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1802
Création de la Légion d'honneur



'article 87 de la constitution de l'an VIII avait décidé qu'il serait institué des récompenses nationales, mais ne parlait que des guerriers ; dans le projet de la Légion d'honneur il n'était fait aucune distinction entre les services militaires et les services civils. Il ne s'agissait plus ici seulement, disait-on, de récompenses individuelles, mais d'un ordre, mais d'une hiérarchie d'honneurs qui menaçait de constituer une aristocratie nouvelle. Le projet ne passa même au Conseil d'État que par 14 voix contre 10.

Le conseiller d'Etat Théophile Berlier prétendit que l'ordre proposé ne convenait pas à une république, que les croix et les rubans n'étaient que les hochets de la monarchie. Il ajouta que, dans une république, les magistratures et les emplois devaient être les premières, les seules récompenses des services, des talents, des vertus, et il ne manqua pas de citer l'exemple des Grecs et des Romains. Napoléon lui donna une leçon d'histoire, et, répondant à ceux qui avaient cité les peuples anciens, dit: «On nous parle toujours des Romains! Il est assez singulier que, pour refuser les distinctions, on cite l'exemple du peuple chez lequel elles étaient le plus marquées. Est-ce là connaître l'histoire ? Les Romains avaient des patriciens, des chevaliers, des citoyens et des esclaves, Ils avaient pour chaque chose des costumes divers, des moeurs différentes, Ils décernaient en récompenses toutes sortes de distinctions, des noms qui rappelaient des services, des courounes murales, le triomphe !... Je défie qu'on me montre une république ancienne et moderne dans laquelle il n'y ait pas eu de distinctions.On appelle cela "des hochets" ; Eh bien, c'est avec des hochets qu'on mène les hommes. L'on convient qu'il nous faut des institutions ; Si l'on ne trouve pas celle-là bonne, qu'on en propose donc d'autres ! Je ne prétends pas qu'elle doive sauver la République ou l'État, mais elle y jouera son rôle.»

A l'appui de l'opinion de Napoléon, il nous suffira de rappeler l'exemple de Sicinius Dematus, surnommé l'Achille romain, Aulu-Gelle (livre II, ch, Xl) rapporte que, pour ses actions d'éclat, il avait mèrité 83 colliers, 60 bracelets d'or, l8 lances et 25 harnais.

Le principe des récompenses admis, on insistait pour qu'on se bornât à les appliquer aux faits de guerre d'une appréciation beaucoup plus précise et ayant un objet clair et limité. Napoléon répondit à ces objections en s'adressant surtout au général Mathieu Dumas, qui avait très vivement soutenu l'opinion contraire.

«Ces idées, dit-il, pouvaient être bonnes du temps de la chevalerie et du régime féodal, ou lorsque les Gaulois furent conquis par les Francs. La nation était esclave; les vainqueurs seuls étaient libres; ils étaient tout; ils l'étaient comme militaires. Alors, la première qualité d'un général ou d'un chef était la force corporelle. Mais quand ce système changea, quand on substitua les corps organisés, les phalanges macédoniennes, les masses, au système militaire des chevaliers, il en fut tout autrement. Ce qui décida du sort des batailles, ce fut le coup d'oeil, la science: on en peut voir la preuve dans ce qui se passa aux batailles d'Azincourt, de Crécy, de Poitiers.

Le changement de système militaire, et non l'abolition du régime féodal, dut donc modifier les qualités nécessaires au général. D'ailleurs, le régime féodal fut aboli par les rois eux-mêmes, pour se soustraire au joug d'une noblesse capricieuse et turbulente. Ils affranchirent les communes et eurent des bataillons formés de la nation. L'esprit militaire, au lieu d'être resserré dans quelques milliers de Francs, s'étendit à tous les Gaulois. Il ne s'affaiblit point par là. Au contraire, il acquit de plus grandes forces. La découverte de la poudre à canon eut aussi une influence prodigieuse sur le changement du système militaire et sur toutes les conséquences qu'il entraîna. Depuis cette révolution, qui est-ce qui a fait la force d'un général ? Les qualités civiles, le coup d'oeil, le calcul, l'esprit, les connaissances administratives, l'éloquence, non pas celle du jurisconsulte, mais celle qui convient à la tête des armées, et enfin la connaissance des hommes. Tout cela est civil. Ce n'est pas maintenant un homme de cinq pieds dix pouces qui fera de grandes choses.

"Dans tous les pays, la force cède aux qualités civiles. Les baïonnettes se baissent devant le prêtre qui parle au nom du ciel et devant l'homme qui impose par sa science. J'ai prédit à des militaires qui avaient quelques scrupules que jamais le gouvernement militaire ne prendrait en France à moins que la nation ne fût abrutie par cinquante ans d'ignorance. Toutes les tentatives échoueront et leurs auteurs en seront victimes. Ce n'est pas comme général que je gouverne, mais parce que la nation croit que j'ai les qualités civiles propres au gouvernement. Si elle n'avait pas cette opinion, le gouvernement ne se soutiendrait pas un mois. Il faut entendre le soldat lui-même au bivouac. Je savais bien ce que je faisais, lorsque, général d'armée, je prenais la qualité de «membre de l'Iustitut». J'étais sûr d'être compris même par le dernier tambour.

Il ne faut pas raisonner des siècles de barbarie aux temps actuels. Nous sommes trente millions d'hommes réunis par les lumières, la propriété, le commerce. Trois ou quatre cent mille militaires ne sont rien auprès de cette masse. Outre que le général ne commande que par les qualités civiles, dès qu'il n'est plus en fonctions, il rentre dans l'ordre civil. Les soldats eux-mêmes ne sont que les enfants des citoyens. L'arrnée, c'est la nation. Si l'on considérait le militaire, abstraction faite de ces rapports , on se convaincrait qu'il ne connaît point d'autre loi que la force, qu'il rapporte tout à lui, qu'il ne voit que lui. L'homme civil, au contraire, ne voit que le bien général. Le propre du militaire est de tout vouloir despotiquement. Celui de l'homme civil est de tout soumettre à la discussion, à la vérité, à la raison. Je n'hésite donc pas à penser, en fait de prééminence, qu'elle appartient incontestablement au civil. Si l'on distinguait les honneurs en militaires et en civils, on établirait deux ordres, tandis qu'il n'y a qu'une nation. Si l'on ne décernait des honneurs qu'aux militaires, cette préférence serait encore pire, car dès lors la nation ne serait plus rien.»


Les insignes de la Légion d'honneur depuis 1802
Musée de l'Empéri - Salon-de-Provence


éanmoins, le projet ne fut adopté au Tribunat que par 56 voix contre 38, au Corps législatif, par 170 voix contre 110 (19 mai), et cependant, il avait été tenu grand compte dans sa rédaction des préjugés que l'institution de la Légion d'honneur pouvait inquiéter.

En dehors des militaires, les récompenses devaient s'adresser aux citoyens qui, par leur savoir, leurs talents et leurs vertus, avaient contribué à établir ou à défendre les principes de la Révolution. Le légionnaire devait jurer, non seulement de se dévouer au service de la République, mais de combattre par tous les moyens que la justice, la raison et les lois autorisent, toute entreprise tendant à rétablir le régime féodal, à reproduire les titres et qualités qui en étaient l'attribut, enfin, de concourir de tout son pouvoir au maintien de l'égalité et de la liberté.

La première distribution des croix eut lieu le 14 juillet. Le naturaliste Lacépède, qui, par un choix assez inattendu, fut le premier grand chancelier de la Légion d'honneur, eut soin de faire remarquer que cette date avait été choisie à dessein pour montrer que la Légion d'honneur était la consécration de la victoire du 14 juillet et de la Révolution de 1789. L'organisation de la Légion d'honneur était bien plus complète qu'aujourd'hui. Par exemple, elle était divisée en quinze cohortes ayant chacune son chef particulier, et à chacune desquelles étaient affectées des portions de biens nationaux portant 200.000 livres de rente. Le plus haut grade était alors celui de grand officier. La dignité de grand aigle ou grand cordon ne fut établie qu'en 1805.

Napoléon, en établissant la Légion d'honneur, en dépit de l'opposition qu'il rencontrait autour de lui, était d'accord avec la nation. La Légion d'honneur a toujours été considérée comme une institution démocratique, ce qui ne l'a pas empêchée d'être une décoration enviée entre toutes. Une caricature anglaise représente Bonaparte découpant le bonnet rouge pour en faire des rubans de la Légion d'honneur. Mais lord Byron a consacré une de ses plus belles odes à «l'Étoile des braves, qui a répandu tant de gloire sur les vivants et sur les morts».

Comme la Légion d'honneur, comme le Concordat, le Code civil, quoiqu'il consacrât une révolution profonde par l'abolition de tout privilège et de tout vestige du régime féodal, était aussi une oeuvre de conciliation et de transaction. Napoléon dut déployer également, pour le mener à bonne fin, toute sa fermeté. Car il faut autant d'efforts et plus de temps pour amener les partis à transiger que pour les vaincre."
(1)

On peut donc dire que ce fut à l'aide de forceps que naquit la Légion d'honneur. La chose est si vraie que le simple soldat lui-même l'eût volontiers rejetée si l'on s'était avisé de prendre son pouls sur la question. Octave Levavasseur qui assista à la cérémonie de remise de la croix au camp de Boulogne le 16 août 1805, nous a légué le sentiment de la troupe dans ses
Souvenirs :

«La transformation des sabres et des fusils d'honneur en simples croix ne fut pas du goût de nos vieux républicains. Ils s'écriaient: «Une boîte de rubans que signifie-t-elle? Un ruban peut se gagner dans les antichambres, tandis qu'un sabre ne peut se mériter que sur les champs de bataille.» C'était en effet une belle institution que celle des sabres et des fusils d'honneur: une action d'éclat pouvait seule les obtenir. Les dernières armes d'honneur avaient été données après Marengo.»

De sa création en 1802 jusqu'à la première abdication de 1814, ce sont les militaires qui se la verront épingler sur leur uniforme à une majorité écrasante : sur 48 000 légionnaires, on ne comptera qu'à peine 1500 civils. L'esprit qui présida à sa création ne fut donc pas respecté, loin s'en faut. A ce jour, les militaires ne représentent plus (!) que 65 % des récipiendaires contre 35 % aux civils. Au 1er janvier 1999, on comptait 113 800 légionnaires. En ces temps où la parité est sur de nombreuses lèvres, la femme n'y compte que pour 10 % environ seulement. Notons toutefois que depuis quelques années, les nouvelles promotions visent à réduire ce fort déséquilibre.

A. Martin - Mars 2002

 


En savoir plus :

Livres

Deux siècles de Légion d’honneur, de Pierre Miquel, Acropole
La Légion d’honneur Un Ordre au service de la Nation de Anne de Chefdebien et Bertrand Galimard Flavigny, Découvertes/Gallimard.



Internet

Grande Chancellerie de la Légion d'Honneur


La Maison d'éducation de la Légion d'honneur

Base Léonore: Tous les récipiendaires décédés avant 1954

Société d'Entraide des Membres de la Légion d'Honneur

Musée Royal de l'Armée et d'Histoire Militaire - Bruxelles

Le fonds de la Légion d'honneur aux Archives nationales

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(1) Napoléon 1er et son temps - Roger Peyre - Firmin-Didot - Paris, 1888

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