|

Comme nous l'avons vu
à la page précédente, dans le procès-verbal
de 1821 signé par Montholon, Bertrand et Marchand, il
y est fait état de trois cercueils :
(intérieur
vers extérieur)
1) fer
blanc
2) plomb
3) acajou
.
Marchand, pourtant signataire de ce procès-verbal,
écrit dans ses mémoires : «[...] L'Empereur
placé dans un cercueil de fer blanc [1], garni
de satin blanc ouaté ne put faute d'espace avoir son chapeau
sur la tête; elle dut reposer sur un oreiller de même
étoffe et le chapeau fut déposé sur ses
cuisses, différentes pièces de monnaie frappées
à l'effigie de l'Empereur et quelques pièces d'argenterie
tels qu'on le trouvera au procès-verbal ci-dessous y furent
déposées; le même homme qui avait soudé
les vases, souda ce premier cercueil avec soin, ce cercueil fut
mis dans un autre en acajou [2] qu'on mit dans un troisième
en plomb [3] qui fut lui-même soudé et déposé
à son tour dans un quatrième en acajou [4]
qu'on ferma avec des vis de fer à têtes d'argent.
On replaça le cercueil sur lit de campagne recouvert d'un
drap mortuaire en velours violet sur lequel nous étendîmes
le manteau de Marengo.[...]»
Récapitulons :
de l'intérieur vers l'extérieur
1) fer
blanc
2) acajou
3) plomb
4) acajou
Comme on le voit, le sieur Louis Marchand
est en désaccord avec sa signature. Ce n'est pas lui qui
a rédigé le procès-verbal incriminé,
mais le comte de Montholon. Marchand, âgé alors
de trente ans, fidèle serviteur de Napoléon depuis
dix ans, est accablé par le chagrin. Son Empereur n'est
plus ! Il a vécu la longue agonie de son souverain depuis
le début. Il ne l'a pas quitté. Il doit aider à
faire face aux obligations que nécessitent la préparation
du corps de Napoléon en vue des obsèques. De plus,
il sait, puisque lecture en a été faite par Montholon,
après la mort de Napoléon, que ce dernier l'a désigné
dans son codicille n° 2, comme comptant au nombre de ses
exécuteurs testamentaires. Lui, le modeste valet de chambre
! Dans son testament Napoléon écrira : «Les
services qu'il m'a rendus sont ceux d'un ami.» Il est tout
à sa peine, omniprésent, fait face au défilé
incessant des visiteurs de l'île, venus rendre hommage
à l'illustre défunt [Il était bien temps
!]. Quand soudain, le comte de Montholon s'approche de lui et
lui propose d'apposer sa signature sur le procès-verbal.
Lui, Louis Marchand, premier valet de chambre de l'Empereur,
roturier, on le sollicite afin d'apposer sa signature aux côtés
de celles du général, comte de Montholon et du
général, comte Bertrand, grand-maréchal
du palais. Il ne lit même pas ce rapport. Intimidé,
il signe et songe à son Empereur qui l'a désigné
exécuteur testamentaire en témoignage de reconnaissance
des soins attentifs qu'il lui a prodigués depuis dix années.
Combien même aurait-il lu ce procès-verbal, on imagine
mal le valet de chambre se permettant d'en remontrer à
un général qui avait pris l'ascendance sur toute
la Maison de l'Empereur. Plus tard seulement, lorsque l'émotion
et l'immense douleur se seront estompées, il rassemblera
ses souvenirs dans la sérénité et passera
par le détail, les événements qui ont marqué
la fin du grand Napoléon. Et ces souvenirs sont précis
:
1) fer blanc
2) acajou
3) plomb
4) acajou
«Faisons également appel
au témoignage du docteur Antommarchi, médecin personnel
de l'Empereur. C'est lui qui pratiqua l'autopsie et assista à
la mise en bière. Ecoutons-le :
« [...] on le plaça dans la caisse de fer-blanc
[1], qu'on avait garnie d'une espèce de matelas, d'un
oreiller, et revêtue en satin blanc. Le chapeau, ne pouvant
rester, faute d'espace, sur la tête du mort, fut mis sur
ses pieds; on y mit aussi des aigles, des pièces de toutes
les monnaies frappées à son effigie, son couvert,
son couteau, une assiette avec ses armes, etc. On ferma la caisse,
on la souda avec soin, et on la passa dans une autre en acajou
[2] qu'on mit dans une troisième, faite en plomb
[3], qui fut elle-même disposée dans une quatrième
d'acajou [4], qu'on scella et ferma avec des vis de fer.»
Récapitulons :
(intérieur vers extérieur)
1) fer
blanc
2) Acajou
3) plomb
4) Acajou
Comme vous pouvez le voir, cette version
est absolument conforme à celle de Marchand ! Ces deux
versions suffisent-elles pour confondre les affirmations de Bruno
Roy-Henry ? On pourrait le croire. Pourtant, j'incline à
penser qu'ils sont tous les deux dans l'erreur !
Monsieur Bruno Roy-Henry, dont l'ouvrage est fort bien construit,
a laissé de côté un témoignage non
négligeable pourtant. J'ai peine à croire que ce
dernier lui ait échappé. L'aurait-il occulté,
estimant qu'il desservait sa thèse ? On serait tenté
de le penser.
Quel est donc ce témoignage ? C'est celui d'un homme dont
aucun historien honnête ne saurait contester son sens inné
de l'observation. Ses mémoires sont à cet égard,
enrichies par des descriptions d'une précision souvent
étonnante et vérifiée. Il s'agit de Louis-Etienne
Saint-Denis dit Ali, second valet de chambre de Napoléon.
Entré au service de l'Empereur en 1806 comme élève-piqueur,
il rejoindra le service intérieur et personnel du souverain
en 1811. Dès lors, il accompagnera son maître dans
toute l'Europe. Après la première abdication en
1814, il se rendra à l'île d'Elbe pour se remettre
au service de l'exilé. Près d'un an plus tard,
il partagera le retour triomphal de l'Aigle à Paris. Le
18 juin 1815, on le trouvera encore près de l'Empereur,
dans la tourmente de Waterloo, assistant impuissant, à
la débâcle de nos armes, prélude à
la fin du grand Empire. Après la seconde abdication, il
compta au nombre des rares hommes qui n'abandonnèrent
pas l'Empereur et fit de nouveau le sacrifice de sa liberté,
de sa famille, pour suivre dans son lointain exil à Sainte-Hélène,
l'Empereur déchu qu'il ne quittera qu'après la
mort de ce dernier.
Voici ce que Louis Saint-Denis écrit : «Dans la
soirée, le 7 mai, on apporta le cercueil ou, pour mieux
dire, les cercueils, car il y en avait trois, un en fer-blanc
[1], matelassé en satin blanc, un second en acajou
[2] et un troisième en plomb [3]. Un quatrième,
en acajou, qui devait renfermer les trois premiers, ne fut
apporté que le lendemain matin.»
Bon Dieu, mais c'est bien sûr ! se serait exclamé
le regretté Raymond Souplex. Le quatrième cercueil
en acajou ne fut livré que le lendemain matin.
Ce témoignage est capital ! L'avoir passé sous
silence est une faute lourde ! D'autre part, l'artisan qui commanda
les cercueils, un dénommé Andrew Darling a noté
dans son journal : «L'ensemble doit se composer de 1°
un cercueil de fer-blanc doublé de satin ; 2°
un cercueil de bois ; 3° un cercueil de plomb, puis
un autre en acajou [4], ce qui est mis à exécution.»
Ce témoin n'est cité par Bruno Roy-Henri qu'à
la page ...141, alors que le lecteur est déjà abasourdi
depuis la première page par cette révélation
monstrueuse, si elle était fondée, attribuée
à Rétif de la Brotonne : «[...] Napoléon
n'est pas aux Invalides !» Il esquive ce témoignage,
en s'interrogeant pour savoir s'il n'a pas été
écrit après coup. Allons, allons, Monsieur Roy-Henri,
soyez beau joueur !
RECAPITULONS
UNE DERNIERE FOIS
|
1821 |
1821 |
1821 |
1821 |
1821 |
Procès-verbal
(Montholon,
Bertrand, Marchand) / H. Lowe |
Marchand |
Antommarchi |
Saint-Denis |
Darling |
1) fer blanc
2) plomb
3) acajou
==========
Total : 3 |
1) fer blanc
2) acajou
3) plomb
4) acajou
=========
Total : 4 |
1) fer blanc
2) acajou
3) plomb
4) acajou
=========
Total : 4 |
1) fer blanc
2) acajou
3) plomb
4) acajou
=========
Total : 4 |
1) fer blanc
2) bois
3) plomb
4) acajou
=========
Total : 4 |
Après cette humble démonstration,
la controverse sur le «quatrième cercueil en trop»
découvert lors de l'exhumation en 1840 n'a plus lieu d'être,
sauf à être borné au point de nier les évidences.
En 1821, l'Empereur a été enseveli dans quatre
cercueils. Et ce sont ces quatre cercueils qui ont bien été
mis à jour lors de l'exhumation de 1840. A partir de là,
tout l'édifice laissant entendre que la tombe a été
profanée et que le corps de l'Empereur Napoléon
a été remplacé par Cipriani, son maître
d'hôtel, décédé trois ans avant son
maître, s'écroule !
En revanche, je rejoins Bruno Roy-Henry, lorsqu'il prétend,
comme de nombreux historiens, que le masque mortuaire exposé
au musée de l'Armée n'est pas celui du grand Napoléon,
ni même l'empreinte de sa main dont n'a parlé aucun
témoin, sauf Saint-Denis qui déplora qu'elle
n'ait pas été prise. Mon ambition dans cet
exposé n'étant pas de disséquer page par
page les révélations de Bruno Roy-Henry, bien qu'il
reste beaucoup à réfuter, j'en resterai là
sur cet ouvrage.
Doit-on jeter par la portière de la voiture, le livre
de Bruno Roy-Henry, comme se plaisait à le faire l'Empereur
Napoléon, à chaque fois qu'il voyageait et qu'un
livre l'ennuyait ? Certes non ! Bien au contraire. J'en recommande
la lecture à celles et à ceux qui n'auraient pas
été convaincus par ma démonstration, tout
en leur recommandant de lire ou relire les différents
témoignages et autres procès-verbaux, sans lesquels,
aucune étude historique digne de ce nom n'a de sens.
Napoléon repose
bien aux Invalides !
Pour ma part, et pour en terminer, j'ai
la ferme conviction que le Grand Napoléon est bien aux
Invalides et qu'il ne faut pas confondre cette histoire avec
celle du fantôme de l'Opéra, chère à
Gaston Leroux.
N'hésitez donc pas, si vous portez quelque intérêt
à la mémoire du Grand homme ou simplement poussés
par une curiosité bien naturelle, à vous rendre
à l'Hôtel des Invalides, haut lieu chargé
d'histoire, qui abrite le Tombeau de Napoléon, mais aussi
le Musée de l'Armée. Pour ceux qui n'auraient pas
cette possibilité, il pourront néanmoins visiter,
sur le site napoleon1er.com, la galerie composée de quelques
photographies du Tombeau et de son environnement.
A. Martin - Mars
2001
Avril 2001 - Lire le droit de
réponse exigé par Monsieur Bruno Roy-Henry
à la suite de la parution de cet article.
Juin 2002 - Lire également l'article
de Christophe Bourachot, Libraire-Editeur à Paris
qui s'oppose à la thèse de M.M. Rétif de
la Bretonne et Roy-Henry
Août 2002 - Ma réfutation de la thèse de
Bruno Roy-Henry
Hôtel
des Invalides - Musée de l'Armée
Ouvert
tous les jours
(sauf le 1/1 - 1/5 - 1/11 - 25/12)
Horaires
:
de 10h
à 17h du 1/10 au 31/3
de 10h à 18h du 1/04 au 30/09
Accès
:
Métro
: Invalides, Latour-Maubourg, Varenne, Saint-François
Xavier
Autobus
: lignes
n°
28/49/63/69/82/83/87/92
RER : Invalides
Tarifs
et réductions :
renseignements au
01 44 42 38 77
Boutique
- cafétéria - librairie
E.mail
infos-ma@invalides.org
Site
web
www.invalides.org

Sources :
Napoléon,
l'énigme de l'exhumé de 1840 par Bruno Roy-Henry. Editions de l'Archipel - 2000
Souvenirs
sur l'empereur Napoléon 1er :
Louis-Etienne
SAINT-DENIS (alias le mameluck ALI). Arléa - Paris 2000
Mémoires
de Louis Marchand
: Tome II publié par J. Bourguignon et H. Lachouque
- Tallandier
- réédition 1991
Les 5
cercueils de l'Empereur : Souvenirs
inédits de Philippe de Rohan-Chabot édités
grâce à M. René de Chambrun Editions France-Empire
- 1984.
Derniers
moments de Napoléon : par
Antommarchi - Furne
et Cie, Editeurs - Paris.
:-) Le Fantôme de l'Opéra : Gaston Leroux - Ed . Raymond Schall - 1946 - Réédité
en 1992 Ed. Laffont

|