Sur son rocher de Sainte-Hélène où
il est retenu prisonnier des anglais depuis plus de cinq ans,
l'Empereur Napoléon, après tant d'années
de vexations et de souffrances morales, n'est plus que l'ombre
de lui-même. Sa santé physique s'affaiblit de jour
en jour. A la mi-mars 1821, il ne quittera pratiquement plus
son lit. Sa fin est proche et il le sait. Il le proclame à
qui veut l'entendre. Le quinze avril suivant, c'est donc alité
qu'il commence la rédaction de son testament. Vingt jours
plus tard, il rend le dernier soupir devant ses compagnons effondrés.
Peu auparavant, dans son délire d'agonisant, il aurait
prononcé les mots : tête, puis armée. Combien
de fois s'était-il porté à la tête
de cette armée, son armée, sa Grande Armée.
Lorsque son testament sera ouvert, on découvrira
toute l'étendue de sa générosité
et de sa reconnaissance à l'égard de tous ses anciens
compagnons de gloire. Lors de sa rédaction, il avait estimé
à deux cent millions de francs la valeur de son domaine
privé. Et chose extraordinaire qui, à ma connaissance,
n'a jamais connu d'équivalent chez aucun Chef d'état,
il lègue cette immense fortune à ses vieux soldats
!
Dans ce testament, voici ce qu'il écrit : «Je lègue mon domaine privé,
moitié aux officiers et soldats qui restent de l'armée
française, qui ont combattu depuis 1792 à 1815
pour la gloire et l'indépendance de la nation ; la répartition
en sera faite au prorata des appointements d'activité
; moitié aux villes et campagnes d'Alsace, de Lorraine,
de Franche-Comté, de Bourgogne, de l'Ile-de-France, de
Champagne, Forez, Dauphiné qui auraient souffert par l'une
ou l'autre invasion. Il sera de cette somme prélevé
un million pour la ville de Brienne, et un million pour celle
de Mery. J'institue les comtes Montholon, Bertrand et Marchand
mes exécuteurs testamentaires.»
Ce qu'il
ignorait alors, c'est que depuis le 5 août 1818, une ordonnance
prise par le roi Louis XVIII, le privait de ses biens au profit
du Trésor royal. Ignorait ? Peut-être pas totalement,
puisqu'en effet, déjà à la suite de sa première
abdication, le traité de Fontainebleau stipulait en son
article IX,
« Les
propriétés que S. M. l'empereur Napoléon
possède en France, soit comme domaine extraordinaire,
soit comme domaine privé, resteront à la couronne.» Cela avait le mérite d'être
clair.
Mais dans son esprit, son retour à la tête de la
nation en 1815 rendait cette disposition caduque, comme toutes
les autres du reste. Il reprenait ses droits en même temps
que le pouvoir et avec la légitimité que lui conférait
le soutien des Chambres.
Après sa mort, ses exécuteurs testamentaires ne
purent que s'incliner face à l'ordonnance royale de 1818
dont ils ignoraient l'existence.
Néanmoins, cette généreuse donation de Napoléon
envers ses soldats fit grand bruit à l'époque et
chacun d'eux pouvait légitimement prétendre avoir
été couché sur le testament du Grand homme.
Bon nombre avait quitté l'armée et certains d'entre
eux, estropiés sur les champs de batailles, en la quittant,
avaient sombré dans la misère. Ce secours providentiel
en provenance de celui qu'ils chérissaient tant eût
été pour eux une consolation à leur triste
sort. Cette consolation leur fut irrémédiablement
refusée.
Il fallut attendre, l'avènement de Napoléon III
pour que ce dernier honore à sa manière le voeu
de son illustre oncle. Le 12 août 1857, soit trente-six
années après sa disparition, Napoléon III
prit un décret instituant une distinction destinée
à récompenser tous les anciens soldats ayants servi
sous la République et l'Empire. La gravure en fut confiée
à M. Barre, Graveur-général des Monnaies.
La Médaille de Sainte-Hélène était
née. De bronze, soutenue par un ruban vert doté
de cinq rayures verticales rouge, elle était entourée
d'une couronne de lauriers et surmontée de la couronne
impériale. De la partie inférieure de la couronne
de lauriers à la partie supérieure de la couronne
impériale, elle mesurait 33 millimètres. L'avers
figurait le profil de Napoléon 1er et sur l'envers étaient
gravés ses quelques mots :
Campagnes
de 1792 à 1815
A ses compagnons de gloire sa dernière pensée
Ste Hélène 5 mai 1821
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Bien vite des ordres furent donnés aux préfets
et aux maires d'avoir à recenser tous les survivants pouvant
prétendre à son obtention. C'est la Grande Chancellerie
de la Légion d'Honneur qui fut chargée de l'étude
des demandes. Chacun des postulants devait rapporter la preuve
de ses anciens états de service. Il était préférable
de ne pas avoir égaré son livret militaire. Toutefois,
on évita à ceux qui l'avaient perdu, les démarches
administratives en leur demandant simplement de fournir leur
numéro de régiment et la date de leur incorporation.
La Grande Chancellerie se chargeant alors des vérifications
auprès du Ministère de la Guerre.
Chaque préfet eut en charge, après la validation
des anciens militaires recensés, de procéder à
la remise de cette médaille dans son département.
Ce fut donc, l'occasion de réceptions dans les salons
des préfectures où se présentèrent
les valeureux récipiendaires qui trouvaient enfin dans
ce petit morceau de métal, la reconnaissance de la France
pour leur courage et le sang versé pour nombre d'entre
eux, pour la défense de la patrie. Un diplôme de
29 x 19 cms accompagnait la distinction. Et à l'instant
solennel où on épinglait cette médaille
sur leur vieil uniforme usé, aucun d'entre eux n'ignorait
pas que c'était le Grand Napoléon qui la leur décernait.
Par delà la mort, sa puissance agissait encore. Un mort
honorait ses anciens compagnons encore vivants.
Combien furent-ils à recevoir la Médaille de Sainte-Hélène
? Certains historiens avancent le chiffre de quatre cent mille.
En raison de l'incendie qui détruisit pendant la Commune
les archives de la Légion d'Honneur, il est difficile
d'en évaluer le nombre avec précision. C'est donc
à partir des Archives départementales que l'on
peut espèrer retrouver la trace des récipiendaires.
L'association Les médaillés de Sainte-Hélène
a déjà entrepris un gigantesque travail de
recherche et a, à ce jour, recensé plus de 160
000 récipiendaires qui constituent une formidable base
de données qui peut être consultée directement
sur internet. Les travaux de recherche étant souvent longs
et fastidieux, chacun dans son département, peut apporter
son aide à cette vaste entreprise historique. Comment
faire ? Rien de plus simple. Visitez le site des Médaillés
de Sainte-Hélène à l'adresse ci-dessous
et par la même occasion, vérifiez si l'un de vos
ancêtres a reçu la médaille de Sainte-Hélène.
Si c'est le cas, c'est qu'il a servi dans les armées de
la République et de l'Empire.
Site
des
Médaillés
de Sainte-Hélène
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