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Sieyès, nommé depuis peu Directeur,
«cherche une épée». Il veut remplacer
la Constitution de lan III et changer lorientation
des Assemblées. En cela, il est le chef de file dun
ensemble de mécontents, que lon appelle les «révisionnistes».
Par le coup dEtat du 30-Prairial, il a réussi à
imposer trois nouveaux Directeurs, Ducos, Gohier et Moulin. Reste
Barras.
Le 9 octobre 1799, Bonaparte débarque à Fréjus.
Sur la route de Paris, il est acclamé par la foule. Moreau,
contacté par Sieyès, lui répond : «Voilà
votre homme. Il fera laffaire bien mieux que moi.»
Rien ne rapproche les deux hommes. Rien, si ce nest lintérêt
: Fouché et Talleyrand se chargent de les mettre en présence.
Après des coquetteries de convenance, la première
entrevue a lieu le 2 Brumaire (24 octobre). Sieyès expose
son plan à Bonaparte : user le moins possible de la force,
neutraliser le Directoire et faire voter par le Conseil des Cinq-Cents
une nouvelle constitution.
Le général, daccord sur le principe, sassure
de lappui de militaires, Moreau, Lefèbvre - Bernadotte
est plus difficile à convaincre - du soutien de financiers,
Perrégaux, Ouvrard, enfin, de la complicité dhommes
de lInstitut, Cabanis, Laplace
Bonaparte joue serré
; nul ne connaît son parti.
Afin disoler le Corps législatif, la majorité
des députés (on a omis les plus dangereux) sont
convoqués le 18 Brumaire pour une session extraordinaire.
Sous prétexte de «menace de complot» (sic),
on vote le transfert des deux Chambres à Saint-Cloud et
Bonaparte, nommé commandant des troupes de Paris, prête
serment.
Seconde étape : neutraliser les Directeurs. Joséphine
invite Gohier, sensible à son charme, à déjeuner.
Il ne vient pas, flairant le piège. Sieyès se charge
de Ducos, qui ne le quitte pas. Barras choisit la passivité;
il prend un bain, ne peut recevoir personne. Talleyrand lui fera
signer une lettre de démission. Voilà le plus dangereux
hors jeu. Petit détail : Talleyrand était chargé
de lui remettre une certaine somme dargent. La-t-il
fait? Ou bien - comme le bruit en a couru - comprenant que Barras
avait déjà perçu le juste prix de sa démission,
la-t-il conservée pour lui? On ne le saura sans
doute jamais.
Gohier est parvenu à trouver Moulin et ensemble ils rejoignent
Sieyès et Ducos aux Tuileries. Ces deux derniers démissionnent.
Gohier et Moulin refusent de suivre lexemple et sont confiés
à la garde de Moreau.
Le lendemain, 19 Brumaire, les membres du Conseil des Anciens
et des Cinq-Cents sont à Saint-Cloud, entourés
de soldats et dofficiers fidèles à Bonaparte.
Ils se doutent de quelque chose. Dans la salle des Cinq-Cents,
chaque député vient prêter serment à
la Constitution. Lucien laisse faire, gagnant ainsi du temps.
On annonce la démission de quatre Directeurs (en réalité
deux) alors que Bonaparte entre dans la salle des Anciens.
18 Brumaire
(9 novembre 1799)
Bonaparte
se présente devant le Conseil des Cinq-cents
par
Bouchot
Musée
National du Château de Versailles et des Trianons
Cest le moment
décisif. Bonaparte balbutie des paroles incompréhensibles,
ségratigne le visage, fuit une salle houleuse. Dans
la salle des Cinq-Cents, sa prestation est pire encore. Des cris
de «Hors la loi !» ou «A bas le dictateur !»
sélèvent. Bonaparte sort, monte à
cheval et tâche de persuader les grenadiers de la garde
directoriale que les députés ont voulu lassassiner.
A ce moment, il nest quun homme agité, presque
ridicule, qui a perdu tout son sang-froid. Devant ce chef réputé
pour son charisme, les soldats ne bronchent pas.
Cest son frère Lucien qui sauve la situation. Il
dépose théâtralement ses insignes de président
et quitte la salle des Cinq-Cents. Dehors, il parvient à
convaincre les grenadiers de disperser les parlementaires. Ce
quils font, sous les ordres de Murat. Il faut en ramener
quelques uns pour approuver officiellement la constitution du
gouvernement provisoire, formé de Sieyès, Bonaparte
et Ducos. Le Consulat est né.
La Constitution
de lan VIII est promulguée le 14 décembre 1799.
Les trois Consuls entrent en fonction le 25 décembre,
avec ces mots : «Citoyens, la Révolution est fixée
aux principes qui lont commencée
Elle est
finie.»
Le Consulat
Ce nouveau Régime
succède au Directoire et assure la transition entre la
Révolution et lEmpire (1799-1804) : tout en conservant
les attributs de la République, la Constitution de lan
VIII (décembre 1799) organise dans les faits un gouvernement
personnel au profit de Bonaparte.
Un premier Consulat, provisoire, est dabord confié
à Sieyès, Roger Ducos et Bonaparte. Un mois après,
le pouvoir est définitivement attribué à
trois consuls, distingués en 1er, 2ème et 3ème
consuls. Les deux premiers sont nommés pour dix ans, le
3ème pour cinq ans seulement. Le Sénat dispose
du droit de les choisir. Les premiers consuls sont, en fait,
nommés par la constitution elle-même qui établit
le Consulat : Bonaparte devient Premier Consul, Cambacérès
et Lebrun sont respectivement 2ème et 3ème Consuls.
Le Premier Consul promulgue les lois, nomme et révoque
les ministres, les ambassadeurs, les membres du Conseil dEtat,
les officiers des armées de terre et de mer, les agents
administratifs, les juges civils et criminels, à lexception
des juges de paix et des membres de la Cour de cassation. Des
réformes administratives renforcent lemprise de
lexécutif sur les collectivités locales,
soumises au préfet et sur la justice, fonctionnarisée.
Pour asseoir définitivement son autorité, Bonaparte
apporte aux Français des succès militaires (Marengo,
1800) et la paix (Amiens, 1802). A lintérieur, tout
en restaurant lordre, il conserve parmi les acquis révolutionnaires
légalité civile et la liberté économique,
doù les grandes réalisations du régime
: Banque de France (1800) et Franc germinal (1803), le Concordat
(1801), la Légion dHonneur (1802) et surtout, le
Code civil (1804).
Le désir dordre des possédants, anciens et
nouveaux, facilite la stabilisation. Aussi lopinion accepte-t-elle
sans trop protester les évolutions du régime :
par un acte du 4
août 1802, les trois consuls sont nommés à
vie. Le Premier Consul acquiert le droit de ratifier les traités,
nomme des sénateurs à volonté. Il exerce
le droit de grâce. Enfin, le 18 mai 1804, un senatus-consulte
convertit le titre de Premier Consul en celui dEmpereur
héréditaire et remet tout le pouvoir dans les mains
de Bonaparte.

Les trois Consuls
:
Cambacerès, Bonaparte et Lebrun
par
Vengorpe
Bibliothèque
Nationale, Paris
Lire
la proclamation du général Bonaparte au soir du
19 Brumaire
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