, homme d'un certain âge, couché
en travers d'un des obusiers russes, avec une énorme blessure
béante à la tête. Auguste de Caulaincourt,
mortellement blessé, enveloppé dans un manteau
de cuirassier marbré de larges taches rouges. Il y avait
là, étendus pêle-mêle, des soldats
d'infanterie et des cuirassiers aux uniformes blancs et bleus,
des Saxons, des Westphaliens, des Polonais
. "
Après
la fournaise
Brandt poursuit : "On nous
fit bivouaquer à cette même place [une redoute],
parmi les mourants et les morts. Nous n'avions ni eau, ni bois,
mais on trouva du gruau, de l'eau-de-vie et d'autres provisions
dans les gibernes des Russes. Avec des crosses de fusils et les
débris de quelques fourgons, on parvint à allumer
assez de feu pour confectionner des grillades de cheval, notre
plat de résistance. Pour faire la soupe, il fallut redescendre
puiser de l'eau à la Kolotscha. Mais voici ce qu'il
y eut peut-être de plus horrible ! Autour de chaque lueur
qui commençait à briller dans les ténèbres,
les blessés, les agonisants furent bientôt plus
nombreux que nous-mêmes. On les voyait de toutes parts,
semblables à des spectres, se mouvoir dans la pénombre,
se traîner, ramper, jusque dans l'orbe lumineuse du foyer.
Les uns, affreusement mutilés, avaient usé dans
cet effort suprême ce qui leur restait de forces : ils
râlaient et expiraient, les yeux fixés sur la flamme
dont ils avaient l'air encore d'implorer le secours ; les autres,
ceux qui avaient conservé un souffle de vie, semblaient
les ombres des morts ! Ils reçurent tous les soins possibles,
non-seulement de nos braves médecins, mais des officiers
et des soldats. Tous nos bivouacs étaient devenus des
ambulances. "
L'
Empereur visite le champ de bataille.
Notre capitaine polonais raconte
: "Un peu avant le jour, le canon se fit entendre de nouveau,
mais à une grande distance. La matinée était
claire, le froid piquant. Vers neuf heures, nous vîmes
paraître l'Empereur. Il resta bien certainement trois quarts
d'heure tout près de nous, les yeux fixés sur ce
théâtre de carnage. Je le vis faire approcher un
des officiers de sa suite et lui parler. Aussitôt cet officier
entra dans la redoute avec des chasseurs qu'il disposa en carré,
de manière à circonscrire un certain espace dans
lequel on compta les morts. La même manuvre fut répétée
sur différents points, et je compris qu'on avait voulu,
par cette sorte d'opération mathématique, se rendre
compte approximativement du nombre des victimes. Pendant ce temps
, la physionomie de l'Empereur demeura impassible, seulement
il était très-pâle
"
Bibliographie
Général
de BRANDT : " Souvenirs
d'un officier polonais. Scènes de la vie militaire en
Espagne et en Russie (1808-1812) ". A la Librairie des Deux
Empires, 2002.
Alain PIGEARD
: " Dictionnaire
de la Grande-Armée ". Tallandier, 2002.
Et aussi le témoignage
du chirurgien LA
FLIZE en ligne sur le
site : Cliquez ICI
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