
Pierre Jean de Béranger
(Paris-1780-Paris
1857)
 n 1790, les premiers
troubles révolutionnaires décidèrent la
famille Béranger à s'éloigner de la capitale
et trouvèrent refuge à Péronne (Somme),
chez les grand-parents du jeune Béranger. En 1792, pendant
un orage, la foudre vint s'abattre à proximité
du jeune garçon. Sa vie fut menacée durant plusieurs
jours et il faillit perdre la vue. Monsieur Laisney, imprimeur
dans cette ville, le prit comme apprenti typographe et l'initia
à la poésie. De retour à Paris en 1796,
il fut employé dans la banque que venait de fonder son
père. Républicain convaincu, il se tourna vers
la création littéraire en composant des vers à
la gloire de la révolution. En 1803, privé de ressources,
il eut l'idée d'adresser ses poésies à Lucien
Bonaparte, frère du Premier Consul. Ce dernier condescendit
à le recevoir et lui prodigua conseils et encouragements.
A la suite d'un différend avec son frère, Lucien
quitta la France pour s'installer à Rome. Béranger
se retrouva alors sans protecteur. Lucien ne tarda pas à
lui écrire de Rome la lettre suivante : "Je vous
adresse une procuration pour toucher mon traitement de l'Institut.
Je vous prie d'accepter ce traitement, et je ne doute pas que,
si vous continuez de cultiver votre talent par le travail, vous
ne soyez un jour un des ornements de notre Parnasse. Soignez
surtout la délicatesse du rythme ; ne cessez pas d'être
hardi, mais soyez plus élégant," etc.
Trente années
plus tard, Béranger écrira : "En ce moment
où mes regards se portent en arrière, il m'est
bien doux de les arrêter sur l'homme illustre qui jadis
m'a sauvé de l' infortune ; sur celui qui, en me donnant
foi dans mon talent, a rendu à mon âme les forces
que le malheur allait achever de lui ravir ! Sa protection, placée
ailleurs, eût pu procurer un grand poète à
la France, mais elle ne pouvait rencontrer un coeur plus reconnaissant.
Le souvenir de mon bienfaiteur me suivra jusque dans la tombe.
J'en atteste, les larmes que je répands encore après
trente ans..."
En 1809, il obtint
un emploi d'expéditionnaire dans les bureaux de l'Université
de Paris. Mais c'est en 1813, alors qu'il est membre du Caveau,
que ses écrits le sortirent de l'ombre avec Le Roy
d'Yvetot. A la chute de l'Empire, il devint rapidement le
pourfendeur de la restauration. Anti-clérical à
souhait et pamphlétaire, son premier recueil (Chansons
morales et autres) fut publié en 1815 et lui valut l'emprisonnement.
Loin d'en rabattre, cette détention le stimula et le popularisa
auprès des plus humbles dont il se sentait proche. Il
mit son talent au service de la légende napoléoniènne
et lui offrit quelques uns de ses plus beaux textes. En 1828,
sous Charles X, , il connut à nouveau la prison de Sainte
Pélagie après avoir été condamné
le 10 décembre à 9 mois de prison et 11 250 Frs
d'amende pour outrage à la personne du roi et à
la famille royale. Du fond de sa cellule, il n'en continua pas
moins son oeuvre. La révolution de 1830 le combla de joie.
Il se retira de 1833 à 1841. Elu député
malgré lui en 1848, il démissionna aussitôt.
Il se voulait "républicain honoraire".
Stendhal lui vouait une profonde admiration et le tenait pour
le plus grand poète du siècle. On prétend
même que Mallarmé rêvait de l'imiter. En 1857,
sur son lit de mort, il tint à bénir le prêtre
venu lui donner l'extrême onction. Ultime pirouette de
celui qui avait adopté la devise de son complice et ami
Désaugiers : "Ah ! pour étouffer, n'étouffons
que de rire !" Il avait alors soixante-dix-sept ans.
En 1833, dans la préface du recueil des Chansons nouvelles
et dernières, il écrivait : "...j'ai
toujours pensé que mon nom ne me survivrait pas, et que
ma réputation déclinerait d'autant plus vite qu'elle
a été nécessairement fort exagérée
par l'intérêt de parti qui s'y est attaché."
Détrompez-vous Monsieur de Béranger, votre
nom est à jamais scellé à celui de la République
et du Grand Empire. Bien le bonjour, Monsieur le chansonnier
!
A. MARTIN - Mars 2000
Morceaux
choisis...
Juillet 2005: L'Oeuvre complète de Pierre-Jean
de Béranger fait l'objet d'une nouvelle publication en
deux volumes. En souscription jusqu'au 6 octobre 2005, 16 uros,
port compris. Parution du vol. 1 prévue le jeudi 8 octobre
2005, chez Yvelinéditions : http://yvelinedition.neuf.fr/beranger.htm
Bon de souscription
à imprimer et à retourner à l'éditeur
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