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LE CONCORDAT
15 juillet 1801
par Roger Peyre

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Les négociations, commencées en mars 1801, ne furent terminées que le 15 juillet, jour de la signature du Concordat. Le cardinal Caprara fut envoyé à Paris pour apporter les ratifications du Sacré Collège et rétablir solennellement en France le culte catholique.

Lorsque Caprara arriva à Paris, il y avait encore des difficultés au sujet de la nomination des évêques contitutionnnels aux nouveaux sièges. Le Premier Consul, devant toutes ces longueurs, en était venu à croire que, sauf le Saint-Père, les gens de Rome, tant présents qu'absents, s'entendaient pour le jouer. Il parla en ce sens, avec la plus grande vivacité, au cardinal légat :
«On avait voulu l'amuser ; c'était un piège que cette lenteur à l'expédition de la bulle.» - « Il continua à parler ainsi comme un torrent, dit Caprara. Son parti était irrévocablement pris de nommer quinze évêques constitutionnels. Il se donna carrière touchant l'institution canonique.» Mais en parlant, Napoléon subissait l'influence du sujet même qu'il traitait. Au fur et à mesure qu'il traitait ces graves matières, nous raconte le cardinal Caprara, son ton allait se modifiant graduellement, et ce même homme, qui d'abord avait parlé en militaire (ce sont les propres expressions du cardinal), termina cet entretien en s'exprimant sur ce sujet étranger à ses habitudes comme eût fait un canoniste de premier ordre. » Le cardinal en fut abasourdi. (D'HAUSSONVILLE. )


Le cardinal Consalvi recevant du pape Pie VII la bulle de ratification du Concordat
D'après Wicar



Les difficultés furent aplanies ou tournées, et le traité définitif fut signé entre les deux pouvoirs, civil et ecclésiastique, le 15 juillet 1801. Le gouvernement se chargeait des frais du culte et s'engageait à ce que les citoyens français pussent, s'ils le voulaient, faire des fondations en faveur des églises. Si l'Église de France était moins riche que sous l'ancien régime, sa richesse était mieux distribuée, et la situation du clergé inférieur dans son ensemble était bien meilleure qu'elle ne l'était avant 1789. Le Concordat reconnaissait au pouvoir civil le droit de nommer les évêques en conservant au pape l'institution canonique. Le clergé inférieur restait complètement entre les mains de l'autorité épiscopale, qui nommait aux cures les ecclésiastiques agréés par le gouvernement. Les fêtes d'obligation sont réduites à quatre. Le Savetier de La Fontaine aurait approuvé sans réserve le Concordat sur ce point :

...le mal est que toujours
(Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes),
Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours
Qu'il faut chômer. On nous ruine en fêtes.
L'une fait tort à l'autre, et monsieur le curé
De quelque nouveau saint charge toujours son prône.

Les ventes des biens ecclésiastiques faites par la Révolution étaient irrévocablement reconnues. Ainsi donc, l'Église catholique était rétablie en France dans son dogme, sa hiérarchie, et son culte.

«Quant au clergé lui-même, dit Mgr de Meneval, l'Empereur s'est bien gardé de rétablir les droits et les pouvoirs politiques qui avaient allumé contre l'Église les haines furieuses de la Révolution. Le pouvoir politique de l'Église, qui a été, chacun le sait, l'élément le plus puissant de la civilisation française au moyen âge, a cessé d'être nécessaire. Il est même inadmissible de notre temps. L'Église, d'ailleurs, qui n'est pas de ce monde, mais qui agit dans ce monde, participe nécessairement toujours aux circonstances sociales du temps et du pays où elle doit vivre.»

Le Saint-Siège devait faire avec le gouvernement une nouvelle circonscription des diocèses, dont le nombre fut fixé à soixante. En vertu de l'article 3 du Concordat, on demanda aux évêques des deux partis, constitutionnels et réfractaires, de donner leur démission. Deux constitutionnels, Saurine et Grégoire, et trente-sept réfractaires refusèrent. Par un acte hardi, le pape annula tous les anciens sièges et en créa de nouveaux, pour lesquels on nomma douze prélats constitutionnels, dix-sept prélats et trente et un prêtres réfractaires.

Bonaparte, représentant du gouvernement civil, a jugé ainsi l'acte du 15 juillet 1801 :
«Le Concordat de 1801 était nécessaire à la religion, à la République, au gouvernement. Les temples étaient fermés, les prêtres étaient persécutés ; ils étaient divisés en trois sectes : les constitutionnels, les vicaires apostoliques et les évêques émigrés à la solde de l'Angleterre. Le Concordat mit fin à ces divisions et fit sortir de ses ruines l'Église catholique, apostolique et romaine. Napoléon releva les autels, dissipa tous les scrupules des acquéreurs des domaines nationaux, et rompit le dernier fil par lequel l'ancienne dynastie communiquait encore avec le pays.»

Ce fut dans l'une des conférences pour les négociations du Concordat que Napoléon dit :
«Si le pape n'avait pas existé, il eût fallu le créer pour cette occasion, comme les consuls romains faisaient un dictateur dans les circonstances difficiles.» De son côté, Consalvi, représentant du pouvoir ecclésiastique, écrivait à Rome : «Je le dis ouvertement, nous avons obtenu des concessions inférieures sans doute à nos désirs, mais certainement supérieures à nos espérances.»

L'opinion de la papauté n'a pas changé sur ce point. Malgré les graves démêlés qui s'ouvrirent quelques années plus tard, Pie VII n'oublia jamais ce que Napoléon avait fait pour l'Église. Plus tard, Pie IX ne répugna pas à l'idée qui lui fut présentée un instant de venir sacrer à Paris le restaurateur de la dynastie napoléonienne, et son successeur a récemment, dans un acte public, jugé le Concordat presque dans les termes employés par Bonaparte lui-même :
«La dignité de la religion fut de nouveau publiquement honorée, et les institutions chrétiennes reprirent vie; la France en recueillit de précieux avantages; les chefs de son gouvernement comprirent que, voulant fonder solidement, après l'ère des agitations, la tranquillité publique, la religion catholique leur serait du plus puissant secours; la conclusion du Concordat était donc l'acte d'une sage politique.»

Mais, le traité une fois signé entre la France et le Saint. Siège, restait à le faire adopter comme loi de l'État par les pouvoirs législatifs. Le Conseil d'État avait à peine dissimulé son mécontentement. Le Corps législatif, en manière de protestation, choisit pour président Dupuis, l'auteur de "l'Origine de tous les cultes" et ayant à désigner un candidat pour le Sénat, il désigna l'abbé Grégoire, un des deux évêques restés attachés à l'Église constitutionnelle. Le Sénat nomma Grégoire à une grande majorité. Le Tribunat, qui avait aussi à désigner un candidat, choisit Daunou, ancien oratorien, ennemi déclaré de l'Église qu'il avait quittée, et personne particulièrement désagréable au Premier Consul. L'Institut témoignait à sa manière son hostilité, en mettant en concours cette question : De l'esprit et de l'influence de la Réformation de Luther, sur laquelle Charles de Villers devait remporter le prix en 1804. L'armée, et c'était là le plus grave, l'armée murmurait, les officiers envoyaient des pétitions au Premier Consul. Le jour du Te Deum célébré pour le Concordat (28 germinal an X -18 avril 1802), un général de l'armée du Rhin, Delmas, répondait à Bonaparte, qui lui demandait son avis sur la cérémonie :
«C'est une belle capucinade ; c'est dommage qu'il y manque un million d'hommes qui se sont fait tuer pour détruire ce que vous rétablissez.»

Le Concordat fut peut-être même l'origine de complots qui menacèrent la vie du Premier Consul. Mais Bonaparte ne se trompait pas lorsqu'il répondait à un général chargé de lui faire des représentations au nom de l'armée :
«Le rétablissement du culte me donnera le coeur du peuple.» La grande sensation produite par le Génie du Christianisme que Chateaubriand publia alors, confirma pour tous la justesse de cette opinion. Ce livre avait exprimé les aspirations des âmes de son temps; car, sans faire de profession dogmatique, elle faisait sentir le prix de ce que l'on commençait à retrouver.

Bonaparte eut soin, d'ailleurs, de ne présenter le Concordat à l'acceptation des assemblées législatives qu'en le faisant accompagner des Articles organiques destinés à le mettre en application et à régler la police du culte. Pendant les quelques mois qui s'étaient écoulés, l'ensemble de la nation avait montré ses sentiments. Le Concordat et les Articles organiques furent votés par le Corps législatif à une assez grande majorité, à la suite d'un mémorable discours de Portalis (18 germinal an X - 8 avril 1802).
«Il est dangereux, y disait-il en substance, tout en jouissant des biens que procure une civilisation avancée, d'oublier à quel prix on les acquiert, et à repousser, comme des préjugés antiques, précisément ce qui a fait cette civilisation. Il n'y a point à balancer entre de faux systèmes de philosophie et de faux systèmes de religion. Les faux systèmes de philosophie rendent l'esprit contentieux et laissent le coeur froid; les faux systèmes de religion ont au moins l'avantage de rallier les hommes à quelques idées communes et de les disposer à quelques vertus. Le philosophe lui-même a besoin, autant que la multitude, du courage d'ignorer et de la sagesse de croire.»

 


Signature du Concordat par le Premier Consul
d'après Wicar


TEXTE INTEGRAL DU CONCORDAT



Sources : Roger Peyre - Napoléon 1er et son temps - Firmin-Didot 1888.

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