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François Marq naquit à Eclaron, département
de la Haute-Marne, le 13 novembre 1792 . Le texte qui suit est
extrait de ses mémoires écrits en 1817, soit très
peu de temps après les événements auxquels
ils sont attachés. Son témoignage ne sortit de
l'ombre qu'en 1901, d'abord dans la «Revue Napoléonienne»,
puis la même année sous la forme d'un volume de
53 pages à la Librairie Militaire Edmond Dubois. Ces souvenirs
sont ceux d'un homme à l'instruction sommaire ; mais si
on peut noter nombres d'inexactitudes dans ce texte, il reflète
néanmoins une série d'impressions telles que pouvaient
les vivre ces braves qui formèrent la Grande-Armée.
Pour des raisons évidentes de compréhension nous
avons rétabli la bonne orthographe ainsi que la syntaxe
de certaines phrases. Nous avons complété ce texte
par quelques notes et ajouté plusieurs mots dans le texte
; ces derniers sont mis entre crochets.
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EN
ROUTE POUR LA GLOIRE
 l'âge de vingt
ans, le jeune François entame sa carrière militaire,
nous sommes presque à la fin de l'Empire : «Parti
de Chaumont [Haute-Marne] par détachement le 15 avril
1812, pour être rendu à Dijon le 16, où j'ai
été incorporé le 17, jour où je fus
porté sur les Contrôles et immatriculé pour
faire partie de la 6ème Compagnie de la 56ème Cohorte
du 1er Ban de la Garde Nationale. J'obtins le grade de caporal
le 26 avril 1812». Il est occupe les fonctions de
secrétaire «d'un officier-payeur dans la
dite cohorte». La 56° cohorte prend le chemin
d'Utrecht en Hollande, le 25 juillet de la même année.
Après un passage à Aurich , en Prusse, la cohorte
reçoit l'ordre de se rendre à Bremen [Brême]
en Hollande. Dans cette ville , elle prendra «le
nom de troupe de ligne, et ensuite [formera] le 2ème bataillon
du 153ème régiment d'infanterie de ligne»,
selon les propos de Marq lui-même. Nous sommes le 22 février
1813 et François obtient «le grade de sergent
dans la 4° compagnie du dit bataillon [le 2ème]».
«Le 25 du même mois, le régiment formé
de quatre cohortes qui se trouvaient là alors, à
partir de cette ville pour se rendre à Magdebourg ; étant
arrivé à cette dernière, on a distribué
à chaque soldat, toutes les munitions propres à
se mettre en campagne. La garnison était au nombre de
60.000 hommes», écrit notre officier. Le
régiment à cette période reçoit un
ordre pour «partir avec le corps d'armée
commandé par le général de division Lacroix
et le général de brigade Penne».
1) - Son
acte de naissance indique que son père Louis Tranquille
Marq était «coupeur au Bois ».
La ville d'Eclaron a été jumelée il y a
une trentaine d'années avec deux autres communes : Braucourt
et Sainte-Livière. Sur l'histoire d'Eclaron , visiter
le site de la ville : www.eclaron.net
2)
- Sous le titre original de «Description des campagnes
de guerre. Faites par moi Marq (François), Ex Sergent-Major
de Voltigeurs, maintenant retraité
.»
LA
CAMPAGNE DE 1813 ...
Les choses deviennent sérieuses
: « Le 2 avril 1813, nous avons passé sur
le pont de bateaux qui était établi sur la rivière
de l'Elbe, pour aller attaquer l'ennemi que l'on voyait dans
la plaine de Crako [sic] ; on a attaqué vers les huit
heures du matin, et l'ennemi fut mis en fuite ; peu d'hommes
furent tués.». Puis, c'est la vie continuelle
du soldat en campagne : «La nuit du 2 au 3 avril
nous avons bivouaqué sur une hauteur près d'un
village nommé
[nom laissé en blanc] où
l'ennemi était en face de nous. Le 3 avril au matin, il
a quitté sa position ; notre régiment a été
la reprendre à ce village et y resta jusqu'au 4 au matin,
époque où il a reçu un ordre pour partir
précipitamment en battant en retraite sur Magdebourg :
car l'ennemi était à notre poursuite.»
Le 18 mai 1813 au soir, Marq et son régiment arrivent
près de Bautzen «où il a bivouaqué
jusqu'au lendemain 19, jour au cours duquel il a reçu
l'ordre de partir, et de prendre la direction à droite
; il a marché en colonne sur la route qui traverse la
forêt de cette ville». François précise
: «Arrivé dans ce lieu sur les quatre heures
du soir, le régiment s'est de suite mis en bataille dans
une petite pièce de terre située entre deux bois,
les tirailleurs ennemis se sont présentés en débusquant
des sapins qui forment cette forêt, les nôtre se
sont mis aussi à tirailler, et enfin successivement de
part et d'autre, le feu s'est engagé par une forte canonnade,
et nous nous sommes battus jusqu'à neuf heures du soir
; l'ennemi a soutenu sa position en raison du fait qu(il avait
construit plusieurs redoutes, et qu'il était embusqué
derrière le bois. Malgré tout cela la bataille
a été bien plus sanglante pour l'ennemi que pour
les français.»
Puis le régiment arrive le 21 mai 1813, à sept
heures du matin devant la ville de Leipzig : «Il
s'est mis en bataille avec le corps d'armée et l'on a
attaqué l'ennemi qui était aux alentours, on a
tiré quelques coups de canon sur les tirailleurs et l'armée
à presque aussitôt disparue, notre régiment
était à sa poursuite. Il entra dans la ville à
huit heures du matin, l'arme au bras, il a fait plusieurs prisonniers
et a tué un grand nombre d'ennemis dans les rues de Leipsick
[Leipzig] , dont les habitants étaient en consternation
de voir un spectacle si affreux
Le régiment a toujours
marché à la poursuite de l'ennemi sans qu'il s'arrêtât
pour faire aucune résistance, que quelques régiments
qui formaient leur arrière-garde, qui ont tiré
quelques coups de canons. Mais les combats faits pour arriver
à Haïnau [Haynau], ville sur laquelle nous nous dirigions,
ne furent pas sanglants c'est pourquoi je n'en fait pas le détail,
mais dans les poursuites telles que celles annoncées et
celles qui suivent, il y eut plusieurs contremarches qui étaient
au moins autant fatigantes que les batailles, parce qu'enfin
nous marchions nuit et jour.»
Le 25 mai 1813, a lieu la bataille d'Haynau. Marq et son
régiment y participent : « Nous arrivâmes
sur les midi à la dite ville d'Haïnau [Haynau] toujours
en repoussant l'ennemi ; cependant il s'est arrêté
sur les hauteurs de cette ville et s'y est mis en position, il
a attaqué «et soutenu, l'accusé de
réception des français, il était bien plus
nombreux que nous ; nous étions à peu de distancer
l'un de l'autre, et après que le feu a été
bien animé et soutenu de part et d'autre, il s'est fait
un signal par eux, en mettant le feu dans un moulin à
vent où était en réserve 1.500 hommes de
cavalerie de la Garde du Roi de Prusse et autres. Ils ont à
ce coup de signal foncé à course de cheval sur
les régiments qui formaient le 3ème corps dont
le 153ème dont je faisais partie. On croyait que ce grand
nombre de cavalerie était française et qu'elle
venait à notre secours ; il faisait alors une si grande
chaleur et ne poussière importante que l'on n'a pu la
distinguer facilement, on n'eut que le temps de former le carré
et même le 152ème régiment qui était
à côté de nous, n'a pas été
assez tôt formé. Cette cavalerie a foncé
sur eux et en a haché, tué, blessé la plus
forte partie. Les débris de ce régiment sont venus
se réfugier dans notre carré où l'on ne
voulait pas les laisser entrer pour la simple raison que si l'on
faisait une ouverture d'une file, la cavalerie y aurait pénétrée
facilement. Ces cavaliers et leurs officiers étaient au
bout de nos baïonnettes, qui attendaient le moment de nous
mettre en fuite, mais le courage n'ayant pas manqué aux
braves, ils n'ont rien pu faire au régiment ; au contraire,
ils ont perdu un grand nombre d'hommes
»
Un prince autrichien trouve la mort lors de cette bataille
: «
même leur Prince qui les commandaient,
lequel avait le courage de venir sous nos baïonnette et
les détourner avec son sabre, et criait avec acharnement
à ses cavalier en allemand : «En avant !».
Mais bientôt ce malheureux prince fut tué par un
grenadier du 2ème bataillon. Ce grenadier en question
lui a tiré son coup de fusil, il l'a reçu à
la fossette du menton, la balle est sortie derrière le
cou, il est tombé en bas de son cheval et son escorte
fut bientôt mise en déroute et s'enfuit (ils étaient
tous remplis d'eau-de-vie). Les soldats ont dépouillé
ce prince. Le grenadier qui l'a tué a eu sa montre qui
était très riche. Le colonel du régiment
lui en donnait 600 francs, il n'a pas voulu lui vendre. Enfin,
il a eu aussi les décorations du Prince et plusieurs militaires
en ont également profité. Parmi eux il y en eût
un qui a présenté au général de division
une des fameuses décorations qui venait de ce prince.
Cela lui a valu la décoration de la Légion d'honneur.
Après la bataille, c'est toujours le même spectacle
de désolation que note le jeune François : «Le
champ de bataille était couvert de morts et de blessés.
Il y avait de ces malheureux blessés qui avaient encore
eu le courage de se transporter dans une grange au hameau où
la bataille fut livrée. Ces barbares d'ennemis en se sauvant
y ont mis le feu, et les misérables qui s'étaient
réfugiés à cet endroit furent tous consumés
par le feu, choses cruelle à voir et à entendre
par les cris perçants jetés par ces victimes. Ils
avaient fait prisonnier notre général de brigade
; mais il s'est échappé en se sauvant ; il a même
perdu son chapeau, le champ de bataille fut aux français,
et après l'avoir visité, nous avons reconnu une
des cantinières du régiment qui était tuée
d'un coup de sabre qui lui avait traversé le corps , une
autre cantinière eût deux doigts de la main coupés
également d'un coup de sabre. Le soir nous nous sommes
retirés du champ de bataille et nous avons bivouaqué
au-delà de la ville.»
Le 27 mai, les français se mettent à la poursuite
de l'ennemi qui se dirige vers Meissen : «
il
s'est livrées plusieurs batailles dans la plaine de Lutzen,
lesquelles ont été bien sanglantes ; mais l'ennemi
a toujours été repoussé , et un grand nombre
de tués, blessés et prisonniers sont restés
au pouvoir des français. Le 11 juin nous sommes arrivés
à la dite ville de Meissen où le régiment
est resté deux jours. L'ennemi avait fait devant cette
ville sur les hauteurs des redoutes et souterrains, mais il ne
les a pas soutenus, et nous nous sommes emparés de tout.
Le 13 juin, le régiment est parti de la ville et s'est
dirigé sur Lowemberg où il est arrivés le
18 du même mois.» «François
Marq assiste à une nouvelle bataille : «Nous
bivouaquâmes devant cette ville jusqu'au 21 au matin époque
de la bataille qui a commencé à huit heures du
matin et a finie le 22 à deux heures de relevée.
Cette ville est dans un fond où passe une rivière
aux pieds des murs. Il y eût une grande quantité
d'hommes qui furent culbutés et jetés dans ce fleuve,
et ils y ont perdu la vie ; mais le plus grand nombre fut celui
des tués, beaucoup furent blessés de part et d'autre
»
Plus tard, la poursuite continue : «Nous avons continué
notre marche à la poursuite de l'ennemi qui se dirigeait
sur Lignitz, à notre arrivée aux environs de cette
ville, nous l'avons aperçu qui était en bataille
nous l'avons attaqué et il a soutenu ; mais peu de temps.
La bataille fut assez considérable, la fuite fut prise
par l'ennemi, et il s'est dirigé sur Brestlauw. Pour arriver
à cette ville, beaucoup de batailles furent livrées
dans les plaines et les villages. Il est resté dans ces
derniers un grand nombre de tués et de blessés
de part et d'autres. La plus cruelle des choses était
de voir tous les villages en feu et en flammes, tout y brûlait
puisque la troupe ne pouvait passer dans les rues avec les munitions
de guerre, de peur que les flammes n'atteignent les caissons
de cartouches et les gargouches [gargouses] de canon, etc.»
Selon François, «ce cruel incendie a été
fait par l'ennemi afin que les français ne trouvent aucun
moyen de subsistance pour les chevaux et les soldats ; les malheureux
habitants s'étaient sauvés dans les bois pendant
ce triste carnage.»
Puis c'est l'arrivée à Brestlauw : «Nous
y sommes entrés à 8 heures du matin le 30 juin
1813, l'arme au bras, l'ennemi n 'a fait aucune résistance,
il a fuit en traversant cette ville sans s'arrêter
»
Marq observe que «les habitants y sont très
humains, ils nous ont reçu comme de vrais amis ; ils sont
venus au-devant de la troupe avec des vivres et boissons de toutes
espèces.». Il séjournera dans cette
ville jusqu'au 9 juillet 1813. Et après une suspension
d'armes pour six semaines, les français se retirent par
condition «à une distance de 20 lieues de
la dite ville de Brestlauw».
Le 10 août, avec cinq jours d'avance en raison de la trêve
fixée précédemment, François Marq
et ses coreligionnaires célèbrent la naissance
de l'Empereur : «On a donné à chaque
soldat un franc et double ration de vivres, vin, eau-de-vie,
etc. La fête a été faite dans la plus grande
joie, les danses, les jeux de tout genre étaient employés,
et tout était au comble de la plus grande gaieté.»
Mais déjà, les hommes fourbissent leurs armes
: «Le 14 [août] et le 15 [août] nous
nous sommes occupés à nettoyer notre armement et
à faire nos sacs. On nous fit aussi une distribution de
cartouches. La nuit du 15[août] au 16 [août]nous
nous mîmes sous les armes de côté et d'autre
du camp craignant que l'ennemi ne vienne à nous surprendre
; mais il n'a pas approché. A la pointe du jour, nous
quittâmes nos baraques pour nous diriger sur Goldberg,
étant dans les environs de cette ville, nous avons aperçu
quelques cosaques qui étaient çà et là
dans la plaine et aux alentours de la dite ville. Plusieurs de
nos compagnies de voltigeurs furent envoyées en tirailleurs
et elles ont contraint l'ennemi à se retirer.»
Le régiment reprend sa marche : «Le 17
août au matin on a comme de coutume battu «La
Diane» et la troupe s'est mise sous les armes. Elle
a ensuite pris la direction de Lignitz où jusqu'aux environs
de cette ville nous avons poursuivit l'ennemi avec rapidité,
mais sans livrer de batailles. Quelques cosaques et tirailleurs
français livraient à chaque instant de petits combats.
Mais le nombre de tués fut peu considérable. Arrivés
sur les hauteurs exposées devant la dite ville, nous y
avons trouvé l'ennemi en grande force qui était
dans les redoutes, et ses pièces braquées en ligne.
Il faisait un temps horrible. La pluie tombait avec une force
extraordinaire, et si cependant nous avons attaqué sur
les 5 heures du soir, mais bien mal à propos, car la victoire
fut ce jour là abandonnée par les français.
Cependant la troupe a bien soutenu le feu. Mais la trop grande
abondance d'eau qui tombait, fut la perte des français.
Le 11ème corps d'armée commandé par [nom
laissé en blanc] fut entièrement détruit
et anéanti de toutes ses batteries. Pour lors, le plus
gros de l'armée française qui était en avant
fut obligée de se retirer. L'ennemi vainqueur a continué
le feu jusqu'à la nuit. Les français furent obligés
d'y répondre et ils ont soutenu pour pouvoir laisser filer
les bagages de l'armée. La nuit étant venue le
feu cessa. L'ennemi reprit sa position et les français
ont évacué le terrain la nuit du 17 au 18 août
. Mais quelles pertes nombreuses ! Les caissons de munition,
les batteries, les convois de vivres et enfin tout ce qui était
à la suite de l'armée a été obligé
de fuir à travers champs, ne connaissant plus de chemins
tant il avait plu. Les uns passaient, d'autres restaient dans
les fossés. Tout était resté sur le champ
de bataille, les misérables blessés qui étaient
sur des voitures, sont restés avec tous les équipages
qui étaient brisés dans les fossés. L'armée
française a battu en retraite pendant la nuit et elle
fut obligés de laisser une partie de ses munitions et
tous les blessés au pouvoir de l'ennemi.»
Marq, assiste au repli des français : «Le
fort de l'armée soutenait la retraite pendant que les
convois de voitures et de munitions évacuaient. Mais de
tristes combats eurent lieu sur les routes et dans les plaines.
Le mauvais temps étant toujours contraire, il n'a pas
cessé de pleuvoir pendant quatre jours. L'infanterie ne
pouvaient se défendre, car les armes étaient toutes
rouillées et pleines d'eau. Elles étaient hors
d'état de faire feu. La nombreuse cavalerie ennemie nous
chargeait et nous ne pouvions nous défendre. Il fallait
donc nous former en carré et nous battre à la baïonnette
contre cette cavalerie et même être obligés
de battre en retraite dans cette position. On doit juger combien
les français ont perdu d'hommes ; mais encore plus par
la fatigue et par la faim que par le feu et le fer.».
PRISONNIER
...
Le 17 septembre 1813, François Marq est fait prisonnier
«dans un bois à une demie lieue de distance
de Bonzelo». Mais à la faveur de la nuit,
il prend la poudre d'escampette avec deux de ses camarades :
«Nous restâmes la nuit au pied d'un arbre
dans le milieu de ce bois. Le jour étant venu nous entendîmes
tirailler, nous sortons alors sur la lisière de ce bois
pour nous assurer si les français étaient en force
et nous aperçûmes une colonne d'infanterie qui était
en ligne derrière les compagnies de voltigeurs qui se
tiraillaient avec quelques régiments de cavalerie ennemie».
Marq et ses compères décident de rejoindre la colonne
d'infanterie qu'ils aperçoivent. Par la suite, François
sera réintégré dans sa compagnie. Il en
avait été rayé «comme étant
présumé tué». Le 19 septembre,
Marq et son régiment se dirigent sur Dresde avec le 5ème
corps d'armée. Cette ville est le point de ralliement
de toute la Grande-Armée, ce qui permet à Marq
d'écrire : «Nous y avons campé plusieurs
jours. L'ennemi s'est avancé et quelques corps d'armée
français ont pris position pour l'arrêter. Là
on s'est battu et sans succès de part et d'autre et cependant
beaucoup d'hommes furent tués et blessés.»
Cependant Dresde reste aux mains des autrichiens. «L'armée
française s'est reposée quelques jours dans la
plaine de Dresde, et n'étant pas en force elle fut obligée
de continuer sa retraite, la dirigeant sur Leipsick [Leipzig].
Un grand nombre de combats furent livrés et des contremarches
sans nombre furent faites nuit et jour pour arriver à
quelque distance de cette ville
L'armée remplie de
fatigue et sans subsistance, ne pouvait se défendre comme
elle l'aurait désirée, n'ayant pour ainsi dire
pas la force de marcher». Démunie de tout,
les soldats, maraudent à la recherche de quelque subsistance
: «Oh ! Quel malheur pour les pauvres habitants
des endroits où l'armée passait. Il est certain
que, n'ayant point de vivres du gouvernement, il a fallu que
les soldats s'abandonnent à prendre ceux des malheureux
habitants des villes et des villages où elle passait ;
et comme elle faisait des contre marches c'est-à-dire
qu'elle passait plusieurs fois dans le même endroit, la
subsistance de ces habitants fut bientôt épuisée.
Les pauvres malheureux furent obligés de quitter le pays
et de s'enfuir dans les bois.». La famine est bien
présente : «Les soldats ainsi que les officiers
furent obligés de vivre de racines des champs. Nous fûmes
quarante jours sans que l'on nous distribua du pain. Ainsi on
doit juger d'après cette longue privation de vivres réglés,
combien la troupe doit avoir souffert et un grand nombre d'hommes
sont morts de faim et de fatigues. Il en était de même
pour les chevaux.».
Près de Leipzig «L'Empereur a ordonné
que l'on brûla tous les convois de munitions vides, caissons
d'ambulance, voitures qui contenaient les bagages ces régiments,
et même les voitures des généraux . Cette
destruction a été faite en raison du trop grand
nombre de voitures qui empêchaient la troupe de passer
ainsi que les pièces d'artillerie et enfin tout ce qui
est nécessaire à une armée pour se battre.
Les officiers supérieurs chargés de l'exécution
ont fait réunir toutes les voitures susceptibles à
cette destruction, étant toutes ainsi réunies,
on y a mis le feu, et elles ont été toutes consumées
(350 je crois pour cette fois).» Plus tard ce sont
les parcs de caissons de munitions «accompagnés
de leurs pièces non remplis de munitions»
qui sont brûlés. François raconte également
que plusieurs pièces de canon étant restées
chargées par mégarde, «on doit juger
combien étaient exposés ceux qui étaient
chargés de mettre le feu
Les obus éclatèrent,
les pièces de canon partaient de tous côtés».
LEIPZIG
...
Puis
c'est la
bataille de Wachau : «Le 16 [octobre] sur les dix
heures du matin, de nombreuses colonnes ennemies se sont présentées
avec leurs batteries sur l'aile droite de Leipsick [Leipzig],
et elles ont attaquées. Après quelques heures de
combat sur ce point, il a paru également une force nombreuse
de cavalerie et d'infanterie sur l'aile gauche de la dite ville.
La troupe française était en bataille. Elle s'est
défendue et n'a pas quitté sa position dans le
moment. Mais sur les trois heures de relevée, les Français
furent obligés de se retirer dans la plaine qui est au
levant de Leipsick [Leipzig]. Pour arriver à cet endroit
l'armée a défilé par les faubourgs et toujours
en se défendant à coup de canon et fusillade entretenue
par les tirailleurs voltigeurs. Ah ! Quel désastre ! Que
de maisons détruites par le boulet, ainsi que tous les
arbres qui ont été cassés par le même.
Des habitants furent tués dans les rues et dans leurs
maisons. Cette retraite a été le résultat
de ce que l'armée ennemie du centre s'est présentée
et elle a attaqué aussitôt. La canonnade ne cessait
pas d'un côté et de l'autre. Les deux armées
se sont battues avec courage jusqu'à huit heures du soir
sans quitter leurs positions ; toute la nuit les tirailleurs
ont été sur leurs gardes, et à plusieurs
reprises ils ont fait feu sur les postes avancés. A la
pointe du jour, 17 octobre, les deux armées étaient
en bataille devant la ville toujours à la même position
qu'elles occupaient le 16. Elles ont campé là une
partie de la journée du 17, sans se battre ni faire aucun
mouvement. Sur les 5 heures de relevée, l'ennemi a envoyé
ses tirailleurs en avant, et les français ont aussi envoyé
des compagnies de voltigeurs en tirailleurs. Ils se sont tiraillés
l'un et l'autre jusqu'à la nuit.
Quelques pièces de canon ont fait feu, mais la bataille
fut peu remarquable. Le 17 octobre, l'ennemi s'est occupé
à ramasser leurs blessés des 15 et 16, et les a
évacués sur les derrières de l'armée,
mais les français n'ont pu faire de même, en raison
de ce que leurs convois de voitures étaient brûlées.
Plusieurs , c'est-à-dire ceux qui avaient de légères
blessures se sont retirés du champ de bataille, et ils
ont évacué eux-mêmes pour rentrer en France.
Mais ces malheureux qui avaient les jambes coupées, et
ceux qui avaient des blessures graves n'ont pu s'enfuir.».
Le 18 octobre le combat continue entre les belligérants
: «L'ennemi qui était aussi sur ses gardes,
de sorte que le feu a commencé sur les huit heures du
matin et n'a cessé qu'à la nuit sans discontinuer
La
canonnade n'a pas cessé un instant ni d'un côté
ni de l'autre
.Les obus et les boulets ont abîmé
les faubourg de Leipsick [Leipzig] (3) , puisque des maisons
ont été abattues et détruites entièrement.
La nuit étant venue le feu a cessé et étant
toujours à la même position, on a passé la
nuit étant toujours sous les armes prêts à
se battre en cas d'attaque.»
3) -
La bataille de Leipzig se déroule les 18 et 19 octobre
1813.
LE
COMBAT CONTINUE ...
Le jour suivant, 19 octobre, «Les français
furent obligés de battre en retraite, après s'être
battus depuis le matin jusqu'à trois à quatre heures
de relevée, moment de la déroute. Les munitions
ne venaient plus à temps et les pièces de canon
les plus avancées en ont manquées. L'infanterie
de même, de manière que les canonniers ont été
obligés d'abandonner leur pièces et la troupe de
se retirer. L'ennemi apercevant le mouvement et voyant les pièces
abandonnées il s'anime et vint à grands pas foncer
sur les français. Une partie de l'armée a soutenu
avec courtage, pendant que plusieurs corps d'armées dé
filaient sur le pont de la rivière appelée l'Ester
[l'Elster]. L'ordre fut donné par S.M . à un colonel
de garder le dit pont, et de la faire couper quand la troupe
serait passée ; mais sans doute que ce chargé d'exécution
a eu peur pour sa propre vie. Il quittât son poste et donna
à un sous-officier la commission dont il était
chargé. Ce sous-officier fit exécuter l'ordre par
des sapeurs qui se trouvaient de garde pour faire l'opération
après que la troupe soit passée ; mais ils reçurent
l'ordre avant qu'elle fut à demi passée, et les
malheureux qui étaient de l'autre côté, furent
obligés de passer la rivière à la nage.
Les Saxons qui alors faisaient parie de l'armée française
ayant vu ce spectacle affreux, se sont mis contre nous, ils ont
braqué leurs pièces, et ils ont à l'instant
fait feu sur leurs camarades
«Le reste de
l'armée française qui fut alors obligée
de passer cette rivière à la nage a été
pour ainsi dire perdue. .. ». C'est un véritable
carnage auquel assiste Marq : « Oh ! Quel spectacle
affreux de voir tant d'hommes étendus sur la poussière.
Plusieurs ont été écrasés par le
trop grand nombre de caissons et de pièces qui se trouvaient
encombrés dans les rues. D'autres qui étaient légèrement
blessés, ont été aussi écrasés
par les mêmes. Enfin l'évaluation de la perte des
français a été faite à 50.000 hommes
hors de combat . Celle des pièces d'artillerie et des
caissons de munitions, fut aussi considérable. Le régiment
dont je faisais partie a perdu 800 hommes.
Le 20 , le 153ème, se dirige sur la ville de Hanovre,
où devant cette ville, écrit Marq, à la
sortie du bois, il se fit une grosse bataille avec les Saxons
et les Bavarois, ceux qui depuis deux jours venaient de nous
trahir ; et connaissant la marche de l'armée française,
ils étaient venus en avant pour lui couper la retraite
; mais bientôt ils furent obligés de se retirer
et d'évacuer leur position après avoir perdu un
grand nombre d'hommes. Le passage étant alors devenu libre,
on fit filer les pièces et les munitions sur Francfort
sur le Rhin, ainsi que la troupe qui s'y est dirigée.».
Après un cantonnement de huit jours à Grosvinternhem
[sic], François et son régiment se dirigent vers
Coblence, via Mayence. De là ordre est donné de
partir pour Cologne, puis à Neuss. «L'ennemi
y était débarqué mais en petit nombre, écrit
Marq, avec une pièce de canon. Il était en colonne
peu éloignée de leurs barques [le Rhin est tout
proche], et le régiment l'ayant aperçu, a fait
feu sur lui. Il a de suite repassé le Rhin. Le passage
étant alors libre, nous arrivâmes à la ville
et ensuite on nous distribua des billets de logement. Nous y
avons séjourné dix-sept à dix-huit jours,
pendant lesquels il y a eu un piquet de garde la nuit sur la
Place et des postes établis sur le bord du Rhin pour notre
sûreté». François Marq nous
rappelle toujours les us et coutumes du soldat en campagne :
«Tous les matins à la pointe du jour, on
battait le réveil et toute la troupe qui était
à cette ville, se réunissait sur la Place avec
armes et bagages en cas de surprise pour partir aussitôt».
Le régiment de Marq se dirige ensuite «sur
une petite ville très fortifiée nommée Juliers.
Où nous restâmes quelques jours» précise
François. «On a laissé à cette
ville 3000 hommes pour le blocus. Le reste du régiment
est parti de la ville et est passé à Aix-la-Chapelle
et s'est dirigé sur Liège, où une grande
partie de l'armée s'est réunies à cette
ville.».
4) - Alain
Pigeard indique dans son «Dictionnaire de la Grande-Armée»
(Tallandier, 2002) que pour la journée du 16 octobre,
il y eut 20 000 tués et blessés français
; 50 000 le 18 octobre.
5)
- Les Saxons et les Wurtembergeois qui changèrent brutalement
de camp sur le champ de bataille de Leipzig
L'ENNEMI
SUR LA TERRE DE FRANCE ...
Marq continue sa progression et note avec soin, comme toujours
, son itinéraire : «L'ennemi venait à
notre poursuite du côté Mastrick [Maastrich], et
nous sommes resté à Liège que quatre à
cinq jours. En suite nous avons marché journellement en
nous dirigeant sur Namur, Mézière [Mézières],
Rheims [Reims], Chaalons [Châlons-en-Champagne], et de
là sur Troyes, Bar-sur-Seine, Méry [Méry-sur-Seine],
où il fut livré de gros combats. Les maisons de
cette ville furent dévastées par le feu et le boulet.
Un incendie a eu lieu dans les environs de Méry pendant
plusieurs jours (6)».
François est toujours
conscient du malheur causé par les troupes sur la population civile
: «Alors dans les villes et villages où la
troupe passait, les habitants furent à leur tour obligés
de s'enfuir dans les bois en laissant leurs maisons au pouvoir
des troupes qui passaient. Le plus grand malheur pour eux, c'est
que les armées ont fait dans cette partie du département
de l'Aube plusieurs contremarches, et chaque fois que l'on passait
l'on s'emparait de tout ce qui était resté dans
les maisons. Enfin, on doit connaître combien la France
a souffert de ce malheureux événement dont les
français ont par leur faute éprouvé».
AMERES
REFLEXIONS ...
Il porte un jugement sur les événements et selon
lui «La France fut trahie par plusieurs généraux
qui ont abandonné l'État. L'ennemi convaincu de
ce fait, est entré en France avec sûreté
et il y a poursuivit les français jusqu'à leur
capitale. L'armée française y étant réunie,
elle a soutenu avec courage principalement sur la butte Montmarthe
[Montmartre] (6) où la Plaine fut couverte de corps morts
ennemis». Il croit bon de préciser qu'à
«cette bataille la trahison fut encore révélée
en raison de ce que l'on envoyait aux canonniers des munitions
impropres à leurs pièces, et enfin toute la troupe
française fut obligée de se retirer et de quitter
leur capitale à l'époque du 1er avril 1814 que
les combats ont cessé. Ce fut alors que l'ennemi fut maître
de la France. L'empereur des français s'est retiré
dans l'île de Corse (7)» .
6) - Quand
on connaît Paris, on peut se rendre compte aisément
que Marq se perd dans ses souvenirs. En effet, point de plaine
à Montmartre. Fait-il allusion à La Plaine Saint-Denis,
située bien au nord de Paris, et qui fut le lieu de combats
? A noter également les Buttes Chaumont et la Barrière
de Clichy furent le théâtre d'épisodes importants.
Voir notamment l'ouvrage d'Henry Houssaye («1814»)
qui connut chez Perrin de très nombreuses éditions.
7) - En fait l'île d'Elbe !
Le 153ème
régiment se dirige alors sur Orléans. François
Marq est nommé Sergent-Major de voltigeurs. Après
une revue passée par le Duc d'Angoulême, Marq suit
son régiment qui se rend au «Havre-de-Grace»
[Le Havre], là, le Roi donna ordre d'amalgamer
tous les régiments qui s'y trouvaient alors et de n'en
former qu'un seul, lequel prit le n°88 de ligne».
LE
RETOUR DE L'AIGLE ...
Après une permission de 6 mois, François rejoint
son régiment le 2 mars 1815. Il apprend en route le débarquement
de l'Empereur : «
plusieurs régiments
ont reçu l'ordre du Roi de quitter leurs garnisons et
de marcher contre l'Empereur, qui comme il est dit se dirigeait
sur Paris. Il y en eut qui se sont refusés de marcher,
d'autres ont obéi aux ordres, et ont marché sur
Lyon où l'Empereur se dirigeait. Enfin le Roi donna aussi
ordre à sa Garde de partir, et quand toute sa troupe fut
rencontrée avec celle de l'Empereur, plusieurs corps d'armée
ont passé avec celui-ci et les autres n'ont pas voulu
faire feu. Le Roi fut aussitôt instruit de cela et il a
été obligé ainsi que sa famille de quitter
Paris. Ils se sont enfuis du côté de Lille et ils
ont je crois embarqué pour l'Angleterre (8) . Notre régiment
n'a fait aucun mouvement. L'Empereur rentra aussitôt dans
ses états et il est arrivé à Paris le 1er
avril 1815.»
8) -
Louis XVIII et sa cour avait rejoint Gand en Belgique.
Aussitôt, Napoléon
redéploie
le régiment : «Il fit de suite organiser
les régiments et donna ordre de choisir les hommes disponibles,
et d'en former trois bataillons de marche par régiment
au lieu de 4 dont étaient composés les régiments.
Et ceux indisponibles d'en former le Dépôt. Cela
fut exécuté dans peu de temps, et aussitôt
l'exécution de cet ordre, on fit partir le régiment
de la dite ville du Havre et le dépôt y resta.».
Puis François se dirige sur Paris et la Belgique : «Nous
sortîmes de la garnison le 22 avril pour nous rendre à
Paris où nous sommes arrivés le 2 mai, et le 8
du même mois nous nous sommes réunis sur la place
du château des Thuilleries [Tuileries], où l'Empereur
nous passât en revue avec plusieurs régiments».
LA
CAMPAGNE DE BELGIQUE ...
Il donna ordre de partir le lendemain 9 mai pour
nous diriger sur Laon (ville de Picardie) où nous fûmes
cantonnés dans les environs jusqu'au 11 juin, et à
cette époque on donna ordre de marcher en colonne sur
la vile de Monbeuge [Maubeuge] où l'ennemi venait nous
attaquer. Les 13 et 14 nous avons marché sans l'apercevoir,
mais le 15 nous l'avons trouvé près de Charles-le-Roi
[Charleroi], où il s'est livré une petite bataille
sur les hauteurs devant cette ville (9).»
9) -
Le 15 juin 1815, Charleroi est enlevée aux Prussiens qui
battent en retraite et se dirigent vers Fleurus, Ligny, Gosselies,
Les Quatre-Bras..
Marq et son régiment continuent leur progression : «Le
16 juin au matin, l'armée française s'est mise
en mouvement pour aller attaquer l'ennemi qui se trouvait en
bataille dans la dite plaine [celle de Fleurus]. Aussitôt
que les français ont débusqué de la forêt
située entre Fleurus et Charles-le-Roi [Charleroi]. L'ennemi
fit feu sur nous, et aussitôt l'artillerie française
se mit en bataille et elle à de suite fait feu
Le
feu s'est animé de part et d'autre, si bien qu'on a continué
à se battre jusqu'à huit heures du soir et sans
quitter les positions, nous avons fait beaucoup de prisonniers
et grand nombre d'hommes furent tués et blessés
de part et d'autre. Ce pendant à 9 heures du soir, l'ennemi
s'est retiré de sa position et il a pris la fuite pendant
la nuit du 16 au 17 juin. Les français ont bivouaqué
sur le champ de gloire, et ayant passé la nuit sous les
armes, le 17 au matin nous partîmes de cette position pour
aller à la poursuite de l'ennemi. En traversant le champ
de bataille, nous avons été obligés de passer
sur les corps morts tant il y en avait de tués ; nous
avons vu une grande quantité de prussiens qui avaient
voulu se sauver en passant dans des jardins, et plusieurs étaient
tués et restés dans les haies où ils voulaient
passer pour s'enfuir. La bataille fut ce jour-là honorable
pour les français.»
Puis nous voici la veille de Waterloo : «
durant cette journée du 17 il n'a cessé un instant
de pleuvoir. La troupe était toute harassée de
fatigues. Enfin, on nous fit bivouaquer quand une plaine à
près d'une lieue éloignée de Waterloo, c'est-à-dire
de l'autre côté du village nommé Jemmapes
; sur la route de Bruxelles, ayant encore passé une triste
nuit dans l'eau et sur la terre, nous étions fatigués
de la marche, et encore plus par l'eau que nous avions reçu
pendant la nuit ; nos armes qui se trouvaient incapables de faire
feu tant elles étaient rouillées. On a aussitôt
à la pointe du jour, donné ordre aux régiments
de nettoyer et d'apprêter leurs armes, et de les mettre
en état de faire feu ; et en même temps de regarder
dans les gibernes si les cartouches n'étaient point mouillées.
On en trouva de suite et elles furent remplacées.».
LA
BATAILLE DE MONT-SAINT-JEAN DITE DE «WATERLOO» ...
Marq est présent à Waterloo et il
y sera blessé
pour la première fois : «Sur les dix heures
du matin (18 juin 1815), le régiment sortit de son campement
pour se diriger sur Waterloo (10), où la bataille était
déjà animée. Les régiments qui faisaient
partie de notre corps d'armée (6ème d'observation)
se sont réunis (11). Ils ont marché en colonne
jusqu'aux environs de la bataille. On nous fit tenir dans cette
position jusqu'à trois heures de relevée, et ayant
été exposé un grand moment aux boulets de
canon qui venaient tomber dans nos rangs, on nous fit marcher
en colonne serrée jusqu'au milieu du champ de bataille.
Marchant pour arriver à cet endroit, plusieurs hommes
furent tués dans les rangs, et étant arrivés,
on nous fit mettre en carré par régiment en raison
de ce que la cavalerie anglaise était près de nous
et se battait avec des cuirassiers français. Elle est
venue plusieurs fois enfoncer nos carrés, mais elle n'a
remportée aucun succès. Les boulets et la mitraille
tombaient dans nos carrés comme la grêle. Nous étions
là avec ordre de ne pas tirer un coup de fusil et ayant
la baïonnette croisée. Beaucoup d'hommes furent tués
dans cette position. Après quelques heures de position
en carré, les chefs de bataillon ont reçu l'ordre
d'envoyer leurs voltigeurs en tirailleurs.
10) - Imprécision de la part de Marq quand on
sait que la petite ville de Waterloo ne fut pas le lieu de la
bataille qui porte (à tort) son nom.
11) - Philippe de Meulenaere dans son excellente bibliographie
des témoignages sur Waterloo (Teissèdre, 2004),
suppose que Marq se trouvait dans les rangs du 107ème
régiment d'infanterie de ligne (ex 88ème devenu
le 107ème le 13 avril 1815) au moment de la campagne de
Belgique. Plus précisément au sein de la 2ème
brigade (Tromelin) de la 20ème division (Baron Jeannin)
du VI°corps (Lobau).
BLESSE
GRIEVEMENT ...
J'étais sergent-major de la 3ème compagnie
et aussitôt cet ordre donné nous y fûmes conduits
par nos officiers. Etant arrivés près de l'ennemi
nous nous sommes disposés çà et là
près d'un bois situés sur la route de Bruxelles
(12) . Etant bien animé et soutenu par des colonnes de
cavalerie qui étaient derrière nous, nous avons
contraint l'ennemi à se retirer, mais aussitôt notre
poursuite [engagée], quarante mille hommes ennemis débusquèrent
à l'instant du bois et ils ont fait de suite feu sur nous.
Les voltigeurs qui se trouvaient là on été
tous tués et blessés. Moi d'abord je fus blessé
d'une balle qui me traversa le corps en passant par l'aine gauche
et qui est sortie après une incision faite, au gros de
la fesse droite. Elle me fit tomber le ventre à terre
et je fus de suite ramassé par deux de mes sergents qui
se trouvaient alors près de moi. Ils m'ont ramassé
et mis sur un cheval d'artillerie. Mais à peine avais-je
fait vingt pas sur ce cheval que je fus obligé de me laisser
tomber en bas du dit cheval en raison de ce que je ne pouvais
supporter sa marche. Je suis resté ainsi sur le champ
de bataille les 18, 19 et 20 juin, date à laquelle je
fus ramassé par des paysans et de suite conduit à
Bruxelles. Là, on me pansa pour la première fois.
Je faisais partie d'un convoi de 1500 hommes blessés.»
. Rétrospectivement, François complète ses
souvenirs : «La bataille fut terrible pour les français.
Ils ont eu une déroute complète, des parcs d'artillerie,
des caissons de munitions et de vivres sont resté au pouvoir
de l'ennemi. La retraite fut si précipitée qu'on
n'avait à peine le temps de couper les traits des chevaux
attelés après les pièces pour se sauver.
Enfin, je ne ferai point la description entière de cette
malheureuse retraite, puisque je fus pris prisonnier. Mais étant
resté sur le champ de bataille, j'ai vu la grande partie
de la troupe ennemie qui marchait à la poursuite des français.
J'étais resté sur place baigné dans mon
sang et malgré cette cruelle position, j'eusse encore
la précaution, avant que l'ennemi ne passe dans nous,
de défaire mes culottes et mes caleçons, et de
me mettre sur mon ventre le nez en terre pour leur faire comprendre
que j'étais tué et pillé «.
Quoique cette précaution prise, il y eût un cavalier
qui a voulu se satisfaire de mon sort : il m'a lancé un
coup de pointe de sabre sur le cou, mais j'ai encore eu assez
de force pour ne pas bouger de ma position. Si j'eusse fait le
moindre mouvement, il est à croire qu'il m'aurait achevé.
Je fus dans mon triste sort assez heureux de conserver un peu
d'argent que j'avais eu la précaution de cacher dans ma
bouche.»
12) -
Point de bois à cette époque près de la
route de Bruxelles
EN
CAPTIVITE CHEZ L'ENNEMI ...
Après quelques jours passés à Bruxelles, Marq
est dirigé sur Anvers : «Le 25 juin nous
avons débarqué à cette ville, où
nous fûmes déposés sur la paille et j'y fus
depuis cette époque jusqu'au 10 août sans pouvoir
me lever ni marcher. J'étais si cruellement blessé,
que lorsque j'avais besoin d'aller me soulager, il me fallait
l'aide de deux hommes pour me lever
».Le 10
août donc, François est envoyé en Angleterre
: «Dans notre traversée nous eûmes
quelques agitements de mer [sic], lesquels nous ont bien fait
souffrir par le balancement du vaisseau. Plusieurs fois nous
avons failli y faire naufrage».
Le 22 septembre 1815, il arrive à Portsmouth : «
nous
fûmes conduits à l'hôpital, du moins pour
les plus blessés. Les autres ont été conduits
en prison, et au fur et à mesure que les blessés
se rétablissaient, les chirurgiens anglais chargés
des pansements les faisaient partir pour la dite prison. Nous
étions fort bien pansé s et proprement tenus lors
du séjour à l'hôpital . «François
précise même que «nos vivres dans cet
hôpital étaient [de] quatorze onces de pain, une
demie livre de pommes de terre et un quart de mouton avec le
bouillon. Ceux de la prison étaient [d'] une livre et
demie de pain de munition, un quart de buf et le bouillon
pour quatre jours de la semaine ; et pour les deux autres jours
c'était [la] même ration de pain, une livre de morue
ou harengs cuits avec des pommes de terre dans l'eau chaude.
Ces deux jours étaient détesté tant la nourriture
était mauvaise. Nous ne pouvions manger de cette ratatouille,
par la raison qu'elle était trop salée.. Oh Dieu
! Quel sort affreux de se voir renfermé tel que nous l'étions
dans ces maudites prisons. Mille fois j'ai désiré
plutôt mourir que de vivre dans cette captivité
et nonobstant mes blessures j'étais encore pressé
par la faim. Le chagrin que j'avais de me voir expatrié
et de ne savoir dans combien de temps je serais rendu à
ma patrie augmentaient encore mes souffrances
»
RETOUR
VERS LA MERE-PATRIE ...
Le 29 décembre
de la même année, les prisonniers français,
par un ordre du Roi, sont renvoyés en France et c'est
avec des béquilles que François retrouve son pays.
Après une traversée terrible, il atteint enfin
Le Havre le 1er janvier 1816. «Etant alors débarqués,
nous fûmes conduits chez le commandant de la Place, où
on nous délivra des feuilles de route afin de nous rendre
au chef-lieu de nos départements. Comme j'étais
toujours incapable de marcher, il m'a été délivré
des mandats de voitures militaires sur lesquelles je fus conduit
à Chaumont où je me suis présenté
devant le maréchal de camp Chabert, qui commandait alors
le département de la Haute-Marne (13). M'ayant passé
en revue, il m'a trouvé susceptible d'obtenir un congé
absolu.»
13) -
Département de naissance de F. Marq.
François Marq demande
une pension
à Chabert : «
la position à laquelle
j'étais réduit ne me permettait pas de vivre sans
les secours du Gouvernement» . Après examen
de ses blessures, et obtention de certificats délivrés
par les chirurgiens qui ont procédé à ces
derniers, complété par ses états de service,
Marq est renvoyé dans ses foyers. Il y arrive le 19 mai
1816, près d'un an, après avoir été
blessé à Waterloo
«Louis XVIII a daigné m'accorder par décision
du 30 octobre [1816], une pension annuelle de 270 francs qui
n'est guère en rapport à mon grade ni à
mes blessures», écrit François Marq
à la fin de ses mémoires.
Il en achève
la rédaction en 1817.
Combien d'autres combattants
des armées impériales ont vécu de telles
épreuves ? Plusieurs milliers peut-être. Mais bien
peu ont laissé d'écrits en proportion, aussi modestes
soient-ils, tel que notre sergent-major (14).
14) - Nous
ignorons tout de sa vie civile après l'Empire.
C.B. - Juillet 2004
La sépulture
de François MARQ
au cimetière d'Eclaron
(Haute-Marne)
Texte et
photos: Dominique Timmermans
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(Socle
de pierre surmonté d'une croix en fer forgé et
entouré d'une grille, avant et à droite de la sépulture
Deponthon). Elle porte l'inscription :
CI-GÎT
FRANÇOIS MARQ-VINOT
SERGENT-MAJOR EN RETRAITE
MÉDAILLÉ DE SAINTE-HÉLÈNE
NÉ LE 13 NOVEMBRE 1792,
DÉCÉDÉ LE 8 SEPTEMBRE 1870.
Ce brave aura donc vécu jusqu'à
Sedan. Espérons qu'il n'ait jamais appris cette nouvelle...
Vinot est en fait le nom de son épouse Françoise,
qui est entrée, elle aussi, dans la petite histoire napoléonienne
! En effet, c'est la jeune fille qui servit à boire à
l'Empereur lors de son passage chez le général
Labbé de Vouillers à Éclaron, le 28 janvier
1814. Comme le monde (napoléonien) est petit !
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