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BATAILLE DE MARENGO
14 juin 1800

CAMPAGNE DE 1800

Passage du Saint-Bernard - Marengo - Hohenlinden - Lunéville


ussitôt débarqué à Fréjus, Bonaparte avait d'abord songé à faire une apparition à l'armée d'Italie et à ne se rendre à Paris qu'après avoir battu l'ennemi. « Mais Dieu sait dans quel état se trouve cette armée, disait-il à Marmont, et quels sont les moyens d'offensive qu'elle possède. Il faudrait sans doute beaucoup de temps avant de pouvoir rien entreprendre de sérieux, et l'effet de mon arrivée s'affaiblirait.» Devenu maître du gouvernement, il pouvait mieux assurer le succès.

Nous allons voir, pour la première fois, Bonaparte, en même temps général et chef d'empire, organiser les troupes qu'il doit mener ou envoyer au combat, indiquer aux diverses armées de la France leur ordre de marche de la même manière qu'il dirigeait les divisions de son armée d'Italie, et considérer les divers théâtres de la guerre comme les positions d'un seul champ de bataille où toutes les armées, malgré les distances, ont leur rôle exactement marqué dans l'ensemble d'une conception unique et concourent au coup décisif qui doit être frappé par l'une d'elles.

La paix était le désir de toute la France. Bonaparte la désirait aussi pourvu qu'elle fût honorable; il comprenait que la gloire de législateur valait celle de conquérant. Aussi, le 5 nivôse an VIII (26 décembre 1799 ), il écrivait directement, sans l'intermédiaire des ministres, à l'empereur d'Allemagne et au roi d'Angleterre, pour leur exprimer son désir de mettre fin aux hostilités. La lettre au roi d 'Angleterre était ainsi conçue :


"Appelé par le voeu de la nation Française à occuper la première magistrature de la République, je crois convenable, en entrant en charge, d'en faire directement part à Votre Majesté.

La guerre qui depuis huit ans, ravage les quatre parties du monde, doit-elle être éternelle ? n'est-il aucun moyen de s'entendre ?

Comment les deux nations les plus éclairées de l'Europe, puissantes et fortes plus que ne l'exigent leur sûreté et leur indépendance, peuvent-elles sacrifier à des idées de vaine grandeur, le bien du commerce, la prospérité intérieure, le bonheur des familles ? comment ne sentent-elles pas que la paix est le premier des besoins, comme la première des gloires ?

Ces sentiments ne peuvent pas être étrangers au coeur de Votre Majesté, qui gouverne une nation libre, et dans le seul but de la rendre heureuse.

Votre Majesté ne verra dans cette ouverture que mon désir sincère de contribuer efficacement, pour la seconde fois, à la pacification générale, par une démarche prompte, toute de confiance, et dégagée de ces formes qui, nécessaires peut-être pour déguiser la dépendance des Etats faibles, ne décèlent dans les Etats forts que le désir mutuel de se tromper.

La France, l'Angleterre, par l'abus de leurs forces, peuvent longtemps encore, pour le malheur de tous les peuples, en retarder l'épuisement; mais, j'ose le dire, le sort de toutes les nations civilisées est attaché à la fin d'une guerre qui embrase le monde entier."

Signé
BONAPARTE

A cette belle lettre le cabinet anglais, et non le roi, répond qu'il ne peut accueillir des ouvertures de paix que si l'on rétablit la maison de Bourbon et si la France rentre dans ses anciennes limites. Talleyrand, alors ministre des affaires étrangères, réplique que c'était comme si l'on proposait à l'Angleterre de rétablir les Stuarts et de renoncer aux Indes. Les excès de l'ambition de Bonaparte ne sont plus à discuter ni à défendre, mais ses ennemis ont-ils été plus modérés et moins implacables dans leurs prétentions ? De quel côté était alors la modération ?

La continuation de la guerre était inévitable. Les hostilités, suspendues depuis le mois de décembre, reprirent au printemps. L'Autriche avait deux armées de 120.000 hommes. Mélas commandait l'armée d'Italie, que sa récente victoire de Genola avait amenée sur le versant du golfe de Gênes. Laissant 40.000 hommes sous Wukassowich et Haddik pour garder la Lombardie, il devait avec le reste enlever Gênes, forcer la ligne du Var et pénétrer en Provence, où viendrait le rejoindre un corps de 20.000 Anglais qui se rassemblait. à Minorque.

L'armée du Rhin, sous le commandement de Kray, devait couvrir le fleuve de Mayence à ses sources. Un corps détaché de 30.000 hommes sous les ordres du prince de Reuss, était laissé dans le Voralberg et les Grisons pour donner la main à l'armée d'Italie. Le plan de Bonaparte avait une autre portée. L'armée d'Italie, n'ayant que 36.000 hommes, devait se borner à la défensive dans l' Apennin et la rivière de Gênes et occuper Mélas. L'armée du Rhin, qui serait portée à 100.000 combattants, devait se porter sur l'extrême gauche de Kray et lui couper ses communications avec l'Italie. Alors, Mélas étant occupé dans la Ligurie, Kray rejeté sur le Danube, et la masse des Alpes ainsi dégagée, Napoléon devait, avec une armée de réserve, arriver tout à coup par les Alpes centrales en pleine Lombardie.

André Masséna - duc de Rivoli, prince d'essling  1758  - 1817En Italie, Masséna avait remplacé Championnet, mort de l'épidémie qui décimait l'armée. Malgré d'admirables efforts, avec des troupes de moitié moins nombreuses que celles des Autrichiens et affaiblies par la misère, il n'avait pu empêcher Mélas d'occuper Savone et de couper ainsi en deux l'armée française. Masséna et Soult avaient été rejetés dans Gênes, où ils furent bloqués par les Autrichiens, la flotte anglaise et les paysans soulevés. Suchet fut rejeté derrière le Var. Mélas laissa Ott devant Gênes et se porta sur le Var, pour avoir l'honneur de franchir le premier la frontière française; mais son succès ne devait servir qu'à le mieux faire tomber dans le piège.

Masséna n'avait pas eu la précaution de rassembler des vivres en grande quantité; la disette s'était fait promptement sentir dans Gênes ; aussi Bonaparte pressait-il Moreau d'entrer au plus tôt en campagne. Il lui avait donné une des plus belles armées qu'ait eues la France. Elle était composée en grande partie des vieux soldats de Hoche, de Kléber, de Moreau lui-même , sobres, disciplinés, instruits, intrépides. Des conscrits lui avaient été envoyés, mais en petit nombre, (( tout juste assez pour la rajeunir )). Moreau avait pour lieutenants des officiers comme Lecourbe, Richepanse, Gouvion Saint-Cyr.

Napoléon aurait voulu que l'armée de Moreau, remontant tout entière le Rhin par la rive gauche, se concentrât entre Bâle et Schaffouse. Grâce aux bateaux préparés secrètement sur les affluents, on pourrait en une matinée jeter quatre ponts, et Moreau, avec toutes ses forces, tomberait sur le flanc de Kray, le coupant de ses réserves et de sa gauche. On pouvait ainsi écraser l'armée autrichienne d'un seul coup. Bonaparte pensait que l'armée française, n'opérant pas sur le sol ennemi, pouvait, derrière le Rhin, dérober deux ou trois marches aux Autrichiens: c'était tout ce qu'il fallait. Mais Moreau était un général trop méthodique pour comprendre une telle hardiesse. Il redoutait que Kray, averti à temps et pouvant aller plus vite par la ligne droite à travers la forêt Noire, tandis que les Français suivaient la ligne brisée du Rhin, ne jetât dans le fleuve les premières troupes qui tenteraient de le franchir et rendît impossible toute tentative faite pour exécuter le passage en un seul point. Il préférait déboucher en plusieurs colonnes par Strasbourg, Brisach, Bâle, attirer les Autrichiens dans les défilés de la forêt Noire qui font face à l'Alsace. Tandis que l'ennemi serait ainsi occupé, une partie des troupes demeurant encore sur la rive droite remonterait rapidement le Rhin et viendrait à Schaffouse protéger le passage du reste de l'armée qui aurait suivi la rive gauche.

Cette marche de flanc en pays ennemi offrait des dangers et, à supposer un succès complet, les résultats seraient loin d'être aussi décisifs. Mais Napoléon jugeait qu'à un général déjà justement illustre on ne pouvait imposer d'autorité un plan aussi hardi que celui qu'il désirait sans risquer de tout perdre. Pour convaincre Moreau, il fit venir à Paris son chef d'état-major, le général Dessoles : il n'eut pas de peine à le convaincre lui-même, ( Mais Dessoles n'en persiste pas moins à conseiller au Premier Consul d'adopter le plan de Moreau, parce qu'il fallait, suivant lui, laisser le général qui opère agir selon ses idées et son caractère, lorsque c'était d'ailleurs un homme digne du commandement qu'on lui avait confié. -Votre plan, dit-il au Premier Consul, est plus grand et plus décisif, probablement même plus sûr; mais il n'est pas adapté au génie de celui qui doit l'exécuter. Vous avez une manière de faire la guerre qui est supérieure à toutes; Moreau a la sienne, qui est inférieure sans doute à la vôtre, mais excellente néanmoins. Laissez-le agir; il agira bien, lentement peut-être, mais sûrement, et il vous procurera autant de résultats qu'il vous en faut pour le succès de vos combinaisons générales. Si, au contraire, vous lui imposez vos idées, vous le troublerez, vous le blesserez même, et vous n'obtiendrez rien de lui, pour avoir voulu trop obtennir. - Le Premier Consul, aussi versé dans la connaissance des hommes que dans celle de son art, apprécia la sagesse des avis du général Dessoles, et se rendit. - Vous avez raison, lui dit-il, Moreau n'est pas capable de saisir et d'exécuter le plan que j'ai conçu. Qu'il fasse comme il voudra, pourvu qu'il jette le maréchal de Kray sur Ulm et Ratisbonne, et qu'ensuite il renvoie à temps son aile droite sur la Suisse. Le plan qu'il ne comprend pas, qu'il n'ose pas exécuter, je vais l'exécuter, moi, sur une autre partie du théâtre de la guerre. Ce qu'il n'ose pas faire sur le Rhin, je vais le faire sur les Alpes. Il pourra regretter dans quelque temps la gloire qu'il m'abandonne. ((Parole superbe et profonde, qui contenait toute une prophétie militaire , comme on pourra en juger bientôt. )) (THIERS.)

Moreau fut donc libre d'agir à sa guise et fit, en somme, une fort belle campagne. Pendant que Kray, croyant que les Français vont pénétrer dans le Danube par le Val d'Enfer, rassemble ses forces vers les sources de la Kintzig, Moreau passe le fleuve à Bâle, Lecourbe à Schaffouse, la forêt Noire est tournée. Le même jour, Lecourbe remporte la victoire de Stokach et Moreau celle d'Engen (3 mai). Ces deux batailles avaient coûté à l'ennemi, en tués, blessés ou prisonniers, plus de douze mille hommes.

Kray se retire vers le nord, dans le bassin du Danube; il est encore battu à Moosskirch. Mais, sans se décourager, il veut profiter des diverses lignes parallèles de défense que forment les affluents de la rive droite du Danube. Battu à Biberach par Saint-Cyr (9 mai), il se place derrière l'Iller à Memmingen, y est encore battu, et se réfugie dans Ulm. Moreau franchit l'Iller, occupe Augsbourg, puis revient sur ses pas pour faire tomber la place. Il tourne la position en passant le Danube à Blenheim et remporte une victoire complète à Hochstett, sur ce même champ de bataille qui rappelait pour nous de si tristes souvenirs. L'ennemi nous laissait 5.000 prisonniers, 1.200 chevaux, 300 voitures (18 juin).

Kray s'empresse de quitter Ulm et, faisant un détour par Heidenheim, Neresheim et Nordlingen, rejoint avec grand'peine la route de la vallée du Danube à Daunowerth, comptant occuper la ligne du Lech par derrière. Mais Lecourbe était déjà sur la rive droite de la rivière ; Kray veut alors se poster sur l'Isar, mais Moreau avait occupé Munich. Il se retire enfin derrière l'Inn. Les troupes de Moreau s'étendaient du Tyrol (Lecourbe) à Philipsbourg sur le Rhin; on venait d'apprendre les éclatants succès de Bonaparte en Italie. Kray et Moreau signèrent l'armistice de Parsdorf (15 juillet). Dans le dernier combat de la campagne, livré à Oberhausen près de Neubourg, entre Daunowerth et Ingolstadt, avait été tué d'un coup de lance l'illustre Latour d'Auvergne, celui que Bonaparte avait surnommé le premier grenadier de France.

Tandis que Moreau commençait avec sa belle armée ses opérations offensives, Napoléon était encore occupé à rassembler secrètement les forces qu'il devait porter au centre de l'Italie septentrionale. Il pouvait disposer d'une partie des troupes de l'Ouest rendues libres par la pacification presque complète de la Vendée, et il écrivait à Brune : “ Il faut nous résoudre à arpenter la France comme autrefois la vallée de l'Adige : ce n'est jamais que le rapport des décades aux jours.“ Les dépôts de l'armée d'Égypte cantonnés dans le Midi pouvaient aussi donner plusieurs bataillons et, tout en laissant 30.000 hommes dans les pays récemment annexés ou à peine soumis, le Premier Consul pouvait ainsi disposer de 40.000 soldats pour la campagne.

Mais le plan qu'il avait conçu exigeait pour son exécution non seulement beaucoup de célérité et d'audace, mais aussi un profond secret. Le secret, dit Napoléon dans ses Mémoires, était le plus difficile à conserver; comment tenir caché aux nombreux espions de l'Angleterre et de l'Autriche le mouvement de l'armée ? Le moyen que le Premier Consul jugea le plus propre, fut de le divulguer lui-même, d'y mettre une telle ostentation qu'il devînt un objet de raillerie pour l'ennemi, et de faire en sorte que celui-ci considérât toutes ces pompeuses annonces comme un moyen de faire une diversion aux opérations de l'armée autrichienne qui bloquait Gênes; il était nécessaire de donner aux observateurs et aux espions un point de direction précis: on déclare donc par des messages au Corps législatif, au Sénat, et par des décrets, par la publication dans les journaux, et enfin par des intimidations de toute espèce que le point de réunion de l'armée de réserve est Dijon, que le Premier Consul en passera la revue, etc., etc,

-Aussitôt tous les espions et les observateurs se dirigèrent sur cette ville, Ils y virent, dans les premiers jours d'avril, un grand état-major sans armée et dans le courant de ce mois 5 à 6.000 conscrits et militaires retirés, dont même plusieurs estropiés consultaient plutôt leur zèle que leurs forces. Bientôt cette armée devint un objet de ridicule, et lorsque le Premier Consul en passa lui-même la revue, le 6 mai, on fut étonné de n'y voir que 7 à 8,000 hommes, la plupart n'étant pas même habillés. On s'étonna comment le premier magistrat de la République quittait son palais pour passer une revue que pouvait faire un général de brigade. Ces doubles rapports allèrent par la Bretagne, Genève, Bâle, à Londres, à Vienne et en Italie. L'Europe fut pleine de caricatures; l'une d'elles représentait un enfant de douze ans, et un invalide avec une jambe de bois; au bas on lisait: “ Armée de réserve de Bonaparte. ”

“En même temps que l'on annonçait avec la plus grande ostentation la formation de l'armée de réserve, on faisait faire à la main de petits bulletins, où, au milieu de beaucoup d'anecdotes scandaleuses sur le Premier Consul, on prouvait que l'armée de réserve n'existait pas et ne pouvait pas exister, qu'en plus on pourrait réunir 12 à 15.000 conscrits. On en donnait la preuve par les efforts qui avaient été faits, la campagne précédente, pour former les diverses armées qui avaient été battues en Italie, par ceux qu'on avait faits pour compléter cette formidable armée du Rhin ; enfin, disait-on, laisserait-on l'armée d'Italie si faible, si on avait pu la renforcer ? L'ensemble de tous ces moyens de donner le change aux espions fut couronné du plus heureux succès. On disait à Paris, comme à Dijon, comme à Vienne: “ Il n'y a point d'armée de réserve. ” Au quartier général de Mélas on ajoutait: “ L'armée “ de réserve dont on nous menace tant est une bande de 7 à 8.000 hommes, conscrits ou invalides, avec laquelle on espère nous tromper pour nous faire quitter Gênes, “ Les Français comptent trop sur notre simplicité. Ils voudraient nous faire réaliser la fable du chien qui quitte sa proie pour l'ombre.”

Mais pendant qu'on raillait ainsi cette armée de réserve, les diverses divisions venant des différents points de la France se dirigeaient par des itinéraires fixés vers leur point de concentration, qui était le bassin supérieur du Rhône. Les nouvelles que le Premier Consul recevait de Masséna montraient qu'il fallait se hâter.

 

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Le Premier Consul
franchissant le mont Saint-Bernard
d'après le tableau de David - Musée de Versailles
(Nous verrons plus loin que la réalité fut toute autre.)

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