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La légende noire du maréchal Grouchy
par Patrice BARRAU
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L'acte d'accusation : la légende

«Le maréchal Grouchy avec 34 000 hommes et 108 pièces de canon a trouvé le secret qui paraissait introuvable de n'être, dans la journée du 18, ni sur le champ de batallle de Mont-Saint-Jean: ni sur Wavres... La conduite du marechal Grouchy était aussi imprévoyable que si, sur sa route, son armée eût éprouvé un tremblement de terre qui l'eût engloutie...»(16). Napoléon Bonaparte.

L'accusation portée au maréchal Grouchy est de ne pas avoir «marché au canon» comme le lui ont invité à le faire certains de ses subordonnés, notamment Gérard, pour rejoindre le gros de l'armée sur le champ de bataille de Waterloo.

Au matin du 18 juin 1815 l'aile droite de l'armée du nord s'est mise en mouvement pour rattraper les Prussiens en retraite vers Wavre passant par Sart-à-Walhain, Nil-Saint-Vincent, la Baraque. Partis de Gembloux, Grouchy fait marcher les dragons d'Exelmans en tête de colonne puis vient le corps d'infanterie de Vandamme suivi par celui de Gérard.
A 6 heures, il a informé l'empereur sur ses intentions «Sire, tous mes rapports et renseignements confirment que l'ennemi se retire sur Bruxelles pour s'y concentrer, ou livrer bataille, après s'être réuni à Wellington. Namur est évacué à ce que me marque le général Pajol. Le premier et le second corps de l'armée de Blücher paraissent se diriger, le premier sur Wavre, le deuxième sur Louvain… Je pars à l'instant pour Sart à Walhain, d'où je me porterai à Corbais et à Wavre.»(18).

Entre 9 et 10 heure, les éclaireurs d'Exelmans découvrent que les Prussiens sont en force sur les hauteurs dominant Wavre prêts à soutenir le combat. Ne pouvant attaquer avec ses seules forces, le général déploie son corps sur l'axe Ottignies - Corbais - La Baraque, et envoie immédiatement prévenir Grouchy.
Celui-ci est a Walhain (7 km de Gembloux et 15 km de Wavre) où il fait route en tête du troisième corps. Il rend compte à l'empereur des renseignements dont il dispose «Le premier, deuxième et troisième corps de Blücher marchent dans la direction de Bruxelles… Un corps venant de Liège a effectué sa jonction avec ceux qui ont combattus à Fleurus… Quelque uns des prussiens que j'ai devant moi se dirigent vers la plaine de la Chyse, située près de la route de Louvain… Il semblerait que ce soit à dessein de s'y masser ou de combattre les troupes qui les y poursuivraient, ou enfin de se réunir à Wellington, projet annoncé par leurs officiers qui avec leur jactance ordinaire, prétendent n'avoir quitté le champ de bataille, le 16, qu'afin d'opérer leur réunion avec l'armée anglaise, sur Bruxelles»(19).

Le corps venant de Liège mentionné par le maréchal est celui du feld marchal Von Bulow fort de 27200 fantassins, 3300 cavaliers, et 1500 artilleurs pour 88 bouches à feu. Ces troupes n'ont encore pris part à aucun combat, trop éloignées pour participer au début de la campagne.
Ce message est porté à 11h30 par le major de la Fresnaye. On peut remarquer le soin du marquis à tenir constamment l'Empereur informé de ses mouvements et de ceux observés chez l'ennemi comme Napoléon lui a ordonné de le faire.

Grouchy va alors dîner chez un notaire nommé Höllert, quand survient le général Gérard précédent le 4e corps. Robert Margerit dans son ouvrage intitulé «Waterloo» donne le récit de cette entrevue qui a depuis fait couler beaucoup d'encre.
«Une fois le major Lafresnay parti avec la dépêche, Grouchy, détendu, accepta de dîner avec le notaire. Ils en étaient au dessert : un plat de fraises, lorsque Gérard, devançant un peu la tête de son corps, se présenta. Ce ne fut pas lui, comme certains auteurs le racontent, qui donna l'alerte. Il causait depuis quelques instants avec le maréchal et son hôte, quand le colonel Simon Lorière, remplaçant comme chef d'état major du 4e corps le général Saint-Rémy, blessé grièvement à Ligny, vint prévenir ses supérieurs que, d'un jardin attenant à la maison, il lui semblait entendre de lointaines détonations d'artillerie dans l'Ouest. Grouchy et Gérard descendirent. Au milieu du jardin, un kiosque s'élevait sur un monticule. Le général Valazé, commandant le génie du 4e corps, le général Baltus, commandant l'artillerie, et plusieurs autres officiers se tenaient dans ce kiosque, écoutant le bruit lointain. Une pluie fine tombait. Le grondement était faible mais ne faisait aucun doute.

Après avoir prêté l'oreille un moment, Gérard émit l'avis de marcher au canon. Le maréchal répliqua qu'il s'agissait d'une petite affaire d'arrière-garde ; il n'y avait pas lieu de s'en soucier. Au bout de quelques temps, la pluie cessa, les nuages se levèrent. La canonnade allait croissant…

Un paysan servant de guide à Gérard, et le notaire hôte de Grouchy affirmèrent que le combat devait se livrer aux abords de la forêts de Soignes, vers Mont-Saint-Jean. On pourrait y être assura le guide, en quatre ou cinq heures. Alors Gérard dit de nouveau «Il faut marcher au canon». Valazé l'appuya. Le général Baltus, au contraire, n'estimait pas possible de parvenir là-bas à temps, car le mauvais état des chemins retarderait considérablement l'artillerie.»(20).

L'accusation est là. Il est treize heure en ce 18 juin 1815, Napoléon attaque Wellington sur le Mont-Saint-Jean à 18 km à vol d'oiseau de Walhain où se trouvent Grouchy et Gérard. Pourquoi le maréchal refuse t'il de marcher au canon pour soutenir son empereur ? La mort de l'aigle est proche et avec elle s'éteindra le météore révolutionnaire qui a éclairé le monde pendant 25 ans donnant à la France la plus belle période de gloire et de richesse de son histoire.

(16) Camon, p.464
(17) Le 16 juin Blücher a été défait à la bataille de Ligny laissant 15000 hommes sur le terrain (Margerit p.291)
(18) Lachouque p.269
(19 Lachouque, p.270
(20) Margerit p.356 - 357


Le destin est en marche, c'est «la fin d'un monde».

Pour expliquer le choix du marquis, le commandant Lachouque développe l'explication suivante.
«Certes on entend le canon, mais ce n'est point une surprise : l'Empereur a dit hier à Grouchy qu'il attaquerait les Anglais, si Wellington faisait tête. Il a dit aussi au Maréchal de le suivre, de surveiller, d'attaquer les Prussiens et de tenir ses deux corps réunis dans une lieue de terrain. Or, l'ennemi se retire sur Bruxelles ; Exelmans prévient à l'instant qu'il voit de nombreuses troupes à Wavre et sur la rive de la Dyle. C'est vers Wavre qu'il faut marcher toutes forces réunies. Laisser partir le 4e corps, comme le demande Gérard, serait une faute militaire impardonnable ; fractionner les troupes de l'aile droite déjà trois fois plus faibles que celles de l'ennemi, les faire agir simultanément sur les deux rives de la Dyle inguéable, serait exposer les deux détachements à un total écrasement et désobéir à l'Empereur.

Or, on ne désobéit pas à l'Empereur. Grouchy, 49 ans, 35 ans de métier, Grand Aigle de la légion d'honneur en 1807, commandant d'un corps de cavalerie et de l'escadron sacré en 1812, colonel général des chasseurs en 1809, est de l'ancienne école : celle des Maréchaux et Généraux dressés selon la formule impériale du 14 février 1806 : «Tenez-vous-en strictement aux ordres que je vous donne ; exécutez ponctuellement mes instructions. Moi seul sait ce que je dois faire.».

Comment viendrait il aux subordonnés l'idée de prendre une initiative, si faible soit elle ? L'Empereur pense pour eux. Ils attendent ses ordres et ne se risqueraient même point à les provoquer. Quand ils les reçoivent, ils les exécutent de leur mieux. La guerre d'inspiration est interdite.

Gérard 42 ans, est de la nouvelle école ; soldat en 1791, général de division en 1812, l'année en laquelle commence le déclin. Brillant commandant de corps d'armée en 1814, il a gagné par son talent et son dévouement la confiance de l'Empereur… Gérard est déjà d'une autre farine que les maréchaux de 1804.(21)».

(21) Lachouque p.273

Pour comprendre la position de Grouchy ce jour là à 13 heure, il faut se replonger dans les ordres prescris au commandant de l'aile droite par l'empereur le 17 juin. Ce dernier lui a fait rédiger, par le grand maréchal du palais Bertrand, l'ordre suivant :

«Ligny, le 17 juin 1815 vers 3 heures
Rendez-vous à Gembloux avec le corps de cavalerie du général Pajol, la cavalerie légère du 4e corps, le corps de cavalerie du Général Exelmans, la division du général Teste, dont vous aurez un soin particulier, étant détachée de son corps d'armée [Le 6e commandé par le comte de Lobau], et les 3e et 4e corps d'infanterie [Vandamme et Gérard]. Vous ferez éclairer sur la direction de Namur et de Maëstricht et vous poursuivrez l'ennemi ; éclairez sa marche et instruisez-moi de ses mouvements, de manière que je puisse pénétrer ce qu'il veut faire… Il est important de pénétrer ce que veulent faire Blücher et Wellington, et s'il se proposent de couvrir Bruxelles et Liège, en tentant le sort d'une bataille. Dans tous les cas, tenez constamment vos deux corps d'infanterie réunis dans une lieu de terrain ayant plusieurs débouchés de retraite, placez des détachements de cavalerie intermédiaires, pour communiquer avec le quartier général
»(22).

Napoléon détache donc son aile droite avec mission de suivre les prussiens et de l'instruire sur leur mouvements tout en restant concentrée, de façon à ne point risquer d'être écrasée en cas de contact avec l'armée du Bas-Rhin.

Le lendemain matin, alors qu'il se prépare à attaquer Wellington sur le mont Saint-Jean, l'Empereur n'envisage toujours pas de demander à son aile droite de venir le rejoindre sur le champ de bataille afin de regrouper ses forces comme en témoigne l'ordre qu'il fait rédiger par Soult à l'attention de Grouchy qui est daté du 18 juin à 10 heure :

«L'Empereur me charge de vous prévenir qu'en ce moment Sa Majesté va faire attaquer l'armée anglaise qui a pris position à Waterloo, près de la forêt de Soignes. Ainsi Sa Majesté désire que vous dirigiez vos mouvements sur Wavre, afin de vous rapprocher de nous, vous mettre en rapport d'opérations et lier les communications, poussant devant vous les corps de l'armée prussienne, qui ont pris cette direction et qui auraient pu s'arrêter à Wavre, où vous devez arriver le plus tôt possible.»(23).

L'empereur souhaitant se mettre en communication avec son aile droite envoie le 7e hussard sous les ordres de Marbot sur son flanc droit, au delà du château de Frichermont, avec ordre de pousser des postes à Coutures et aux ponts de Mousty et d'Ottignies.

Il est à remarquer qu'un phénomène étrange s'est produit dans les environs d'Ottignies ce 18 juin 1815. En effet, autour de ce village se trouvaient des éléments du 7e hussard cherchant à prendre contact avec Grouchy, des détachement du 20e dragon (brigade Vincent de la division Exelmans), et aussi des hussards de Brandebourg de l'armée du Bas-Rhin. Et aucun de ces détachements présent au même moment dans un espace relativement étroit ne se sont rencontrés. La chance avait manifestement choisi son camp ce jour là.

Donc, ayant reçu l'ordre de se porter sur Wavre et d'en chasser les Prussiens, il n'est pas étonnant de la part d'un militaire aussi consciencieux que Grouchy, de s'attendre à ce qu'il exécute cet ordre. On entend le canon vers le Mont-Saint-Jean ? Et alors ? Napoléon à prévenu qu'il attaquerait les anglais. Le bruit du canon est donc naturel et ne dispense pas l'aile droite d'accomplir son devoir : marcher sur Wavre.

Ajoutons à cette considération, qu'il est aux alentours de midi au moment où éclate cette polémique entre Gérard et Grouchy. Selon Lachouque, la distance entre Sart à Walhain et Mont Saint-Jean est de 7 lieues, soit 28 km. Il faut noter que le corps de Bülow à couvert les 15 km entre Wavre et Chapelle-Saint-Lambert en 8 heures, les chemins étant très peu praticables. Il paraît donc très peu vraisemblable que l'arrivée de Grouchy aurait pu se faire «à propos» pour prendre de flanc le 4e corps prussien lorsque celui-ci est apparu du coté de Saint-Lambert vers 15 heure.

Bien décidé à réussir la mission confiée par l'empereur, c'est à dire atteindre Wavre en repoussant les corps ennemis qui lui feraient obstacle, le maréchal quitte alors son hôte et son subordonné mécontent pour rejoindre promptement Exelmans aux avant postes demandant aux 3e et 4e corps d'accélérer leur marche. Remarquons que Vandamme s'est montré favorable à la décision de son chef de marcher contre les prussiens.

Il est 15 heures lorsque Grouchy est en vue de Wavre, dont les hauteurs sont occupées par le corps du baron Von Thielmann. Le récit des évènements survenus à ce moment de la journée est extrait de «Waterloo la fin d'un monde» du commandant Lachouque.

«Grouchy ordonne à Vandamme de pendre position sur les hauteurs qui dominent Wavre et la rive droite de la Dyle, sans descendre dans le faubourg d'Aisemont, mais de faire reconnaître les ponts et points de passage de la rivière et d'attendre ses instructions. Il envoie Exelmans opérer un mouvement vers la droite par Dion-le-Mont et la Chyse [peut-être dans le but d'étudier la possibilité de tourner la forte position tenue par les prussiens], rappelle la brigade Vincent et descend à travers bois jusqu'à Limal, afin de se rendre compte de la direction de la canonnade et des moyens de se porter vers elle, si l'empereur en donnait l'ordre.

Voici le colonel Zenowicz porteur de l'ordre de l'empereur rédigé à 10 heure [voir précédemment]… Grouchy est satisfait ; il a devancé les ordres de l'empereur, il est à Wavre… Il suffit maintenant de se mettre en rapport d'opération avec l'Empereur. Donc ordre à Pajol «Portez-vous en toute hâte, avec la division Teste et votre corps d'armée à Limal, passez-y la Dyle et attaquez l'ennemi qui est en face». Il faut également pousser les prussiens arrétés à Wavre ; leur position est très forte et ne peut être enlevée qu'en la débordant. Malheureusement, lorsque Grouchy revient à La Lauzelle, il constate que Vandamme a désobéi… Entraîné par son ardeur ordinaire, [celui-ci], malgré les ordres reçus, s'est lancé en avant sans reconnaissance ni préparation d'artillerie et est venu donner tête baissée, dans le cul de sac d'Aisemont…»(24).

Il est 18 heures, Vandamme est empêtré dans un combat meurtrier car engagé non «à propos», lorsqu'un ordre de l'état-major impérial arrive :
«En avant de la ferme du caillou, à 1 heure
En ce moment, la bataille est engagée sur la ligne de Waterloo en avant de la forêt de Soignes. Le centre de l'ennemi est à Mont-Saint-Jean ; ainsi manœuvrez pour joindre notre droite.
PS : Une lettre qui vient d'être intercepté porte que le général Bülow doit attaquer notre flanc droit. Nous croyons apercevoir ce corps sur les hauteurs de Saint-Lambert ; ainsi, ne perdez pas un instant pour vous rapprocher de nous et nous joindre pour écraser Bülow que vous prendrez en flagrant délit
»(25).

La demande expresse de rejoindre le champ de bataille de Mont-Saint-Jean est enfin formulée. Soulignons qu'a ce moment là, le 6e corps vient de se replier sur Plancenoit sous la pression des corps de Bulow et PirchI. Et que fait donc le maréchal Grouchy alors qu'il reçoit ces nouvelles instructions ? Il obéit. Laissant Vandamme se débattre à Wavre, il se porte avec le 4e corps sur Bierges afin d'y franchir la Dyle.

Pajol est déjà en marche vers Limal. Mais la position de Bierges après trois assauts infructueux reste en possession des Prussiens bien décidés à la défendre. Gérard sera blessé d'un coup de feu dans la poitrine à la tête de ses troupes. Grouchy laisse alors la seule division Hulot devant Bierges, et se porte sur Limal avec les deux autres divisions du 4e corps (Vichery et Pécheux). La Dyle peut enfin être franchie.

Vers 21 h 30 l'aile droite monte sur le plateau qui domine la rive gauche de la Dyle où sont déjà passés le corps de Pajol et la division Teste. Grouchy et son état-major ont mis pied à terre pour pousser aux roues encourageant les soldats à avancer. Mais il trop tard. Vers 23 heures les troupes s'arrêtent. Pajol (le plus avancé) est près de chapelle Saint-Lambert. L'aile droite de l'armée s'étire alors de ce point jusqu'à Wavre où est resté le général Vandamme.

Le maréchal pense au lendemain, il rédige pour Vandamme l'ordre suivant :
«Du plateau de Limal, 18 juin 1815.
Mon cher Général, nous avons débouché de Limal, mais la nuit n'a pas permis de nous porter bien loin, de sorte que nous sommes face à face avec l'ennemi, occupant cependant les hauteurs. Puisque vous n'avez pas réussi à passer la Dyle, veuillez vous rendre de suite à Limal avec votre Corps, ne laissant à Wavre que ce qui est indispensable pour défendre les ponts. Nous ferons effort, par ici, à la pointe du jour ; vous ferez occuper l'ennemi, à Wavre, par un simulacre d'attaque et nous réussirons, j'espère, à joindre l'Empereur, ainsi qu'il ordonne de le faire. On dit qu'il a battu les Anglais mais je n'ai plus de ses nouvelles et je suis dans l'embarras pour lui donner des nôtres. C'est au nom de la Patrie que je vous prie, mon cher Général, d'exécuter le présent ordre, je ne vois que cette manière de sortir de la position difficile où nous sommes et le salut de l'armée en dépend. Je met sous votre commandement tout le Corps du Général Gérard
»(26).

Hélas, mille fois hélas, l'Empereur n'a pas réussi à triompher de l'armée des Pays-Bas réunie aux 1e, 2e, et 4e Corps Prussien dont l'engagement a décidé du sort de la bataille.
Que se serait-il passé si le maréchal avait désobéi à ses ordres et choisi de marcher sur Plancenoit ? Nul ne peut le savoir même si il paraît peu probable qu'il aurait pu éviter le désastre. Mais l'essentiel est-il bien là ? Est-ce sur cette décision faisant suite à une dispute entre un maréchal et l'un de ses chefs de corps que s'est joué le sort de l'Europe ?

Napoléon n'a pas reproché à Grouchy de n'avoir point marché au canon à 13 heures le 18 juin. Et c'est bien naturel, il ne peut reprocher à l'un de ses subordonnés d'avoir exécuté ses instructions. La critique est plus profonde «la faute que fit le maréchal Grouchy de s'arrêter le 17 à Gembloux, n'ayant fait dans la journée que deux petites lieues, au lieu de continuer jusque vis-à-vis de Wavre, c'est à dire d'en faire encore trois, fut aggravée et rendue irréparable par celle qu'il fit le lendemain 18, en perdant douze heures, et n'arrivant qu'à quatre heures après-midi devant Wavre, au lieu d'y arriver à 6 heures du matin. Il n'avait cependant que 7,000 à 8,000 toises (16 kilomètres) à faire.
Le maréchal Grouchy, avec 34000 hommes et 108 pièces de canon, a trouvé le secret qui paraissait introuvable, de n'être, dans la journée du 17, la nuit du 17 au 18, et la matinée du 18, ni sur le champ de bataille de Mont-Saint-Jean, ni sur Wavre. La conduite du maréchal Grouchy, qui s'était distingué si souvent depuis 20 ans à la tête de la cavalerie, était aussi imprévoyable que si, sur sa route, son armée eut éprouvé un tremblement de terre qui l'eut engloutie
.»(27).

(24) Lachouque p.335
(25) Lachouque p. 277 - 278
(26) Lachouque p.378 - 379
(27) Camon p.464

Attachons-nous aux faits :

Le 16 juin à 23 heures, l'Empereur convaincu de la destruction de l'armée du Bas-Rhin sur le champ de bataille de Ligny gagne le château de la Paix où il va passer la nuit. Il ne reçoit pas le maréchal de Grouchy qui s'est rendu sur place pour recueillir ses ordres en vue d'engager la poursuite des vaincus.(28) Aucun ordre n'est donné ni par l'empereur ni par son chef d'état-major. Les Prussiens peuvent donc se replier à leur aise.

Seuls Pajol (dont le corps de cavalerie est réduit au 4e et 5e hussard), et Exelmans ont, sans ordre, tenté de garder le contact avec l'ennemi.
Le premier, signale qu'une colonne ennemi se retire vers Namur. Il lance aussitôt le 5e hussard à sa suite. Mais il ne s'agit que d'éléments égarés : une fausse piste.
Le second, «a levé ses bivouacs, vers 4 heures du matin, lorsque les Prussiens de Borcke et la réserve de cavalerie de Von Hobe ont quittés les leurs… A 8 heures, Exelmans arrête ses dragons le général Berton rend compte que, les prussiens se retirent en masse vers Gembloux»(29).
En fait les 1e et 2e corps Prussiens font retraite par le chemin de Tilly passant par Tillery et Gentinnes, le 3e se retire sur Gembloux.

Dans la matinée du 17, l'Empereur visite le champs de bataille de Ligny où sont installées les troupes qui ont combattues la veille. Il écrit à Joseph et Davout. Vers 10 heures il apprend, par un rapport d'Exelmans, qu'une masse Prussienne est installée à Gembloux. Il reçoit des nouvelles de Ney, discute avec son état-major. Puis Napoléon donne enfin des instructions orales à Grouchy qui seront confirmées par écrit vers 15 heures «Rendez-vous à Gembloux… Vous vous ferez éclairer sur la direction de Namur et de Maëstricht et vous poursuivrez l'ennemi… Si l'ennemi a évacué Namur, écrivez au général commandant la 2e division militaire, à Charlemont de faire occuper Namur...»(30).
Lachouque «Grouchy a-t-il fait à Napoléon quelques réflexions sur l'éparpillement des troupes placées sous son commandement, sur l'avance prise par Blücher ? L'Empereur a-t-il répondu « Croyez-vous en savoir plus long que moi sur cette affaire ?» et aussi «Portez-vous sur Namur et la Meuse, car c'est dans cette direction que vous trouverez les Prussiens ?» Grouchy l'affirme dans ses mémoires et dans tous ses écrits ; le général Baudrand, près de l'Empereur pendant cette conversation l'a confirmé plus tard dans une lettre»(31).
La première erreur est donc bien de n'avoir pas pris des dispositions en vue de garder le contact avec l'armée du Bas-Rhin au soir de Ligny. Au moment où débute la poursuite le 17 à midi, Blücher a 15 heures d'avance sur ses poursuivants. Et cette erreur là est intégralement imputable à l'Empereur et à son état-major.

(28)
Plusieurs thèses sont défendues sur ce sujet. Selon Margerit «Comme Grouchy demandait des ordres, L'Empereur , au lieu de lui en donner, l'envoya quérir à dix heures. Le maréchal lui fit répondre qu'il ne pouvait, pour le moment, quitter son poste.. Quand une heure plus tard , Grouchy se présenta au palais impérial, Napoléon lui enjoignit simplement de faire suivre l'ennemi par de la cavalerie légère, dés la pointe du jour». L'auteur se fonde sur le témoignage de Pajol.
Selon Lachouque, l'Empereur n'a pas reçu son maréchal. La présence de ce dernier au quartier impérial dés 8 heure au matin du 17 juin prouve bien qu'il n'a reçu la veille aucun ordre de poursuite.
(29) Lachouque p.231
(30) Lachouque p.236
(31) Lachouque p.237


Hélas elle n'est pas la seule. L'Empereur est persuadé que les Prussiens se retirent vers Liège en passant par Namur. Il est conforté dans cette erreur par un rapport de Pajol qui annonce avoir capturé une colonne ennemi sur la route de Namur. Napoléon s'imagine que depuis Iena l'armée Prussienne n'a pas évoluée, il la considère anéantie et hors d'état de nuire à sa stratégie. Or, il n'en est rien. La retraite de l'armée du Rhin ne sera pas une déroute.
Loin de songer à fuir vers Liège, Blücher veut au contraire se rapprocher de Wellington en cherchant à rallier ses forces autours de Wavre. Napoléon, par ses instructions pousse le commandant de l'aile droite à la faute en lui communiquant Namur - Liège comme axe de retrait des Prussiens. A noter que ni l'Empereur, ni son état-major, ni Grouchy n'auront l'initiative de faire reconnaître le chemin de Tilly dans la direction de Gentinnes, sur lequel sont engouffrés deux corps d'armée ennemis. L'Empereur commet ici une deuxième erreur.

Revenons au reproche formulé par l'Empereur sur la lenteur du mouvement réalisé par l'aile droite de son armée le 17 juin. Margerit décrit ce fait «Le maréchal… se dirigea avec Vandamme sur Gembloux, distant d'environs huit kilomètres. En temps normal, ils auraient mis deux heures au plus pour y parvenir. Ils en mirent quatre. Des auteurs s'en étonnent, sans remarquer que Napoléon, de son coté, en mettait plus de deux pour faire six kilomètres sur une bonne route pavée. Grouchy et Vandamme, eux, marchaient par un chemin de terre qui avait déjà subi le passage de Thielmann, celui de Berton, celui d'Exelmans, et le déluge le changeait maintenant en un ruisseau de boue. Les sapeurs devaient sans cesse arracher les canons aux fondrières dans lesquelles ils s'enlisaient, couper des fascines pour répandre sous les roues, soulever les trains avec des leviers, tirer à la bricole pour aider les attelages. Les cavaliers, et fantassins glissaient sur les seigles piétinés de chaque cotés du chemin». Et l'auteur de citer le témoignage de Pajol «Le chemin de traverse allant du Point-du-Jour à Gembloux… était devenu, dans les terres fortes de ce pays, très mauvais pour l'infanterie et presque impraticable pour l'artillerie»(32) .

Effectivement, Grouchy commit une faute qui lui fit perdre un temps précieux lorsqu'il donna les ordres de mouvement à ses troupes. Alors que le 4e corps est installé à Ligny et le 3e à Saint-Amand (6 kilomètres au SE de Ligny), Grouchy va décider de faire marcher en tête le 3e corps afin de respecter l'ordre numérique des corps pour ne pas risquer de froisser l'amour-propre de Vandamme qui, la veille, a, dans un premier temps, refusé d'obéir au maréchal sous prétexte que l'empereur ne l'avait pas informé qu'il était placé sous le commandement de celui-ci. Le corps de Gérard va donc devoir attendre que celui de Vandamme soit passé devant lui pour pouvoir lui emboîter le pas et commencer son mouvement vers Gembloux. Cette pratique qui paraît totalement aberrante est pourtant l'usage à l'époque. L'armée perd ainsi deux heures précieuses, la susceptibilité des chefs de corps est à ce prix. Et la victoire ?

Enfin, on peut légitimement s'inquiéter de la composition des troupes de l'aile droite. En effet, l'Empereur a détaché du 2e corps de cavalerie (composé uniquement de cavalerie légère) la division du général Subervie (1e et 2e lancier, et 11e chasseur). Sur les 6 régiments du 2e corps, on lui en enlève donc la moitié. En outre, la divisions de cavalerie légère du général Domon (4e, 9e, et 12e chasseur) faisant partie du 3e corps à elle aussi était détachée. Certes, ces deux retraits ont été compensés par l'ajout, aux forces de Grouchy, de la 21e division d'infanterie du général Teste prélevée dans le 6e Corps. Mais au moment d'effectuer la poursuite d'un ennemi qui possède une avance considérable, le retrait d'unités dont la vocation est, précisément, de remplir les missions de reconnaissance et de combat d'avant-poste paraît être une lourde erreur.

Conséquence : ce sont les dragons du corps d'Exelmans qui vont s'user et user leurs chevaux, pour assurer un service qui n'est pas le leur et pour lequel ils ne sont ni correctement formés, ni correctement équipés. Exelmans se plaindra d'ailleurs sur ce point auprès de Grouchy dans un lettre reçue le 17 «J'ai écrit ce matin à V.E. que mon monde était sur les dents. Ce qui les a le plus fatigués, c'est le service de reconnaissance que les dragons ont été obligés de faire cette nuit et l'on ne peut pas exiger qu'ils fassent cela aussi bien que la cavalerie légère, car ils n'y entendent rien et éreintent leurs chevaux bien plus vite»(33).

Revenons aux évènements survenus le 18 juin 1815 du coté du Mont-Saint-Jean.

Lorsque, à Sainte-Hélène, Napoléon décrit son plan de bataille il explique que l'une des raisons qui l'ont poussé à tourner la gauche de l'ennemi plutôt que sa droite était qu'il «attendait à chaque instant l'arrivée d'un détachement du maréchal Grouchy par sa droite»(34).
De même, lorsque vers 13 heures, on s'aperçoit à l'état-major impérial de l'arrivée d'une colonne du coté de Saint-Lambert, et que les reconnaissances envoyées font état qu'il s'agit du corps de Bülow, l'Empereur reste persuadé que Grouchy va arriver et surprendre cette colonne prussienne sur son flanc gauche. Il déclare alors à ses officiers «Il faut enfoncer le centre Anglais avant que Blücher ne devienne dangereux»(35).

(32) Margerit, p.320
(33) Lachouque p.239
(34) Camon, p.469
(35) Lachouque, p.282, Margerit p.352


Mais Blücher est déjà dangereux. Son arrivée du côté de Saint-Lambert a obligé l'Empereur à affaiblir les forces qui devait attaquer la Haye-Sainte. Le 6e corps, dont la mission initiale était de soutenir la marche du 1e, reçoit l'ordre de «Choisir une bonne position intermédiaire, où il pût avec 10000 hommes en arréter 30000, si cela devenait nécessaire, et d'attaquer vivement le général Bülow aussitôt qu'il entendrait les premiers coups de canon des troupes que le maréchal Grouchy avait détachées derrière eux»(36).

L'engagement sur le Mont-Saint-Jean paraît alors pour le moins audacieux. Sa seule justification serait l'assurance de l'arrivée de Grouchy sur le champ de bataille de Mont-Saint-Jean qui semble ne faire aucun doute pour l'empereur. Le colonel Marbot en témoigne dans ses mémoires «J'ai été avec mon régiment [le 7e hussard] flanqueur de droite de l'armée pendant presque toute la bataille. On m'assurait que le maréchal Grouchy allait arriver sur ce point, qui n'était gardé que par mon régiment, trois pièces de canon t un bataillon d'infanterie légère…
Un de mes pelotons, s'étant avancé à un quart de lieue au-delà de Saint-Lambert, rencontra un peloton de hussards prussiens, auquel il prit plusieurs hommes, dont un officier. Je prévins l'Empereur de cette étrange capture, et lui envoyai les prisonniers.
Informé par ceux-ci qu'ils étaient suivis par une grande partie de l'armée Prussienne, je me portai avec un escadron de renfort sur Saint-Lambert. J'aperçus au-delà une forte colonne se dirigeant vers Saint-Lambert. J'envoyai un officier à toute bride en prévenir l'Empereur, qui me fit répondre d'avancer hardiment, que cette troupe ne pouvait être que le corps du maréchal Grouchy venant de Limal et poussant devant lui quelques Prussiens égarés… J'eus bientôt la certitude contraire… l'adjudant-major, auquel j'avais ordonné d'aller informer l'Empereur de l'arrivée positive des prussiens devant Saint-Lambert, revint en me disant que l'Empereur prescrivait de prévenir de cet événement la tête de colonne du maréchal grouchy, qui devait déboucher en ce moment par les ponts de Moustier et d'Ottignies puisqu'elle ne venait pas par Limal et Limelette… Desfaits que je viens de raconter est résulté pour moi la conviction que l'Empereur attendait sur le champ de bataille de Waterloo le corps du maréchal Grouchy. Mais sur quoi cet espoir était il fondé ? C'est ce que j'ignore, et je ne me permettrai pas de juger, me bornant à la narration de ce que j'ai vu
»(37).

L'essentiel paraît se situer ici. Lorsque Napoléon attaque l'armée des Pays-Bas sur le Mont-Saint-Jean il est certain que l'armée Prussienne va arriver sur son flanc droit. Mais comment peut il sérieusement envisager que Grouchy va le secourir. Il lui a envoyé un ordre à 10 heure lui demandant de se diriger vers Wavre. Le deuxième ordre lui demandant de se rapprocher de Mont-Saint-Jean, «d'écraser Bülow», n'a été rédigé qu'a 13 heures. Comment le maréchal, malgré sa valeur, peut il être à deux endroits en même temps.
On est bien loin de l'image populaire, peignant l'Empereur surpris dans son combat contre le perfide albion par l'arrivée inopinée de Blücher en lieu et place de Grouchy.

A ce moment, toute la stratégie qui visait à empêcher les deux armées alliées de se réunir avait échouée. Il fallait en tirer les conséquences, l'Empereur ne le fit pas. Il estima que ses chances de victoire était de «soixante contre quarante»(38).
«La réalité, on le constate, diffère beaucoup de la légende de Waterloo montrant Napoléon surpris par l'arrivée de Bülow alors que, en pleine bataille avec Wellington, il ne pouvait plus se dégager. Ce fut évidemment à la suite d'une spéculation erronée, mais de la façon la plus délibérée, que l'Empereur, sachant le 4e corps prussien à moins de 7 kilomètres de Plancenoit, et trois autres corps à 15 kilomètres, accepta le combat sur deux fronts. Il avait encore toute liberté matérielle de se retirer sans le moindre risque, de rappeler Grouchy et d'aller, avec toutes ses forces chercher une position favorable pour y recevoir l'assaut de ses deux adversaires réunis, ou de manœuvrer à nouveau pour les battre séparément»(39).
Et on peut alors rêver. Comment imaginer l'impétuosité d'un Blûcher se coordonner avec l'extrême prudence (pour ne pas dire faiblesse) d'un Wellington. Les deux généraux ont montrés tant de fois dans cette campagne leur méfiance réciproque.

Gneisenau ne semblait pas témoigner de beaucoup de considération envers le duc de Wellington. Il déclara à son propos «ses relations avec les rajahs de l'Inde en ont fait un maître fourbe»(40). Le 17 juin au soir, Blücher aura d'ailleurs de grandes difficultés à convaincre son chef d'état major de marcher au secours des Anglais en cas d'attaque des français à Mont Saint Jean. L'état-major Prussien se méfiait fortement de son «allié». A juste titre si on se réfère au comportement de ces mêmes Britanniques vis à vis des Portugais lors des guerres de la péninsule. La crainte légitime était de voir les anglais reprendre la mer si ces derniers étaient trop fortement menacés à Mont-Saint-Jean. Wellington a d'ailleurs pris toutes les mesures nécessaire pour conserver cette option en cas de nécessité (41).

(36) Camon, p.470
(37) Marbot, p.431, 432, 433,
(38) Lachouque, p.282
(39) Margerit, p.352
(40) Lachouque p.130
(41) Lachouque p.131


Tout au long de cette mémorable journée du 18 juin 1815, la valeur de l'armée française fut démontrée par de multiples faits d'armes ou actions glorieuses. La défaite a injustement privé de lauriers les défenseurs de Plancenoit et autres assaillants du Mont-Saint-Jean. Car même prise de flanc et à 62000 contre 140000, l'armée française est parue si proche de la victoire. L'amertume est perceptible «Je ne reviens pas de notre défaite !… On nous a fait manœuvrer comme des citrouilles» (42) déclare Marbot dans une lettre écrite le 26 juin.

La responsabilité de Napoléon Bonaparte dans la défaite paraît bien lourde. Le marquis Emmanuel de Grouchy n'est dans tout cela que celui qui a eu l'honneur d'être promu à un commandement que le destin a injustement exposé. Inévitablement, lever la culpabilité de Grouchy dans le désastre de Waterloo revient à la déporter sur l'Empereur. La critique a préféré se déchaîner sur un maréchal fraîchement nommé plutôt que contre l'un des plus grands génies militaires de tous les temps. Thiers «Si l'on jette les yeux sur la carte du pays, on verra que rien n'était plus facile que son rôle [il parle de Grouchy], bien qu'il eût à manœuvrer devant 88000 Prussiens avec environs 35000 français»(43).

Le maréchal Grouchy n'aura de cesse à l'issue de cette malheureuse campagne et jusqu'à la fin de sa vie de défendre son honneur et ses choix durant ces quelques journées qui ont pesées si lourd dans l'histoire de France.
Le baron de Marbot fut couché sur le testament de l'Empereur avec l'annotation suivante «Je l'engage à continuer à écrire pour la défense et la gloire des armées françaises et en confondre les calomniateurs». C'est à ce titre, qu'il me paraît intéressant pour la mémoire du maréchal de rapporter une discussion que Marbot eût avec le colonel Bro (qui en 1815 commandait le 4e lancier et qui fut blessé à Waterloo) tirée des mémoires de ce dernier.

«Dans la soirée du 4 juillet … Laure introduisit un homme portant un costume vert et le chapeau cartonné des chouans ; et elle m'annonça, prés de mon oreille «Le colonel Marcellin Marbot». J'éprouvai une grande joie devant le camarade qui, le visage sombre, me serrai dans ses mains.

-Je suis venu à Paris incognito. Je n'ai pas voulu repartir sans t'avoir visité… Et je me faufile le long des maisons comme un conspirateur… Ah ! j'étrangle de rage de voir Napoléon déchu… Quelle triste et déplorable affaire que Waterloo ! L'Empereur devait gagner la bataille. Son plan était bon, infaillible, sans la mollesse de Drouet.
Je voulus défendre mon ancien chef.

-Tu n'as donc pas vu, répliqua-t-il, Drouet engager timidement ses divisions d'infanterie, les laisser sabrer, reculer, quand il aurait pu, d'un élan formidable, écraser la droite de Wellington… Le centre aperçut le recul et prit peur. Cet effroi se communiqua à la droite française, et des divisions se sauvèrent, laissant à la Garde impériale le soin de sauver au moins l'honneur…

-Que fis-tu pendant ces heures néfastes ? interrogeai-je ?

-Colonel au 7e hussards, ton ancien régiment, je restai à la droite, arrétant le flot humain qui voulait nous déborder. Le soir, j'eus à charger les Prussiens. Je sortis de cette affaire avec un coup de lance au coté droit. Un bandage serra ma blessure, et je me réunis aux troupes du maréchal Grouchy.

-Celui qui nous a fait perdre la bataille.

-Non, dit Marbot, Grouchy a fait son devoir ; il a lutté toute la journée contre les prussiens à Wavre… Je sais que tout le monde l'accuse… Il n'est pas coupable, je le défendrai de toutes mes forces…
»(44).

(41)«Il est probable que la base d'opération choisie par Wellington (il ne l'a jamais révélée) est Ostende ; en cas d'échec, les troupes Britanniques se replieraient sur le pont où elles ont débarqué ; la Belgique, les troupes allemandes et néerlandaises seraient alors abandonnées à leur destin ; l'intérêt supérieur de l'Angleterre domine en effet toutes les promesses, voire les traités… en outre, tous les forts de la côte sont confiés à des officiers britanniques… Le 18 juin, malgré l'usure de ses bataillons, il a maintenu toute la journée à Hal, 17000 hommes, afin d'assurer ses communications avec Ostende» Lachouque p.131.
(42) Marbot p.431
(43) Lachouque, p.352
(44) Bro, p.152 - 153


Etude rédigée par Patrice BARRAU - Février 2003
Patrice.Barrau@wanadoo.fr



- Sources bibliographiques -

«Général Bro Mémoires 1796 - 1844» Louis Bro, édition de la Librairie des Deux Empires juillet 2001.
«Mémoires du général Baron de Marbot» Marcelin Marbot, collection « Le temps retrouvé », éditions Mercure de France novembre 1983.
«Avant postes de cavalerie légère souvenirs par F. de Brack» Antoine-Fortuné de Brack.
«Waterloo la fin d’un monde » commandant Henry Lachouque, collection « Les grands moments de notre histoire», éditions Lavauzelle, septembre 1985
«Waterloo» Robert Margerit collection «Trente journée qui ont fait la France» éditions Gallimard, 4e trimestre 1964.
«La guerre napoléonienne Précis des campagnes» général Hubert Camon, édition Historique Teissedre décembre 1999.
«Cavalerie au combat tactique française» Général Bonie, édition de la librairie des Deux Empires septembre 2000.
«La cavalerie dans les guerres de la révolution et de l’Empire» commandant L.Picard, éditions Historiques Teissedre, juin 2000.
«Les maréchaux de Napoléon» Louis Chardigny, collection « Bibliothèque Napoléonienne », édition Tallandier, Mai 1977.
«Tradition magazine», hors série n°12 « Les maréchaux du premier empire » textes de Ronald Zins

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