Moncey sengage dans larmée à
15 ans, au désespoir de son père, avocat au Parlement
de Besançon. Lieutenant en 1785, il poursuit son ascension
lors de la Révolution. En 1791, il est capitaine. Deux
ans plus tard, il sert dans lArmée des Pyrénées
occidentales contre les Espagnols. Il est bientôt général
de division. Après avoir occupé la Navarre et le
Pays Basque, il prend Bilbao le 19 juillet 1795. Il signe le
traité de Saint-Sébastien, qui aboutira à
la paix de Bâle.
En 1797, après le 18-Fructidor, Moncey est dénoncé
comme royaliste et destitué. Rappelé en 1799, favorable
à Bonaparte, il prend part au Coup dEtat du 18-Brumaire.
Il est ensuite nommé au commandement dun corps en
Italie en 1800. Cependant, en août, il refuse de participer
à loccupation des Etats Pontificaux sous Murat.
Bonaparte ne lui en tient pas rigueur et le nomme Premier inspecteur
général de la gendarmerie, poste que Moncey conservera
jusquen 1815.
Comblé dhonneurs
à lavènement de lEmpire, Moncey est
rappelé en 1808 en Espagne, où il prend part aux
sièges de Valence et de Saragosse. Bien quil reçoive
le titre de duc de Conegliano, il ne sera plus chargé
de commandements importants.
La guerre vient pourtant jusquà lui ; le 30 mars
1814, il est lun de ceux qui défendent avec acharnement
lentrée de Paris aux Alliés. A la première
Restauration, ayant signifié son adhésion au nouveau
gouvernement, il est nommé pair de France par Louis XVIII
et maintenu dans son commandement. Napoléon, revenu dElbe,
confirme Moncey dans sa pairie. A son retour, Louis XVIII la
lui retire.
Moncey, chargé de présider le jugement du maréchal
Ney, adresse au Roi une lettre motivant son refus, lettre qui
fera sensation. Louis XVIII le destitue et ordonne son emprisonnement
mais le commandant prussien du fort de Ham refuse dincarcérer
le maréchal. Moncey montre alors tout son sens de lhonneur
: il semprisonne lui-même, dans une auberge dabord,
puis dans son château, certainement plus confortable.
Le Roi lui restitue son bâton de maréchal le 3 juillet
1816, le titre de pair de France en 1819. Il continue sa carrière
militaire. Présent lors du retour des cendres de lEmpereur,
en décembre 1840, il dira «A présent, rentrons
mourir». Il meurt le 20 avril 1842.
Ci-dessous, texte d'une lettre autographe du Maréchal
Moncey datée du 11 Août 1832; le destinataire n'est
pas identifié.
<< [...] Il n'est pas dans les principes d'un vieux
soldat qui a toujours servi son pays avec désintéressement
lorsqu'il est près d'être octogénaire et
le premier inscrit sur le tableau de l'armée d'aller solliciter
quelque grâce du gouvernement du roi [...] en attendant
le temps s'écoule, les besoins viennent et la chandelle
brûle durement quand le fruit de toute sa vie a mûrit
et qu'elle s'éteigne doucement. Du reste, j'en prends
mon parti, voyant les choses comme je les ai vues jusqu'ici ;
dévouement, fidélité à son devoir,
à son pays, et arrive que pourra ! En cela , j'ai peu
à voir pour mon compte, car pour faire, il faut pouvoir
! et je ne sens que trop ma faiblesse, aussi suis-je bien sans
aucun désir ! [...] Adieu, mon respectable ami, soignez
votre santé et veuillez m'en donner des nouvelles; la
mienne faiblit beaucoup, mais je vis avec beaucoup de ménagement,
ce qui la soutient un peu...>>