Hit-Parade
 

www.napoleon1er.com
 
Page d'accueil - Cliquez !
Vers la page d'accueil.
Forum Chat Livre d'or Ecrire Liens
Nouveau ! Vendez, achetez, 
échangez, gratuitement !



NAPOLEON EST BIEN AUX INVALIDES !
Par Christophe Bourachot, Libraire-Editeur
http://deuxempires.free.fr


'est en mai dernier au cours de la lecture de l'ouvrage de Jean Boisson, intitulé "Le Retour des Cendres" (Paris, Etudes et Recherches historiques, 1973) que je me suis intéressé plus particulièrement à cet épisode historique et à la théorie développée par Bruno Roy-Henry (auteur de "Napoléon, l'exhumé de 1840. Paris, L'Archipel, 2000) marchant dans les pas de Georges Rétif de La Bretonne qui publia en 1969 un curieux livre intitulé "Anglais rendez-nous Napoléon"(Paris, Jérôme Martineau, Editeur).

Pour ces deux auteurs, ce n'est pas Napoléon qui repose sous le dôme doré des Invalides mais Cipriani, ce personnage au passé opaque en raison notamment de ses services auprès des Bonaparte, puis de Murat à Naples. Il décéda brutalement dans des conditions plus que suspectes à Sainte-Hélène en février 1818.

B.Roy-Henry écrit dans son livre: "Selon toute probabilité, l'occupant réel du sarcophage de porphyre des Invalides n'est autre que Cipriani. Hypothèse sacrilège et pourtant avérée".(p.191).

Selon les mêmes, Napoléon, quant à lui, reposerait à Londres dans l'abbaye de Westminster...

Comment croire que L'Empereur ne soit pas aux Invalides ?

Le premier élément qui me vint à l'esprit fut le suivant:

- Comment la dépouille d'un homme décédé plus de 3 ans avant la mort de l'Empereur et enterré dans un cercueil ordinaire avait-elle pu se conserver sans altérations ? Les anglais avaient-ils découvert à Sainte-Hélène les secrets de la cryogénisation ?

Les partisans de ce que nous appellerons "la thèse Cipriani" n'hésitent pas à avancer tous les arguments possibles (mais invérifiables) tel Bruno Roy-Henry qui parle de l'inhumation de Cipriani dans un cercueil en fer-blanc... Là encore aucune preuve de l'inhumation de Cipriani dans un tel cercueil.

- La seconde chose qui me vint à l'esprit fut de penser à tous ces témoins de Sainte-Hélène qui avaient connu l'Empereur de son vivant: Bertrand, Arthur Bertrand, Ali, Archambault, Pierron, Marchand, Gourgaud, Noverraz, Las Cases fils, aucun de ceux-là n'ont émis un doute sur l'authenticité de celui qui apparaissait à leurs yeux le 15 octobre 1840. Et là G. Rétif comme B. Roy-Henry n'hésitent pas à traiter ces témoins de "menteurs" et à mettre en doute sans hésitation aucune leur témoignage, ce qu'ils ont vus de leurs yeux vus.

B.Roy-Henry va même plus loin en déclarant sur le
FORUM du présent site que les souvenirs des deux valets ont été certainement arrangés. Selon B.Roy-Henry les témoins à l'ouverture du cercueil s'apercurent que c'était... Cipriani

"Ils ont bien vu que ce n'était pas Napoléon, mais ont certainement reconnu Cipriani", dixit B.Roy-Henry (sur le
FORUM, 20 juin 2002).

Quelle preuve avons nous d'une telle affirmation ? AUCUNE. Rappelons qu'aucun des témoins n'a signalé la moindre anomalie, le moindre doute. Evidemment, car tous ces braves gens ont menti "pour raison d'Etat", avancent les partisans de la thèse Cipriani.

Bel argument que cette pseudo-raison d'Etat...



MAIS VENONS-EN AUX FAITS ...
9 MAI 1821...L'INHUMATION


a) Les cercueils.
Ali mentionne 4 cercueils (le quatrième est apporté le lendemain).Marchand mentionne 4 cercueils. Bertrand mentionne 4 cercueils. Le procès-verbal d'ensevelissement rédigé en date du 7 mai 1821 n'en mentionne que trois (Voir les "Mémoires" de Marchand, tome II,p.345),c'est normal car comme le souligne Ali, le quatrième cercueil n'a été apporté que le 8 mai 1821. (p.277 de ses "Souvenirs").
A noter que Bruno Roy-Henry ne mentionne pour 1821 que 3 cercueils (p.114 de son livre).Alors que c'est bien QUATRE cercueils qui sont présents en 1821. Georges Rétif de la Bretonne avait commis la même erreur (p.118 de son livre).

b) Le chapeau.
Ali mentionne qu'il est sur les cuisses (quand l'Empereur est dans son cercueil). Marchand également, Bertrand mentionne qu'il est mis sur les genoux.Le procès-verbal n'en parle pas. Antommarchi écrit: "Le chapeau, ne pouvant rester, faute d'espace, sur la tête du mort, fut mis sur ses pieds".

c) Les décorations.
Marchand écrit, en parlant de l'uniforme: "décoré des ordres de la Légion d'honneur, de la Couronne de fer, de la Réunion, de la Plaque et du Cordon de la Légion d'Honneur".
Antommarchi: "Grand Cordon de la Légion d'Honneur". Plus loin, il écrit en parlant de l'uniforme: "décoré des Ordres de la Légion d'honneur et de la Couronne de fer". Bertrand indique simplement: "cordons, plaques, croix".

d) L'uniforme.
Ali parle "de l'uniforme des chasseurs à cheval de la Garde impériale". Marchand dit qu'avec Ali ils revêtîmes l'Empereur "de l'uniforme complet des chasseurs à cheval de la Garde impériale; nous lui mîmes une chemise blanche, une cravate de mousseline blanche et un col noir en soie par-dessus, se rattachant derrière avec une boucle, des bas de soie blanche, une culotte de casimir blanc, une veste de même étoffe, l'uniforme vert à parements rouges des chasseurs de la Garde..."

Bertrand:"uniforme des chasseurs de la Garde". Antommarchi: "caleçon, culotte de casimir blanc, cravate blanche surmontée d'une cravate noire bouclée par derrière; uniforme de colonel de chasseur de la Garde". Le procès-verbal mentionne que Napoléon est "revêtu de l'uniforme des chasseurs de sa garde".Nous n'avons pas trouvé dans le texte d'Antommarchi de quoi soutenir l'assertion de B. Roy-Henry dans son livre: "Antommarchi parle de parements jaunes (qu'est ce à dire, sinon qu'ils sont passés, sans doute brûlés par le soleil de l'Atlantique, lors de la traversée ?) (p. 114 de son livre) Quelle "traversée" ? L'édition des "Mémoires" d'Antommarchi que nous avons pu consulter (Paris,Garnier,1898, comporte dans le tome II, p.124, une note à propos de l'uniforme: "Il était vert avec des parements rouges".). Nulle part il est question de "parements jaunes".

e) Bottes et éperons.
Ali écrit: "il fut botté", éperonné".Marchand parle de bottes à l'écuyère. Il ne parle pas d'éperons.
Antommarchi: "longues bottes à l'écuyère avec de petits éperons".
Bertrand mentionne "bottes, éperons".
A noter que les témoins ne parlent pas tous des éperons.

f ) Les vases.
Antommarchi est le seul de tous les témoins à écrire à propos des vases: "et les déposai l'un et l'autre aux angles du cercueil".

A noter que décédé en 1838 à Cuba, il ne sera pas présent lors de l'exhumation.
Au nombre de 2, ils contiennent dans de l'esprit de vin le coeur et l'estomac de l'Empereur (et non de Cipriani comme l'écrit avec une assurance surprenante B. Roy-Henry dans son livre (p.115).

Ali ne précise pas l'emplacement, même chose chose pour Marchand, le procès-verbal d'ensevelissement ne précise pas l'emplacement.

Bertrand déclare quant à lui: "on a placé le coeur , l'estomac dans un vase d'argent sans esprit de vin"

En outre furent placés dans le cercueil des couverts d'argent, des pièces et médailles. Ces différents objets d'argenterie sont mentionnés par tous les témoins en 1821.

A noter également qu'Ali écrit: "Au moment que le plombier allait mettre le couvercle du cercueil pour le souder, le Grand-Maréchal prit une dernière fois la main de l'Empereur et la serra avec la plus vive émotion". Lors de l'exhumation, Las Cases fils remarquera la main gauche découverte (alors que la droite est serrée contre le corps, presque cachée). Il doit s'agir de la main que serra Bertrand avant la fermeture du premier cercueil. Gourgaud (dans son Journal du Retour des Cendres) écrivit même: "La main gauche était un peu plus haute que l'autre parce que le général Bertrand, lorsqu'on avait fermé le cercueil, en 1821, l'en avait tirée un moment pour la baiser".

Enfin le fils Bertrand en 1840 constate que "sa main gauche repose sur sa cuisse".
Ceux qui s'occupèrent de la pseudo-substitution auraient-ils pensé à reproduire ce détail ? A faire qu'en sorte la main gauche de Cipriani soit visible ? Sans commentaire...

Les partisans de la thèse de Cipriani signalent les différences entre le corps de l'Empereur en 1821 et celui de 1840. B. Roy-Henry ajoute même: "Ces éléments paraissent constituer la preuve irrécusable que la tombe impériale avait été violée et le corps de Napoléon profané entre ces deux périodes" (p.116 de son livre). Et pourtant hormis le fait incontestable que le corps avait entamé sa phase de putréfaction, cela n'empêchera pas le Docteur Guillard d'écrire lors de l'examen clinique du corps en 1840 que celui-ci était bien conservé. Dans son affirmation il prend en compte naturellement les paramètres que peut avoir le corps d'un homme mort près de 20 ans plus tôt et dont la phase de décomposition a été stoppée par des conditions de conservation particulières et une raréfaction de l'air dans le cercueil dans lequel se trouvait l'Empereur.

Arthur Bertrand écrit sans hésitation aucune: "On est porté à attribuer la conservation, vraiment extraordinaire dans lequel nous avons trouvé le corps de Napoléon, à la privation d'air qui est résultée des coussins entre lesquels le corps était comme serré, au coton qui a pu absorber l'humidité, à la précaution prise d'enfermer le corps dans quatre cercueils, enfin au soin apporté dans la construction du caveau, ce qui a empêché la filtration des eaux; car le corps n'avait pas été embaumé, l'île n'étant pas pourvue de ce qui eût été nécessaire pour cela."

A moins que ce ne fut... Cipriani mort avant trois ans avant l'Empereur et momifié (ou congelé...) avec soin par les anglais...

 


Vue complète : cliquez sur l'image

Lithographie d'Eulalie Morin
Musée National des châteaux de Versailles et de Trianon

15 OCTOBRE 1840... L'EXHUMATION


a) Les cercueils.
Ali a laissé un "Journal du Retour des Cendres" encore inédit. Le manuscrit appartenant à un particulier qui devrait le publier à l'automne 2002..
Marchand ne semble avoir rien laissé.
Bertrand n'a rien laissé sur l'épisode du Retour des Cendres.
Par contre son fils, Arthur (né à Sainte-Hélène) dans ses "Lettres sur l'expédition de Sainte-Hélène en 1840".(Paris, Paulin, 1841) parle de 4 cercueils.
Gourgaud, qui n'assista pas à l'ensevelissement ayant quitté l'île en 1818, est présent lors de l'exhumation et parle de 4 cercueils.(Voir ses "Souvenirs sur l'expédition de Sainte-Hélène", in "Nouvelle Revue Rétrospective", Janvier 1898).
Philippe de Rohan-Chabot, commissaire du Roi Louis Philippe parle lui aussi de 4 cercueils dans ses souvenirs parus pour la première en 1985 (Paris, France-Empire).
Le Docteur Guillard parle lui aussi de 4 cercueils.

b). Le chapeau
Las Cases fils écrit: "Le chapeau, placé obliquement sur les cuisses, s'était affaissé, pourtant il était bien conservé."
Guillard: "petit chapeau reposant sur les cuisses".
Ph. de Rohan-Chabot: "Les pantalons blancs sont à moitié cachés par le petit chapeau qui repose sur la cuisse". Gourgaud écrit que son chapeau était en travers sur la partie supérieure des cuisse et ajoute que la cocarde en soie du chapeau était détruite.

c). L'uniforme
Las Cases fils: "La forme de son habit de chasseur ainsi que les boutons se voyaient parfaitement.les épaulettes, petites, étaient à leur place, toutefois portées un peu en avant: l'or en était très bruni. On distinguait très bien la couleur rouge du parement du bras gauche, le fond vert du reste de l'habit, et, sortant de dessous l'habit, une partie du Grand cordon de la Légion d'honneur; La main droite était serrée contre le corps et presque tout à fait cachée; la gauche paraissait entièrement.
Guillard: "Quant aux vêtements, ils se présentaient avec leurs couleurs: ainsi on reconnaissait parfaitement l'uniforme des chasseurs à cheval de la vieille garde au vert foncé de l'habit, au rouge vif des parements; le grand cordon de la Légion d'honneur se dessinant sur le gilet, et la culotte blanche cachée en partie par le petit chapeau reposant sur les cuisses.
Ph. de Rohan-Chabot: "La teinte des vêtements n'est aucunement passée.L'uniforme des chasseurs de la Garde et le grand cordon de la Légion d'Honneur sont également en parfait état."
Gourgaud: "On distingua très bien l'Empereur, vêtu en habit des chasseurs de la Garde, avec sa plaque de la Légion d'honneur.". Arthur Bertrand: "Le parement rouge de son uniforme faisait encore ressortir la blancheur de sa peau.".

d) Les décorations.
Las Cases fils: "La plaque et à côté d'elle les deux décorations, la Légion d'honneur et la couronne de fer, étaient sur la poitrine, la plaque presque noire, mais les décorations brillant encore."
Guillard: "Les épaulettes, la plaque et les deux décorations attachés sur la poitrine n'avaient plus leur brillant, elles étaient noircies. La couronne d'or de la croix d'officier de la Légion d'honneur seule avait conservé son éclat".
Ph. de Rohan-Chabot note que le grand cordon de la Légion d'honneur est en parfait état.
Gourgaud mentionne la plaque de la Légion d'honneur.
Arthur Bertrand: "Ses épaulettes, le grand aigle de la Légion d'honneur sont un peu ternes; la croix d'honneur, celle de la couronne de fer sont brillantes".

e) Bottes et éperons.
Guillard : "Les jambes étaient renfermées dans les bottes; mais, par suite de la rupture des fils, les quatre derniers orteils dépassaient de chaque côté."Pas de mentions d'éperons.
Ph. de Rohan-Chabot: "Les jambes sont prises dans des bottes; les coutures s'étant rompues, quatre des petits doigts de chaque pied saillent".Pas de mentions d'éperons.
Gourgaud: "Le bout des pieds était blanc, et il paraît qu'ils étaient sortis du bout des bottes à l'écuyère, les coutures de la tige de celles-ci ayant été probablement pourries". (Gourgaud dans son émotion n'a peut-être pas remarqués les doigts de pieds sortant de chaque botte).
Coquereau et Las Cases constatent eux aussi la même chose.
Les témoins ne semblent pas remarquer les éperons: les pieds bottés de l'Empereur étant reposant sur leurs talons comme on peut le voir dans les gravures de l'époque, les éperons furent-ils réellement mis ?

F) Les vases.
Las Cases fils écrit que les vases se trouvaient entre les jambes de l'Empereur.
Guillard: "Des vases d'argent apparaissaient entre les jambes; un d'eux, surmonté d'un aigle, s'élevait entre les genoux; je le trouvai intact et fermé. Comme il existait des adhérences assez fortes entre ces vases et les parties voisines qui les couvraient un peu, M. le commissaire du Roi n'a pas cru devoir les déplacer pour les examiner de plus près."
Ph. de Rohan-Chabot: "Les deux vases d'argent, réceptacles du coeur et de l'estomac, se trouvent entre les jambes de l'Empereur."

Enfin tous les témoins de 1840 constatent que le taffetas blanc du cercueil s'est détaché. Guillard immédiatement après l'ouverture remonte ce taffetas ouaté blanc des pieds jusqu'à la tête de l'Empereur.Plusieurs, dont Gourgaud, notent également que les parties (de tissus) latérales étaient affaissées. Ils remarquèrent un aspect "floconneux" (selon Las Cases fils et Coquereau). Arthur Bertrand écrit que "une vapeur blanche semble couvrir les vêtements".

"Il faut avoir aimé l'Empereur comme moi, pour comprendre tout ce qui s'est passé dans mon âme, lorsquue le docteur Guillard, ayant enlevé le coussin, en commençant par les pieds, nous laissa voir, à travers des flots de larmes, les restes mortels de notre héros !", écrit Gourgaud. Un menteur parmi les autres selon G. Réfif et B. Roy-Henry... Pour ces derniers les témoins de 1840 sont en proie à la plus vive émotion et pleurent car ils reconnaissent avec effroi que ce n'est pas Napoléon qui apparaît à leurs yeux mais Cipriani !

Il ajoute: "On parlait de soulever le corps pour mieux l'examiner, sortir les vases, etc. Je ne pus m'empêcher de m'écrier que c'était bien là l'Empereur, qu'il n'y avait aucun doute, que tenir le cercueil ouvert plus longtemps (il y avait cinq minutes) était, à la fois, manquer de respect à ses cendres; que chaque minute qu'il restait exposé à l'air allait détruire, avec une rapidité effrayante, l'état de conservation dans lequel il était; que le coussin qu'on avait enlevé, avait collé sur lui la peau de la figure de l'empereur, etc. Enfin, je priai le docteur de replacer le coussin. Tout le monde m'approuvait, le docteur remit le coussin et l'enveloppe supérieure de fer blanc".
Gourgaud quand il écrit "coussin" fait sans doute allusion à la fine couche de ouate blanche qui s'est décrochée et recouvrant le corps de l'Empereur. Celle que Guillard soulève en la roulant des pieds à la tête de Napoléon.

Le temps comprenant l'opération d'ouverture du cercueil, la reconnaissance de la dépouille de l'Empereur et la fermeture est estimée entre 2 et 5 minutes selon les différents témoignages. Le cercueil est refermé devant tous.

Rohan-Chabot: "Le cercueil d'acajou est revissé ainsi que ceux de plomb et de fer blanc. Les caisses sont placées dans le nouveau cercueil de plomb que soude une plaque gravée. Le sarcophage d'ébène recueillit les quatre coffres. On le cadenasse et l'on me confie la clé.".


EN GUISE DE CONCLUSION...


Le 18 octobre 1840, l'expédition regagne la France.Le 30 novembre la "Belle-Poule" arrive à Cherbourg. Le 15 décembre après un lent trajet sur la Seine (et non terrestre comme prévu à l'origine afin de limiter au minimum les démonstrations populaires qui auraient pu être hostiles au régime) ce sera l'apothéose. Je pense à tous les braves accourus la veille au soir au pont de Courbevoie dans un froid digne de la Bérézina, vêtus de leurs anciens uniformes et voulant passer une dernière nuit près du Petit Caporal.... Ont-il veillé Cipriani ? NON !

Je juge que rien dans les descriptions citées plus haut sur 1821 et 1840 ne permettent d'avoir un doute quant à l'identité de celui qui se trouve aux Invalides.


En tant que napoléonien et amoureux de cette grande page de notre histoire nationale que fut l'Empire, j'estime également que RIEN, AUCUN ELEMENT NI AUCUN TEXTE ne permet d'affirmer que ce n'est pas Napoléon qui se trouve dans le Tombeau des Invalides.

Libre à chacun de penser ce qu'il veut. Libre à certains "historiens" de vouloir réécrire l'histoire avec la plume sans limite de leur imagination et de déballer des cartons de suppositions.

Mais je ne peux accepter qu'ils veulent s'octroyer la place de premiers témoins avant les Marchand, Ali, les Bertrand, Gourgaud et Las Cases, avant ces personnages historiques qui ont sacrifié une partie de leur existence à suivre l'Empereur sur ce rocher perdu dans l'Atlantique et qui l'ont vu vivre et souffrir...

Pour ma part, depuis bientôt 162 ans l'Empereur et personne d'autre repose sur les bords de la Seine au milieu de ce peuple Français qu'il a tant aimé.


Christophe BOURACHOT - Paris, le 30 juin 2002.


PS/ Je m'attends bien naturellement à un droit de réponse de Bruno Roy-Henry. Quoi de plus normal ? Qu'il sache par avance que je n'y donnerai aucune suite. Ne voulant pas m'engager inutilement dans un débat sans fin et préférant consacrer mon existence napoléonienne à d'autres aspects plus constructifs de l'histoire impériale.Qu'il sache enfin que ce n'est pas lui (ni même la personne de Georges Rétif de La Bretonne) que je combats mais les thèses qu'ils ont développé.


ANNEXES


A) Nous n'aborderons pas ici la question du fameux morceau de peau du visage de l'Empereur qui aurait été prélevé par Guillard Cette pièce se trouverait actuellement dans les collections du Musée de l'armée à Paris. Qui parmi ceux présents le 15 octobre 1840 aurait osé effectuer une telle opération sacrilège ? L'affaire n'est pas claire...

B) La théorie de Georges Rétif de La Bretonne est la plus loufoque de toutes: En 1827 on exhume Cipriani du cimetière de Plantation-House. Il est miraculeusement bien conservé car, selon, Rétif, inhumé dans un cercueil en fer-blanc, on lui enfile l'uniforme, le chapeau et les bottes de l'Empereur qui auraient été pris dans la voiture de l'Empereur au soir de la bataille de Waterloo et que les anglais ont expédiés secrètement à Sainte-Hélène. En 1828, Hudson Lowe qui depuis 1825 se trouvait à Ceylan, repasse par Sainte-Hélène et récupère la dépouille de Napoléon qui, elle, voyagera dans le corbillard ayant servi en 1821 aux obsèques de l'Empereur."Et c'est ainsi, écrit l'imaginatif Rétif, que par une nuit noire, dans le brouillard de Londres, le corbillard de l'Empereur déposa à Westminster son glorieux fardeau qui repose, anonyme, depuis cette époque sous une dalle de l'Abbaye".

Il ne reste plus aux Anglais à Sainte-Hélène de sortir Cipriani tout prêt de sa boîte de pandore et le tour est joué !

Qui peut croire à cette farce macabre ?

B)
J'ai parlé plus haut de Jean Boisson relevant les distorsions commises par Rétif. En voici un exemple:

Nous commencons au moment au cours duquel "La Belle-Poule" arrive à Cherbourg. Le fils Las Cases, député, qui a fait partie de l'expédition doit quitter le navire. C'est avec regret qu'il laisse le Prince de Joinville avec lequel il avait tissé des rapports d'amitié mais surtout: "Pour Las Cases, il est cependant une autre séparation encore plus douloureuse:" Mais surtout, c'est Las Cases qui parle, je quittai avec une vive émotion le cercueil de l'Empereur, ce cercueil qui allait être reçu aux acclamations de tout un peuple, ce cercueil qui renfermait les restes mortels de celui dont les souvenirs remplissaient mon existence, de celui que j'avais aimé plus que ma vie".

Cette "profession de foi" de Las Cases, qui sera peu après renouvelée par l'Abbé Coquereau, apparaît comme le démenti le plus formel, le plus probant, à la nouvelle allégation de Rétif de La Bretonne qui, sans dégoût de lui-même, se laisse encore aller à affirmer:

"Il ne restait plus qu'aux membres de l'expédition qu'à achever cette sinistre farce en ramenant le faux Napoléon jusque sous le dôme doré des Invalides... Il est à penser que, parmi ceux de l'expédition, certains se laissèrent aller à des confidences qui alimentèrent les suppositions en cours... Comment pouvait-il en être autrement quand tant de personnes connaissaient la vérité", écrit RETIF.

BOISSON reprend: ""Il est à penser"... Toute la solidité des allégations de Rétif de La Bretonne repose dans cette supposition, sans cesse employée par lui! Avec un tel procédé, on peut évidemment avancer n'importe quoi". (Boisson, p.359).

Plus loin (Boisson, p.475), lors de la nomination de Jérôme Napoléon comme gouverneur honoraire des Invalides (par décret impérial du 29 décembre 1852), ce dernier a la garde des "trois clefs du cercueil, non pas tant comme gouverneur honoraire, que comme frère de Napoléon. Et ce geste était bien normal, écrit Boisson, car qui mieux que lui, pouvait avoir ce droit ?

D'ailleurs, poursuit, Boisson, le colonel Gérard, auquel Rétif de La Bretonne fait, par ailleurs, appel, écrit à ce sujet:

"Lorsque Monseigneur le prince Jérôme Napoléon était gouverneur des Invalides, Son Altesse Impériale avait considéré comme un pieux devoir de famille de garder les clefs du tombeau de son auguste frère l'Empereur Napoleon 1er et celles de la chapelle Saint-Jérôme, où le cercueil de l'Empereur est entreposé".

Boisson reprend: "Georges Rétif de La Bretonne s'abstient évidemment de mentionner ce texte car "le pieux devoir de famille de garder les clefs du tombeau" faisait écrouler sa thèse (celle de la non présence de Napoléon aux Invalides). Il est bien évident que le premier geste du prince aurait été de se débarrasser de ces clefs si quelqu'un d'autre que "son auguste frère" avait occupé le tombeau.

Continuant de tronquer le texte du colonel Gérard sur lequel il semble pourtant vouloir s'appuyer, Georges Rétif de La Bretonne fait dire à l'archiviste des Invalides, pour un nouveau fait survenu en 1855:

"...le prince Jerôme s'est déterminé, quoique A REGRET, à déposer les clés entre les mains de l'Empereur et a prié Sa Majesté de les confier au gouverneur. Sa Majesté a remis à Son Excellence, le Général comte d'Ornano, les clés de la crypte et de la chapelle Saint-Jérôme, mais ELLE A GARDE LA CLE DU CERCUEIL."

Et Georges Rétif de la Bretonne conclut: "Napoléon II, on le voit préférait tenir que courir."

Ainsi Rétif de La Bretonne se sert-il de ce texte pour laisser planer le doute et la suspicion sur cette affaire de clefs qui, présentée de la sorte par lui, peut effectivement apparaître comme quelque peu suspecte".

Ch.Bourachot :Il est à noter que le MAIS ne figure pas dans le texte original du colonel Gérard. On retrouve là encore une des méthodes de Rétif, soulignées par Boisson: "Le "mais" ainsi introduit change totalement le sens du geste de Napoléon II, puisqu'il lui attribue une restriction qui, dans le contexte imposé par Georges Rétif de La Bretonne, laisse planer la suspicion sur les motifs présumés de l'Empereur", écrit Boisson. Il ajoute: "Car on pouvait ainsi supposer qu'il gardait cette fameuse clef de peur qu'un autre dépositaire ait la curiosité d'ouvrir le cercueil et ainsi de constater que ce n'était pas Napoléon qui s'y trouvait, l'éternelle lubie de Georges Rétif de La Bretonne..." (Boisson, p.477).

Ch.Bourachot: Plus loin, Boisson, souligne que nombreux furent les chefs d'état étrangers et la Reine Victoria la première (le 24 août 1855), à venir rendre hommage à la dépouille de l'Empereur aux Invalides.

Mais selon Boisson (p.478): "Cette visite de la Reine Victoria est évidemment considérée comme un acte de "cynisme" de "mauvais goût" par l'irréductible Rétif de La Bretonne".

"La politique exigeant alors que l'Angleterre continuât -elle en avait pris l'habitude- à se mêler de près ou de loin de nos affaires, Napoléon III, dut se prêter à une sombre comédie: à la nuit tombant, à la lueur des torches, ce fut un spectacle idyllique de voir l'empereur des Français bras dessus, bras dessous avec la reine d'Angleterre, s'en aller ensemble rendre leur devoirs à un faquin dont l'un et l'autre connaissaient parfaitement l'identité".

Ch.Bourachot: Rétif prend une fois de plus bien des libertés avec la réalité et nous sert une interprétation " à la sauce Rétif" (Dom Pierre connaît-il la recette ?...). Comment croire que la Reine ait été le genre de personne à se prêter à une telle farce ? Mais l'imagination de Rétif n'a aucune limite: en effet lorsque l'Angleterre offre à la France le char funèbre qui avait servi aux obsèques de l'Empereur à Sainte-Hélène, il sert de fourgon pour la fameuse substitution si chère à Rétif:

"C'est dans ce tabernacle, dont on ferma soigneusement les rideaux pour éviter toute indiscrétion, que fut glissé le triple cercueil, cependant que, pour éviter tout déplacement au cours de son embarquement et pendant le transport, on cala la lourde bière de chaque côté par des tasseaux en bois cloués sur la plate-forme du char... Et c'est ainsi, écrit Rétif, que par une nuit noire, dans le brouillard de Londres, le corbillard de l'Empereur déposa à Westminster son glorieux fardeau qui repose, anonyme, depuis cette époque sous une dalle de l'Abbaye...". Sur ce point, j'ajouterai que selon Bruno Roy-Henry: "le caveau éventuel de Westminster n'est qu'une hypothèse rien de plus" (voir le
FORUM du présent site à la date du 20 juin 2002).

"éventuel", "hypothèse", des mots qui auraient plu à Rétif.

Alors Messieurs décidez-vous ! L'Empereur est-il à Westminster ?

Boisson écrit, p.479, que le corbillard arriva au Havre le 4 novembre 1858. Son transfert aux Invalides donna lieu à une importante cérémonie officielle. Auparavant, il précise qu'il avait été ramené à Londres en 1828 pour être entreposé à l'Académie militaire de Woolwich.


Bibliographie utile sur Sainte-Hélène et le Retour des Cendres:


Mameluck ALI: "Souvenirs sur l'Empereur Napoléon". Paris, Arléa, 2000 (Edition annotée par Christophe Bourachot).

Docteur ANTOMMARCHI: "Les derniers moments de Napoléon (1819-1821)."Paris, Garnier, 1898, 2 volumes (Annotés par Désiré Lacroix).

Général BERTRAND: "Cahiers de Sainte-Hélène, 1816-1821". Paris, Albin Michel, 1951-1959, 3 volumes. (Edition décryptée et annotée par Paul Fleuriot de Langle).

Arthur BERTRAND: "Lettres sur l'expédition de Sainte-Hélène en 1840". Paris, Paulin, 1841.

Jean BOISSON: "Le Retour des Cendres". Paris, Etudes et Recherches historiques, 1973.

Jean BOURGUIGNON: "Le Retour des Cendres". Paris, Librairie Plon, 1941.

Abbé COQUEREAU: "Souvenirs du voyage à Sainte-Hélène". Paris, H. Delloye, 1841.

Docteur Paul GANIERE: "Napoléon à Sainte-Hélène". Paris, Librairie Académique Perrin, 1957-1962, 3 volumes.

Général GOURGAUD: "Journal de Sainte-Hélène, 1815-1818". Paris, Flammarion, 1944 (Edition annotée par Octave Aubry).

Comte de LAS CASES: "Mémorial de Sainte-Hélène". Paris, Flammarion, 1951, 2 volumes. (Il existe de multiples éditions mais les meilleures sont celles annotées par Marcel Dunan ou André Fugier).

Emmanuel de LAS CASES: "Journal écrit à bord de la frégate la "Belle Poule" ". Paris, H.Delloye, 1841.

Louis MARCHAND: "Mémoires". Paris, Plon, 1952-1955, 2 volumes. (Annotés par Jean Bourguignon puis le Commandant Henry Lachouque).

Gilbert MARTINEAU: "Le Retour des Cendres". Paris, Tallandier, 1990.

Général de MONTHOLON: "Récits de la captivité de l'empereur Napoléon". Paris, Paulin, 1847, 2 volumes.

Docteur O'MEARA: "Napoléon en exil". Paris, Béchet aîné, Lecointe et Durey, 1824, 2 volumes.

Philippe de ROHAN-CHABOT: "Les Cinq cercueils de l'Empereur". Paris, France-Empire, 1985.

Lire la réponse de M. Bruno Roy-Henry: Cliquez ici

MEMO :
Lire également notre article paru début 2001 sur cette affaire
ainsi que le droit de réponse exigé par M. Bruno Roy-Henry


 

© 1998 - 2004 www.napoleon1er.com Tous droits réservés