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Coup d'Etat des 18 et 19 Brumaire
(Samedi 9 et dimanche 10 novembre 1799)
ARTEA

 

 

La Révolution est terminée.

Sieyès, nommé depuis peu Directeur, «cherche une épée». Il veut remplacer la Constitution de l’an III et changer l’orientation des Assemblées. En cela, il est le chef de file d’un ensemble de mécontents, que l’on appelle les «révisionnistes». Par le coup d’Etat du 30-Prairial, il a réussi à imposer trois nouveaux Directeurs, Ducos, Gohier et Moulin. Reste Barras.

Le 9 octobre 1799, Bonaparte débarque à Fréjus. Sur la route de Paris, il est acclamé par la foule. Moreau, contacté par Sieyès, lui répond : «Voilà votre homme. Il fera l’affaire bien mieux que moi.»

Rien ne rapproche les deux hommes. Rien, si ce n’est l’intérêt : Fouché et Talleyrand se chargent de les mettre en présence. Après des coquetteries de convenance, la première entrevue a lieu le 2 Brumaire (24 octobre). Sieyès expose son plan à Bonaparte : user le moins possible de la force, neutraliser le Directoire et faire voter par le Conseil des Cinq-Cents une nouvelle constitution.

Le général, d’accord sur le principe, s’assure de l’appui de militaires, Moreau, Lefèbvre - Bernadotte est plus difficile à convaincre - du soutien de financiers, Perrégaux, Ouvrard, enfin, de la complicité d’hommes de l’Institut, Cabanis, Laplace… Bonaparte joue serré ; nul ne connaît son parti.

Afin d’isoler le Corps législatif, la majorité des députés (on a omis les plus dangereux) sont convoqués le 18 Brumaire pour une session extraordinaire. Sous prétexte de «menace de complot» (sic), on vote le transfert des deux Chambres à Saint-Cloud et Bonaparte, nommé commandant des troupes de Paris, prête serment.

Seconde étape : neutraliser les Directeurs. Joséphine invite Gohier, sensible à son charme, à déjeuner. Il ne vient pas, flairant le piège. Sieyès se charge de Ducos, qui ne le quitte pas. Barras choisit la passivité; il prend un bain, ne peut recevoir personne. Talleyrand lui fera signer une lettre de démission. Voilà le plus dangereux hors jeu. Petit détail : Talleyrand était chargé de lui remettre une certaine somme d’argent. L’a-t-il fait? Ou bien - comme le bruit en a couru - comprenant que Barras avait déjà perçu le juste prix de sa démission, l’a-t-il conservée pour lui? On ne le saura sans doute jamais.

Gohier est parvenu à trouver Moulin et ensemble ils rejoignent Sieyès et Ducos aux Tuileries. Ces deux derniers démissionnent. Gohier et Moulin refusent de suivre l’exemple et sont confiés à la garde de Moreau.

Le lendemain, 19 Brumaire, les membres du Conseil des Anciens et des Cinq-Cents sont à Saint-Cloud, entourés de soldats et d’officiers fidèles à Bonaparte. Ils se doutent de quelque chose. Dans la salle des Cinq-Cents, chaque député vient prêter serment à la Constitution. Lucien laisse faire, gagnant ainsi du temps. On annonce la démission de quatre Directeurs (en réalité deux) alors que Bonaparte entre dans la salle des Anciens.


18 Brumaire (9 novembre 1799)
Bonaparte se présente devant le Conseil des Cinq-cents
par Bouchot
Musée National du Château de Versailles et des Trianons


C’est le moment décisif. Bonaparte balbutie des paroles incompréhensibles, s’égratigne le visage, fuit une salle houleuse. Dans la salle des Cinq-Cents, sa prestation est pire encore. Des cris de «Hors la loi !» ou «A bas le dictateur !» s’élèvent. Bonaparte sort, monte à cheval et tâche de persuader les grenadiers de la garde directoriale que les députés ont voulu l’assassiner. A ce moment, il n’est qu’un homme agité, presque ridicule, qui a perdu tout son sang-froid. Devant ce chef réputé pour son charisme, les soldats ne bronchent pas.

C’est son frère Lucien qui sauve la situation. Il dépose théâtralement ses insignes de président et quitte la salle des Cinq-Cents. Dehors, il parvient à convaincre les grenadiers de disperser les parlementaires. Ce qu’ils font, sous les ordres de Murat. Il faut en ramener quelques uns pour approuver officiellement la constitution du gouvernement provisoire, formé de Sieyès, Bonaparte et Ducos. Le Consulat est né.
La
Constitution de l’an VIII est promulguée le 14 décembre 1799. Les trois Consuls entrent en fonction le 25 décembre, avec ces mots : «Citoyens, la Révolution est fixée aux principes qui l’ont commencée… Elle est finie.»

Le Consulat

Ce nouveau Régime succède au Directoire et assure la transition entre la Révolution et l’Empire (1799-1804) : tout en conservant les attributs de la République, la Constitution de l’an VIII (décembre 1799) organise dans les faits un gouvernement personnel au profit de Bonaparte.

Un premier Consulat, provisoire, est d’abord confié à Sieyès, Roger Ducos et Bonaparte. Un mois après, le pouvoir est définitivement attribué à trois consuls, distingués en 1er, 2ème et 3ème consuls. Les deux premiers sont nommés pour dix ans, le 3ème pour cinq ans seulement. Le Sénat dispose du droit de les choisir. Les premiers consuls sont, en fait, nommés par la constitution elle-même qui établit le Consulat : Bonaparte devient Premier Consul, Cambacérès et Lebrun sont respectivement 2ème et 3ème Consuls.

Le Premier Consul promulgue les lois, nomme et révoque les ministres, les ambassadeurs, les membres du Conseil d’Etat, les officiers des armées de terre et de mer, les agents administratifs, les juges civils et criminels, à l’exception des juges de paix et des membres de la Cour de cassation. Des réformes administratives renforcent l’emprise de l’exécutif sur les collectivités locales, soumises au préfet et sur la justice, fonctionnarisée.

Pour asseoir définitivement son autorité, Bonaparte apporte aux Français des succès militaires (Marengo, 1800) et la paix (Amiens, 1802). A l’intérieur, tout en restaurant l’ordre, il conserve parmi les acquis révolutionnaires l’égalité civile et la liberté économique, d’où les grandes réalisations du régime : Banque de France (1800) et Franc germinal (1803), le Concordat (1801), la Légion d’Honneur (1802) et surtout, le Code civil (1804).

Le désir d’ordre des possédants, anciens et nouveaux, facilite la stabilisation. Aussi l’opinion accepte-t-elle sans trop protester les évolutions du régime : par un acte du
4 août 1802, les trois consuls sont nommés à vie. Le Premier Consul acquiert le droit de ratifier les traités, nomme des sénateurs à volonté. Il exerce le droit de grâce. Enfin, le 18 mai 1804, un senatus-consulte convertit le titre de Premier Consul en celui d’Empereur héréditaire et remet tout le pouvoir dans les mains de Bonaparte.


Les trois Consuls :
Cambacerès, Bonaparte et Lebrun
par Vengorpe
Bibliothèque Nationale, Paris


Lire la proclamation du général Bonaparte au soir du 19 Brumaire


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