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Napoléon,
Empereur de l'île d'Elbe
1814-1815
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L'île d'Elbe (35
000 habitants env.) est située à l'ouest de l'Italie,
dans la mer Thyrrhénienne et à une quinzaine de
kilomètres de la côte Toscane dont elle séparée
par le canal de Piombino. D'une superficie de 223 km2, elle s'étend
sur une longueur de 27 kms pour une largeur de 18 kms dans sa
partie orientale (du cap Vita à la pointe Ripalti). Jouissant
d'un climat fort clément toute l'année, son terrain
montagneux et accidenté est compensé par de nombreuses
vallées fertiles . Le mont Capanne, avec ses 1019 m d'altitude
offre au visiteur un panorama exceptionnel sur toute l'île,
mais aussi sur la côte italienne. Par temps clair, on peut
également apercevoir la côte Corse. Sur le plan
des ressources, on y pratique bien évidemment la pêche,
on y extrait le sel marin. Le sol se prête volontiers à
la culture des olives, fruits et vigne. Mais avec ses 147 kms
de côtes dotées de splendides plages sablonneuses,
l'île d'Elbe vit surtout du tourisme. Autrefois, son activité
était essentiellement tournée vers la sidérurgie
avec l'exploitation de nombreux gisements de fer. Ce fer qui
donna son nom à la première ville de l'île
: Portoferraio.
En septembre 1943, les installations sidérurgiques furent
détruites à la suite d'un terrible bombardement
allié. Il fut décidé, faute de moyens, de
ne pas reconstruire les hauts fourneaux et d'envisager la reconversion
économique à partir des autres atouts naturels
de l'île : la mer et le soleil. Aujourd'hui, ses infrastructures
d'accueil en font un lieu de séjour privilégié.
L'île fait partie de la province de Livourne (Italie).
Tout au long des siècles, elle fut l'objet de nombreuses
invasions. Il serait trop long ici d'en retracer toute l'histoire
tant cette dernière et riche et variée. Bornons-nous
simplement à rappeler que le 8 fructidor An X (26 août
1802) un sénatus-consulte décréta la réunion
de l'île d'Elbe au territoire de la République française.
Ce décret n'était en fait que la consécration
de l'un des accords signés le 25 mars précédent,
lors du traité d'Amiens et qu'avaient approuvé
l'Angleterre et les puissances signataires.
Le 7 avril 1809, l'île d'Elbe fut rattachée au gouvernement
général de Toscane que Napoléon venait de
confier à sa soeur Élisa, princesse de Piombino
et Lucca et qui fut élevée pour la circonstance
à la dignité de grande-duchesse de Toscane. Portoferraio
devint alors sous-préfecture du département de
la Méditerranée dont Livourne était le chef-lieu.
En 1814, à la chute de l'Empire, le traité de
Fontainebleau
accorda la souveraineté pleine et entière de l'île
à l'Empereur Napoléon. La population s'élevait
alors à 13 700 habitants.

Portoferraio
L'ARRIVEE
DE NAPOLEON
Depuis Saint-Raphaël, le 29 avril 1814, c'est
à bord de la frégate anglaise l'Undaunted, qu'il
quitta la France, accompagné des commissaires Alliés
et de sa petite suite, dont les généraux Bertrand
et Drouot. Le général Cambronne qui se rendra célèbre
un an plus tard par son fameux "mot" lancé aux
Anglais lors de la bataille de Waterloo, rejoindra l'île
le 26 mai suivant. Avant le départ de Fontainebleau, il
avait écrit au général Drouot : «
On m'a toujours choisi pour aller au combat ; on doit me choisir
pour suivre mon souverain, un refus serait pour moi la plus mortelle
injure.» Drouot intercéda donc auprès
de l'Empereur qui, devant tant de loyauté et de fidélité
à sa personne, accepta de le compter parmi sa suite.
L'Undaunted entra dans la rade de Portoferraio le 3 mai
au soir après avoir hissé le pavillon parlementaire.
C'est que l'île arborait déjà les couleurs
du nouveau roi Louis XVIII. Déjà les canons des
forts Falcone et Stella qui surplombent la cité
étaient tournés vers l'intrus qui osait s'approcher
du port. Fort heureusement, la vue du pavillon parlementaire
et les dépêches reçues le 28 avril annonçant
les changements politiques intervenus en France et l'arrivée
imminente de l'Empereur Napoléon comme nouveau souverain
de l'île, dissuadèrent le général
Dalesme, alors commandant supérieur de l'île, de
donner l'ordre de tir.
C'est au fort Stella que le général Dalesmes accueillit
les généraux Bertrand et Drouot, accompagnés
des commissaires Alliés. Il lui fut remis une lettre de
l'Empereur resté à bord, lettre qui sera reprise
par le général Dalesmes le lendemain dans sa proclamation
aux habitants de l'île :
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Habitants de
l'île d'Elbe !
Les vicissitudes humaines
ont conduit au milieu de vous l'empereur Napoléon, et
son choix vous le donne pour souverain. Avant d'entrer dans vos
murs, votre auguste et nouveau monarque m'a adressé les
paroles suivantes que je m'empresse de vous faire connaître,
parce qu'elles sont le gage de votre bonheur à venir :
Général,
J'ai sacrifié mes droits aux intérêts de
la patrie, et je me suis réservé la souveraineté
et la propriété de l'île d'Elbe, ce qui a
été consenti par toutes les puissances. Veuillez
faire connaître le nouvel état des choses aux habitants,
et le choix que j'ai fait de leur île pour mon séjour,
en considération de la douceur de leurs moeurs et de leur
climat. Dites-leur qu'ils seront l'objet constant de mes plus
vifs intérêts.
NAPOLEON
Elbois ! ces paroles
n'ont pas besoin d'être commentées, elles fixent
votre destinée; l'Empereur vous a bien jugés, je
vous dois cette justice et je vous la rends.
Habitants de l'île d'Elbe ! Je m'éloignerai bientôt
de vous, cet éloignement me sera pénible parce
que je vous aime sincèrement, mais l'idée de votre
bonheur adoucit l'amertume de mon départ, et, en quelque
lieu que je puisse être, je me rapprocherai toujours de
cette île par le souvenir des vertus de ses habitants et
par les voeux que je formerai pour eux.
Porto-Ferrajo, 4 mai 1814.
Signé : le général de brigade DALESMES.
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L'Empereur qui n'avait guère l'habitude
de s'aventurer en terre inconnue sans le concours de quelque
documentation, avait pris soin d'emporter avec lui un petit ouvrage
intitulé : Notice sur l'île d'Elbe
N'y ayant pas trouvé trace de la couleur du premier
pavillon de l'île d'Elbe, il fit monter à bord le
sous-préfet de l'île, Balbiani, nous rapporte Marchand
dans ses mémoires, le nomma intendant et le chargea de
faire des recherches sur la couleur de ce pavillon.
«Il résulta des informations prises, écrit
Marchand, que la première Maison qui gouverna souverainement
l'île, était celle des Appiani de Pise; que sa bannière
était blanche avec des abeilles, armes parlantes puisque
appi, en italien, veut dire abeille. Le sous-préfet après
avoir quitté l'Empereur, fit connaître à
toutes les autorités de l'île, que le débarquement
de Sa Majesté aurait lieu le lendemain, et qu'elle les
recevrait avec plaisir.»
On confectionna alors le nouveau pavillon de l'île sur
la base des informations du sieur Balbiani et du choix final
arrêté par l'Empereur, à savoir : fond blanc
traversé d'une bande rouge diagonale parsemée de
trois abeilles. En fait, Napoléon, et selon les historiens,
se serait inspiré du pavillon de Cosme 1er de Médicis
(1519-1574), ancien souverain de Portoferraio et de ses territoires.
Hasard de l'histoire, l'Empereur au temps de sa grandeur avait
déjà choisi l'abeille comme l'un des symboles de
son vaste empire. Cela le conforta dans sa décision.
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Le drapeau
de l'île d'Elbe choisi par l'Empereur Napoléon
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