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Texte
de Pierre Jean de Béranger (1)
1780 - 1857
Les deux Grenadiers
Avril
1814
Sur l'air de : Guide mes pas, ô Providence ! (des deux
journées)
PREMIER GRENADIER.
A notre poste on nous oublie.
Richard, minuit sonne au château.
DEUXIEME
GRENADIER.
Nous allons revoir l'Italie.
Demain, adieu Fontainebleau !
PREMIER GRENADIER.
Par le ciel ! que j'en remercie,
L'île d'Elbe est un beau climat.
DEUXIEME
GRENADIER.
Fût-elle au fond de la Russie,
Vieux grenadier, suivons un vieux soldat.
ENSEMBLE
Vieux grenadiers, suivons un vieux soldat,
Suivons un vieux soldat,
Suivons un vieux soldat,
Suivons un vieux soldat.
DEUXIEME
GRENADIER.
Qu'elles sont promptes les défaites !
Où sont Moscou, Wilna, Berlin?
Je crois voir sur nos baïonnettes
Luire encor les feux du Kremlin
Et, livré par quelques perfides,
Paris coûte à peine un combat !
Nos gibernes n'étaient pas vides.
Vieux grenadiers, suivons un vieux soldat.
PREMIER GRENADIER.
Chacun nous répète : Il abdique.
Quel est ce mot ? Apprends-le-moi.
Rétablit-on la République !
DEUXIEME
GRENADIER.
Non, puisqu'on nous ramène un roi.
L'Empereur aurait cent couronnes,
Je concevrais qu'il les cédât;
Sa main en faisait des aumônes.
Vieux grenadiers, suivons un vieux soldat.
PREMIER GRENADIER.
Une lumière, à ces fenêtres,
Brille à peine dans le château.
DEUXIEME
GRENADIER.
Les valets à nobles ancêtres
Ont fui, le nez dans leur manteau.
Tous, dégalonnant leurs costumes,
Vont au nouveau chef de l'Etat
De l'aigle mort vendre les plumes.
Vieux grenadiers, suivons un vieux soldat.
PREMIER GRENADIER.
Des maréchaux, nos camarades,
Désertent aussi gorgés d'or.
DEUXIEME
GRENADIER
Notre sang paya tous leurs grades;
Heureux qu'il nous en reste encor'.
Quoi! la Gloire fut en personne
Leur marraine un jour de combat (2)
Et le parrain on l'abandonne !
Vieux grenadiers, suivons un vieux soldat.
PREMIER GRENADIER.
Après vingt-cinq ans de services
J'allais demander du repos.
DEUXIEME
GRENADIER.
Moi, tout couvert de cicatrices,
Je voulais quitter les drapeaux;
Mais, quand la liqueur est tarie,
Briser le vase est d'un ingrat.
Adieu femme, enfants et patrie !
Vieux grenadiers, suivons un vieux soldat.
ENSEMBLE
Vieux grenadiers, suivons un vieux soldat,
Suivons un vieux soldat.
Voir
la partition
1)
Extrait des Oeuvres Complètes de P. J de Béranger
- 1850 - pp 363,365 - Librairie Encyclopédique de Périchon
- Bruxelles
2) Presque tous les maréchaux de l'Empire portaient le
nom des batailles où ils s'étaient signalés
sous Napoléon. Note de l'auteur.
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