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Texte
de Pierre Jean de Béranger (1)
1780 - 1857
Le cinq mai
1821
Air: Muse des bois et des accords champêtres.
1
Des Espagnols
m'ont pris sur leur navire (2),
Aux bords lointains où tristement j'errais.
Humble débris d'un héroïque empire,
J'avais dans l'Inde exiler mes regrets.
Mais loin du Cap, après cinq ans d'absence,
Sous le soleil, je vogue plus joyeux.
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d'un fils me fermera les yeux,
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2
Dieux ! le pilote
a crié Sainte-Hélène !
Et voilà donc où languit le héros!
Bons Espagnols, là s'éteint votre haine;
Nous maudissons ses fers et ses bourreaux
Je ne puis rien, rien pour sa délivrance
Le temps n'est plus des trépas glorieux!
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d'un fils me fermera les yeux. |
3
Peut-être
il dort, ce boulet invincible
Qui fracassa vingt trônes à la fois.
Ne peut-il pas, se relevant terrible,
Aller mourir sur la tête des rois ?
Ah ! ce rocher repousse l'espérance
L'aigle n'est plus dans le secret des dieux.
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d'un fils me fermera les yeux.
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4
Il fatiguait
la Victoire à le suivre
Elle était lasse; il ne l'attendit pas.
Trahi deux fois, ce grand homme a su vivre;
Mais quels serpents enveloppent ses pas !
De tout laurier un poison est l'essence (3).
La mort couronne un front victorieux.
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d'un fils me fermera les yeux. |
5
Dés
qu'on signale une nef vagabonde,
"Serait-ce lui ? disent les potentats :
"Vient-il encor redemander le monde ?
"Armons soudain deux millions de soldats."
Et lui, peut-être accablé de souffrance,
A la patrie adresse ses adieux.
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d'un fils me fermera les yeux. |
6
Grand
de génie et grand de caractère,
Pourquoi du sceptre arma-t-il son orgueil ?
Bien au-dessus des trônes de la terre
Il apparaît brillant sur cet écueil.
Sa gloire est là comme le phare immense
D'un nouveau monde et d'un monde trop vieux.
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d'un fils me fermera les yeux.
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7
Bons
Espagnols, que voit-on au rivage ?
Un drapeau noir ! ah, grands dieux, je frémis
Quoi ! lui, mourir ! ô gloire ! quel veuvage !
Autour de moi pleurent ses ennemis.
Loin de ce roc nous fuyons en silence
L'astre du jour abandonne les cieux.
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d'un fils me fermera les yeux.
Voir
la partition
1) Extrait des Oeuvres Complètes
de P. J de Béranger - 1850 - pp 218, 219 - Librairie Encyclopédique
de Périchon - Bruxelles
2) Des peuples de l'Europe, les Espagnols étaient ceux
qui avaient les plus justes plaintes à former contre Napoléon.
En plaçant son soldat sur un vaisseau de cette nation,
l'auteur eut la pensée de faire voir à quel point
les malheurs du grand homme avaient réconcilié
tous les peuples avec sa gloire.
3) On extrait de plusieurs espèces de lauriers un poison
des plus actifs. Il est nécéssaire de rappeler
aussi qu'à la mort de Napoléon, beaucoup de personnes,
même fort éclairées, crurent qu'il avait
péri empoisonné.
(2 et 3 ) NOTES DE L'AUTEUR.
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