L'impératrice Joséphine (1763 - 1814) première épouse de Napoléon 1er.

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L'assassinat de l'Impératrice Joséphine
au château de Malmaison

 

Façade avant

Selon la légende, Malmaison tirerait son nom de mala mansio, mauvaise maison. Ancien fief de l'abbaye de Saint-Denis au 13ème siècle, elle fut une sorte de sanatorium, maladrerie ou léproserie nous apprend Jean Bourguignon, ancien conservateur des musées nationaux (1). Talleyrand, dans sa Confession (2), prétend que «le château fut habité par le bourreau du cardinal de Richelieu. Ce séjour, de superstitieuse mémoire, lui valut le nom de Maison du diable, Maison maudite, Mala domus, Maison du mal, dont on a fait Malmaison...»

Ce n'est pourtant pas cette mauvaise réputation qui empêcha Madame Bonaparte, d'acheter pour le compte de son mari, alors en Egypte, cette demeure qui allait, quinze années durant, voir défiler dans ses murs, tout ce que Paris et l'Europe comptait de personnalités influentes dans les domaines les plus divers.

C'est par une lettre écrite à son frère Joseph, que le général Bonaparte exprima son voeu :
«Je pense être en France dans deux mois; fais en sorte que j'aie une campagne à mon arrivée, soit près de Paris ou en Bourgogne.» (3) Déjà, avant le 13 vendémiaire, il avait sollicité Bourrienne : «Cherche un petit bien dans ta belle vallée de l'Yonne; je l'achèterai dès que j'aurai de l'argent; mais n'oublie pas que je ne veux pas de bien national.» (4) C'est finalement Joséphine qui concrétisera son souhait le 21 avril 1799, en signant devant maître Raguideau, notaire à Paris, l'acte d'achat du château aux époux Le Couteulx du Molay pour la somme de 250 000 Francs à valoir sur la demeure meublée et son domaine. Dans un premier temps, elle ne régla que le mobilier; encore dut-elle emprunter pour ce faire. Le retour précipité d'Egypte du général Bonaparte fin 1799 et son ascension fulgurante après le dix-huit brumaire, permirent de mener à bien cette acquisition. Ce modeste château et son domaine bénéficia alors de travaux d'embellissement et d'agrandissement sous la direction de sa nouvelle châtelaine qui dépensa sans compter, afin de lui donner l'allure que nous lui connaissons encore aujourd'hui, même si le domaine a été bien morcelé depuis.

Les meilleurs architectes, (dont Percier et Fontaine), ainsi que les meilleurs jardiniers-paysagistes du temps (Howatson, Morel, Berthault), furent appelés par Joséphine pour transformer la demeure et son parc selon ses goûts. En 1802, on y construisit même un petit théâtre à l'extrémité est de la galerie pour satisfaire à la demande d'Hortense, fille de Joséphine et future reine de Hollande. Quant aux acteurs, ils étaient tout simplement choisis dans la famille et le cercle d'amis des Bonaparte.
Façade arrière de Malmaison

Comme il est dommage, qu'en ce temps là, le camescope restât encore à inventer ! Il nous aurait probablement légué de savoureux instants. C'est qu'en effet, voir et entendre Louis et Jérôme (frères de Napoléon), Bourrienne, le peintre Isabey, Junot, Eugène, etc. donner la réplique à Mmes Murat, Savary, Ney, Hortense, etc. devait être un délicieux moment de détente. Isabey, en plus de jouer la comédie, était décorateur et metteur en scène. Le grand Talma lui-même, conseillait la troupe. Bonaparte fixait le répertoire quand il ne distribuait pas les rôles lui-même. Le Mariage de Figaro et le Barbier de Séville comptèrent parmi ses pièces préférées. Chacun devait tenir son rôle avec le plus grand sérieux. Et gare à celui qui omettait une réplique ! A l'issue des représentations, le Premier consul savait aussi s'octroyer le titre de critique théâtral !

Lorsque la douceur des beaux jours le permettait, les parties de colin-maillard transformaient le parc verdoyant du château en cour de récréation. Et le Premier consul n'hésitait pas à prendre part à ces jeux enfantins. Laissons la parole à Laure Junot, future duchesse d'Abrantès : "Quand il était de bonne humeur, que le temps était beau et qu'il avait à sa disposition quelques minutes dérobées à ce travail constant qui le tuait alors, il jouait aux barres avec nous.
Le parc
Il trichait comme au reversi, par exemple. Il faisait tomber, il arrivait sur nous sans crier : barre ! Enfin c'étaient des tricheries qui provoquaient des rires de bienheureux. Dans ces occasions-là, Napoléon mettait habit bas et courait comme un lièvre, ou plutôt comme la gazelle à qui il faisait manger tout le tabac de sa tabatière, en lui disant de courir sur nous, et la maudite bête nous déchirait nos robes et bien souvent les jambes." (5)

Il lui arrivait aussi, hélas, depuis une fenêtre du château et après s'être armé d'un fusil, de tirer quelques cygnes qui évoluaient sur les pièces d'eau. Aux premiers coups de feu, Joséphine se précipitait sur le coupable qui se laissait désarmer en éclatant de rire. Joséphine aimait trop les animaux pour souffrir de semblables actes. D'ailleurs, elle fit construire plusieurs enclos et volières dans le parc pour y accueillir, gazelles, kangourous, chamois, antilope, oiseaux exotiques, cigognes et même un phoque ! Elle fit également l'acquisition de 500 moutons mérinos qu'elle fit venir d'Espagne ainsi qu'un troupeau de vaches suisses dont elle confia la garde et les soins à un paysan suisse pour lequel elle fit construire un chalet près de l'étang de Saint-Cucufa, non loin.

Le Premier consul créa une Salle du conseil dans une des pièces du rez-de-chaussée du château qui devint pendant les trois premières années du Consulat, le second siège du gouvernement. C'est ici qu'il délibéra en compagnie des plus hauts dignitaires du régime : Talleyrand, Fouché, Cambacérès, etc. Code civil et Légion d'Honneur furent ici évoqués, ainsi que de nombreuses autres questions touchant au gouvernement de la France.
La Salle du conseil


Tout comme la véranda à l'entrée du château, la Salle du conseil a l'allure d'une tente, comme celles qu'il occupait sur les champs de bataille d'Italie et d'Egypte. Même revêtu de l'habit de Premier consul, toutes les personnes qui avaient le privilège d'être reçues dans cette pièce pour y travailler aux destinées de la France, ne devaient pas perdre de vue que Napoléon Bonaparte était avant tout un chef de guerre. La décoration des murs devait donc restituer la gloire dont il s'était déjà auréolé depuis le siège de Toulon.
Vue interne au-dessus de la porte d'entrée de la salle du conseil

Ce goût de la mise en scène était inné chez lui. Plus tard, en 1814, lors de son premier exil à l'île d'Elbe, il créa une salle égyptienne dans la plus grande des pièces de sa résidence d'été de San Martino. A proximité de la Salle du conseil, il fit également aménager une magnifique bibliothèque.

Un jour qu'il se promenait en compagnie de Thibaudeau sur l'une des allée du parc, il lui fit cette confidence :
«J'étais ici dimanche dernier, me promenant dans cette solitude, dans ce silence de la nature, le son de la cloche de Rueil vint tout à coup frapper mon oreille. Je fus émus, tant est forte la puissance des premières habitudes et de l'éducation. Je me dis alors : "Quelle impression cela ne doit-il pas faire sur les hommes simples et crédules ?" Que vos philosophes, que vos idéologues répondent à cela. Il faut une religion au peuple.» (6) Peu de temps après, le 15 juillet 1801, il signait le Concordat qui rétablissait la religion catholique en France.

En 1802, à la suite de la proclamation du Consulat à vie, le couple s'éloigna de Malmaison, pour s'installer au proche château de Saint-Cloud. Joséphine continua néanmoins à venir régulièrement à Malmaison, poussé en cela par sa passion des fleurs et de la botanique en général. Elle avait en effet fait aménager une grande serre chaude, pour laquelle elle fit venir des quatre coins du monde, les plantes les plus rares et sut s'entourer pour la circonstance, des plus éminents spécialistes. De cette passion, naîtront deux ouvrages remarquables : Jardin de la Malmaison sous la direction de Ventenat, illustré par Redouté et Description de Plantes rares cultivées à la Malmaison et à Navarre sous celle de Bonpland, intendant du domaine en 1809.

A table, et au moment du dessert, il n'était pas rare que les invités se vissent proposer par la maîtresse des lieux, toute triomphante, bananes, ananas et autres fruits exotiques qui provenaient de la serre chaude de Malmaison. N'y pouvait-on voir là, plus belle récompense aux efforts consentis ? N'était-ce pas en souvenir de sa Martinique natale qu'elle avait jadis quitté à l'âge de seize ans, qu'elle régalait ainsi ceux qui l'entouraient ?
Magnifique service de table de Sèvres

Son petit-fils, Louis-Napoléon, fils d'Hortense et futur Napoléon III, se souviendra dans son exil anglais, des bontés de sa grand-mère :
«Mon frère et moi étions maîtres de tout faire, y compris de couper les cannes à sucre de la serre pour les sucer». (7)

C'est assurément à Malmaison que Joséphine, en compagnie de son époux et de ses deux enfants, Eugène et Hortense, passa les plus beaux moments de sa vie. Mais ce bonheur dut bientôt être sacrifié sur l'autel de la raison d'État. A la fin de l'année 1809, ne pouvant donner d'héritier à l'Empire, Joséphine fut écartée au profit d'une jeune archiduchesse autrichienne de dix-huit ans et quatre mois : Marie-Louise de Habsbourg-Lorraine (1791-1847), fille de l'empereur François 1er d'Autriche, roi de Bohême et de Hongrie, et de Marie-Thérèse de Naples. Napoléon l'épousa le 2 avril 1810.
L'Impératrice Joséphine

Le 15 décembre 1809, le divorce fut prononcé. Elle quitta alors, dans la plus grande dignité, le château des Tuileries pour s'engouffrer dans un carrosse qui l'emmena, tous rideaux baissés, vers Malmaison. Ce fut réfugiée parmi ses fleurs et ses animaux qu'elle consomma un chagrin trop sincère pour être dissimulé. Dès le 17 décembre, Napoléon lui écrivit : "Mon amie, je t'ai trouvée aujourd'hui plus faible que tu ne devais être. Tu as montré du courage ; il faut que tu en trouves pour te soutenir ; il faut ne pas te laisser aller à une funeste mélancolie ; il faut te trouver contente et surtout soigner ta santé, qui m'est si précieuse. Si tu m'es attachée et si tu m'aimes, tu dois te comporter avec force, et te placer heureuse. Tu ne peux pas mettre en doute ma constante et tendre amitié, et tu ne connaîtrais bien mal tous les sentiments que je te porte, si tu supposais que je puis être heureux si tu n'es pas heureuse, et content si tu ne te tranquillises. Adieu, mon amie; dors bien; songe que je le veux." (8)

Napoléon pourvut à son aisance matérielle. Non seulement elle garda son rang et son titre d'Impératrice-Reine, mais surtout le château de la Malmaison lui fut maintenu. Elle reçut en partage l'Elysée-Napoléon comme on l'appelait à l'époque, qu'elle restitua plus tard contre le château de Navarre près d'Evreux et celui de Laeken, près de Bruxelles. Elle reçut encore un douaire fixé à une rente annuelle de deux millions de francs sur le trésor de l'État. Mais que sont deux millions pour une âme en peine ? Napoléon qui détestait les scandales dut intervenir à plusieurs reprises afin de renflouer celle qui n'était plus que son amie. La lettre ci-dessous témoigne de la générosité de l'Empereur, mais surtout de sa mansuétude :

"J'ai accordé 100.000 francs pour 1810 pour l'extraordinaire de la Malmaison. Tu peux donc planter tout ce que tu voudras; tu distribueras cette somme comme tu l'entendras. J'ai chargé Estève [trésorier général de la Couronne] de te remettre 200,000 francs, aussitôt que le contrat de la maison Julien (château de Bois-Préau à proximité) sera fait. J'ai ordonné que l'on paierait ta parure de rubis, laquelle sera évaluée par l'intendance, car je ne veux pas de volerie de bijoutiers. Ainsi voilà 400,000 francs que cela me coûte. J'ai ordonné que l'on tint le million que la liste civile te doit, pour 1810, à la disposition de ton homme d'affaires pour payer tes dettes. Tu dois trouver dans l'armoire de Malmaison 5 ou 600,000 francs ; tu peux les prendre pour faire ton argenterie et ton linge. J'ai ordonné qu'on te fit un beau service de porcelaine à Sèvres; l'on prendra tes ordres pour qu'il soit très-beau."(9)

Convoité depuis de nombreuses années, l'Impératrice acheta en 1810 le château de Bois-Préau [Maison Julien], tout proche, pour y loger ses invités, mais également ses domestiques. Démoli, puis reconstruit en 1854, il deviendra musée national en 1926. Le château de Bois-Préau est aujourd'hui consacré aux souvenirs de la captivité de l'Empereur Napoléon à Sainte-Hélène et à la légende impériale.

La vie de Joséphine s'écoula désormais dans la monotonie et la tristesse. Et ni les voyages, ni le semblant de cour qu'elle constitua autour d'elle ne lui rendirent la paix intérieure. Sa présence trop proche de Paris risquant de froisser la nouvelle Impératrice, pour ne pas dire la seconde, Napoléon l'invita bien vite à s'éloigner de Malmaison pour s'installer au château de Navarre , près d'Evreux.
La reine Hortense

En réalité, l'Empereur voyait d'un fort mauvais oeil, les allées et venues au château si proche des portes de Paris, de ceux contre lesquels une disgrâce avait été prononcée. Et c'est tout naturellement auprès de l'Impératrice déchue que ces derniers accouraient en espérant son intervention auprès de l'Empereur. Obéissante et la mort dans l'âme, Joséphine consentit à se transporter au château de Navarre, emmenant avec elle sa cour et ses gens. Elle y séjourna quelques temps. Sa fille Hortense et ses enfants, séparée de Louis en 1810, après la renonciation de ce dernier au trône de Hollande, viendront la rejoindre à Navarre, tandis que son fils Eugène, vice-roi d'Italie continua sa brillante carrière au service de Napoléon. Malgré l'importance des dépenses engagées à la réfection du château de Navarre, Joséphine ne s'y sentira jamais à l'aise. Trop éloignée de Paris et de ses fournisseurs (auraient pu dire les mauvaises langues), elle viendra se réinstaller, avec l'accord de l'Empereur, à Malmaison dès le mois de mai 1810.

Ecartée des fastes de ce prodigieux empire, elle n'en continua pas moins à faire le bonheur autour d'elle, mais aussi et toujours, celui de ses fournisseurs. Excédé, Napoléon lui adressa cette lettre :
«J'envoie savoir comment tu te portes, car Hortense m'a dit que tu étais au lit hier. J'ai été fâché contre toi pour tes dettes ; je ne veux pas que tu en aies ; au contraire, j'espère que tu mettras un million de côté tous les ans, pour donner à tes petites-filles, lorsqu'elles se marieront. Toutefois, ne doute jamais de mon amitié pour toi, et ne te fais aucun chagrin là-dessus. Adieu, mon amie ; annonce-moi que tu es bien portante. On dit que tu engraisses comme une bonne fermière de Normandie.» (10) Fut-elle sensible à ce dernier compliment ? Toujours est-il qu'elle demanda et obtint la permission de l'Empereur de se rendre à Aix durant l'été 1810, pour y prendre les eaux et peut-être un amant, diront certains, sans la moindre preuve. La duchesse d'Abrantès, dans ses mémoires, rapporte qu'elle visita également une partie de la Suisse et qu'elle "faillit périr sur le lac de Genève, dans une promenade où elle se trouvait dans la même barque que plusieurs personnes de Paris comme M. de Flahaut, etc." L'Empereur, l'ayant appris, lui écrivit le 10 juin 1810 : «J'ai reçu ta lettre; j'ai vu avec peine le danger que tu as couru. Pour une habitante d'une île de l'océan, mourir dans un lac, c'eût été fatalité. [...]» (11)

Malgré cet incident sans conséquences, Joséphine trouva la Suisse fort belle et, fidèle à ses instincts, acheta le petit château de Prégny, proche de Genève. Cette nouvelle acquisition déplut fortement à l'Empereur. A la Cour, cet achat fit jaser. La grossesse de l'Impératrice Marie-Louise étant avérée, l'Empereur s'efforça alors d'éloigner Joséphine de Malmaison. Aussi, sans se mettre en avant, il fit intervenir sa dame de compagnie, madame de Rémusat qui, ayant devancé son retour à Paris, lui écrivit une longue lettre, dont voici un extrait : «[...] Ici, au milieu de la joie que cause cette grossesse, à l'époque de la naissance d'un enfant attendu avec tant d'impatience, au milieu des fêtes qui suivront cet événement, que feriez-vous, madame ?... Que ferait l'Empereur, qui se devrait aux ménagements qu'exigerait l'état de cette jeune mère, et qui serait encore troublé par le souvenir des sentiments qu'il vous conserve ?... Il souffrirait, quoique votre délicatesse ne se permît de rien exiger. Mais vous souffririez aussi; vous n'entendriez pas impunément le cri de tant de réjouissances, livrée, comme vous le seriez peut-être, à l'oubli de toute une nation, ou devenue l'objet de la pitié de quelques-uns qui vous plaindraient peut-être, mais seulement par esprit de parti. Peu à peu votre situation deviendrait si pénible, qu'un éloignement complet parviendrait seul à tout remettre en ordre. Puisque j'ai commencé, souffrez que j'achève... Il vous faudrait quitter Paris. La Malmaison, Navarre même, seraient trop près des clameurs d'une ville oisive et quelquefois malintentionnée. Obligée de vous retirer, vous auriez l'air de fuir par ordre, et vous perdriez tout l'honneur que donne l'initiative dans une conduite généreuse. [...] Et d'ailleurs, outre la récompense toujours attachée à une action droite et raisonnable, avec cet aimable caractère qui vous distingue, cette disposition à plaire et à vous faire aimer, peut-être trouverez-vous dans un voyage prolongé des plaisirs que vous ne prévoyez pas d'abord. A Milan, le spectacle si doux des succès mérités d'un fils vous attend. [...]» (12)

Peu de temps après, le 1er octobre 1810, elle en reçut une autre. Cette fois de l'Empereur. Ce dernier, jugeant sans doute qu'une tournure moins diplomatique aurait davantage raison des réticences de l'Impératrice, il lui écrivit sans ménagement : « J'ai reçu ta lettre. Hortense, que j'ai vue te dira ce que j'en pense. Va voir ton fils cet hiver; reviens aux eaux d'Aix l'année prochaine, ou bien reste au printemps à Navarre. Je te conseillerais bien d'aller à Navarre tout de suite, si je ne craignais que tu ne t'y ennuyasses. Mon opinion est que tu ne peux être, l'hiver, convenablement qu'à Milan où à Navarre. Après cela, j'approuve tout ce que tu feras; car je ne veux te gêner en rien. Adieu, mon amie. L'Impératrice est grosse de quatre mois. [...] Sois contente et ne te monte pas la tête; ne doute jamais de mes sentiments.»(13)

Ni madame de Rémusat, ni l'Empereur ne parvinrent à convaincre Joséphine d'avoir à accomplir ce nouveau sacrifice sous le soleil d'Italie. Elle n'y consentit que deux années plus tard, à l'occasion de la naissance de sa petite-fille Amélie, future impératrice du Brésil et quatrième enfant d'Eugène et d'Augusta de Bavière. Elle revint à Malmaison, puis partit passer l'hiver à Navarre sur l'intervention probable de l'Empereur. Le 20 mars 1811, le son des cloches des églises environnantes vint lui rappeler son sacrifice : La veille, l'Impératrice Marie-Louise avait offert un héritier au trône en donnant naissance au roi de Rome. Ainsi, son sacrifice ne fut pas vain. En France, mais aussi dans toute l'Europe, cette naissance donna lieu à de nombreuses réjouissances. Malgré les sentiments de tristesse que cette naissance lui procura, Joséphine s'associa à la joie générale en organisant un bal à Navarre où furent conviés les principaux notables d'Evreux et de sa région. Ils ne manquèrent d'ailleurs pas de la féliciter comme on félicite une jeune maman ! Cette conduite, toute emprunte de loyauté à l'égard de l'Empereur et de l'Impératrice, la servit dans son désir de retrouver sa Malmaison quelques semaines plus tard.

Dans le courant de l'année 1813, elle obtint de l'Empereur, après maintes sollicitations, de pouvoir rencontrer l'enfant en cachette de Marie-Louise. L'entrevue, organisée par madame de Montesquiou, gouvernante du petit roi, se fit à Bagatelle en compagnie de l'Empereur, nous apprend la duchesse d'Abrantès :
Le Roi de Rome
"«Allez embrasser cette dame, mon fils, dit l'Empereur à l'enfant, en lui montrant Joséphine qui était retombée tremblante sur le fauteuil, d'où elle s'était soulevée à leur entrée dans l'appartement. Le jeune prince leva ses grands et beaux yeux sur la personne que lui montrait son père; et, quittant la main de Napoléon, il se dirigea, sans montrer de crainte, vers Joséphine qui, l'attirant aussitôt à elle, le serra presque convulsivement contre son sein. Elle était si émue, que l'Empereur reçut la commotion qui se communique toujours à celui qui est spectateur d'une impression vive vraiment éprouvée.»"

Sources :

1 - MALMAISON - Jean Bourguignon - Firmin-Didot, 1937
2 - La confession de Talleyrand - 1754-1838 - Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord - p. 137 - Paris - L. Sauvaitre, 1891
3 - MALMAISON - Yvan David, p. 31 - Le temps, 1966
4 - Mémoires sur Napoléon le Consulat l'Empire et la Restauration par Bourrienne - Vol. 1 p. 70 - Garnier Editeur
5 - Histoire des salons de Paris - Duchesse d'Abrantès - Vol. 5 - Ladvocat - 1838
6 - Mémoires sur le Consulat - Thibeaudeau - P. 151-152
7 - Guy Godlewski - Le Souvenir napoléonien - N 336 - p 28 juillet 1984
8 - Correspondance de Napoléon 1er - Vol. XX -p.78
9 - Histoire des salons - Duchesse d'Abrantès - p. 176 - Vol. 5 - Ladvocat - 1838
10 - Lettres de Napoléon à Joséphine - Paris 1945 - M. Vox - p.56
11 - Histoire des Salons de Paris - Vol. 5 - Duchesse d'Abrantès - pp. 183-184 - Ladvocat - 1838
12 - Histoire des Salons de Paris - Vol. 5 - Duchesse d'Abrantès - pp.185-192 - Ladvocat - 1838
13 - Histoire des Salons de Paris - Vol. 5 - Duchesse d'Abrantès - pp.192-193 - Ladvocat - 1838

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