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l'approche du cent soixantième
anniversaire (15 déc 2000) du Retour des Cendres de l'Empereur Napoléon et de
leur transfert aux Invalides, le doute vient à nouveau
de s'installer chez certains, après la parution aux Editions
de l'Archipel, en septembre dernier, du livre : Napoléon,
l'énigme de l'exhumé de 1840 écrit par
Bruno Roy-Henry.
L'auteur, reprenant en partie les affirmations de Georges Rétif
de la Bretonne [Ce dernier fit paraître en 1969 (bicentenaire
de la naissance de Napoléon cette fois) un ouvrage intitulé
: Anglais, rendez-nous Napoléon !] l'auteur, disais-je,
déclare sans ménagement que l'Empereur ne reposerait
pas aux Invalides, mais à Westminster ! Que le corps qui
gît dans le monumental sarcophage sous le dôme des
Invalides n'est autre que celui de Cipriani, officiellement le
maître d'hôtel de Napoléon à Sainte-Hélène
et dont la mort survenue dans l'île en 1818, suscite, aujourd'hui
encore, des interrogations. Que les restes mortels de Napoléon
auraient été exhumés et rapportés
en Angleterre en 1828 par l'ancien geôlier Hudson Lowe,
revenu dans l'île à cette fin. Que les membres de
la commission chargés de procéder à l'exhumation
et au retour des restes mortels de l'Empereur à l'automne
1840 ont tous menti sur l'identité réelle du défunt
exhumé, y compris et surtout les anciens compagnons
d'exil de Napoléon, à savoir : le général
Bertrand, le général Gourgaud, Marchand, le fils
Las Cases, Saint-Denis dit Ali, Noverraz, Archambault et enfin
Pierron. Ils auraient constaté la profanation et reconnu
Cipriani à l'ouverture du dernier cercueil et se seraient
tus pour éviter un conflit armé entre la France
et l'Angleterre. Carrément ! A la suite de l'article ci-dessous,
on pourra lire l'exposé de monsieur Bruno Roy-Henry qui
a exigé un droit de réponse.
La valse des cercueils
Quel fut le détonateur de cette
affaire ? Tout simplement une confusion sur le nombre de cercueils
qui servirent à l'inhumation de l'Empereur en mai 1821
(trois cercueils) et qui ne correspondait plus du tout, lors
de son exhumation en octobre 1840 (quatre cercueils). Rappelons
que Napoléon est décédé le 5 mai
à 17h49. Le 7 mai, fut rédigé par les exécuteurs
testamentaires de Napoléon (Montholon, Bertrand et Marchand)
le procès-verbal d'ensevelissement ci-dessous :
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Procès-Verbal
d'ensevelissement.
Ce jourd'hui sept mai mil huit cent vingt
et un, à Longwood, île de Sainte-Hélène,
le corps de l'Empereur Napoléon, étant revêtu
de l'uniforme des chasseurs de sa garde, a été
par nous soussignés déposé dans un cercueil
de fer blanc doublé de satin blanc, oreiller et matelas
de même étoffe. Nous y avons également déposé
le coeur renfermé dans un vase d'argent, surmonté
de l'aigle impérial, et la boîte contenant l'estomac;
de plus, un vase d'argent aux armes impériales, un couvert
d'argent, une assiette d'argent, six doubles napoléons
d'or de France, quatre napoléons simples d'or, un double
napoléon d'argent, un napoléon simple d'argent,
un napoléon d'un demi-franc, deux doubles napoléons
d'or d'Italie.
Ce premier cercueil ayant été soudé en
notre présence, a été placé dans
un autre en plomb lequel après avoir été
également soudé a été renfermé
dans un troisième cercueil de bois d'acajou.
Le cercueil a été placé sur le lit de camp
dans la chapelle ardente et recouvert d'un drap mortuaire en
velours violet sur lequel nous avons étendu le manteau
que, depuis la bataille de Marengo, l'Empereur portait dans toutes
ses campagnes.
Après quoi nous avons dressé et signé le
présent procès-verbal, les jours et an que ci-dessus.
Signé: le comte DE MONTHOLON, le comte BERTRAND, MARCHAND. |
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Le 14 mai suivant, le gouverneur-geôlier,
Hudson Lowe, se basera sur ce rapport pour établir le
sien. Comme on vient de le voir, ce procès-verbal du 7
mai 1821 précise bien :
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1) |
un cercueil
de fer blanc |
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2) |
un cercueil
de plomb |
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3) |
un cercueil
d'acajou |
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Total : 3
cercueils |
Or, lors de l'exhumation des restes mortels de
Napoléon le 15 octobre 1840, ce sont quatre cercueils
qui s'offrirent à la vue des témoins. Le commissaire
du roi, Philippe de Rohan-Chabot, chef de la mission est formel
dans le procès-verbal qu'il rédigea à l'intention
du gouvernement français :
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ACTE D'EXHUMATION
ET DE REMISE DES RESTES DE NAPOLÉON.
Nous soussignés, Philippe-Ferdinand-Auguste
de Rohan-Chabot, chevalier de l'ordre royal de la Légion-d'Honneur,
secrétaire d'ambassade, commissaire, en vertu des pouvoirs
reçus de Sa Majesté le roi des Français,
pour présider, au nom de la France, à la translation
des restes mortels de l'Empereur Napoléon, ensevelis dans
l'île de Sainte-Hélène, et à leur
remise, par l'Angleterre, à la France, conformément
aux décisions des deux gouvernements, d'une part;
Et Charles Corsan Alexander, capitaine commandant le corps royal
du génie à Sainte-Hélène, député
par Son Excellence le major-général Middlemore,
compagnon du Bain, gouverneur commandant en chef les -forces
de Sa Majesté Britannique à Sainte-Hélène,
pour présider, au nom de Son Excellence, à ladite
exhumation, de l'autre part :
Nous étant préalablement communiqué nos
pouvoirs respectifs, trouvés en bonne forme, nous nous
sommes rendus cejourd'hui, 15 du présent mois d'octobre
de l'année 1840, au lieu de la sépulture de l'Empereur
Napoléon, pour surveiller et diriger les opérations
de l'exhumation et de la translation.
[...] Vers onze heures, le soussigné commissaire français
s'était assuré préalablement que Son Excellence
le gouverneur avait autorisé l'ouverture des cercueils
de l'Empereur. Conformément à des arrangements
déjà arrêtés à l'avance, nous
avons fait enlever avec précaution le premier cercueil
[1er], dans lequel nous avons trouvé un cercueil
de plomb [2ème] en bon état, que nous avons
fait placer dans celui qui était envoyé de France.
Son Excellence le gouverneur, accompagné de son état-major,
le lieutenant Middlemore, aide-de-Camp et secrétaire militaire,
et le capitaine Barnes, major de la place, est entré dans
la tente pour être présent à l'ouverture
des cercueils intérieurs. On a coupé alors et soulevé
avec le plus grand soin la partie supérieure du cercueil
de plomb, dans lequel on a trouvé un nouveau cercueil
de bois [3ème] lui-même en très-bon état,
et répondant aux descriptions et aux souvenirs des personnes
présentes qui avaient assisté à la sépulture.
Le couvercle du troisième cercueil ayant été
enlevé, il s'est présenté une garniture
de fer-blanc [4ème] légèrement
oxydée, laquelle, ayant été coupée
et retirée , a laissé voir un drap de satin blanc;
ce drap a été soulevé avec la plus grande
précaution par les mains seules du docteur, et le corps
entier de Napoléon a paru. Les traits avaient assez peu
souffert pour être immédiatement reconnus. Les divers
objets déposés dans le cercueil ont été
remarqués dans la position exacte où ils avaient
été placés, les mains singulièrement
bien conservées, l'uniforme, les ordres, le chapeau ,
fort peu altérés; toute la personne, enfin, semblait
attester une inhumation récente. Le corps n'est resté
exposé à l'air que pendant les deux minutes au
plus nécessaires au chirurgien pour prendre les mesures
prescrites par ses instructions, à l'effet de le préserver
de toute altération ultérieure.
Le cercueil en fer blanc [1] et le premier cercueil en
bois [2] ont été immédiatement refermés,
ainsi que le cercueil en plomb [3]; celui-ci a été
ressoudé avec le plus grand soin sous la direction de
M. le docteur Guillard, et fortement fixé par des coins
dans le nouveau cercueil de plomb [4] envoyé de
Paris, lequel a été également soudé
hermétiquement. Le nouveau cercueil en ébène
[5, amené de Paris, lui aussi.] a été
alors fermé à la clef, qui a été
remise au soussigné commissaire français.
[...] En foi de quoi, nous, commissaires sus-dénommés,
avons dressé le présent procès-verbal, et
l'avons revêtu du cachet de nos armes.
Fait double entre nous, à Sainte-Hélène,
le 15 du mois d'octobre de l'an de grâce 1840.
L. S. ROHAN-CHABOT.
L. S. ALEXANDER
Confirmé : MIDDLEMORE
Nota
: Vous
aurez remarqué, qu'après la fermeture des cercueils,
leur nombre était porté à cinq. |
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Dans ses mémoires, Rohan-Chabot
précise : «[...] A 9 h 26, la dalle de fermeture
est retirée. Nous nous découvrons, les militaires
saluent réglementairement. Je suis rassuré : le
cercueil est intact ! De bois d'acajou, humide mais sain,
il occupe le dessus d'une large plaque de silex qu'étayent
huit montants de granit. [...] Le capitaine désigne alors
dix hommes pour que [Il pleut à torrent], sans capote
et sans schako, ils transportent la caisse mortuaire sous la
tente prévue à cette destination. [...] Des soldats
scient par le côté le coffre d'acajou épais
de deux centimètres. Ils en retirent avec vénération
le cercueil de plomb, et le déposent dans le sarcophage
d'ébène. [...] Trois caisses restent à déclore;
celle de plomb, une de bois, une de fer blanc. Je constate qu'elles
n'ont pas souffert de l'enfouissement.»
Puisque Rohan de Chabot vient de rappeler la part prise à
l'exhumation par le docteur Rémi Guillard, faisons état
du procès-verbal de ce dernier. Ce rapport étant
fort circonstancié, nous n'en rapporterons que la conclusion
:
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PROCES-VERBAL
DU CHIRURGIEN MAJOR DE LA BELLE-POULE
[...] J'ai remis à sa place le
satin ouaté, après l'avoir légèrement
enduit de créosote; j'ai fait fermer hermétiquement
les caisses en bois, et souder avec le plus grand soin les caisses
en métal.
Les restes de l'Empereur Napoléon sont aujourd'hui dans
six cercueils :
1° Un cercueil en fer blanc ; - 2° un cercueil
en bois d'acajou ; - 3° un cercueil en plomb ; - 4°
un second cercueil en plomb, séparé du précédent
par de la sciure et des coins de bois ; - 5° un cercueil
en bois d'ébène ; - 6° une caisse en
bois de chêne, qui protège le cercueil en ébène.
Fait à l'îsle de Saint-Hélène, le
15 du mois d'octobre 1840.
Signé : Rémi GUILLARD, docteur-médecin
Le commissaire du roi,
Signé PH. DE ROHAN-CHABOT
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Comme nous le constatons sur ce procès-verbal,
de cinq, nous sommes passés à six
cercueils. Et il s'agit là, de rapports officiels destinés
au gouvernement de l'époque. On croit rêver ! Le
comble dans cette affaire, est que le commissaire du roi, Rohan-Chabot,
appose sa signature sur son rapport, ce qui est logique, mais
également sur celui du chirurgien-major Guillard, et ce,
sans sourciller.
Qui, des deux hommes, commet l'erreur ? Ne serait-on pas en droit
de penser que le jeune Rohan-Chabot est dépassé
par l'événement ou tout simplement épuisé
? Cela fait plus de vingt-quatre heures qu'il n'a pas dormi.
Les travaux d'exhumation ont commencé à minuit
sous une pluie battante qui n'a pas cessé un seul instant.
Ce n'est que vers 10h50 que le cercueil d'acajou voit le jour.
Après l'ouverture des différents cercueils et la
reconnaissance du défunt, il est treize heures, quand
on entreprend la fermeture des différentes enveloppes,
pendant que le docteur Guillard, «assis à une table
de fortune, rédige lentement son procès-verbal
d'exhumation.» Pendant ce temps, Rohan-Chabot «trace
quelques lignes du brouillon de [son] propre compte rendu.»
Ce n'est qu'à 15h35, après que le cercueil, pesant
600 kg, fut hissé par quarante-trois artilleurs et déposé
sur le char funèbre, que le cortège quittera la
vallée du géranium, pour commencer la longue descente
qui mène au port de Jamestown où le prince de Joinville
attend la remise officielle par les anglais, des restes mortels
de l'Empereur Napoléon. Il sera alors 17h30 et la journée
n'est pas finie ! Il restera encore à rendre les honneurs
au défunt, une fois sa dépouille mortelle hissée
à bord de La Belle Poule. Il devra encore honorer de sa
présence, le dîner à bord de la Belle-Poule
offert par le prince de Joinville, aux membres de la mission,
aux états-majors et au capitaine Alexander, commandant
le génie militaire et civil de l'île.
Après avoir veillé si longtemps, Monsieur de Rohan-Chabot,
âgé alors de vingt-cinq ans, a-t-il encore les idées
claires, pour se remémorer avec précision le nombre
de cercueils dans lesquels on a placé les restes de Napoléon
? A ses yeux du reste, était-ce le plus important ? Son
rôle n'était-il pas de s'assurer que sa mission,
hautement diplomatique, permisse la reconnaissance de la dépouille
du défunt, sa restitution à la France et ce, sans
déroger aux manières anglaises et ensuite, d'en
assurer le bon rapatriement vers la mère patrie ? Ce qui
fut fait !
Supposons que le nombre de cercueils ait été de
quatre en 1821 (inhumation), par conséquent, conforme
aux quatre cercueils mis à jour en 1840 (exhumation) et
cités dans le rapport Rohan-Chabot. Point de polémique
! Aujourd'hui, nous serions tous convaincus que l'Empereur Napoléon
repose bien du sommeil du juste dans la crypte située
sous le dôme des Invalides. Et nul ne remettrait en cause
la solennité de l'endroit.
Imaginons encore, que demain, on prenne la décision de
soulever le couvercle du colossal cercueil et que l'on y découvre
six cercueils (ceux du dr Guillard) au lieu des cinq portés
sur le procès-verbal officiel, signé par Rohan-Chabot,
Alexander et confirmé par Middlemore. Ses six cercueils
feront à nouveau l'objet d'un procès-verbal officiel.
Il se trouvera bien un historien avisé, pour dénoncer
la «supercherie» avec les éléments
que je viens de porter à votre connaissance. Il s'écriera
: «Comment six cercueils ? Alors que le rapport officiel
de 1840 de Rohan-Chabot mentionnait cinq cercueils ! On nous
ment ! Ce sixième cercueil n'est pas arrivé là
par hasard ! Il y a eu manipulation !» On écarterait
rapidement le procès-verbal du docteur Guillard comme
étant celui d'un subalterne en brandissant celui de Rohan-Chabot,
commissaire du roi et chef de la mission de Sainte-Hélène,
comme seul faisant foi. On contesterait tout aussi rapidement
l'identité du gisant. Une étude ADN serait exigée.
Etc...
La limpidité de cette démonstration semble évidente.
Pourtant, elle ne me convainc pas encore ! A la vérité,
je crois que Rohan-Chabot avec ses 5 cercueils a tout
autant raison que Guillard qui en a compté 6 !
La chose est impossible, me direz-vous ! Elle est au contraire,
parfaitement logique. Dans son procès-verbal, le docteur
Guillard déclare : «Les restes de l'Empereur Napoléon
sont aujourd'hui dans six cercueils : » Dans son
décompte, il précise : «1° Un
cercueil en fer blanc ; - 2° un cercueil en bois d'acajou
; - 3° un cercueil en plomb ; - 4° un second
cercueil en plomb, séparé du précédent
par de la sciure et des coins de bois ; - 5° un cercueil
en bois d'ébène ; - 6° une caisse
en bois de chêne, qui protège le cercueil en
ébène.»
Je viens de souligner l'enfant terrible ! une caisse en bois
de chêne. Guillard offre bien la dénomination
de cercueil aux cinq premières enveloppes. Pour la sixième,
il indique «une caisse en bois de chêne, qui
protège le cercueil en ébène.» Vous
l'aurez compris, cette caisse de protection, ne ressemblait
en rien à un cercueil et c'est la raison pour laquelle,
au moment d'apposer sa signature au bas du procès-verbal,
le commissaire du roi, Philippe de Rohan-Chabot, n'a pas sourcillé.
Ses yeux se sont portés sur le décompte final et
cette caisse de protection, en bois de chêne, n'infirmait
en rien son propre procès-verbal quant au nombre de cercueils.
Rohan-Chabot, en homme sensé, n'a mentionné que
les véritables cercueils. Et, ils étaient cinq.
Et, il y a fort à parier, qu'avant de descendre la dépouille
mortelle de Napoléon dans le sarcophage des Invalides,
cette caisse de protection fut ôtée.
Il n'empêche que Jean Tulard, l'éminent historien,
spécialiste du Premier Empire, signe un article (p 43)
dans le second volume du dictionnaire NAPOLEON, dans lequel il
précise à propos des Invalides : «Le corps
de Napoléon reposait dans six cercueils : un premier
en fer-blanc, lui-même enfermé dans un cercueil
en bois d'acajou, deux cercueils de plomb, un en bois d'ébène
et un autre en chêne. Désolé, cher
maître, mais cet autre en chêne que vous qualifiez
de cercueil, n'est rien moins qu'une caisse de protection et
certainement pas un cercueil.
La révélation
finale
L'Empereur Napoléon, qui adorait
les mathématiques, serait atterré de notre incapacité
à savoir compter jusqu'à quatre, cinq ou six...et
pourquoi pas sept ? Je ne sais pas pour vous, mais moi, je crois
savoir compter jusqu'à sept. En tous cas, il y a quelques
instants, je m'y suis essayé !
En considérant que Jean Tulard et le docteur Guillard
aient raison avec les six enveloppes, moi de mon côté...j'en
compte désormais SEPT !
Non ! ne partez pas ! je vais vous expliquer !
A l'ouverture du caveau, il a bien été fait mention
de quatre cercueils par Rohan-Chabot :
Ouverture (de l'extérieur
vers l'intérieur)
premier cercueil [1er]
cercueil de plomb [2ème]
cercueil de bois [3ème]
garniture de fer-blanc [4ème]
Vous aurez remarqué que Rohan-Chabot,
ne donne pas le type de matériau sur le premier et troisième
cercueils dans son procès-verbal. Pour le troisième,
il se contente de parler de bois. Néanmoins, dans ses
mémoires, écrits plus tard, il déclare :
«Je suis rassuré : le cercueil est intact ! De bois
d'acajou, humide mais sain, il occupe le dessus d'une large
plaque de silex qu'étayent huit montants de granit.[...]»
En revanche, le docteur Guillard a bien spécifié
acajou pour le second cercueil au moment de la fermeture.
A la
Fermeture (de l'intérieur vers l'extérieur
) on trouve donc :
Fer-blanc
acajou
Plomb
Plomb
Ebène
Chêne
Et le premier cercueil en acajou,
j'en fais quoi ? je le place où ? Il existe bien ce cercueil
en acajou ! c'est le premier cercueil qui s'offrit à la
vue des témoins et que l'on sortit dès que la dalle
du tombeau fut descellée. (Relire Rohan-Chabot plus haut).
Maintenant, si je respecte la chronologie de la fermeture des
différentes enveloppes, voila comment devrait se positionner
ce satané cercueil d'acajou :
Fermeture (de l'intérieur
vers l'extérieur )
Fer-blanc
acajou
Plomb
Acajou
Plomb
Ebène
Chêne
Vous
dites ? Compter ? J'allai vous le proposer !
Fer-blanc
acajou
Plomb
Acajou
Plomb
Ebène
Chêne
================
Total = 7
Quand
je vous disais que je savais compter jusqu'à 7.
Vous êtes toujours là ? Allez, encore un peu de
courage...mais si..., pour l'Empereur !
Le cercueil
partagé !
Le premier cercueil d'acajou, abîmé
lors de son ouverture, fut partagé entre les membres de
la Mission. Apparut alors un cercueil en plomb [1] qui,
une fois extrait, fut déposé, non pas dans le cercueil
d'ébène, mais dans le cercueil de plomb [2]
amené de Paris, qui se trouvait déjà dans
le cercueil d'ébène [3]. Nuance ! Ce cercueil
de plomb que l'on venait de déposer dans le nouveau, fut
ouvert et laissa apparaître un cercueil de bois ou acajou
[4], selon nos deux rapporteurs, qui lui-même, après
ouverture, mit à jour le cercueil de fer-blanc [5].
Ouf !
Signalons encore que le cercueil de plomb amené de France
avec celui d'ébène, comportait une plaque qui sera
soudée au moment de la fermeture. Sur cette plaque gravée
en lettres d'or se trouvait l'inscription suivante : «Napoléon,
empereur et roi, mort à Sainte-Hélène le
V mai MDCCCXXI.»
Remettons, une dernière fois pour toutes, nos cercueils
dans le bon ordre en partant de l'extérieur vers l'intérieur
:
[1] Ebène......
[2] Plomb.....
[3] Plomb.....
.............[4]
acajou.................
[5] Fer-blanc
La caisse
en bois de chêne venant en dernier lieu protéger
l'ensemble !
Si aujourd'hui, on vient à ôter
le couvercle du sarcophage situé dans la crypte des Invalides,
pour atteindre les Restes Mortels du Grand Napoléon, c'est
très exactement dans cet ordre que se présenteront
les cinq cercueils et il m'étonnerait beaucoup
que l'on y trouve la caisse en bois de chêne protectrice
de l'ensemble, qui n'avait plus sa raison d'être en 1840.
En effet, c'est le cercueil d'ébène qui fut exposé
au public du 16 au 24 décembre. Ce cercueil mesure très
exactement 2,56 mètres de long, sa largeur est de 1,05
mètre et sa hauteur totale de 0,76 mètre. Sur le
couvercle est inscrit en lettres d'or : NAPOLEON. Sur chaque
face latérale se trouve une N de bronze
doré, gravée en relief et comprise dans un médaillon.
Un témoin précise que ce bois d'ébène
massif, était «d'un poli si brillant qu'il imitait
le marbre.» Il resta ainsi exposé jusqu'au 6 février
1841 et fut ensuite transporté dans la chapelle Saint-Jérôme.
Cette nouvelle translation fut l'objet d'une courte cérémonie
qui eut lieu en présence des membres de la mission de
Sainte-Hélène, du gouverneur des Invalides, le
général Moncey, du général Petit,
commandant des Invalides et de M. Cavé, directeur des
Beaux-Arts. Le cercueil y demeura pendant toute la durée
que nécessitèrent les travaux de la crypte, c'est
à dire, jusqu'au 2 avril 1861, date à laquelle
il alla rejoindre le sarcophage dans la crypte enfin prête
à le recevoir. Il serait surprenant que pour la circonstance,
l'on soit allé rechercher une caisse de protection, conservée
pendant plus de vingt années je ne sais où afin
d'y renfermer de nouveau le cercueil d'ébène et
ses suivants, avant de déposer l'ensemble dans le sarcophage.
Pourtant, après cette édifiante mise au point,
destinée à servir modestement à l'histoire
de la translation des Cendres de l'Empereur Napoléon 1er,
il se trouvera sans doute quelqu'un pour me dire : «Votre
analyse est intéressante, mais vous avancez que le premier
cercueil d'acajou a été partagé à
Sainte-Hélène. Or, le docteur Guillard rapporte
bien dans son procès-verbal, qu'à la fermeture
des cercueils, celui en acajou est compté à la
seconde place en partant de l'intérieur vers l'extérieur
!»
Je vous rappelle qu'il y avait à l'origine deux cercueils
en acajou. Le second et le quatrième en partant de l'intérieur.
Si Guillard parle du second en acajou et Rohan-Chabot d'un cercueil
en bois, toujours en partant de l'intérieur, il est physiquement
IMPOSSIBLE que cela concerne le premier cercueil d'acajou mis
à jour. Les enveloppes ayant été conçues
pour s'emboîter les unes dans les autres, en partant de
l'extérieur vers l'intérieur, ce premier cercueil
d'acajou ne pouvait passer de la quatrième à
la seconde place !
Pour en terminer sur ce chapitre, il semble bien que le bon docteur
Guillard se soit mépris sur le matériau de la caisse
de protection. Ce qu'il prend pour une caisse en chêne,
n'est autre qu'une caisse en sapin ! Voici ce qu'écrit
dans sa relation de la translation, Philippe de Rohan-Chabot
: «Le sarcophage d'ébène recueille les quatre
coffres. On le cadenasse et l'on me confie la clé. Une
châsse de sapin isole le sarcophage.» On peut
se méprendre sur l'essence d'un bois. Rarement, lorsqu'il
s'agit de faire la différence entre chêne et sapin.
Mais ce dernier point n'a que peu d'importance, s'agissant d'une
caisse de protection qui doit préserver le sarcophage
jusqu'à Paris.
Ce modeste exposé démontre, que même les
meilleurs historiens ne sont pas à l'abri d'une erreur
d'interprétation à partir de procès-verbaux
rédigés dans un climat chargé de forte émotion.
On doit admettre que le jeune Rohan-Chabot, s'est montré
à la hauteur de la tâche qui lui avait été
assignée, malgré son jeune âge, et que ses
écrits doivent rester la base de toute étude historique
sérieuse, relative à la translation des Cendres
de l'Empereur Napoléon. C'est donc bien dans cinq
et non six cercueils, que les Restes Mortels du Petit
Caporal, reposent aujourd'hui dans le colossal sarcophage des
Invalides, sur les bords de la Seine au milieu de ce peuple
français [qu'il a] tant aimé.
Reposent ? Il semble que ce ne soit pas l'avis de
tout le monde. En tous cas, pas celui de Bruno Roy-Henry qui
prétend dans son récent ouvrage, je le rappelle,
que l'Empereur repose à Westminster en Angleterre et non
pas aux Invalides.
Napoléon ne se
trouverait pas aux Invalides !
Vous imaginez bien qu'après une
telle affirmation, je me suis précipité sur cet
ouvrage, en quête de révélations extraordinaires.
La polémique réanimée par Bruno Roy-Henry
a été provoquée à partir de l'ouvrage
de Rétif de la Bretonne : Anglais, rendez-nous Napoléon
! Cet auteur, ayant remarqué que le procès-verbal
d'inhumation de 1821 mentionnait trois cercueils, alors
que celui de 1840, après l'exhumation, en annonçait
quatre. J'ai de nouveau voulu en avoir le coeur net. Un
retour dans le temps s'imposait. Voici le fruit de mes recherches
et de mes sentiments sur cette grave question.
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Diaporama : Visite
au Tombeau de l'Empereur Napoléon
Sources :
Napoléon,
l'énigme de l'exhumé de 1840 par Bruno Roy-Henry. Editions de l'Archipel - 2000
Souvenirs
sur l'empereur Napoléon 1er :
Louis-Etienne
SAINT-DENIS (alias le mameluck ALI). Arléa - Paris 2000
Mémoires
de Louis Marchand
: Tome II publié par J. Bourguignon et H. Lachouque
- Tallandier
- réédition 1991
Les 5
cercueils de l'Empereur : Souvenirs
inédits de Philippe de Rohan-Chabot édités
grâce à M. René de Chambrun Editions France-Empire
- 1984.
Derniers
moments de Napoléon : par
Antommarchi - Furne
et Cie, Editeurs - Paris.

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