La mort mystérieuse de l'Impératrice Joséphine (1763 - 1814) , première épouse de Napoléon 1er.

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L'assassinat de l'Impératrice Joséphine
au château de Malmaison


La terreur

Cette soudaine «maladie», puis la mort de leur mère, ne pouvait manquer de plonger Hortense et Eugène dans le plus grand désarroi. Cela ne vous aura pas échappé : Hortense et Eugène n'assistèrent pas aux obsèques de leur chère mère. Certains historiens ont invoqué l'étiquette des Cours ! De quelle Cour veut-on parler ? Il ne pouvait désormais y avoir d'autre Cour en France que celle du roi ! Non, ils furent tout simplement interdits d'obsèques. On leur a fait comprendre que leur présence incommoderait fortement le roi. Il ne pouvait être question de donner à cette cérémonie un caractère officiel. On ne devait pas porter en terre l'Impératrice Joséphine, mais bien la Beauharnais, ex-épouse de l'Usurpateur. On ne pouvait encore moins y tolérer la présence d'une ex-reine et d'un prince, vice-roi d'Italie, supposé être toujours en exercice. Le titre de duchesse de Saint-Leu accordé par le roi à Hortense le 20 mai précédent avait un prix ! En les empêchant d'assister aux funérailles de leur mère, on donnait aux souverains étrangers l'argument de leur désistement. Hortense invoquera plus tard dans ses mémoires, sa douleur et celle de son frère pour justifier leur absence et leur repli à Saint-Leu. Certes, ils furent affligés par cette perte cruelle, mais cela ne peut justifier cette retraite précipitée à Saint-Leu. Car elle fut bien précipitée ! C'est quelques heures SEULEMENT après la mort de leur mère qu'ils quittèrent Malmaison comme nous le rapporte Mlle d'Avrillion qui ayant appris l'horrible nouvelle en ce dimanche 29 mai, quitta Paris pour se précipiter au château de Malmaison : «Au moment où j'entrais par une grille du parc, j'aperçus le prince Eugène, la reine Hortense et ses enfants qui sortaient par une autre, se rendant tous à Saint-Leu.» § Ils ne purent pas même veiller une seule nuit la dépouille de leur pauvre mère qui ne fut pourtant enterrée que quatre jours plus tard ! Qui organisa les obsèques de l'Impératrice ? Sous quelle tutelle avait-on placée Malmaison et son personnel ? Autant de questions auxquelles je n'ai pu trouver de réponses, comme si l'on avait jeté volontairement un voile ténébreux sur cet épisode tragique. Eugène et Hortense adoraient leur mère, et seule une raison impérieuse a pu dicter leur étrange conduite. En réalité, le roi faisait souffler le chaud et le froid. Ils étaient terrorisés ! Quelques jours auparavant, Hortense, déjà bien contrariée par le mal qui allait emporter sa mère, fut informée par un journal, que son premier fils, Napoléon (1802-1807), décédé en Hollande, et qui reposait dans l'une des chapelles de la cathédrale Notre-Dame de Paris, venait d'être exhumé et ses cendres avaient été placées dans un cimetière communal ! Hortense et Joséphine en furent profondément meurtries. La bonté du nouveau roi n'avait décidément point de bornes.

Enterrement sans titre, ni couronne

L'Impératrice morte, le temps des honneurs était révolu pour les Beauharnais, coupables d'alliance avec l'Usurpateur. Les obsèques elles-mêmes furent de celles que l'on donne à un particulier. Il fut interdit d'apposer couronne et armoiries sur le linceul, ces symboles auraient par trop rappelé le souvenir d'une élévation qui n'avait plus désormais sa raison d'être. Et ces souverains étrangers, ceux qui se trouvaient encore quelques jours auparavant à flatter et à rassurer Joséphine, où étaient-ils ? Et ce bon Alexandre, pourquoi ne suivait-il pas le cortège funèbre de celle dont il se prétendait l'ami ? Il se contenta d'envoyer un détachement de sa Garde impériale et fit savoir «qu'affecté trop profondément de la mort de Sa Majesté, il voulait consacrer les trente-six heures qu'il avait encore à rester à Paris à l'excellent prince Eugène et à sa soeur.» Allons donc ! Le tsar mettra à profit ces trente-six heures pour, sans aucun scrupule, négocier à Eugène la magnifique collection de tableaux de Malmaison. Ces merveilles se trouvent encore aujourd'hui au musée de l'Hermitage à Saint-Pétersbourg en Russie ! Sans doute était-ce là, le prix de ses interventions auprès de Louis XVIII. Et monsieur le duc de Polignac dont la vie fut épargnée grâce à Joséphine, n'aurait-il pas montré la plus éclatante preuve de sa reconnaissance en menant au tombeau sa bienfaitrice ? Non, Joséphine morte, leur mission (à leur corps défendant, sans doute) était terminée et ils se feront représenter. Voila tout !

De l'Impératrice Joséphine, il ne saurait plus désormais être question. Son titre donnait la nausée à la famille royale et à ses partisans. On l'a lu plus haut, le Journal des Débats, pour annoncer sa mort, contournera la difficulté en nommant l'Impératrice «La mère du prince Eugène» Pour annoncer sa mort, ce pauvre Eugène lui-même sera «empêché» de nommer sa mère par son titre dans les faire-parts de deuil. Il décidera donc de ne pas les faire imprimer. Un comble, pour un personnage d'un si haut rang ! Il les rédigera lui-même de sa main. Il «omettra» même, tout comme Hortense, aux dires des historiens, de faire parvenir la triste nouvelle à celui qui demeurait leur père adoptif : Napoléon. De mon côté, je préfère croire à l'interception du faire-part par la police, aidé en cela par le service des postes, tant la ficelle est grosse.

Manipulé par Talleyrand, le comte d'Empire Beugnot qui devait à l'Empereur Napoléon sa bonne fortune, se mit aussitôt au service du roi. Voici comment il annonça à son nouveau souverain (deux jours après le décès de l'Impératrice) la mort de cette dernière dans son rapport de police quotidien. Ce texte, visiblement, a été écrit pour écarter tous soupçons à venir à l'endroit de la personne du roi, mais aussi à être versé aux archives. Chaque mot a été savamment choisi.


Rapport de police du 31 mai 1814
par Monsieur le comte Beugnot
(35)

«La mort de Mme de Beauharnais a excité généralement des regrets. Cette femme était née avec de la douceur et quelque chose d'élégant et d'aimable dans les manières et l'esprit. Elle n'était pas sans instruction et sans quelque goût des beaux-arts. Malheureuse à l'excès durant le règne de son mari, elle s'était réfugiée contre ses brutalités et ses dédains dans la culture de la botanique et avait été assez loin dans cette science aimable. Depuis sa retraite, elle avait fait de Malmaison un séjour enchanteur et riche de trésors de plus d'un genre. Le public était instruit des combats qu'elle livrait pour arracher des victimes à Bonaparte, et lui avait su gré d'avoir embrassé ses genoux pour sauver le duc d'Enghien. Seule au milieu de ces Corses fastueux, elle parlait la langue des Français et devinait leurs coeurs. La bonne compagnie lui donne des regrets. Le peuple, qui ne veut pas permettre aux personnages un peu fameux de mourir de leur mort naturelle, veut qu'elle ait été empoisonnée. La vérité est que, mal disposée mercredi dernier, lorsque l'empereur de Russie l'honora de sa visite, elle fit des efforts pour accompagner ce prince dans ses jardins et qu'elle a gagné un refroidissement dont elle a été si mal traitée qu'elle a succombé après quatre jours de maladie. Son fils, le prince Eugène, n'a point fait imprimer de billets de part, mais il en a envoyé à la main de fort modestes et où il a éludé la difficulté de donner des titres à sa mère. Il s'est retiré avec sa soeur dans la terre de Saint-Leu qui appartient à cette dernière.»


Document étonnant n'est-ce pas ! Ce n'est plus un rapport de police, c'est presque une biographie de Joséphine de Beauharnais ! On y dépeint Joséphine comme ayant été la meilleure des femmes, surtout à l'égard de ceux de l'Ancien régime. On y présente Bonaparte comme un homme brutal, dédaigneux et assassin. On y insulte les Corses. On y méprise le peuple. On continue néanmoins de ménager Eugène en lui donnant du prince et enfin, on confirme au roi son obéissance dans l'affaire des faire-parts et son retrait à Saint-Leu pendant la durée des obsèques, avec sa soeur Hortense. Le roi peut être rassuré. Tout s'est déroulé comme prévu !

Dans ce texte odieux, Beugnot se croit autorisé à rapporter l'opinion du peuple qui, écrit-il, croit à un empoisonnement. Il s'agit là d'une manoeuvre et personne ne doit s'y tromper. Que pouvait-il savoir de l'opinion du peuple moins de quarante-huit heures après la mort de l'Impératrice ? Il n'y avait à cette époque, ni radio, ni télévision et aucun journal ne s'est avisé d'y faire la moindre allusion. Beugnot s'est empressé de répondre à une question qui n'était pas encore posée ! La méthode est classique.

Déjà, en 1670, pour annoncer à Monsieur Mons de Ponponne la mort de la
duchesse d'Orléans, morte quelques heures après avoir avalé un verre de «chicorée», Hugues de LIONNE (1663-1671), marquis de Fresne, seigneur de Berny et ambassadeur de Louis XIV écrivit : «Sa Majesté est inconsolable, et avec beaucoup de raison; car on ne pouvait faire ici de plus grande perte, de quelque côté qu'on la regarde. Cependant, comme dans les morts subites des grands princes, le public est pour l'ordinaire fort enclin à soupçonner qu'elles peuvent avoir été précipitées, j'ai fait dresser pour votre information une petite relation de la manière dont cette disgrâce est arrivée, et de ses véritables causes.» Comme on le voit, les mêmes causes produisent souvent les mêmes «écrits» !


Le déguisement

Il ne restera plus désormais, qu'à accomplir la suprême formalité qui mettra définitivement à l'abri, les serviteurs zélés de Louis XVIII et de son frère. Joséphine étant décédée le 29 mai, la déclaration officielle de son décès ne sera effectuée que tout juste deux heures avant ses obsèques, le 2 juin 1814, soit quatre longs jours après sa mort. André Castelot, l'un de nos grands historiens français, dans son ouvrage consacré à Joséphine, voit en l'officier de l'état civil qui rédigea l'acte, un homme affolé qui finira par se résoudre à écrire les lignes suivantes :


Acte de décès
Registre d'état civil de la mairie de Rueil

Mil huit cent quatorze le deux juin à dix heures du matin.
Acte de décès de l'impératrice Joséphine, née Marie Joséphine Rose Tasher de Lapagerie le vingt quatre juin mil sept cent soixante huit, mariée à Napoléon Bonaparte Général en chef de l'armée d'Italie le huit mars mil sept cent quatre vingt seize, sacrée et couronnée Impératrice le Deux Décembre mil huit cent quatre, décédée dans son salon (sic) de la Malmaison, commune de Rueil, le vingt neuf mai dernier à midi. Sur la déclaration faite à nous par messieurs André de la Bonninière - marquis de Beaumont âgé de cinquante deux ans, Grand cordon des ordres de la couronne civile de Bavière et de la Fidélité de Bade, membre de la Légion d'honneur française... et de Pierre-Louis de Busset, âgé de soixante dix huit ans, ancien maréchal de camp, au service de France, chevalier de l'ordre Royal et militaire de St- Louis, tous deux domiciliés à Rueil, Et ont signé. Constaté et donné lecture de l'acte par nous Léonard Alexis Bertin maire de cette commune faisant les fonctions d'officier public de l'Etat civil soussigné...




Sur l'analyse de ce document capital, André Castelot, qu'il me pardonne, semble cruellement manquer de perspicacité. De toute évidence, le maire de Rueil n'a pas tracé ces lignes dans l'affolement. On les lui a dictées ! Le marquis de Beaumont ainsi que Pierre-Louis de Busset furent des témoins chargés de mission. Pour cette mission, Monsieur de Beaumont, grand chambellan de l'Impératrice, se verra imposer la présence d'un témoin dont la fidélité aux Bourbons était acquise depuis bien des lustres : Pierre-Louis de Busset. Natif de Rueil, il avait été sous Louis XVI lieutenant et grand juge de la Compagnie des Cent Suisses de la Garde Ordinaire du Roi. Rien de moins ! On ne pouvait espérer trouver dans la commune de Rueil, personnage plus sûr. Aller le dénicher dans sa paisible retraite (il avait soixante dix-huit ans) pour une formalité, somme toute assez classique, est lourd de signification.

Rendre son titre à l'Impératrice, rappeler qu'elle fut «sacrée et couronnée» sur son acte de décès relève de la poudre aux yeux destinée là encore aux historiens. Si l'acte eût comporté la mention «mariée à Napoléon 1er, ex-Empereur des français», la chose eût pu être crédible. En l'état, elle ne l'est pas ! Rappeler son mariage avec «Napoléon Bonaparte Général en chef de l'armée d'Italie» est la preuve flagrante d'une intervention externe ne pouvant émaner que du roi ou de son entourage. Par mépris, l'Empereur Napoléon ne sera plus nommé jusqu'à sa mort que par son grade : général Bonaparte ou Buonaparte. Journaux et écrivains s'y conformeront sous peine de poursuites ! Lorsqu'il sera captif des anglais en 1815, et jusqu'à sa mort, ces derniers agiront de la sorte. Ce mépris délibéré était du reste parfaitement contraire à l'article 2 du traité de Fontainebleau qui stipulait : «LL. MM. l'empereur Napoléon et l'impératrice Marie-Louise conserveront ces titres et qualités pour en jouir leur vie durant.» Ce document est accablant et porte en lui la signature de ses auteurs fleurdelisés !

Le commanditaire

On le voit bien, sauf à être toujours aveuglé par cette poudre aux yeux royale répandue ici et là pour travestir la réalité, les Bourbons ne sont pas étrangers à la mort de l'Impératrice Joséphine. Tout dans leur conduite porte la signature du crime qu'ils ont commandité, comme ils s'efforceront, avec quelques bourses remplies d'or, de recruter des hommes pour tenter de faire enlever et d'assassiner l'Empereur Napoléon exilé à l'île d'Elbe.

Il ne fait aucun doute que nous sommes confrontés à un cas d'empoisonnement tel qu'on savait le pratiquer à l'époque. On affaiblissait alors la victime en lui faisant prendre le poison de façon espacée. Lorsque l'état général était bien affaibli, on donnait alors le coup de grâce ! Ce dernier lui sera donné une première fois le 25 mai. L'Impératrice aura alors la gorge en feu, symptôme entre autres de l'empoisonnement à l'arsenic. Dotée d'une constitution robuste, Joséphine, bien que considérablement affaiblie, n'en rendra pas l'âme pour autant. Au contraire, dès le 26 mai, son organisme reprendra le dessus, à tel point que la duchesse d'Abrantès, qui lui rendit visite ce jour là, se vit proposer une promenade au Butard pour le 28 en compagnie de l'ambassadeur d'Angleterre, et quitta l'Impératrice, "très peu alarmée pour sa santé.". Voila qui ne dut pas faire les affaires du criminel, puisque le surlendemain 28, il lui infligera un nouveau coup de grâce qui, cette fois, sera le bon.

Dans ses Mémoires (35bis), la reine Hortense nous apprend qu'au matin du 28 mai, sa mère avait bu un verre d'eau de Sedlitz de fort bonne heure, espérant se dégager la poitrine, et ce fut là, pense-t-elle, la cause d'une plus grande irritation. En vain, ajoute-t-elle, pour me tranquiliser, son médecin qualifiait-il toujours ce mal de simple rhume.

La thèse selon laquelle le mal aurait emporté Joséphine en trois ou quatre jours n'est pas plus réaliste que la cause du mal. Le meurtre s'est opéré sur dix-neuf jours. Du 10 au 29 mai !

Le docteur Horeau s'est montré d'une telle incompétence qu'on a peine à imaginer qu'elle fut réelle. Soutenir le diagnostic du rhume, envers et contre tous, relève sinon de sa culpabilité, du moins de sa complicité. En soignant l'Impératrice pour un simple rhume, il a permis au poison, qu'une main criminelle lui servait au moment des repas, d'agir selon un scénario bien rôdé. Pourtant le Dr Horeau, au lendemain du malaise de Saint-Leu, soit le 15 mai, soupçonna bien l'empoisonnement puisqu'il prescrivit l'émétique, ce médicament vomitif à base de mercure, bien que l'émétique soit fortement déconseillé comme le rappelait déjà quatorze années auparavant Étienne-Louis Geoffroy, dans son manuel de médecine pratique, paru chez G. De Bure aîné, Paris, 1800.

L'auteur a écrit :
«L'arsenic, cette substance métallique et saline, dont les effets malheureux sont si connus, est un poison très-actif, qui, à l'extérieur, fait l'effet d'un caustique, et qu'on ne doit guère employer extérieurement, encore moins à l'intérieur, quoique quelques médecins anglois l'aient proposé à petite dose, comme fébrifuge.

symptômes. quand une personne a eu le malheur de prendre de l'arsenic, elle sent d'abord un froid qui se répand par tout son corps, mais surtout aux extrémités. A ce froid succède une chaleur intolérable dans le gosier, l'oesophage et l'estomac, un abattement, des défaillances et des vomissemens. Ensuite la fièvre s'allume avec des mouvemens convulsifs,la paralysie de différens membres, de violentes tranchées, et enfin des sueurs froides qui sont suivies de la mort. Ce terrible poison ne manque guère de faire périr, si après les premiers vomissemens, le pouls reste petit et enfoncé, si le ventre est resserré et rentré, ou si les matières que rend le malade ont une odeur infecte et putride.

traitement. le traitement de cet accident est à peu-près le même, que pour les poisons acides. Ainsi, lorsque le médecin arrive assez tôt, et que l'arsenic est encore dans l'estomac, il tâchera d'exciter le vomissement pour le faire rejetter, non en employant l'émétique, qui irriteroit encore l'estomac, mais par le moyen de l'eau tiède, de l'huile, des bouillons gras, des décoctions mucilagineuses, auxquels on joindra quelques grains de foie de soufre, si on en a sous la main. Si la fièvre, qui survient, est vive, et que le malade soit sanguin et pléthorique, on peut faire une saignée.[...]

Il semble pour le moins incroyable que le Docteur Horeau ait ignoré ces prescriptions, lui l'élève du grand Corvisart, médecin de l'Empereur Napoléon.

Que s'est-il passé ensuite ? Reçut-il des instructions pour maintenir le diagnostic ridicule du rhume et ne délivrer ses soins que pour cette affection bénigne ? Nous sommes en droit de le penser. Attaché à la Maison de l'Impératrice depuis l'époque du divorce, son avenir ne risquait-il pas d'être remis en cause en raison des incertitudes politiques qui entouraient le sort de l'Impératrice et de sa famille ? Comme bon nombre de serviteurs de l'Empire au début de la Restauration, il dut choisir son camp ! Lorsque Napoléon reprendra le pouvoir moins d'un an plus tard, il questionnera le Dr Horeau sur la maladie de l'Impératrice :

- Vous n'avez pas quitté l'Impératrice pendant toute sa maladie ?
- Non, sire.
- Quelle a été, selon vous, la cause de cette maladie ?
- L'inquiétude...le chagrin...
- Vous croyez ? D'où venait ce chagrin ?
- De ce qui se passait, sire; de la position de Votre Majesté. De ce qui se passait surtout... De ce qui allait se passer pour elle !
(36)

Donc, de ce qui risquait de se passer pour lui ! Comme le coup du «rhume» lui collait à la peau, il n'osa pas le resservir à l'Empereur. Il opta pour «l'inquiétude et le chagrin», tant il est vrai que c'est avec un médicament vomitif que l'on combat habituellement l'inquiétude et le chagrin ! Un mensonge en entraînant un autre, il ajouta : «Sa Majesté éprouvait peu de souffrances.» (37) Ce qui est parfaitement faux comme on l'a vu dans les différents témoignages des proches de l'Impératrice.

Puisse le dernier document qui va suivre, confondre une dernière fois le commanditaire. Cela nécessite un rappel. Le fameux traité de Fontainebleau qui fixait le sort de l'Impératrice Joséphine en lui accordant 1 000 000 F. et la jouissance de tous ses biens, mais n'avait pas été ratifié par le roi, ce traité ne sera approuvé par le roi qu'après que ce dernier eut confirmation de la mort de l'Impératrice Joséphine par le rapport officiel du comte Beugnot publié plus haut, c'est à dire le 31 mai 1814. Talleyrand sera chargé d'annoncer la bonne nouvelle. Deux jours après les obsèques de Joséphine, le roi le nommera pair de France à vie, avant de le titrer prince de Talleyrand quelques mois plus tard, prix de ses «services» au rétablissement de la paix générale.


Déclaration en forme d'accession au nom de Louis XVIII.

- Je soussigné, ministre secrétaire d'État au département des affaires étrangères, ayant rendu compte au roi de la demande que Leurs Excellences Messieurs les plénipotentiaires des cours alliées ont reçu de leurs souverains l'ordre de faire relativement au traité du 11 avril, auquel le gouvernement provisoire a accédé, il a plu à sa Majesté de l'autoriser, de déclarer en son nom que les clauses du traité à la charge de la France, seront fidèlement exécutées. Il a, en conséquence, l'honneur de le déclarer par la présente à Leurs Excellences.

Paris, le 31 mai 1814.
Signé le prince DE BÉNÉVENT.
[Talleyrand]

.



Vous avez bien lu ! 31 mai 1814. Il faudrait être bien naïf pour voir dans cet engagement du roi et deux jours après la mort de la seconde principale bénéficiaire, un hasard fortuit de calendrier, combien même la paix générale fut-elle signée au lendemain de la mort de Joséphine. De qui se moque-t-on ? On le sait, l'Impératrice morte, le roi ne respectera pas davantage son engagement à l'égard de Napoléon, sagement installé à l'île d'Elbe. Il ne recevra pas le moindre franc ! Ce qui aura pour conséquence, entre autres, de précipiter son retour moins d'un an plus tard.




Le mobile de l'assassinat

La situation bien particulière de Joséphine après l'effondrement de l'Empire justifiait-elle son élimination physique ? Son seul tort était-il d'avoir été l'épouse d'un empereur déchu ? Etait-elle détentrice d'un terrible secret que le roi ne souhaitait pas voir jeter en pâture à l'opinion publique ? Cette dernière question ne peut être écartée, ne serait-ce que par l'abondance d'encre qu'elle fit couler au 19ème siècle. Alors, me direz-vous, quel pouvait être ce secret qui la précipita dans la tombe sitôt la royauté rétablie ? Ce secret ne serait-il pas en rapport avec «l'Affaire du Temple» qui défraya la chronique tout au long du dix-neuvième siècle ? Rappelons les faits brièvement : Le 13 août 1792, en pleine révolution française, la Convention décide d'incarcérer le roi Louis XVI et sa proche famille au Temple. A savoir : Marie-Antoinette (1755-1793), épouse du roi, Madame Elisabeth de France (1764-1794), soeur du roi, ainsi que les deux enfants du couple royal, Marie-Thérèse-Charlotte (1778-1851) et Louis-Charles (1785-1795?), âgé de sept ans, dit le Dauphin. Nous passerons sur les conditions odieuses de leur détention qui n'honorent pas la mémoire de ceux qui la supervisèrent.

Le roi, la reine et la soeur du roi furent jugés, condamnés à mort et exécutés. En 1795, seuls, étaient encore retenus prisonniers au Temple, les deux enfants de Louis XVI et de Marie-Antoinette. A la mort de Louis XVI, le jeune Dauphin pouvait donc, en toute légitimité, être appelé Louis XVII par les monarchistes. Il devenait ainsi leur nouveau roi. Sa mort survint officiellement le 8 juin 1795 dans sa prison du Temple. Sa soeur, Marie-Thérèse, sera libérée le jour de ses dix-sept ans, soit le 19 décembre suivant pour être conduite à la frontière suisse afin d'y être échangée contre des prisonniers français (le général Beurnonville, les ambassadeurs Maret et Sémonville) retenus par l'empereur François II d'Autriche, futur beau-père de Napoléon. L'enfant décédé, la couronne de France revenait de plein droit à son oncle, alors en exil, le comte de Provence (1755-1824), frère de feu Louis XVI. Prenant alors le nom de Louis XVIII, il s'empressa d'en informer les Cours européennes afin d'être reconnu d'Elles. Ce qui fut fait.

Cette affaire aurait pu en rester là. Seulement la mort du jeune roi fut rapidement contestée et l'on parla bien vite de son évasion et de sa substitution par un autre enfant au Temple. Barras (1755-1829), l'un des principaux tombeurs de Robespierre se rendra au Temple le 28 juillet 1794 visiter les malheureux enfants du roi guillotiné. Cette visite est mentionnée dans les mémoires de l'ex-captive Marie-Thérèse, future duchesse d'Angoulème. Qui poussa le régicide Barras à se rendre auprès des enfants royaux ? Etait-ce sur les conseils de Joséphine qui à cette époque était sa maîtresse ? Nous sommes en droit de le penser. Pour cette époque, les interventions de Joséphine au profit des royalistes sont désormais bien connues. Barras, au lendemain de sa visite au Temple procédera au remplacement du précepteur de l'enfant-roi, l'exécrable Simon. Il nommera à sa place un homme de confiance s'appelant Jean-Jacques Laurent, créole de la Martinique comme Joséphine, qui veillera sur l'enfant du 29 juillet 1794 au 31 mars 1795, date à laquelle il sera remplacé à son tour par Etienne Lasne. Son départ le 31 mars 1795 était-il en rapport avec la pseudo-évasion ? Pourquoi ne pas l'avoir maintenu à son poste jusqu'à la mort de l'enfant annoncée trois mois plus tard ? Le départ de Laurent coïnciderait-il avec cette machination ?

Y a-t-il eu réellement substitution d'enfant et évasion au profit du jeune Louis XVII ? C'est ce que certains ont affirmé. Le rôle de Joséphine a été à de nombreuses reprises mis en avant dans cette affaire. Dans son Histoire de Louis XVII, Edouard Burton nomme les protagonistes de l'enlèvement de l'enfant : Mme de Beauharnais, le général de Frotté, Ojardias, Joseph Paulin, la comtesse de Emilie des Cars et Mme Athlins, duchesse de Ketteringham.
§ Malheureusement, tout ce qui touche au mystérieux suscite bien souvent des vocations et le dix-neuvième siècle verra apparaître au fil des années de nombreux imposteurs qui tenteront de se faire passer pour Louis XVII. Il semble pourtant que deux (!) d'entre eux furent pris au sérieux : le baron de Richmont (1785-1853) dont le roi Louis-Philippe aurait offert la main de sa fille Clémentine à la condition qu'il renonce à ses prétentions. Ce qu'il refusa tout net. Eugénie de Guérin qui le prenait pour un charlatan, écrira à son père le 23 février 1841 : «Ce qui est frappant, c' est une singulière ressemblance avec le profil de Louis XVI.» (38)
On lira avec intérêt son histoire, parmi celles de ses nombreux concurrents dans Les faux Louis XVII par Léon de la Sicotière Paris, V. Palmé, 1882. Selon cet auteur, il mourut le 10 août 1853, d'une apoplexie foudroyante au château de Vaux-Renard à Gleizé, proche de Villefranche. «Il demeurait [depuis une dizaine de jours] chez la comtesse d'Apchier, dont le mari avait été page de Louis XVI. [...] On avait gravé sur la tombe du défunt l'inscription suivante :

Ci-gît
Louis Charles de France
né à Versailles le 27 mars 1785
mort à Gleizé le 10 août 1853

En 1858, la police fit disparaître cette inscription qui fut ainsi remplacée :

1785
Nul ne dira sur ma tombe
Pauvre Louis
Que tu fus à plaindre !

Le second, Charles Guillaume NAUNDORFF, tentera d'obtenir la reconnaissance de ce qu'il prétendait être sa véritable identité, sans succès. Une analyse ADN dont les conclusions ont été rendues en avril 2000 est venue infirmer les prétentions des descendants du sieur Naundorf. Encore que les prélèvements choisis pour cette analyse sont fortement mis en cause. L'analyse fut aussitôt contestée par ses partisans, mais aussi par le Dr Olivier Pascal du CHU de Nantes, expert près la Cour de cassation. Après avoir parcouru l'Europe, notre prétendant se fixera en janvier 1845 à Delft (Hollande). Inventeur d'un procédé pyrotechnique, le roi Guillaume II de Hollande l'autorisera à diriger une usine dans cette ville. Sept mois plus tard, il sera pris de violents vomissements et après une agonie de huit jours s'éteindra le 10 août 1845. La Hollande (dupée ?) autorisera ses descendants à porter le nom de Bourbon et ne s'opposera pas à cette inscription sur sa tombe :

Duc de Normandie
Louis XVII
Roi de France et de Navarre

 

De toute évidence, nous sommes confrontés à un Louis XVII de trop ! Ce qui m'incite à m'abstenir d'évoquer les nombreux autres prétendants. Ce n'est d'ailleurs pas l'objet de cette étude.

Si Joséphine avait réellement participé à l'évasion de Louis XVII et favorisé sa sécurité en le plaçant chez quelques parents adoptifs, en 1814 elle détenait à coup sûr une arme redoutable contre Louis XVIII. En faisant réapparaître Louis XVII, c'est toute la légitimité de Louis XVIII qui s'écroulait ! Il usurpait alors la couronne et le trône au détriment de son propre neveu, toujours vivant ! Qu'un sombre témoin de l'affaire eût voulu parler, on l'aurait écouté et immédiatement interné à Charenton sans que l'affaire troublât l'opinion. En revanche, le témoignage d'une impératrice aurait eu de quoi ébranler les partisans de Louis XVIII et attirer à Elle le soutien d'une partie non négligeable de la population.

Dans sa récente et remarquable biographie sur Joséphine, Françoise Wagener écrit : «Cette mort foudroyante a un énorme retentissement : Joséphine était universellement aimée, elle ne laissait que de bons souvenirs autour d'elle. Son entourage est inconsolable, le peuple, la société, les souverains, tous sont atterrés de la soudaineté de sa disparition. À tel point que des rumeurs se font jour : pourquoi la bonne Impératrice a-t-elle été enlevée si vite ? Aimée de Coigny, la mieux informée toujours, évoquera crûment Barras sachant «le secret de la substitution du Dauphin [au Temple]. Par-là, il a tenu, il tient tous ceux qui l'ont entouré ou qui lui ont succédé. Quelqu'un qui en savait autant, qui a eu le tort d'en parler mal à propos, malgré son rang en est morte». Ce quelqu'un, ajoute Françoise Wagener, c'est Joséphine, qui, bien sûr, se trouvait aux côtés de Barras, en 1795, et qui si elle en parla «mal à propos», le fit au Tsar, en ces jours d'avril et de mai 1814. Dans les milieux royalistes, on étouffa bien vite ces échos.»
(39) Joséphine avait-t-elle réellement participé à cette évasion ? S'en était-elle ouverte auprès du Tsar Alexandre pour mieux appuyer quelques revendications ? N'attendait-elle pas du roi qu'il lui confirmât son titre de duchesse de Navarre accordé par Napoléon ?

Quoi que le Tsar Alexandre ne portait pas les Bourbons dans son coeur, s'il reçut de Joséphine cette confidence, il voulut sans doute en obtenir confirmation auprès de Monsieur de Talleyrand qui avait contribué au retour de Louis XVIII. La suite est aisée à deviner. Sa maladresse, si ce fut le cas, aura été fatale à Joséphine.

Sa majesté très-catholique régnera de 1814 à 1824 (excepté les Cent-jours de 1815). Le roi avait-il un doute quant à la survie de son jeune neveu ? Redouta-t-il la colère de Dieu ? Toujours est-il qu'il renonça à se faire sacrer roi de France comme le veut l'usage ! Renoncement fort curieux, non ? Son frère, le comte d'Artois et futur Charles X, son heure venue, n'aura aucun scrupule.

 

Conclusions


J'entends déjà s'élever les protestations des partisans de l'historiquement correct. Ceux qui ne donnent de crédit qu'aux versions officielles. Les historiens abusés dans cette affaire se comptent à la pelle. Je trouve infiniment navrant que certains d'entre eux abandonnent leurs investigations dès lors qu'on leur présente un compte-rendu officiel d'autopsie. Quand il s'agit d'un crime d'Etat, il va de soi que toutes les précautions sont prises pour le déguiser. Rien n'est laissé au hasard. Pas même le choix du médecin-légiste. Aussi, je suis bien triste lorsque je relis l'éminent historien que fut Paul Fleuriot de Langles dans un article qu'il écrivit en juillet 1964 pour la Revue de l'Institut Napoléon, p. 101 : «Si rapide qu'eût été cette mort, le procès-verbal d'autopsie invite à ne rien retenir de l'hypothèse selon laquelle Joséphine aurait été victime d'un empoisonnement.» Partant de là, l'affaire est entendue et il n'y a plus à revenir dessus ! Un peu commode, non ? Plus proche de nous, cela me rappelle également l'éloge funèbre que prononça Philippe Seguin, alors président de l'Assemblée Nationale, le 18 mai 1993, à l'occasion des obsèques de monsieur Pierre Bérégovoy, ancien Premier ministre et dont le suicide officiel suscita quelques doutes parmi ses proches et dans une partie de l'opinion. «[...] Préservons aujourd'hui le mystère du geste qui brisa cette vie. [...] Il y a eu assez d'exégèses de cette mort brutale, assez d'hypothèses agitées, de théories répandues et de certitudes assenées pour ne pas en ajouter de nouvelles.» Loin de moi l'idée de sous-entendre quoi que ce soit sur la cause réelle du décès de Pierre Bérégovoy. En revanche, les propos tenus par Philippe Seguin étaient-ils réellement commandés par un désir d'apaisement face à la rumeur qui circulait dans l'opinion ? On ne peut en douter ! Mais reconnaissons que ces propos ont dû être ressentis bien cruellement par les partisans du suicide déguisé qui y ont probablement vu une invite à la justice à préserver le mystère. Comme pour cette dernière, il n'est pas du rôle de l'historien d'avoir à préserver des mystères, mais bien à les résoudre !

Pour ma part, devais-je me taire face à tous ces éléments qui attestent que la mort de l'Impératrice Joséphine ne fut point une mort naturelle ? Je veux bien croire qu'elle fut la victime d'un «refroidissement», mais seulement dans le sens populaire du terme : on l'a «refroidie !»

Pour de nombreux criminels, la mort par empoisonnement est restée fort longtemps la méthode la plus sûre pour se débarrasser de quelqu'un sans risquer de se faire prendre. Les symptômes des poisons ingurgités présentaient souvent l'avantage d'être confondus avec ceux de maladies bien réelles. Les médecins furent bien longtemps bernés. Certains criminels ne se firent prendre qu'en raison du trop grand nombre de gens qu'ils faisaient passer de vie à trépas. Ce fut le cas de la célèbre marquise de Brinvilliers au XVIIIème siècle. Au XIXème siècle, ce fut également le cas d'Hélène Jegado, femme de chambre, native de Plouhinec (56), qui fut reconnue coupable d'avoir empoisonné 23 personnes à l'arsenic. Condamnée à mort, elle fut guillotinée à Rennes en 1852. En revanche, si l'assassin se montrait «raisonnable», son crime pouvait parfaitement tromper l'entourage de sa victime ainsi que le médecin de cette dernière.

Dans un autre genre, la propre mère de Joséphine sera victime d'une tentative d'empoisonnement par l'adjonction de verre pilé dans ses aliments en 1806. Ainsi faisant, la coupable espérait obtenir la mort de sa victime par hémorragie interne. Elle sera démasquée, jugée et condamnée à être brûlée vive. La sentence sera exécutée au lendemain du jugement.
(40) Il serait fastidieux de rappeler ici le nom de toutes les victimes d'empoisonnement pour raison d'Etat que compta l'histoire du monde et dont les commanditaires ne furent jamais inquiétés. Cepandant, que l'on veuille bien me pardonner d'avoir ici une pensée particulière pour la reine Caroline d'Angleterre, princesse de Galles (1768-1821) qui tomba malade le 30 juillet 1821 alors qu'elle se trouvait au théâtre de Drury-Lane et succomba le 7 août suivant d'un «refroidissement» et d'une «inflammation d'entrailles.» Son mari, Georges IV, venait d'accéder au trône et ne la voulait point pour reine. Il demanda le divorce. Les tribunaux le lui refusèrent quelques semaines seulement avant la cérémonie du sacre. Juridiquement parlant, rien ne s'opposait plus désormais à ce que la princesse de Galles soit sacrée reine d'Angleterre. Quinze jours avant la cérémonie du sacre, il lui fut fait interdiction d'y paraître. Ne pouvant divorcer, Georges IV ordonna probablement son empoisonnement, ce qui lui permit de se faire sacrer seul ! Les obsèques de la reine "outragée" faillirent tourner à l'émeute ! La destinée tragique de cette princesse de Galles en évoque curieusement une autre : celle de Lady Diana dont les circonstances de la mort ne sont pas acceptées par tous, encore que la thèse accidentelle semble la plus sérieuse. Néanmoins, il est des morts bien arrangeantes ! C'est sous ce même Georges IV, alors prince-régent d'Angleterre, que Napoléon sera trompé et déporté à Sainte-Hélène jusqu'à sa mort par empoisonnement lui aussi, en 1821, comme l'a démontré, avec un talent et une ténacité qui forcent le respect, le canadien Ben Weider, en sollicitant les plus éminents toxicologues mondiaux.

Depuis fort longtemps, les propriétés mortelles de certaines plantes étaient connues. En respirer certaines n'est pas sans risque. Des mains criminelles versaient parfois, quelques pincées de poudre toxique sur les oreillers, les vêtements et même des bouquets de fleurs ! Certaines décoctions étaient vendues fort chères à qui savait où s'en procurer. Longtemps les plantes tinrent la vedette au fond des petites fioles qui circulaient sous le manteau. Puis vinrent les poisons chimiques. L'arsenic régna alors en maître. Il présentait le délicieux avantage d'être inodore et sans saveur. Un savant dosage permettait l'obtention d'une mort foudroyante dont la crise qui précédait s'apparentait à une crise «apoplexique». Mais plus souvent, on servait à la future victime des doses infinitésimales, sur une période pouvant aller de quelques semaines à plusieurs mois, de telle sorte que l'entourage suivait l'évolution du mal sans en soupçonner la cause réelle. La mort survenait inéluctablement. On diagnostiquait alors «l'infection pulmonaire». En réalité, c'était tout le corps qui était infecté. Bien des médecins furent bernés par ces deux méthodes.

A propos de l'annonce officielle de la mort par «apoplexie» du tsar Paul 1er, le prince de Talleyrand écrira : «Ils pourraient changer de temps en temps.»
(41) Le prince de Talleyrand n'a jamais compté au rang des naïfs. Cela se saurait ! Je ne puis m'empêcher de rappeler ici que le prince Eugène, fils de Joséphine, mourra à son tour en 1824, d'une crise «d'apoplexie» à l'âge de 42 ans et 5 mois. Bien que vivant en Allemagne sitôt après la mort de sa mère, aux yeux de bien des bonapartistes de France, il demeurait toujours un recours face aux Bourbons. Quant au malheureux fils de Napoléon retenu prisonnier à Vienne, il mourra à l'âge de 21 ans et 4 mois d'une «maladie de poumons». Je note encore que le Docteur Béclard, médecin-légiste qui pratiqua l'autopsie du corps de Joséphine, décèdera le 16 mars 1825 à l'âge de 39 ans. Ce décès prématuré l'empêchera d'assister au sacre du comte d'Artois qui se déroulera le 29 mai suivant, soit onze années jour pour jour après la mort de Joséphine. Le comte d'Artois s'est-il débarassé de celui dont il sollicita la complicité en mai 1814 ? On ne le saura sans doute jamais.

La chute de l'Empire et la Restauration, commandèrent aux plus intuitifs la plus extrême prudence, mais personne n'était dupe. En ce printemps de 1814, la France était toujours envahie par les armées étrangères. Elle comptait ses morts et pansait ses blessures. A part cela, sur la demande de Talleyrand, Beugnot et Pasquier avaient fait dire au comte d'Artois dans le Moniteur, pour saluer le retour du roi : «Rien n'est changé en France; il n'y a qu'un français de plus !» Il y avait surtout une impératrice de moins ! La version officielle du décès de l'Impératrice Joséphine ne suscitera donc aucune protestation. Pas même de sa famille.

Barras écrira dans ses mémoires : «Depuis la mort de cette femme, il lui est échu un trousseau de vertus extraordinaires. On a voulu surtout lui donner la bonté en partage, et il est proverbialement reçu de dire : «la bonne Joséphine».
(42) En effet, sitôt après sa disparition, le gouvernement autorisera, pour ne pas dire encouragera, la publication de nombreux petits ouvrages à la mémoire de cette bonne «Joséphine» qui ne laissait derrière Elle que des regrets. Comble du raffinement posthume, on l'y présentera comme un modèle de dévouement à la royauté ! Dans l'un d'eux, on lui fera dire sur son lit d'agonisante : «Le sang a trop longtemps coulé. Souverains légitimes, les Bourbons rentrent dans des droits imprescriptibles; rien ne doit plus s'opposer à leurs généreux desseins. Je meurs en faisant des voeux sincères pour leur bonheur et la prospérité de leurs états.» (43) Tous ces mensonges et autres louanges posthumes n'avaient qu'un but : endormir le peuple ! A cet égard, ce fut amplement réussi, car j'ai le regret de le constater après bientôt deux siècles écoulés : il dort encore !


Tombeau de Joséphine

Joséphine reposera onze années dans la cave du presbytère de Rueil, jusqu'à ce que le tombeau érigé dans une des chapelles de l'église Saint-Pierre Saint-Paul et commandé par Eugène et Hortense soit prêt à recevoir ses restes mortels. On peut toujours l'y voir, priant à genoux, représentée sous la forme d'une statue en marbre blanc de Carrare.(Oeuvre de Cartellier). Attitude qui n'est pas sans rappeler celle qu'elle adopta un certain deux décembre 1804, quand elle reçut des mains de l'Empereur Napoléon 1er, la couronne qui faisait d'elle la première impératrice d'une dynastie qui allait étonner le monde.

Le monument, qui fut dessiné par l'architecte Berthaud, sera terminé en 1825. Le comte d'Artois ayant succédé à son frère Louis XVIII sous le nom de Charles X, afin de ne pas lui déplaire, on taira son titre à l'impériale défunte. On gravera simplement sur le socle du monument :

A
JOSEPHINE
HORTENSE ET EUGENE
1825


L'année de sa mort ne devant pas être associée à la première Restauration de 1814, on se gardera bien de la faire figurer. Ainsi faisant, on justifiera plus aisément l'absence de celle de sa naissance ! Troublant, non ? Si sa fille Hortense repose bien dans cette église, son tombeau est situé dans une autre chapelle. Quant à son fils Eugène, depuis 1824, il repose dans la crypte des rois de Bavière à Munich. Autre précision de taille que nous rapporte sa servante : «Le monument de l'Impératrice est placé près de celui où reposent les restes de M. Tasher, oncle de Sa Majesté, qu'elle-même lui avait fait ériger, et dont en 1816, on a fait disparaître les inscriptions(44) A-t-on fait disparaître également le coeur et les entrailles de Joséphine qui furent placés après l'autopsie dans une boite de vermeil, elle-même déposée dans son tombeau le jour des funérailles ? Les descendants de l'Impératrice seraient bien inspirés de s'en assurer. Car en confiant cette boite de vermeil à un laboratoire scientifique, malgré les années écoulées, peut-être pourrions-nous encore découvrir la nature du poison qui emporta la première épouse de Napoléon un dimanche de Pentecôte, dans la maison du mal, en cette fin de mai 1814.

Nous donnerons le mot de la fin à Monsieur de Talleyrand, prince de Bénévent, grand diplomate, expert en intrigues de toutes sortes et dont le cerveau, après sa mort, finira dans les égouts de Paris :
«Un monarque n'est jamais cruel sans nécessité; les gouvernements commettent des fautes, jamais de crimes. Un criminel ne redevient dangereux que lorsqu'il est gracié; il n'y a que les morts qui ne racontent pas d'histoire et qui ne reviennent pas. Quant au remords, c'est l'indigestion finale des imbéciles qui manquent d'estomac.» (45)


A. Martin - Mai 2002

 

 

Sources :

35 - Napoléon et la police sous la première Restauration - d'après les rapports de police du comte Beugnot au roi Louis XVIII - Annotés par Eugène Welvert - pp. 20-21 - Roger et Chernoviz - SD
(35bis) - Mémoires de la Reine Hortense / publiés par le prince Napoléon ; avec notes de Jean Hanoteau - Vol. 2 - pp. 246-247 - Plon (Paris) - 1927
36 - Joséphine - André Castelot - p. 616 - Librairie Académique Perrin - 1964
37 - Mémoires de Mademoiselle Avrillion - Première femme de chambre de l'Impératrice - p.312 - Mercure de France - 1969
38 - Lettres d'Eugénie de Guérin -1831-1847 pp. 409 - publ. avec l'assentiment de sa famille - par G. S. Trébutien - Paris INALF - 1961
39 - L'Impératrice Joséphine - par Françoise Wagener - pages 402 et 403 - Grandes Biographies - Flammarion, 1999
40 - L'Impératrice Joséphine - par Françoise Wagener - pages 89, 90, 415 à 426 - Grandes Biographies - Flammarion - 1999
41 - La confession de Talleyrand - 1754-1838 - Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord - Ed. L. Sauvaitre - Paris 1891
42 - Mémoires de Barras - Membre du Directoire - tome 4 - P. 314 - Paris - Hachette - 1896
43 - L'Impératrice Joséphine - Bernard Chevallier et Christophe Pincemaille - pp. 432,433 - Presses de la Renaissance - Paris, 1988
44 - Mémoires de Mademoiselle Avrillion - Première femme de chambre de l'Impératrice p. 317 Mercure de France - 1969
45 - La confession de Talleyrand - 1754-1838 - Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord - p. 142 - Ed. L. Sauvaitre - Paris 1891

 

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8.10.2002 - Jacques Macé ne croit pas à un assassinat
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