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Lettres
de Napoléon à Joséphine
Orthographe
et graphie conservées
Avec l'aimable
autorisation de la
bibliothèque municipale de Lisieux
http://www.bmlisieux.com
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I.
L'AMANT
Paris,
le 6 brumaire an IV
Je ne conçois
pas ce qui a pu donner lieu à votre lettre. Je vous prie
de me faire le plaisir de croire que personne ne désire
autant votre amitié que moi, et n'est plus prêt
que moi à faire quelque chose qui puisse le prouver. Si
mes occupations me l'avaient permis, je serais venu moi-même
porter ma lettre.
7
heures du matin
Je me réveille
plein de toi. Ton portrais et le souvenir de l'énivrante
soirée d'hiers n'ont point laissé de repos à
mes sens. Douce et incomparable Joséphine, quelle effet
bizzare faite vous sur mon coeur ! Vous fâchez-vous ? Vous
vois-je triste ? Êtes-vous inquiète ? mon âme
est brisé de douleur, et il n'est point de repos pour
votre ami... Mais en est-il donc davantage pour moi, lorsque,
me livrant au sentiment profond qui me maîtrise, je puise
sur vos lèvres, sur votre coeur, une flame qui me brûle.
Ah ! c'est cette nuit que je me suis bien aperçu que votre
portrait n'est pas vous ! Tu pars à midi, je te verai
dans 3 heures. En attendant, mio dolce amor, reçois
un millier de baisé ; mais ne m'en donne pas, car il brûle
mon sang.
Chanceaux,
le 24 ventôse, en route pour l'armée d'Italie
Je t'ai écrit
de Châtillon, et je t'ai envoyé une procuration
pour que tu touches différentes sommes qui me reviennent...
Chaque instant m'éloigne de toi, adorable amie, et à
chaque instant je trouve moins de force pour supporter d'être
éloigné de toi.Tu es l'objet perpétuel de
ma pensée ; mon imagination s'épuise à chercher
ce que tu fais. Si je te vois triste, mon coeur se déchire
et ma douleur s'accroît ; si tu es gaie, folâtre
avec tes amis, je te reproche d'avoir bientôt oublié
la douloureuse séparation de trois jours ; tu es alors
légère et, dès lors, tu n'es affectée
par aucun sentiment profond.Comme tu vois, je ne suis pas facile
à me contenter ; mais, ma bonne amie, c'est bien autre
chose si je crains que ta santé soit altérée
ou que tu aies des raisons d'être chagrine que je ne puis
deviner ; alors je regrette la vitesse avec laquelle on m'éloigne
de mon coeur. Je sens vraiment que ta bonté naturelle
n'existe plus pour moi, et que ce n'est que tout assuré
qu'il ne t'arrive rien de fâcheux que je puis être
content. Si l'on me fait la question si j'ai bien dormi, je sens
qu'avant de répondre j'aurais besoin de recevoir un courrier
qui m'assurât que tu as bien reposé. Les maladies,
la fureur des hommes ne m'affectent que par l'idée qu'elles
peuvent te frapper, ma bonne amie.Que mon génie, qui m'a
toujours garanti au milieu des plus grands dangers, t'environne,
te couvre, et je me livre découvert. Ah ! ne sois pas
gaie, mais un peu mélancolique, et surtout que ton âme
soit exempte de chagrin, comme ton beau corps de maladie : tu
sais ce que dit là-dessus notre bon Ossian.
Écris-moi, ma tendre amie, et bien longuement, et reçois
les mille et un baisers de l'amour le plus tendre et le plus
vrai.
Nice,
le 10 germinal
Je n'ai pas passé
un jour sans t'aimer ; je n'ai pas passé une nuit sans
te serrer dans mes bras ; je n'ai pas pris une tasse de thé
sans maudire la gloire et l'ambition qui me tiennent éloigné
de l'âme de ma vie. Au milieu des affaires, à la
tête des troupes, en parcourant les camps, mon adorable
Joséphine est seule dans mon coeur, occupe mon esprit,
absorbe ma pensée. Si je m'éloigne de toi avec
la vitesse du torrent du Rhône, c'est pour te revoir plus
vite. Si, au milieu de la nuit, je me lève pour travailler,
c'est que cela peut avancer de quelques jours l'arrivée
de ma douce amie, et cependant, dans ta lettre du 23 au 26 ventôse,
tu me traites de vous.
Vous toi-même ! Ah ! mauvaise, comment as-tu pu écrire
cette lettre ! Qu'elle est froide ! Et puis, du 23 au 26, restent
quatre jours ; qu'as-tu fait, puisque tu n'as pas écrit
à ton mari ?... Ah ! mon amie, ce vous et ces quatre
jours me font regretter mon antique indifférence. Malheur
à qui en serait la cause ! Puisse-t-il, pour peine et
pour supplice, éprouver ce que la conviction et l'évidence
(qui servit ton ami) me feraient éprouver ! L'Enfer n'a
pas de supplice ! Ni les Furies, de serpents ! Vous ! Vous !
Ah ! que sera-ce dans quinze jours ?...
Mon âme est triste ; mon coeur est esclave, et mon imagination
m'effraie... Tu m'aimes moins ; tu seras consolée. Un
jour, tu ne m'aimeras plus ; dis-le-moi ; je saurai au moins
mériter le malheur... Adieu, femme, tourment, bonheur,
espérance et âme de ma vie, que j'aime, que je crains,
qui m'inspire des sentiments tendres qui m'appellent à
la Nature, et des mouvements impétueux aussi volcaniques
que le tonnerre. Je ne te demande ni amour éternel, ni
fidélité, mais seulement... vérité,
franchise sans bornes. Le jour où tu dirais «je
t'aime moins» sera le dernier de ma vie. Si mon coeur
était assez vil pour aimer sans retour, je le hacherais
avec les dents.Joséphine, Joséphine ! Souviens-toi
de ce que je t'ai dit quelquefois : la Nature m'a fait l'âme
forte et décidée. Elle t'a bâtie de dentelle
et de gaze. As-tu cessé de m'aimer ? Pardon, âme
de ma vie, mon âme est tendue sur de vastes combinaisons.
Mon coeur, entièrement occupé par toi, a des craintes
qui me rendent malheureux... Je suis ennuyé de ne pas
t'appeler par ton nom. J'attends que tu me l'écrives.
Adieu ! Ah ! si tu m'aimes moins, tu ne m'auras jamais aimé.
Je serais alors bien à plaindre.
P.-S. - La
guerre, cette année, n'est plus reconnaissable. J'ai fait
donner de la viande, du pain, des fourrages ; ma cavalerie armée
marchera bientôt. Mes soldats me marquent une confiance
qui ne s'exprime pas ; toi seule me chagrine ; toi seule, le
plaisir et le tourment de ma vie. Un baiser à tes enfants
dont tu ne parles pas ! Pardi ! cela allongerait tes lettres
de moitié. Les visiteurs, à dix heures du matin,
n'auraient pas le plaisir de te voir. Femme !!!
Albenga,
le 18 germinal
Je reçois une
lettre que tu interrompt pour aller, dis-tu, à la campagne
; et, après cela, tu te donne le ton d'être jalouse
de moi, qui suis ici accablé d'affaires et de fatigue.
Ah ! ma bonne amie !...
Il est vrai que j'ai tort. Dans le printemp, la campagne est
belle ; et puis, l'amant de 19 ans s'y trouvait sans doute. Le
moyen de perdre un instant de plus à écrire à
celui qui, éloigné de 300 lieues de toi, ne vit,
ne jouit, n'existe que pour ton souvenir, qui lit tes lettres
comme on dévore, après 6 heures de chasse, les
mets que l'on aime.
Je ne suis pas content. Ta dernière lettre est froide
comme l'amitié. Je ni ait pas trouvé ce feu qui
allume tes regards, et que j'ai cru quelque fois y voir. Mais
quelle est ma bizarerie !
J'ai trouvé que tes lettres précédentes
oppressaient trop mon âme ; la révolution qu'elles
produisaient attaquait mon repos, et asservissait mes sens.Je
désirais des lettres plus froides ; mais elles me donnent
le glacé de la mort. La crainte de ne pas être aimé
de Joséphine, l'idée de la voir inconstante, de
la... Mais je me forge des peines. Il en est tant de réel
! Faut-il encore s'en fabriquer !!! Tu ne peux m'avoir inspiré
un amour sans bornes, sans le partager ; et avec ton âme,
ta pensée et ta raison, l'on ne peut pas, en retour de
l'abandon et du dévouement, donner en échange le
coup de la mort. J'ai reçu la lettre de madame de Châteaurenaud.
J'ai écris au ministre pour (illisible). J'écrirai
demain à la première ? à qui tu feras des
compliments d'usage. Amitié vraie à madame Tallien
et Barras. Tu ne me parles pas de ton vilain estomac ; je le
déteste. Adieu, jusqu'à demain, mio dolce amor.
Un souvenir de mon unique femme, et une victoire du destin :
voilà mes souhaits. Un souvenir unique, entier, digne
de celui qui pense à toi et à tous les instants.
Mon frère est ici ; il a apris mon mariage avec plaisir
; il brûle de l'envie de te connaître. Je cherche
à le décider à venir à Paris. Sa
femme est accouché ; elle a fait une fille. Il t'envoient
pour présent une boîte de bonbons de Gênes.
Tu recevras des oranges, des parfums et de l'eau de fleurs d'oranger
que je t'envoye.
Junot, Murat te présentent leur respect.
Un baiser plus bas, plus bas que le sein.
Milan,
le 29 floréal, 2 heures ap. midy
Je ne sais pourquoi
depuis ce matin je suis plus content. J'ai un pressentiment que
tu es partie pour ici cette idée me comble de joie. Bien
attendu que tu passera par le Piémont le chemin est beaucoup
meilleur et plus court. Tu viendras à Milan où
tu sera très contente ce pays ci étant très
beau. Quand à moi cela me rendra si heureux que j'en serai
fol. Je meur danvie de voir comment tu porte les enfants. Cela
doit te donner un petit aire majestueux et respectable qui me
parait devoir être très plaisant ; ne vas pas surtout
être malade. Non ma bonne amie tu viendras ici, tu te porteras
très bien, tu feras un petit enfant jolie comme sa mère
qui t'aimera comme son père et quand tu seras bien vieille
bien vieille que tu auras 100 ans il sera ta consolation et ton
bonheur, mais d'ici à ce tems là garde toi de l'aimer
plus que moi, je commence déjà à en être
jaloux. Adio mio dolce amor adio la bien aimée,
viens vit attendre la bonne musique et voir la belle Italie.
Il ne lui manque que ta vue tu l'embelira à mes yeux du
moins tu le sais quand ma Joséphine est quelque part je
ne vois plus qu'elle.
Milan,
le 23 prairial
Joséphine, où
te remettra-t-on cette lettre ? Si c'est à Paris, mon
malheur est donc certain, tu ne m'aimes plus ! Je n'ai plus qu'à
mourir... Serait-il possible ?... Tous les serpents des Furies
sont dans mon sein et déjà je n'existe qu'à
demi... Oh ! toi !... mes larmes coulent. Plus de repos ni d'espérance.
Je respecte la volonté et la loi immuable du sort. Il
m'accable de gloire pour me faire sentir mon malheur avec plus
d'amertume. Je m'accoutumerai à tout dans ce nouvel état
de choses ; mais je ne puis m'accoutumer à ne plus t'estimer
; mais non ! Ce n'est pas possible ! Ma Joséphine est
en route ; elle m'aime au moins un peu ; tant d'amour promis
ne peut pas être évanoui en deux mois.
Je déteste Paris, les femmes et l'amour... Cet état
est affreux... et ta conduite... mais dois-je t'accuser ? Non.
Ta conduite est celle de ton destin. Si aimable, si belle, si
douce, devais-tu être l'instrument de mon désespoir
?
Celui qui te remettra cette lettre est le duc de Serbelloni,
le plus grand seigneur de ce pays, qui va, député
à Paris, pour présenter ses hommages au gouvernement.
Adieu, ma Joséphine, ta pensée me rendait heureux
; tout a changé. Embrasse tes aimables enfants. Ils m'écrivent
des lettres charmantes. Depuis que je ne dois plus t'aimer, je
les aime davantage. Malgré les destins et l'honneur, je
t'aimerai toute ma vie. J'ai relu, cette nuit, toutes tes lettres,
même celle écrite de ton sang. Quels sentiments
elles m'ont fait éprouver !
Même
jour
Joséphine, tu
devais partir, le 5, de Paris ; tu devais partir, le 11, tu n'étais
pas partie, le 12... Mon âme s'était ouverte à
la joie ; elle est remplie de douleur. Tous les courriers arrivent
sans m'apporter de tes lettres...
Quand tu m'écris, le peu de mots, le style n'est jamais
d'un sentiment profond. Tu m'as aimé par un léger
caprice ; tu sens déjà combien il serait ridicule
qu'il arrête ton coeur. Il me paraît que tu as fait
ton choix et que tu sais à qui t'adresser pour me remplacer.
Je te souhaite bonheur, si l'inconstance peut en obtenir ; je
ne dis pas la perfidie... Tu n'as jamais aimé...
J'avais pressé mes opérations ; je te calculais,
le 13, à Milan, et tu es encore à Paris. Je rentre
dans mon âme ; j'étouffe un sentiment indigne de
moi ; et si la gloire ne suffit pas à mon bonheur, elle
fournit l'élément de la mort et de l'immortalité...
Quant à toi, que mon souvenir ne te soit pas odieux. Mon
malheur est de t'avoir peu connue, le tien, de m'avoir jugé
comme les hommes qui t'environnent. Mon coeur ne sentit jamais
rien de médiocre... il s'était défendu de
l'amour ; tu lui as inspiré une passion sans bornes, une
ivresse qui le dégrade. Ta pensée était
dans mon âme avant celle de la Nature entière ;
ton caprice était pour moi une loi sacrée ; pouvoir
te voir était mon souverain bonheur ; tu es belle, gracieuse
; ton âme douce et céleste se peint sur ta physionomie.
J'adorais tout en toi ; plus naïve, plus jeune, je t'eusse
aimée moins. Tout me plaisait, jusqu'au souvenir de tes
erreurs et de la scène affligeante qui précéda
de quinze jours notre mariage ; la vertu était pour moi
ce que tu faisais ; l'honneur, ce qui te plaisait ; la gloire
n'avait d'attrait dans mon coeur que parce qu'elle t'était
agréable et flattait ton amour-propre. Ton portrait était
toujours sur mon coeur ; jamais une pensée sans le voir
et le couvrir de baisers. Toi, tu as laissé mon portrait
six mois sans le retirer ; rien ne m'a échappé.
Si je continuais, je t'aimerais seul, et de tous les rôles,
c'est le seul que je ne puis adopter. Joséphine, tu eusses
fait le bonheur d'un homme moins bizarre. Tu as fait mon malheur,
je t'en préviens. Je le sentis lorsque mon âme s'engageait,
lorsque la tienne gagnait journellement un empire sans bornes
et asservissait tous mes sens. Cruelle !!! Pourquoi m'avoir fait
espérer un sentiment que tu n'éprouvais pas !!!
Mais le reproche n'est pas digne de moi. Je n'ai jamais cru au
bonheur. Tous les jours, la mort voltige autour de moi... La
vie vaut-elle la peine de faire tant de bruit !!!
Adieu, Joséphine, reste à Paris, ne m'écris
plus, et respecte au moins mon asile. Mille poignards déchirent
mon coeur ; ne les enfonce pas davantage. Adieu, mon bonheur,
ma vie, tout ce qui existait pour moi sur la terre.
Pistoia,
le 8 messidor
Depuis un mois, je
n'ai reçu de ma bonne amie que deux billets de trois lignes
chacun. A-t-elle des affaires ? Celle d'écrire à
son bon ami n'est donc pas un besoin pour elle ? Dès lors
celle d'y penser... Vivre sans penser à Joséphine,
ce serait pour ton ami être mort et ne pas exister. Ton
image embelit ma pensée et égaye le tableau sinistre
et noir de la mélancolie et de la douleur...
Un jour peut-être viendra où je te verai ; car je
ne doute pas que tu ne sois encore à Paris. Eh ! bien,
ce jour-là, je te montrerai mes poches pleines de lettres
que je ne t'ai pas envoyé parce qu'elle étaient
trop bêtes - bien, c'est le mot. Bon Dieu ! Dis-moi, toi
qui sais si bien faire aimer les autres sans aimer, saurais-tu
comment on guérit de l'amour ??? Je pairai ce remède
bien chère. Tu devais partir le 5 prairial ; bête
que j'étais, je t'attendais le 13. Comme si une jolie
femme pouvait abandonner ses habitudes, ses amis, sa madame Tallien,
et un dîner chez Baras, et une représentation d'une
pièce nouvelle, et Fortuné, oui, Fortuné
! Tu aime tout plus que ton mari ; tu n'as pour lui qu'un peu
d'estime, et une portion de cette bienveillance dont le coeur
abonde. Tous les jours récapitulant tes tord, tes fautes,
je me bat le flancs pour ne te plus aimer, bah ! voilà-t-il
pas que je t'aime davantage. Enfin, mon incomparable petite mère,
je vais te dire mon secret : moque-toi de moi, reste à
Paris, aie des amants, que tout le monde le sache, n'écris
jamais, eh bien ! je t'en aimerai dix fois davantage. Si ce n'est
pas là folie, fièvre, délire ! Et je ne
guérirai pas de cela (oh ! si pardieu, j'en guérirai)
; mais ne va pas me dire que tu es malade, n'entreprends pas
de te justifier. Bon Dieu ! Tu es pardonnée ; je t'aime
à la folie, et jamais mon pauvre coeur ne cessera de donner
son amour. Si tu ne m'aimais pas, mon sort serait bien bizarre.
Tu ne m'as pas écrit, tu étais malade, tu n'es
pas venue. Le Directoire n'a pas voulu, après ta maladie,
et puis ce petit enfant qui se remuait si fort qu'il te faisait
mal ? mais tu as passé Lion, tu seras le 10, à
Turin ; le 12, à Milan où tu m'attendras. Tu seras
en Italie, et je serai encore loin de toi. Adieu ma bien-aimée,
un baiser sur ta bouche ; un autre, sur ton coeur, et un autre
sur ton petit absent.
Nous avons fait la paix avec Rome qui nous donne de l'argent.
Nous serons demain à Livourne, et, le plus tôt que
je pourrai, dans tes bras, à tes pieds, sur ton sein.
Roverbella,
le 18 messidor
J'ai battu l'ennemi.
Kilmaine t'enverra la copie de la relation. Je suis mort de fatigue.
Je te prie de partir tout de suite pour te rendre à Vérone
; j'ai besoin de toi, car je vois que je vais être bien
malade. Je te donne mille baisers. Je suis au lit.
Vérone,
premier jour complémentaire
Je t'écris,
ma bonne amie, bien souvent, et toi peu. Tu es une méchante
et une laide, bien laide, autant que tu es légère.
Cela est perfide, tromper un pauvre mari, un tendre amant ! Doit-il
perdre ses droits parce qu'il est loin, chargé de besogne,
de fatigue et de peine ? Sans sa Joséphine, sans l'assurance
de son amour, que lui reste-t-il sur la terre ? Qu'y ferait-il
?
Nous avons eu hier une affaire très sanglante ; l'ennemi
a perdu beaucoup de monde et a été complètement
battu. Nous lui avons pris le faubourg de Mantoue.
Adieu, adorable Joséphine ; une de ces nuits, les portes
s'ouvriront avec fracas : comme un jaloux, et me voilà
dans tes bras.
Mille baisers amoureux.
Vérone,
le 1er frimaire, an V
Je vais me coucher,
ma petite Joséphine, le coeur plein de ton adorable image,
et navré de rester tant de temps loin de toi ; mais j'espère
que, dans quelques jours, je serai plus heureux et que je pourrai
à mon aise te donner des preuves de l'amour ardent que
tu m'as inspiré. Tu ne m'écris plus ; tu ne penses
plus à ton bon ami, cruelle femme ! Ne sais-tu pas que
sans toi, sans ton coeur, sans ton amour, il n'est pour ton mari
ni bonheur, ni vie. Bon Dieu ! Que je serais heureux si je pouvais
assister à l'aimable toilette, petite épaule, un
petit sein blanc, élastique, bien ferme ; par-dessus cela,
une petite mine avec le mouchoir à la créole, à
croquer. Tu sais bien que je n'oublie pas les petites visites
; tu sais bien, la petite forêt noire. Je lui donne mille
baisers et j'attends avec impatience le moment d'y être.
Tout à toi, la vie, le bonheur, le plaisir ne sont que
ce que tu les fais.
Vivre dans une Joséphine, c'est vivre dans l'Élysée.
Baiser à la bouche, aux yeux, sur l'épaule, au
sein, partout, partout !
Vérone,
le 3 frimaire
Je ne t'aime plus du
tout ; au contraire, je te déteste. Tu es une vilaine,
bien gauche, bien bête, bien cendrillon. Tu ne m'écris
pas du tout, tu n'aimes pas ton mari ; tu sais le plaisir que
tes lettres lui font, et tu ne lui écris pas six lignes
jetées au hasard !
Que faites-vous donc toute la journée, madame ? Quelle
affaire si importante vous ôte le temps d'écrire
à votre bien bon amant ? Quelle affection étouffe
et met de côté l'amour, le tendre et constant amour
que vous lui avez promis ? Quel peut être ce merveilleux,
ce nouvel amant qui absorbe tous vos instants, tyrannise vos
journées et vous empêche de vous occuper de votre
mari ? Joséphine, prenez-y garde, une belle nuit, les
portes enfoncées, et me voilà. En vérité,
je suis inquiet, ma bonne amie, de ne pas recevoir de tes nouvelles
; écris-moi vite quatre pages, et de ces aimables choses
qui remplissent mon coeur de sentiment et de plaisir. J'espère
qu'avant peu je te serrerai dans mes bras, et je te couvrirai
d'un million de baisers brûlants comme sous l'équateur.
Vérone,
le 4 frimaire
J'espère bientôt,
ma douce amie, être dans tes bras. Je t'aime à la
fureur. J'écris à Paris par ce courrier. Tout va
bien. Wurmser a été battu hier sous Mantoue. Il
ne manque à ton mari que l'amour de Joséphine pour
être heureux.
II. LE MARI
Malmaison,
le 4 messidor, an XI
J'ai reçu ta
lettre, bonne petite Joséphine. Je vois avec peine que
tu as souffert de la route ; mais quelques jours de repos te
feront du bien. Je suis assez bien portant. J'ai été
hier à la chasse à Marly, et je m'y suis blessé
très légèrement à un doigt en tirant
un sanglier. Hortense se porte assez bien. Ton gros fils a été
un peu malade, mais il va mieux. Je crois que ce soir ces dames
jouent Le Barbier de Séville. Le temps est très
beau. Je te prie de croire que rien n'est plus vrai que les sentiments
que j'ai pour ma petite Joséphine.
Tout à toi.
Camp
de Boulogne, le 25 thermidor, an XIII
J'ai voulu savoir comment
on se portait à la Martinique. Je n'ai pas souvent de
vos nouvelles. Vous oubliez vos amis ; ce n'est pas bien. Je
ne savais pas que les eaux de la Plombières eussent la
vertu du fleuve Léthé. Il me semble que c'est en
buvant ces eaux de Plombières que vous disiez : «Ah
! Bonaparte, si je meurs, qui est-ce qui t'aimera ?» Il
y a bien loin de là, n'est-ce pas ? Tout finit, la beauté,
l'esprit, le sentiment, le soleil lui-même ; mais ce qui
n'aura jamais de terme, c'est le bien que je veux, le bonheur
dont jouit... et la bonté de ma Joséphine. Je ne
serai pas plus tendre si vous en faites des risées.
Adieu, mon amie, j'ai fait hier attaquer la croisière
anglaise ; tout a bien été.
Brunn,
le 28 frimaire, an XIV
Grande Impératrice,
pas une lettre de vous depuis votre départ de Strasbourg.
Vous avez passé à Bade, à Stuttgart, à
Munich, sans nous écrire un mot. Ce n'est pas bien aimable,
ni bien tendre ! Je suis toujours à Brunn. Les Russes
sont partis ; j'ai une trêve. Dans peu de jours, je verrai
ce que je deviendrai. Daignez, du haut de vos grandeurs, vous
occuper un peu de vos esclaves.
Géra,
le 13 octobre 1806, à 2 heures du matin
Je suis aujourd'hui
à Géra, ma bonne amie ; mes affaires vont fort
bien, et tout comme je pouvais l'espérer. Avec l'aide
de Dieu, en peu de jours cela aura pris un caractère bien
terrible, je crois, pour le pauvre roi de Prusse, que je plains
personnellement, parce qu'il est bon. La reine est à Erfurt,
avec le roi. Si elle veut voir une bataille, elle aura ce cruel
plaisir.
Je me porte à merveille ; j'ai déjà engraissé
depuis mon départ ; cependant je fais, de ma personne,
vingt et vingt-cinq lieues par jour, à cheval, en voiture,
de toutes les manières. Je me couche à huit heures,
et suis levé à minuit ; je songe quelquefois que
tu n'es pas encore couchée.
Tout à toi.
Posen,
le 2 décembre
C'est aujourd'hui l'anniversaire
d'Austerlitz. J'ai été à un bal de la ville.
Il pleut. Je me porte bien. Je t'aime et te désire. Mes
troupes sont à Varsovie. Il n'a pas encore fait froid.
Toutes ces Polonaises sont Françaises ; mais il n'y a
qu'une femme pour moi. La connaîtrais-tu ? je te ferais
bien son portrait ; mais il faudrait trop le flatter pour que
tu te reconnusses ; cependant, à dire vrai, mon coeur
n'aurait que de bonnes choses à en dire. Ces nuits-ci
sont longues, tout seul.
Tout à toi.
Posen,
le 3 décembre, 6 heures du soir
Je reçois ta
lettre du 27 novembre, où je vois que ta petite tête
s'est montée. Je me suis souvenu de ce vers :
Désir
de femme est un feu qui dévore.
Il faut cependant te
calmer. Je t'ai écrit que j'étais en Pologne, que,
lorsque les quartiers d'hiver seraient assis, tu pourrais venir
; il faut donc attendre quelques jours. Plus on est grand et
moins on doit avoir de volonté ; l'on dépend des
événements et des circonstances. Tu peux aller
à Francfort et à Darmstadt. J'espère sous
peu de jours t'appeler ; mais il faut que les événements
le veuillent. La chaleur de ta lettre me fait voir que vous autres
jolies femmes vous ne connaissez pas de barrières ; ce
que vous voulez, doit être ; mais moi, je me déclare
le plus esclave des hommes : mon maître n'a pas d'entrailles,
et ce maître c'est la nature des choses.
Adieu, mon amie ; porte-toi bien. La personne dont je t'ai voulu
parler est Madame L..., dont tout le monde dit bien du mal :
l'on m'assure qu'elle était plus Prussienne que Française.
Je ne le crois pas ; mais je la crois une sotte qui ne dit que
des bêtises.
Le
10 décembre, à 5 heures du soir
Un officier m'apporte
un tapis de ta part ; il est un peu court et étroit ;
je ne t'en remercie pas moins. Je me porte assez bien. Le temps
est fort variable. Mes affaires vont assez bien. Je t'aime et
te désire beaucoup. Adieu, mon amie ; je t'écrirai
de venir avec au moins autant de plaisir que tu viendras.
Tout à toi.
Un baiser à Hortense, à Stéphanie et à
Napoléon.
Pultusk,
le 31 décembre
J'ai bien ri en recevant
tes dernières lettres. Tu te fais, des belles de la grande
Pologne, une idée qu'elles ne méritent pas. J'ai
eu deux ou trois jours le plaisir d'entendre Paër et deux
chanteuses qui m'ont fait de la très bonne musique. J'ai
reçu ta lettre dans une mauvaise grange, ayant de la boue,
du vent, et de la paille pour tout lit. Je serai demain à
Varsovie. Je crois que tout est fini pour cette année.
L'armée va entrer en quartiers d'hiver. Je hausse les
épaules de la bêtise de Madame de L... ; tu devrais
cependant te fâcher, et lui conseiller de n'être
pas si sotte. Cela perce dans le public et indigne bien des gens.
Quant à moi, je méprise l'ingratitude comme le
plus vilain défaut du coeur. Je sais qu'au lieu de te
consoler, ils t'ont fait de la peine.
Adieu, mon amie ; je me porte bien. Je ne pense pas que tu doives
aller à Cassel ; cela n'est pas convenable. Tu peux aller
à Darmstadt.
(Le lendemain
1er janvier 1807, Napoléon rencontrait Marie Walewska).
Varsovie,
le 19 janvier 1807
Mon amie, je reçois
ta lettre ; j'ai ri de ta peur du feu. Je suis désespéré
du ton de tes lettres, et de ce qui me revient, je te défends
de pleurer, d'être chagrine et inquiète ; je veux
que tu sois gaie, aimable et heureuse.
Wittemberg,
le 1er février, à midi
Ta lettre du 11, de
Mayence, m'a fait rire. Je suis aujourd'hui à quarante
lieues de Varsovie ; le temps est froid, mais beau. Adieu, mon
amie ; sois heureuse, aie du caractère.
Février
Mon amie, ta lettre
du 20 janvier m'a fait de la peine ; elle est trop triste. Voilà
le mal de ne pas être un peu dévote ! Tu me dis
que ton bonheur fait ta gloire : cela n'est pas généreux
; il faut dire : le bonheur des autres fait ma gloire ; cela
n'est pas conjugal ; il faut dire : le bonheur de mon mari fait
ma gloire ; cela n'est pas maternel ; il faudrait dire : le bonheur
de mes enfants fait ma gloire ; or, comme les peuples, ton mari,
tes enfants, ne peuvent être heureux qu'avec un peu de
gloire, il ne faut pas tant en faire fi ! Joséphine, votre
coeur est excellent, et votre raison faible ; vous sentez à
merveille, mais vous raisonnez moins bien.Voilà assez
de querelle. Je veux que tu sois gaie, contente de ton sort,
et que tu obéisses, non en grondant et en pleurant, mais
de gaîté de coeur, et avec un peu de bonheur.
Adieu, mon amie ; je pars cette nuit, pour parcourir mes avant-postes.
Eylau,
le 14 février
Mon amie, je suis toujours
à Eylau. Ce pays est couvert de morts et de blessés.
Ce n'est pas la plus belle partie de la guerre ; l'on souffre,
et l'âme est oppressée de voir tant de victimes.
Je me porte bien. J'ai fait ce que je voulais, et j'ai repoussé
l'ennemi, en faisant échouer ses projets.Tu dois être
inquiète, et cette pensée m'afflige. Toutefois,
tranquillise-toi, mon amie, et sois gaie.
Tout à toi.
Liebstadt,
le 20 Février, à 2 heures du matin
Je t'écris deux
mots, mon amie, pour que tu ne sois pas inquiète. Ma santé
est fort bonne, et mes affaires vont bien. J'ai remis mon armée
en cantonnement. La saison est bizarre ; il gèle et il
dégèle ; elle est humide et inconstante.
Adieu, mon amie.
Tout à toi.
Finckenstein,
le 10 avril, à 6 heures du soir
Mon amie, je me porte
fort bien. Le printemps commence ici ; cependant rien n'est encore
en végétation. Je désire que tu sois gaie
et contente, et que tu ne doutes jamais de mes sentiments. Tout
va bien ici.
Finckenstein,
le 14 mai,
mort du fils aîné de Louis et d'Hortense
Je conçois tout
le chagrin que doit te causer la mort de ce pauvre Napoléon
; tu peux comprendre la peine que j'éprouve. Je voudrais
être près de toi, pour que tu fusses modérée
et sage dans ta douleur. Tu as eu le bonheur de ne jamais perdre
d'enfants ; mais c'est une des conditions et des peines attachées
à notre misère humaine. Que j'apprenne que tu as
été raisonnable, et que tu te portes bien ! Voudrais-tu
accroître ma peine ?
Adieu, mon amie.
Finckenstein,
le 24 mai
Je reçois ta
lettre de Lacken. Je vois avec peine que ta douleur est encore
entière, et qu'Hortense n'est pas encore arrivée
: elle n'est pas raisonnable, et ne mérite pas qu'on l'aime,
puisqu'elle n'aimait que ses enfants.Tâche de te calmer,
et ne me fais point de peine. A tout mal sans remède,
il faut trouver des consolations.
Adieu, mon amie.
Tout à toi.
Friedland,
le 15 juin
Mon amie, je ne t'écris
qu'un mot, car je suis bien fatigué ; voilà bien
des jours que je bivouaque. Mes enfants ont dignement célébré
l'anniversaire de la bataille de Marengo.
La bataille de Friedland sera aussi célèbre et
est aussi glorieuse pour mon peuple. Toute l'armée russe
mise en déroute, 80 pièces de canon, 30.000 hommes
pris ou tués ; 25 généraux russes tués,
blessés ou pris ; la garde russe écrasée
: c'est une digne soeur de Marengo, Austerlitz, Iéna.
Le Bulletin te dira le reste. Ma perte n'est pas considérable
; j'ai manoeuvré l'ennemi avec succès. Sois sans
inquiétude et contente.
Adieu, mon amie ; je monte à cheval. L'on peut donner
cette nouvelle comme une notice, si elle est arrivée avant
le Bulletin. On peut aussi tirer le canon. Cambacérès
fera la notice.
Tilsitt,
le 25 juin
Mon amie, je viens
de voir l'empereur Alexandre ; j'ai été fort content
de lui ; c'est un fort beau, bon et jeune empereur ; il a de
l'esprit plus que l'on ne pense communément. Il vient
loger en ville à Tilsitt demain.
Adieu, mon amie ; je désire fort que tu te portes bien,
et sois contente. Ma santé est fort bonne.
Tilsitt,
le 6 juillet
J'ai reçu ta
lettre du 25 juin. J'ai vu avec peine que tu étais égoïste,
et que les succès de mes armes seraient pour toi sans
attraits. La belle reine de Prusse doit venir dîner avec
moi aujourd'hui. Je me porte bien, et désire beaucoup
te revoir, quand le destin l'aura marqué. Cependant, il
est possible que cela ne tarde pas.
Adieu, mon amie ; milles choses aimables.
Tilsitt,
le 7 juillet
Mon amie, la reine
de Prusse a dîné hier avec moi. J'ai eu à
me défendre de ce qu'elle voulait m'obliger à faire
encore quelques concessions à son mari ; mais j'ai été
galant, et me suis tenu à ma politique. Elle est fort
aimable. J'irai te donner des détails qu'il me serait
impossible de te donner sans être bien long. Quand tu liras
cette lettre, la paix avec la Prusse et la Russie sera conclue,
et Jérôme reconnu roi de Westphalie, avec trois
millions de population. Ces nouvelles sont pour toi seule.
Adieu, mon amie ; je t'aime et veux te savoir contente et gaie.
Dresde,
le 18 juillet, à midi
Mon amie, je suis arrivé
hier à cinq heures du soir à Dresde, fort bien
portant, quoique je sois resté cent heures en voiture,
sans sortir. Je suis ici chez le roi de Saxe, dont je suis fort
content. Je suis donc rapproché de toi de plus de moitié
du chemin.Il se peut qu'une de ces belles nuits, je tombe à
Saint-Cloud comme un jaloux ; je t'en préviens.
Adieu, mon amie ; j'aurai grand plaisir à te revoir.
Tout à toi.
Erfurt,
octobre 1808
Mon amie, je t'écris
peu ; je suis fort occupé. Des conversations de journées
entières, cela n'arrange pas mon rhume. Cependant tout
va bien. Je suis content d'Alexandre ; il doit l'être de
moi : s'il était femme, je crois que j'en ferais mon amoureuse.
Je serai chez toi dans peu ; porte-toi bien, et que je te trouve
grasse et fraîche.
Adieu, mon amie.
Le
31 mai 1809
Je reçois ta
lettre du 26. Je t'ai écrit que tu pouvais aller à
Plombières ; je ne me soucie pas que tu ailles à
Bade ; il ne faut pas sortir de France. J'ai ordonné aux
deux princes de rentrer en France. La perte du duc de Montebello,
qui est mort ce matin, m'a fort affligé. Ainsi tout finit
!!....
Adieu, mon amie ; si tu peux contribuer à consoler la
pauvre maréchale, fais-le.
Tout à toi.
Schoenbrunn,
le 26 août
Je reçois ta
lettre de Malmaison. L'on m'a rendu compte que tu étais
grasse, fraîche et très bien portante. Je t'assure
que Vienne n'est pas une ville amusante. Je voudrais fort être
déjà à Paris.
Adieu, mon amie. J'entends deux fois par semaine les bouffons
; ils sont assez médiocres ; cela amuse les soirées.
Il y a cinquante ou soixante femmes de Vienne, mais au parterre,
comme n'ayant pas été présentées.
Nymphenbourg,
le 21 octobre
Je suis ici depuis
hier bien portant ; je ne partirai pas encore demain. Je m'arrêterai
un jour à Stuttgart. Tu seras prévenue vingt-quatre
heures d'avance de mon arrivée à Fontainebleau.
Je me fais une fête de te revoir, et j'attends ce moment
avec impatience. Je t'embrasse.
Tout à toi.
III. L'AMI
Trianon,
le 25 décembre 1809, le divorce vient d'être décidé
Je me suis couché
hier après que tu as été partie, mon amie.
Je vais à Paris. Je désire te savoir gaie. Je viendrai
te voir dans la semaine. J'ai reçu tes lettres que je
vais lire en voiture.
Paris,
le 4 janvier 1810, jeudi soir
Hortense, que j'ai
vue cette après-midi, m'a donné, mon amie, de tes
nouvelles. J'espère que tu auras été voir
aujourd'hui tes plantes, la journée ayant été
belle. Je ne suis sorti qu'un instant, à trois heures,
pour tuer quelques lièvres.
Adieu, mon amie ; dors bien.
Trianon,
le 17 janvier
Mon amie, d'Audenarde,
que je t'ai envoyée ce matin, me dit que tu n'as plus
de courage depuis que tu es à Malmaison. Ce lieu est cependant
tout plein de nos sentiments, qui ne peuvent et ne doivent jamais
changer, du moins de mon côté. J'ai bien envie de
te voir, mais il faut que je sois sûr que tu es forte,
et non faible ; je le suis aussi un peu, et cela me fait un mal
affreux.
Adieu, Joséphine ; bonne nuit. Si tu doutais de moi, tu
serais bien ingrate.
Mardi,
à midi
J'apprends que tu t'affliges,
cela n'est pas bien. Tu es sans confiance en moi, et tous les
bruits que l'on répand te frappent ; ce n'est pas me connaître,
Joséphine. Je t'en veux, et si je n'apprends que tu es
gaie et contente, j'irai te gronder bien fort.
Adieu, mon amie.
Compiègne,
le 21 avril
Mon amie, je reçois
ta lettre du 19 avril ; elle est d'un mauvais style. Je suis
toujours le même ; mes pareils ne changent jamais. Je ne
sais ce qu'Eugène a pu te dire. Je ne t'ai pas écrit,
parce que tu ne l'as pas fait, et que j'ai désiré
tout ce qui peut t'être agréable. Je vois avec plaisir
que tu ailles à Malmaison, et que tu sois contente ; moi,
je le serai de recevoir de tes nouvelles, et de te donner des
miennes. Je ne t'en dis pas davantage, jusqu'à ce que
tu aies comparé cette lettre à la tienne ; et,
après cela, je te laisse juge qui est meilleur et plus
ami de toi ou de moi.
Adieu, mon amie ; porte-toi bien, et sois juste pour toi et pour
moi.
Juin
Mon amie, je reçois
ta lettre. Eugène te donnera des nouvelles de mon voyage
et de l'impératrice. J'approuve fort que tu ailles aux
eaux. J'espère qu'elles te feront du bien.
Je désire bien te voir. Si tu es à Malmaison à
la fin du mois, je viendrai te voir. Je compte être à
Saint-Cloud le 30 du mois. Ma santé est fort bonne ; il
me manque de te savoir contente et bien portante. Fais-moi connaître
le nom que tu voudrais porter en route. Ne doute jamais de toute
la vérité de mes sentiments pour toi ; ils dureront
autant que moi ; tu serais fort injuste si tu en doutais.
Saint-Cloud,
le 14 septembre
Mon amie, je reçois
ta lettre du 9 septembre. J'apprends avec plaisir que tu te portes
bien. L'impératrice est effectivement grosse de quatre
mois ; elle se porte bien, et m'est fort attachée. Les
petits princes Napoléon se portent très bien ;
ils sont au pavillon d'Italie, dans le parc de Saint-Cloud. Ma
santé est assez bonne. Je désire te savoir heureuse
et contente. L'on dit qu'une personne chez toi s'est cassé
la jambe en allant à la glacière.
Adieu, mon amie ; ne doute pas de l'intérêt que
je prends à toi, et des sentiments que je te porte.
Paris,
le 22 mars 1811
Mon amie, j'ai reçu
ta lettre ; je te remercie. Mon fils est gros et très
bien portant. J'espère qu'il viendra à bien. Il
a ma poitrine, ma bouche et mes yeux. J'espère qu'il remplira
sa destinée.
Je suis toujours très content d'Eugène ; il ne
m'a jamais donné aucun chagrin.
Vendredi,
8 heures du matin, 1813
J'envoie savoir comment
tu te portes, car Hortense m'a dit que tu étais au lit
hier. J'ai été fâché contre toi pour
tes dettes ; je ne veux pas que tu en aies ; au contraire, j'espère
que tu mettras un million de côté tous les ans,
pour donner à tes petites-filles, lorsqu'elles se marieront.
Toutefois, ne doute jamais de mon amitié pour toi, et
ne te fais aucun chagrin là-dessus.
Adieu, mon amie ; annonce-moi que tu es bien portante. On dit
que tu engraisses comme une bonne fermière de Normandie.

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