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harles-Angélique-François
Huchet de La Bédoyère, issu d'une vieille famille
bretonne, naît à Paris le 17 avril 1786. Après
avoir grandi dans un royalisme ambiant, le jeune Charles, au
sortir de la tourmente révolutionnaire n'a qu'un but :
" Il est dévoré de la passion de servir
à la grandeur française ", comme l'écrit
Marcel Doher dans la biographie qu'il lui a consacré.
Après un voyage au cours duquel, en compagnie de son frère
Henry, il parcourt la France, la Suisse et l'Allemagne, il rencontre
la célèbre Madame de Staël. Il devient d'ailleurs
un des habitués de son salon de Coppet. Mais c'est la
carrière des armes qui est son objectif ; en 1806, nous
retrouvons Charles lieutenant en second à la 2ème
compagnie des gendarmes d'ordonnance. Notons au passage que La
Bédoyère était un cousin éloigné
de Charles de Flahaut, lui même fils naturel de Talleyrand
(et de Madame de Souza, une familière de la Reine Hortense).
Selon Marcel Doher, c'est grâce à la bienveillance
de cette dernière que le jeune Charles obtint son brevet
de sous-lieutenant
La compagnie de Charles jusque là cantonné à
Mayence, part début 1807 afin de traquer quelques bandes
de " partisans ". Il traverse donc l'Allemagne en direction
de la Poméranie. La Bédoyère traverse Berlin,
puis le voici en route pour Stettin et Colberg . Il participe
à de " petits engagements avec des groupes de partisans
en embuscade ". Après une opération à
Degow, devant Colberg,, " en dehors des jours de combat,
ce sont de longues reconnaissances, des bivouacs sur la neige,
dans la solitude de forêts monotones et de lacs gelés
", écrit Marcel Doher. Le 14 juin 1807, La Bédoyère
et ses camarades assistent à la bataille de Friedland.
Après la dissolution des Gendarmes d'ordonnance, La Bédoyère
est nommé lieutenant en 1er au 11ème chasseurs
à cheval. Le 14 janvier 1808, il est nommé aide
de camp de Lannes et le suit en Espagne. On le retrouve ainsi
au siège de Saragosse, puis au printemps 1809 il part
pour l'Autriche et participe à toute la campagne s'y déroulant.
En juin 1809, La Bédoyère passe aide de camp du
Prince Eugène et le suit en Italie. Il y séjournera
jusqu'en 1812. En cette année douloureuse pour la Grande-Armée,
La Bédoyère suit Eugène en Allemagne lorsque
celui-ci prend le commandement du IV° corps de la Grande-Armée.
Puis c'est lé départ pour la Russie
Il est
présent à la bataille de La Moskowa (7 septembre
1812), à celle de Malo-Jaroslawetz (24 octobre 1812),
puis lors du passage de la Bérézina (26-28 novembre
1812).
En 1813, Charles de La Bédoyère reçoit le
commandement du 112ème de ligne, compris dans la 35ème
division du Général Gérard (XI ème
corps du maréchal Macdonald). Le 1er mai 1813 il est nommé
colonel et participe à la bataille de Bautzen (20-21 mai
1813). Blessé à Golberg, il est mis en congé
et rentre en France pour se soigner. Il épousera au cours
de son séjour, Georgine de Chastellux, en novembre 1813.
Les nouveaux époux profitent en cette fin d'année
pleinement de leur bonheur.
1814 ! L'ennemi foule le sol de la France
La Bédoyère,
proposé à deux reprises pour le grade de général
de brigade par le général Gérard, est affecté
au commandement provisoire de la 2ème brigade de la 1ère
division de Paris. Il refuse ce poste " espérant
rejoindre son régiment et désirant en garder le
commandement ". Il est présent lors de la bataille
de Paris, le 30 mars 1814, et " se dépasse sans compter
" comme l'écrit si bien le Colonel Hippolyte de Marcas
dans ses " Souvenirs ". Après la première
abdication, Charles de La Bédoyère remet sa démission
afin de ne pas servir le nouveau pouvoir mais c'est sans compter
avec sa belle-famille les de Chastellux !
"César de Chastellux, le frère aîné
de Georgine, émigré servant aujourd'hui dans la
Garde Royale , effectue une démarche, que Charles n'aurait
jamais faite, auprès du Ministre de la Guerre ",
écrit Marcel Doher. La Bédoyère est nommé
le 4 octobre 1814, colonel du 7ème de ligne et doit rejoindre
sa garnison à Chambéry. Le 25 octobre de la même
année, Georgine donne naissance à un petit garçon
: Georges-César-Raphaël. En janvier 1815, Charles
de La Bédoyère est toujours à Paris ! Il
ne semble pas pressé de rejoindre son régiment
Il
quitte enfin la capitale le 22 février et arrive à
sa destination quatre jours après.
"Adieu,
Madame, dans huit jours je serai fusillé ou Maréchal
d'Empire ! "
Déjà
en France, devant le mécontentement général,
certains ont le regard tourné vers l'île d'Elbe
" Que diriez-vous si vous appreniez que mon régiment
a pris la cocarde tricolore et les aigles ?
" demandait
Charles à la Reine Hortense avant son départ
Le 26 février, jour de son arrivée à Chambéry,
l'Aigle quitte son rocher ;il est en route vers les côtes
de France
Le général Marchand, commandant
la place de Grenoble apprend le débarquement le 4 mars
au soir. Le lendemain après une réunion avec tous
les officiers de la garnison, Marchand envoie une dépêche
à un certain Devilliers, commandant la brigade de Chambéry
: il doit faire mouvement sur Grenoble afin de s'opposer à
la progression du " Corse " ! Le 7ème et le
11ème de ligne se mettent en route. Le 7ème ayant
à sa tête le très bonapartiste La Bédoyère.
Celui-ci au cours d'une halte chez une certaine Madame de Bellegarde
aurait déclaré : " Adieu , Madame, dans
huit jours je serai fusillé ou Maréchal d'Empire
! ". Puis c'est l'arrivée à Grenoble...
On connaît l'épisode inoubliable de Laffrey
La Bédoyère n'y assistera pas: il est à
Grenoble dans la ville en état d'alerte.
Après avoir déjeuné avec le Général
Marchand, ce 7 mars 1815, il rassemble son régiment aux
cris de " Vive l'Empereur ! " et après un conciliabule
avec ses officiers et ses soldats, il sort de Grenoble, allant
à la rencontre de l'Empereur qu'il retrouve " avant
Vizille, entre Tavernolles et Brié ".
Marcel Doher
écrit : " Celui-ci voit s'approcher le jeune et
ardent colonel. L'an passé, aux jours douloureux de Fontainebleau
, La Bédoyère s'est mis spontanément à
sa disposition, demeurant auprès de lui jusqu'au dernier
moment, à l'heure de tous les reniements ". L'empereur
embrasse La Bédoyère et voyant que ce dernier n'a
pas de cocarde tricolore, décroche celle qui orne son
chapeau et la lui donne. Plus tard c'est la prise de Grenoble,
après bien des aléas. La Bédoyère
suit l'Empereur vers Paris. Ce dernier y arrive le 20 mars vers
21 heures. Le Lendemain , à 3 heures du matin, Le 7ème
de ligne commandé par La Bédoyère y fait
son entrée. L'Empereur nomme La Bédoyère
général de brigade et aide de camp. Il a vingt-neuf
ans. Notons, que le "bon" roi Louis XVIII ne
reconnaîtra pas cette nomination
Le 4 juin, Charles de La Bédoyère est fait comte
de l'Empire et nommé membre de la Chambre des pairs.
La campagne de Belgique débute alors. Le 12 juin 1815,
l'Empereur quitte Paris, accompagné, notamment de son
nouveau général de brigade. Ligny, les Quatre-Bras
puis Waterloo
Durant cette ultime grande bataille, La Bédoyère
parcourt les rangs afin de transmettre les ordres de l'Empereur.
L'Empire vit ses derniers jours
C'est la retraite. L'Empereur
entre dans Philippeville ; La Bédoyère n'est pas
loin, accompagné des autres aides de camp : Flahaut, Dejean,
Bussy, Corbineau et Canisy.
Le 21 juin, Napoléon est à Paris. Charles de La
Bédoyère se démène à la Chambre
des députés afin de soutenir la reconnaissance
de Napoléon II ; mais en vain
Pendant son vibrant
playdoyer, le maréchal Masséna lui assène
cette phrase cinglante: "Jeune homme, vous vous oubliez
!". Le 29 juin, l'Empereur quitte la Malmaison pour
Rochefort. Sensible à la fidélité de La
Bédoyère il le veut près de lui dans son
exil. Mais Charles, tout occupé à réconforter
sa chère Georgine, arrive trop tard. : Napoléon
est parti et les prussiens approchent de la Malmaison.
La Reine Hortense, amie fidèle , l'engage à quitter
Paris sans délai. Il part de la capitale le 12 juillet
en direction de Riom afin d'aller saluer son ami Exelmans qui
lui a réservé le poste de chef d'état-major
du 2ème corps de cavalerie. Mais partout en France, les
royalistes crient vengeance
Il faut songer à quitter
la patrie. Aussi, après s'être procuré un
passeport pour l'Amérique, La Bédoyère remonte
à Paris embrasser une dernière fois son épouse
et son fils. Le 24 juillet 1815, est publiée l'ordonnance
du Roi (dont Fouché et Talleyrand sont les véritables
auteurs) poursuivant les anciennes gloires de la Grande-Armée.
Ney, Les frères Lallemand, Drouet d'Erlon, Bertrand, Drouot,
Cambronne et
La Bédoyère sont cités
dans celle-ci. Ils ne sont pas les seuls
Charles de La
Bédoyère prend cette fois la décision d'aller
en Amérique mais avant il tient à aller à
Paris
Repéré durant son voyage, il est arrêté
le 2 août 1815 et expédié à la Préfecture
de police. Interrogé par Decazes, le nouveau ministre
de la police, " il reconnaît et prend à sa
charge tous les actes qu'il a accomplis ". Transféré
à la Conciergerie puis à la prison de l'Abbaye,
La Bédoyère attend sereinement son jugement. Son
procès est fixé au lundi 14 août 1815. Entre
temps, a lieu une tentative pour le faire évader. Elle
n'aboutira pas.
Après un procès mémorable, Charles de La
Bédoyère est condamné à la peine
de mort.
Chateaubriand,
en bon courtisan, écrira au Roi : " Vous avez
saisi ce glaive que le souverain du ciel a confié aux
princes de la terre pour assurer le repos des peuples
Le
moment était venu de suspendre le cours de votre inépuisable
clémence
votre sévérité paternelle
est mise au premier rang de vos bienfaits. " (Cité
par Henry Houssaye (dans son " 1815.La seconde abdication.-La
terreur blanche ". Paris, Perrin, 1905)
Actas est fabula
! La pièce est jouée !
Malgré
une dernière tentative de sa femme afin d'intercéder
auprès de Louis XVIII, le destin de La Bédoyère
semble devoir s'achever d'une façon irrémédiable
.Jugé
par un conseil de guerre 5 jours auparavant, il est fusillé
en fin de journée le 19 août 1815 à la Barrière
des Ministres par un peloton dont il commanda lui-même
le feu
Le 22 août 1815, son corps est transféré
au cimetière du Père-Lachaise où il repose
depuis.
Son fils Georges le rejoindra en 1867 et Georgine en 1871.
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Le jugement de l'Empereur
à Sainte-Hélène.
«Le Colonel de La Bédoyère
était animé des plus nobles sentiments ; il avait
été aide de camp du maréchal duc de Montebello
et du vice-roi d'Italie. Jeune homme de trente ans, il avait
été élevé dès sa plus tendre
enfance aux cris de «Vive l'Empereur !» et
était enivré de la gloire de la France. La conduite
des Bourbons, leur asservissement à l'étranger,
le déshonneur dont ils couvraient la nation, avaient révolté
tous les sentiments de son âme, et, quoique sa famille,
une des anciennes familles de Bretagne, fût attachée
à la cour des Bourbons, il resta constamment en opposition,
frémissant de l'avilissement de la France, et il appelait
de tous ses souhaits, à grands cris, celui que la France
voulait et que les étrangers redoutaient tant. Napoléon
le reçut et le loua de son généreux dévouement,
il y avait du courage, car il était le premier qui se
ralliait à l'empereur, et il l'avait fait hardiment, au
milieu de la place de Grenoble. Il n'y avait dans cet acte aucun
sentiment personnel, aucune vue d 'ambition, même aucun
sentiment d'amour-propre.»
(Le Mémorial de Sainte-Hélène ).
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A Sainte-Hélène c'est par Gourgaud,
qui l'avait lu dans les journaux reçus, que Napoléon
apprit la mort de Charles de La Bédoyère. Nous
étions le 7 décembre 1815, autre date sombre puisque
ce fut ce même jour qu'était fusillé le Maréchal
Ney, avenue de l'Observatoire

De g. à
d. : La Bédoyère, Ney et Lavalette
Coll.
Bibl. mun. de Grenoble
Cl. Piccardy
Dans son Testament en date du 15 avril 1815, l'Empereur
lègue 100 000 francs aux enfants de La Bédoyère.
Dans son Codicille (daté du 24 avril 1821) il ajoute la
somme de 50 000 francs aux mêmes. (Source : " Mémorial
de Sainte-Hélène. ". Edition établie
par Marcel Dunan (Paris, Garnier, 1983, 2 volumes).
Etat
des services de Charles de La Bédoyère
(d'après
celui donné par Marcel Doher dans son livre)
Gendarme d'ordonnance
de la Maison de l'Empereur
........11
octobre 1806
Lieutenant en second
..........
.4
novembre 1806
Passé au 11ème chasseurs à cheval
..10
septembre 1807
Aide de camp du Maréchal Lannes
..............
.14
janvier 1808
Capitaine
..................
....9
janvier 1809
Aide de camp du Prince Eugène
.
..............
.....
.10
juin 1809
Chef d'escadron..
.......
.
....26
décembre 1811
Colonel commandant le 112ème d'infanterie de ligne
........
.
1er
mai 1813
Commandant provisoirement la 2ème brigade de la 1ère
division de Paris......3 février 1814
Commandant les 1er et 4ème bataillons de son régiment
à l'armée de Lyon..14 mars 1814
Colonel du " Régiment d'Orléans " (7ème
de ligne)
.........
4 octobre 1814
Maréchal de camp. Aide de camp de l'Empereur.
..........
26
mars 1815
Condamné à mort par jugement du 2ème Conseil
de guerre de la 1ère division militaire-Confirmé
.................
...
19
août 1815
Exécuté dans la plaine de Grenelle
...
..........19
août 1815
Campagnes
-1806 et 1807:
Grande-Armée
-1808: Espagne
-1809: Armée d'Allemagne
-1810 et 1811: Italie
-1812: Russie
-1813: Saxe
-1814: France
-1815: Armée du Nord
Blessures
Blessé
à Tudela (Espagne)
.
19
novembre 1808
Blessé à Essling (Allemagne)
....
........22
mai 1809
Coup de feu à la cuisse gauche sur les hauteurs de Golberg
en Silésie
23 août 1813
Décorations
Membre de la
Légion d'honneur
........ mai 1809
Officier de la Légion d'honneur
.....
21 juin 1813
Chevalier de la Couronne de Fer
11 août
1809
Le
souvenir de Charles de La Bédoyère à Paris.
Le lieu où
il fut exécuté, la Barrière des Ministres
(plus tard Barrière de Grenelle), une des portes du mur
des Fermiers-Généraux qui ceinturait alors Paris,
se trouve à la hauteur du 61, Boulevard de Grenelle (XV°).
Plus précisément à l'emplacement du guichet
de vente de la station de métro " Dupleix "
(ligne 6). Aucune plaque commémorative ne rappelle bien
sûr l'événement. A noter que c'est également
en cet endroit que fut exécuté en 1809 Armand de
Chateaubriand (frère de l'écrivain royaliste) et
en 1812, les généraux Malet, Lahorie et Guidal.
Généralement, les condamnés sortaient de
Paris par cette porte, puis étaient adossés au
mur face à la campagne. (Source: Jacques Hillairet : "
Dictionnaire historique des rues de Paris ". Paris, Editions
de Minuit, 1963, 2 volumes et un supplément).
La sépulture
de La Bédoyère se trouve au Cimetière du
Père-Lachaise dans la 16ème division (1ère
ligne face à la 17ème division).

Photo:
Dominique Timmermans

Photo: Dominique
Timmermans
Site web de Dominique
Timmermans
Généraux
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Bibliographie
sur Charles de La Bédoyère.
-Marcel DOHER
: "
Des rêves de gloire au peloton d'exécution. Charles
de la Bédoyère, 1786-1815, aide de camp de l'Empereur.
Préface du Commandant Henry Lachouque ". Paris, J.
Peyronnet et Cie, 1963.
-Comte de
LA BEDOYERE et André de MARICOURT : " Idylle
et drame (1790-1815).Georgine de Chastellux et Charles de La
Bédoyère ". Paris, Emile-Paul frères,
1924.
-Duc de CASTRIES
: "
La Terreur blanche. L'épuration de 1815 ". Paris,
Librairie Académique Perrin, 1981 (L'affaire La Bédoyère
y est abordée , pp.56-86).
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