Ce fils davocat senrôle
dans larmée royale en 1780. Cest la Révolution
et la guerre avec lAutriche qui lui permettent de devenir
officier. Kléber le nomme général de brigade.
En 1797, Bernadotte quitte lArmée du Rhin pour apporter
son soutien à Bonaparte en Italie.
Après la paix de Campoformio, Bonaparte lui donne un commandement
subalterne. Le Directoire lui confie une brève mission
dambassadeur à Vienne puis le nomme ministre de
la Guerre de juillet à septembre 1799. Bernadotte réorganise
larmée, alors mal en point, mais les Directeurs
finissent par lécarter. Son antipathie pour Bonaparte
devient manifeste. Il refuse de sengager franchement dans
le coup dEtat du 18-Brumaire, ce qui lui vaut une réputation
de néo-jacobin. Devenu commandant de lArmée
de lOuest, son nom est mêlé à la conspiration
des «pots de beurre» (dans lesquels circulaient des
billets anti-bonapartistes). De plus, il épouse Désirée
Clary, autrefois fiancée à Bonaparte, maintenant
belle-sur de Joseph.
Il devient maréchal en 1804 et prince de Ponte-Corvo deux
ans plus tard, bien quil reste discret dans les grandes
batailles, comme à Austerlitz par exemple (2 décembre
1805). Lors de la double bataille dAuerstadt et dIéna,
le 14 octobre 1806, Bernadotte, qui a pour mission de soutenir
le corps de Davout aux prises avec le gros de larmée
prussienne, attend la soirée pour bouger ! Napoléon
ne semble pas lui en tenir rigueur.
En revanche, quand il sagit de poursuivre les restes de
larmée prussienne, il chausse les bottes de sept
lieues pour parcourir toute la Prusse du sud au nord. Après
avoir forcé les Prussiens de Blücher à capituler
en rase campagne, il traite les officiers de la division suédoise
faite prisonnière à Lübeck avec politesse
et respect. Ce comportement, exemplaire aux yeux de la Diète
de Stockholm, ainsi que le désir de la Suède de
se rapprocher de la France pour contrer la Russie, ont une conséquence
inattendue : le 21 août 1810, les Etats généraux
dretro choisissent ce maréchal français
comme prince héréditaire de Suède. Napoléon
ne sy opposera pas, ne serait-ce que parce quun maréchal
français sur le trône de Gustave-Adolphe est un
des plus jolis tours joués à lAngleterre.
Pour le moment, il combat encore sous les ordres de Napoléon.
Cest pendant la campagne de Pologne, en 1807, quil
montre sa meilleure maîtrise du commandement. Il se replie
de brillante manière face aux armées russes de
Benningsen, permettant à Napoléon dengager
la manuvre dEylau (8 février 1807).
Château
de La Grange à Savigny (Seine et Marne)
Ancienne demeure du couple Bernadotte
Photo : Christophe
Bourachot
En revanche, son corps ne participe ni à
cette dernière bataille, ni à celle de Friedland
(14 juin 1807). Bernadotte est finalement destitué par
lEmpereur pour la conduite du corps saxon dont il a le
commandement lors de la bataille de Wagram (5-6 juillet 1809).
Son corps ne parvient pas à prendre les lignes prussiennes
et se replie en déroute lors de la première journée
de la bataille (5 juillet). Le lendemain, alors que les forces
sous le commandement de Napoléon sont victorieuses, il
lance une proclamation élogieuse à ses troupes,
qui sétaient débandées la veille.
Bernadotte, appelé auprès du trône suédois,
le 21 août 1810, chéri par Charles XIII, se révèle
un vrai Suédois. Il abjure le catholicisme et prend à
cur les affaires de son futur royaume. Les intérêts
de sa nouvelle patrie se heurtent à ceux de la France.
Si Bernadotte cède dabord aux injonctions de Napoléon
et déclare la guerre à lAngleterre, il revient
sur sa décision dès 1812 et signe une alliance
avec le tsar, Alexandre 1er. En 1813, la Suède entre dans
la coalition contre la France. Bernadotte apporte une armée
de 30 000 hommes et sa connaissance des tactiques napoléoniennes.
Son armée bat Oudinot à Gross-Beeren (23 août
1813) et Ney à Dennewitz (6 septembre 1813). A Leipzig
(16-19 octobre 1813), il se montre encore une fois bon manuvrier,
mais évite de croiser directement le fer avec son rival.
Lors de la campagne de
France, en 1814, Bernadotte commande lArmée du Nord.
Il envahit son ancienne patrie en passant par la Hollande et
la Belgique. Sans être déterminant, son rôle
a été très important dans la déroute
de larmée française. Certains parlent de
lui comme du futur roi de France. Ce ne sera pas le cas, mais
il obtient la Norvège, le 14 janvier 1814, en récompense
de ses services. Le 5 février 1818, il succède
à Charles XIII, sous le nom de Charles XIV, roi de Suède
et de Norvège. Il est lancêtre de nombreux
monarques qui règnent aujourdhui encore en Suède
en Norvège, mais aussi au Luxembourg, en Belgique et au
Danemark. Beau parcours pour lancien sergent républicain
Belle-Jambe, dont on dit quil portait sur la poitrine le
tatouage «Mort aux rois» !
Texte d' Alexandra Dalbin - Arléa
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L'avis
de Napoléon à Sainte-Hélène
«Bernadotte... s'est montré
ingrat envers moi, qui fus l'auteur de son élévation;
mais je ne puis dire qu'il m'ait trahi. Il devint en quelque
sorte Suédois; et il n'a jamais promis ce qu'il n'avait
pas l'intention de tenir. Je puis l'accuser d'ingratitude, mais
non de trahison ».
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