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 n aura remarqué ces
derniers jours les empressements de monsieur le Prince de Neuchâtel
envers madame de Visconti dont il vient de faire la connaissance.
Cela en est touchant à l'extrême. Ils papotent en
se regardant et en faisant de petites manières Si ce n'était
leurs âges on les prendrait pour de doux fiancés
Par contre la tenue de Madame de Regnault de Saint Jean d'Angely
semble contrarier la carrière de son époux. Elle
ne se croit pas obligée d'être fidèle à
celui-ci comme à ses amants et semble avoir sacrifié
à l'amour sa réputation
Dernièrement agacée de rencontrer celle-ci à
la cour, Sa Majesté avec sa coutumière et sympathique
insolence taquine lui a fait remarquer devant tous :«Mais il me semble que vous
vieillissez bien vite Madame ! »
Que croyez vous que répondit cette impertinente ? Je vous
le donne en mille ! «Ce que Votre Majesté
vient de me dire serait bien dur à entendre si j'étais
d'âge à m'en fâcher !» Franchement, Sa Majesté est
bien bonne et bien complaisante de souffrir ainsi les impertinences
de cette intrigante de vingt huit ans !
L'autre soir pour la reprise du «Secret du ménage» de Creuzet de Lesser à
Fontainebleau, on aura remarqué que madame de Gérando
portait une robe de percale avec corsage détaché,
en canezou avec manches amadices et montant au col. Tout le monde
aura remarqué qu'elle la portait aussi pour la première
de «La Serva Innamorata» de l'excellent Guglielmi.
Même si ce fort beau modèle conçu par mademoiselle
Lolive sied à ravir à cette femme, que certains
disent jolie, l'on est quand même en droit de se demander
si les affaires de Monsieur son mari sont toujours aussi florissantes
?

Girolamo Crescentini
(1769 - 1846)
Sopraniste |
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Dernièrement aux Tuilleries,
le 9 de Mars, Crescentini le célèbre castrat, nous
a ému aux larmes, lors de son interprétation de
Roméo e Giulietta, de Zingarelli. Le lendemain l''Empereur
le décora dans l'Ordre de la couronne de fer. Aux jaloux
et médisants, et Dieu sait qu'il y en a, La Grassini répondit
lors d'un repas chez Verry : «Ma
ché vous oubliez sa blessouré !» Quelle femme d'esprit et puis son accent
est si charmant !
A propos de la cantatrice Grassini, l'on me demande pourquoi
au lieu d'aller chez dîner Verry, cette chère "Giussepina"
ne va pas chez Balaine ?
Un magistrat de mes amis, monsieur le Juge François de
habitant notre belle Bretagne, me confia récemment devant
Vigny, ce jeune espoir de la littérature, que Mme de Béthune
darda un trait fort plaisant qu'il me prie de vous conter ; |
M. de B ...savait fort bien
que sa femme avait un amant. Mais, les choses se passant avec
décence , il se taisait. Un soir , il entre chez elle,
ce qu'il ne faisait jamais depuis cinq ans. Elle s'étonne.
Il lui dit : «Restez au lit ; je passerai
la nuit à lire dans ce fauteuil. Je sais que vous êtes
grosse, et je viens ici pour vos gens.» Elle se tut et pleura.
Mon doux ami Monsieur de Kotzebue, m'a fait part des impressions
que lui inspire Mlle Duchesnois. Cette nouvelle tragédienne
qui fait courir le tout Paris. Son corps est admirable et me
fait penser à celui de la vénus de Milo. Elle est
parfaite pour le rôle d'Alzire, où elle peut sans
crainte se montrer presque nue
Par contre son visage !
Seigneur ! Il ressemble à l'un de ces petits lions de
faïence que l'on met sur les balustrades ! Et le sifflement
de son nez est comparable à l'ampleur de celui-ci ! Dois-je
en déduire que la belle intrigante ne serait à
son aise qu'aux bals masqués donnés par Leurs Majestés
? Je rappelle que cette demoiselle, née en 1777 à
Saint Saulve, près de Valenciennes, est de la roture la
plus parfaite qui soit
Le théâtre
des Variétés est en tous points parfait... Un limonadier
y tient commerce à l'entrée et à quelques
pas la boutique de madame Canavhag, la célèbre
libraire, cède contre peu d'argent les textes prisés
du moment. Dernièrement, j'y ai fait emplette de Brunetiana,
Jocrissianna, et Angotiana, écrites par le maître
Armand Raguenaud. Le soir, si les migraines et les petites humeurs,
m'empêchent de sortir, je prends un plaisir fou à
les lire
Ne faut-il pas que mes gens, viennent d'autorité
moucher ma chandelle.
D'ailleurs
au théâtre des Variétés, la troupe,
non moins délicieuse, est composée cette année
de Bosquier-Gavaudan, Dubois, Cazot, Vauxdoré, Aubertin,
Joli-Lefêvre, Crétu, César, Frédérick,
Duval et Amiel. Madame de Bassano et de Montesquiou y étaient
l'autre soir et j'ai partagé avec elles, une limonade
citronnée Ah, mon dieu, la gourmandise nous perdra

Giuseppina
Grassini
(1773 - 1850)
Cantatrice |
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L'autre soir à un thé
nocturne chez le baron Capelle, celui-ci nous conta une croustillante
anecdote
Alors qu'à grandes enjambées il
traversait les couloirs de l'administration des théâtres,
il fut attiré par un gémissement. Prêtant
l'oreille, il découvrit, tapie dans l'ombre d'une colonnade,
une femme désolée, essayant de dissimuler son trouble.
C'était l'actrice Thérèse Bourgoin. «Souffrez monsieur que je quémande
votre aide... et votre protection.»
Le baron remarqua que les vêtements de la plaignante étaient
en un parfait désordre et à la lueur d'un réverbère,
il vit que les yeux de la malheureuse étaient pleins de
larmes
«J'appris, nous dit-il, que
ce diable d''Esménard, le directeur du bureau des théâtres
avait failli la culbuter de force sur un sofa ! je la calmais
comme je pus. Et enfin j'arrachais un sourire à la jeunette
enfin apaisée
Que croyez vous qu'elle me dit ? "Et
puis si au moins cet Esménard avait été
moins laid, son outrage eut été moins pénible
!» |
Monsieur l'Archichancelier
vient de louer une loge permanente aux Variétés.
Pour y voir à son aise mademoiselle, cette jolie fille
à la voix criarde et populaire et aux gestes tellement
ridicules. Les mauvaises langues disent que c'est pour faire
taire les ragots. Les ragots ? Lesquels ? Je vous demande ? Toutefois,
cela a valu à Sa Majesté un mot que nous ne nous
lassons pas d'évoquer.
L''Empereur devant la licence excessive, montrée par moments,
par le théâtre des Variétés, voulut
fermer ce lieu de spectacles. Monsieur de Cambacérès
l'implora : «Mais Sire, vous allez me faire
perdre le prix de ma loge payée d'avance !» C'est vrai monsieur l'Archichancelier
! lui dit sa Majesté, lorsque la toile est levée,
on ne rend pas l'argent !»
1807 : Lors du dîner de la confrérie des gastronomes
du 13 janvier, au Rocher de Cancale, et conçu par Grimaud
de la Reynière, assistait la belle Mlle de Mézeray.
L'auteur dramatique Dieulafoy qui en est fort épris, ne
put s'y rendre, aussi pour s'excuser, il troussa fort joliment
, à défaut d'autre chose, une pièce en vers
dont je vous livre les deux dernières strophes
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Apôtres
de la gourmandise,
Joyeux disciples de Comus,
Plaignez un gourmand que la bise
Depuis six mois retient perclus,
Enchaîné, cloué dans sa chambre,
Par fièvre et migraine attaqué.
Sachez enfin que votre membre,
Mes frères, est tout disloqué
Et
vous dont la grâce piquante
Eveille à la fois tous nos goûts,
Mes surs que ce Rocher qu'on vante,
S'écroule soudain sous vos coups ;
Engloutissez l'huître gentille,
Hélas ! je ne me plaindrai plus,
Si vous me gardez la coquille
Ou l'amour niche ses élus !
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Lors
de la réception de ce 24 septembre, chez le prince de
Bénévent, Charles Maurice de Talleyrand-Périgord,
qui vient tout juste de quitter le portefeuille des affaires
étrangères, sa très jeune et très
récente épouse a conquis l'assistance par la grâce
de ses réponses. Au Duc de Bassano qui lui demandait quel
était son pays d'origine, cette ravissante personne native
de Pondichéry, répondit dans un merveilleux sourire
en penchant sa ravissante tête en arrière : «Moi ? Mais je suis d'Inde
monsieur le Duc», ce qui fit dire à
madame d'Abrantès : «Cela
ma chère, tout le monde s'en était aperçu
!»

Cambacérés
, d'Aigrefeuille et Villevieille en promenade |
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1808
: Monsieur de Cambacérès vient de quitter son hôtel
d'Elbeuf pour s'en aller habiter rue Saint Dominique en l'hôtel
de Mollé. Il vient de faire inscrire sur le fronton de
celui-ci en grosses lettres de bronze doré : «Hôtel de son Altesse
Sérénissime, le Duc de Parme.»
Dernièrement
lors du bal de l'impératrice, l'archichancelier a dit
au marquis d'Aigrefeuille : «
Mon cher d'Aigrefeuille, en public appelez moi Altesse Sérénissime,
par contre, comme nous nous connaissons depuis longtemps et que
nous sommes bons amis, il vous suffira dans l'intimité
de m'appeler "Monseigneur !» Quant au marquis d'Aigrefeuille, Chevalier
de Malte, ancien procureur à la cour des aides de Montpellier,
un gros homme de petite taille, il vient de se faire faire une
épée de prestige chez Biennais. Suspendue à
son énorme ventre, celle-ci ressemble en fait à
une broche ! Mais ses qualités de gourmet lui ont permis
d'obtenir la dédicace de la première édition
de l'Almanach du gourmand de Monsieur Grimaud de la Reynière.
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Mon bon ami, François
Marie... magistrat à B
.dont je ne saurai vivre sans
lui, me rappela dernièrement chez Madame de Rémusat,
que venu jadis à Paris lors des travaux de la rédaction
du code civil, il fut lui même témoin d'une joute
verbale entre le premier consul et Madame Grand, l'épouse
de Monsieur de Talleyrand, notre actuel ministre des affaires
étrangères
..
Alors que le Premier des français croisait celle-ci dans
l'un des couloirs du palais des Tuileries, la fraîche Mme
de Talleyrand-Périgord, lui fit une révérence
troublante d'autant plus accentuée par son corsage à
la grecque, qui laissait deviner largement "ses petits coquins"
Avec son humour de militaire le Premier Consul l'apostropha :
" J'espère que la conduite de la citoyenne Talleyrand-Périgord
fera oublier celle de la citoyenne Grand". Impertinente
autant qu'insouciante de la qualité de la personne à
laquelle allait son propos, Madame de Talleyrand-Périgord
répondit : "Pour cela, citoyen Premier Consul, je
n'aurai qu'à m'inspirer de l'exemple de la citoyenne Bonaparte
!"
Sa Majesté l'Impératrice qui est une femme jolie
et d'une rare élégance, utilise onguents et autres
crèmes de qualité pour entretenir son corps qu'elle
a de parfait. Elle fait effectuer ses achats auprès de
madame Sienne de l'Orto qui est connue à Paris comme la
spécialiste de ces mystérieuses préparations
qui donnent aux dames de notre société un teint
de pêche. Moi même, sans en avoir grand besoin, je
n'hésite pas d'en faire provision pour mes voyages quand
je vais, dans sa suite, à Plombières prendre les
eaux. A ce propos, une anecdote fait le tour des salons :
Dernièrement, Frédéric le jeune fils de
madame Sienne de l'Orto qui est premier commis de cuisine chez
le grand Verry , fut apostrophé dans la salle par un quidam
de l'ancien régime, irrévérencieux et certainement
pris de boisson, et qui menant fort tapage, disait haut et fort
à la cantonade, que les crèmes, poudres et fards
ne sont faits que pour les femmes qui ont quelque chose à
cacher ! Et que ce n'étaient point ces applications qui
rendraient leurs jeunesse à toutes ces dames...
S'emparant d'une broche, alourdie d'une poularde rôtie,
le jeune garçon, au risque de se perdre, asséna
sur la tête de ce cuistre un violent coup de ce volatile
truffé, lui basculant perruque et maculant son visage
et son habit, tout en lui disant à son tour haut et fort
: "Souffrez donc monsieur le sot, que je vous dise, qu'il
n'existe point d'onguents contre la goujaterie et la bêtise
dont vous drapez vos propos. Je vous prie sur le champs de faire
mander vos amis, car je vous demande raison sur le pré
et devant témoins de l'insulte que vous faites aux jolies
femmes de Paris dont sa Majesté et madame ma mère
font partie !"
Fort habile avec sa
broche, il l'est aussi à l'épée, car son
père, René de S
, un homme d'arme réputé,
est capitaine de louveterie sur les terres du marquis de Saint
Paul
Inutile de vous dire le succès que ce fort
beau jeune homme au demeurant, se tailla sous l'il bienveillant
de son maître et de la bonne société charmée
de ce juvénile courage ! Il ne m'étonnerait point
que Sa Majesté fort amusée par cette aventure qu'on
lui conta dans l'heure, ne fasse prodiguer rapidement quelques
bienveillances pécuniaires ou quelque avancement à
ce courageux jeune homme ! Un don Juan serait-il né ?
En tous les cas, si ce n'est dans les cuisines de Monsieur Verry,
son avenir semble cependant assuré, tout au moins dans
les alcôves ! |