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Les souvenirs de Betsy Balcombe, devenus
quasi-introuvables, ont été republiés en
mars 2005 aux Editions Tallandier dans une nouvelle édition
dont les annotations ont été revues et complétées
par Jacques Macé, sous le titre La petite Fiancée
de Napoléon, souvenirs de Betsy Balcombe.
L'ouvrage comporte une annexe rédigée par Jacques
Macé et retraçant l'histoire du pavillon des Briars
de 1815 à nos jours. Nous reproduisons l'essentiel de
ce texte avec l'aimable autorisation de son auteur.
La famille Balcombe

gent commercial de la Compagnie des Indes
en poste à Sainte-Hélène avant l'arrivée
de l'Empereur, William Balcombe est l'objet de la méfiance
puis de l'hostilité du gouverneur Hudson Lowe, qui s'irrite
des relations financières de William Balcombe et des relations
amicales de sa famille avec Napoléon et ses compagnons
de captivité. Betsy Balcombe, qui entrera dans l'histoire
grâce à sa sympathie et son amitié pour l'Empereur,
a une sur aînée et deux jeunes frères.
La tension entre Lowe et Balcombe est telle qu'en mars 1818 William
Balcombe demande un congé et rentre en Angleterre avec
sa famille.
Les Balcombe arrivent à Londres en mai 1818. William Balcombe
encaisse les lettres de crédit qui lui ont été
remises par le général Bertrand et règle
les dettes de Longwood, mais ne parvient pas à mettre
en place un système de versements mensuels et réguliers.
Cette opération sera réalisée six mois plus
tard par le docteur O'Meara, avec l'assistance de son ami le
banquier Holmes. La liquidation des comptes compliqués
de Longwood avec la maison Balcombe sera effectuée par
le général Bertrand après le retour des
exilés en 1821.
En Australie
Dénigré par Hudson Lowe,
en situation financière difficile, Balcombe reste plusieurs
années sans emploi. En 1822, un procès oppose l'ancien
gouverneur au docteur O'Meara qui, soutenu par l'opposition libérale
anglaise, multiplie les écrits et déclarations
accusant Hudson Lowe d'avoir été, par ses mesures
coercitives, à l'origine de la disparition prématurée
de l'Empereur. Par opportunisme politique, Balcombe témoigne
en faveur de Lowe. L'année suivante, il est nommé
trésorier général de la Nouvelle-Galles
du Sud, en Australie.
William Balcombe décède à Melbourne en 1829
à l'âge de cinquante ans seulement. Betsy se marie
en 1832, devient Mrs. Abell, donne naissance à une fille
et, veuve quelques années plus tard, rentre en Angleterre
où elle publie en 1843 les souvenirs de jeunesse dont
elle a commencé la rédaction en Australie. Alexander
Balcombe, le plus jeune frère de Betsy, fait souche en
Australie et acquiert vers 1840 une vaste propriété
dans la péninsule de Mordington, une cinquantaine de kilomètres
au sud de Melbourne. Il y fait construire un cottage, qu'il appelle
The Briars, reproduisant fidèlement celui habité
par sa famille à Sainte-Hélène, près
du petit pavillon où l'Empereur résida sept semaines
au début de sa captivité.
- 1) Le lieu
s'appelait auparavant Tichingorourke, mot signifiant (on
l'aura deviné !) coassement des grenouilles, en
langage aborigène.
Retour à
Sainte-Hélène

A Sainte-Hélène,
le pavillon des Briars avait été agrandi dès
1816 par l'adjonction de deux ailes situées en retrait
et ne défigurant pas sa façade. Il servit de résidence
durant la captivité au commandant de la flotte britannique
stationnée à Sainte-Hélène. La propriété
(cottage + pavillon), hypothéquée par Balcombe
puis vendue, connaît ensuite divers propriétaires.
Une entreprise de production de soie en massacre les jardins
pour y planter des mûriers. Pendant un demi-siècle,
la propriété est entre les mains de George Moss,
commerçant local et vice-consul de France à Sainte-Hélène.
En 1902, l'Eastern Telegraph Company, qui installe à Sainte-Hélène
un relais pour son câble sous-marin entre l'Amérique
du Sud, la côte africaine et l'Europe, achète les
Briars et construit ses installations techniques autour du cottage
laissé à l'abandon, tandis que son directeur réside
dans le pavillon "de l'Empereur ". En 1921, l'écrivain
Gaston Chérau, seul journaliste présent à
la commémoration du centenaire de la mort de Napoléon,
constate que le cottage est inoccupé, «les
boiseries rongées par les rats et les fourmis rouges». La dégradation se poursuit et le cottage
sera rasé vers 1950.
En prenant son poste de conservateur de Longwood en 1957, puis
de consul de France, Gilbert Martineau découvre que le
pavillon " de l'Empereur " est à son tour en
très mauvais état et que la Compagnie envisage
de le détruire. Il n'a guère de moyen de s'y opposer
. . . jusqu'à ce qu'un sauveur vienne d'Australie . .
. Dame Mabel Brooks.
Mabel Brooks
Née le 15 juin 1890 à Victoria
(Australie), Mabel Emmerton est la fille de Harry Emmerton et
de Alice Mabel Maude, elle-même fille d'Alexander Balcombe.
Elle passe une partie de sa jeunesse aux Briars australiens,
où elle se passionne pour l'histoire de Napoléon
et l'aventure vécue par sa grand-tante Betsy. Elle épouse
à l'âge de 18 ans Norman Brooks (1877-1968), célèbre
joueur de tennis australien, dit « le Sorcier », inventeur de l'attaque à outrance et de
la montée systématique au filet. Norman Brooks
est vainqueur à Wimbledon en 1907 et 1914 ; il emporte
la coupe Davis avec l'équipe d'Australie en 1907, 1911,
1914 et 1917. Il sera anobli par le roi George VI et deviendra
Sir Norman Brooks en 1939.
Durant la Première Guerre mondiale, Norman et Mabel Brooks
sont représentants de la Croix-Rouge australienne en Égypte.
Mabel fonde une école d'infirmières au Caire. A
son retour en Australie, elle prend en charge de nombreuses associations
caritatives et publie trois romans. Elle est présidente
du Queen Victoria Hospital, de la Society for the Prevention
of Cruelty to Children, de la Ladies' Swimming Association, etc.
Durant la Seconde Guerre mondiale, elle est commandant de l'Australian
Women's Air Training Corps. Elle est élevée à
la dignité de Commander of the British Empire en 1933
et de Dame (grand officier) of the British Empire en 1955. Elle
est décédée en 1975.
Le sauvetage
En route vers l'Europe, Dame Mabel Brooks
fait escale à Sainte-Hélène en 1957. Elle
y est chaleureusement accueillie et guidée par Gilbert
Martineau. Sur le conseil de ce dernier, elle décide d'acheter
en l'état le pavillon des Briars et de l'offrir à
la France. L'opération est officialisée en 1959
et la République reconnaissante (alors présidée
par le général de Gaulle) décernera en 1960
à Dame Mabel Brooks la croix de la Légion d'honneur
qui lui sera remise dans les salons du château de Malmaison.
Sans grands moyens financiers, Gilbert Martineau maintient debout
tant bien que mal le pavillon, tout en rêvant de le restaurer
et d'en faire une annexe du musée de Longwood.
Ce n'est qu'à
partir de 1989, grâce à une dotation du ministère
des Affaires étrangères, que son fils Michel Dancoisne-Martineau
pourra entreprendre une restauration complète du pavillon
central, puis des pièces qui lui avaient été
annexées. Nuls travaux n'avaient eu lieu depuis 1817 si
bien que, malgré la pourriture des boiseries et la dégradation
de la décoration, Michel Dancoisne-Martineau a pu recréer
scrupuleusement le décor d'origine et transformer les
Briars en un petit musée que, ayant succédé
à son père, il est fier de présenter aux
visiteurs se rendant à Longwood. Les Briars constituent
le troisième des Domaines français de Sainte-Hélène,
après la maison de Longwood et le site de la Tombe achetés
par Napoléon III en 1857. Mais ils perpétuent aussi
le souvenir de la petite Betsy dont la sensibilité, la
spontanéité, la compréhension et la chaleur
humaine apportèrent une dernière note de joie dans
la vie de l'Empereur.
Voyages
Le site des Briars australiens a été transformé
en un parc naturel et animalier (koalas, kangourous, wallabies)
et le cottage est devenu un petit musée dans lequel une
section présente les souvenirs ramenés de Sainte-Hélène
par la famille Balcombe (dont bien sûr une mèche
de cheveux de Napoléon), ainsi qu'une collection d'objets
napoléoniens rassemblés au fil des ans par Dame
Mabel Brooks (meubles, décorations, masque mortuaire de
l'Empereur, etc.).
A Sainte-Hélène le pèlerin
napoléonien, ou le croisiériste en escale durant
quelques heures, après être passé devant
la pension Porteous où Napoléon logea pour sa première
nuit à terre (maison longtemps détruite et reconstruite
en 2002) fait une première étape aux Briars, avant
de traverser le hameau de Hutt's Gate où demeura la famille
Bertrand, et atteint enfin la maison de Longwood, but de son
voyage. A l'intérieur de celle-ci, il retrouve l'ambiance
délétère si bien décrite par Jean-Paul
Kauffmann dans La Chambre noire de Longwood, mais découvre
à l'extérieur un environnement de jardins luxuriants
et fleuris que Betsy n'a jamais connus puisque Napoléon
ne les a créés - tels qu'ils ont été
reconstitués aujourd'hui - qu'à partir de 1819.
En redescendant vers la ville, il s'incline sur le site de la
tombe, vide, au creux de son val romantique, et rejoint le quai
de Jamestown sur lequel, le 15 octobre 1840, le corps de l'Empereur
s'embarqua pour un dernier voyage et reposer «sur
les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français
que j'ai [qu'il a] tant aimé» .
Jacques Macé, 29 juillet 2005. |