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IL Y A 195 ANS : LA CAPITULATION DE BAILÉN (19 JUILLET 1808)
par Christophe Bourachot



mpossible pour le napoléonien d'aujourd'hui d'ignorer la capitulation de Baylen. La postérité y associe le fameux Général Dupont. A l'occasion de cette date-anniversaire, nous avons voulu rappeler quelques faits.

Bailén : les faits.

Francisco  Xabier  Castanos, duc de Bailén - 1758 - 1852Selon Alain Pigeard : " Le général Dupont de l'Etang, héros de Friedland, se trouvait isolé en Andalousie. A peine arrivé à Andujar, soucieux d'assurer sa retraite, il ordonna aux généraux Gobert et Vedel d'occuper les positions de la Carolina et de Bailén. Il s'agissait là d'une erreur tactique car le général dispersait ses petites forces en un territoire particulièrement hostile. Le 14 juillet, le général espagnol Castanos arriva devant Andujar et fit tirer quelques projectiles ; Vedel abandonna la ville et rejoignit son chef. A ce moment, Reding attaqua les troupes de Gobert qui se firent décimer en défendant l'importante position de Bailén. Dupont se trouva alors pris entre deux feux ; il fit face aux troupes espagnoles renforcées par les unités du général La Pena qui vinrent se joindre à celles de Castanos.

Vedel apparut sur le champ de bataille vers 17 heures et attaque Reding, mais il reçut l'ordre du Général Dupont de déposer les armes et s'y refusa. Le lendemain, Dupont signa à Jaen la capitulation ; Vedel, reçut l'ordre de la rejoindre et de capituler également. Cette défaite eut des conséquences morales immenses sur les troupes espagnoles et françaises : ce fut la première fois dans les guerres de l'Empire, qu'une armée constituée capitula en rase campagne. Le général espagnol, fou d'orgueil, fit broder des drapeaux où figuraient les inscriptions " Aux vainqueurs des vainqueurs d'Austerlitz "… Mais ce n'étaient pas les soldats d'Austerlitz. Ensuite, la Junte refusa de reconnaître la capitulation française, en prétextant que le général espagnol n'était pas mandaté officiellement. C'est ainsi que, ce texte ayant été violé, de nombreux soldats français se retrouvèrent prisonniers à Cabrera. "

La capitulation d'Andujar, l'anti-chambre de Cabrera…

Cette capitulation stipulait notamment que les troupes françaises battues seraient rapatriées dans leurs pays à bord des navires espagnols . Elle sera violée par la Junte de Séville.

D'après Alain Pigeard, "environ 9000 prisonniers débarquèrent à Cabrera entre 1809 et 1813. De ce nombre, 1500 hommes furent évacués, débauchés ou réussirent à s'évader. Sur les 7500 hommes restants, 3389 rentrèrent en France le 6 juillet 1814 ". Dans notre préface à la réédition des " Souvenirs " du Caporal de Louis-Joseph Wagré, nous remarquions " …que sous le Premier Empire, aucuns des prisonniers étrangers en France ne subiront de telles épreuves que celles voulues par les anglais et les espagnols ".

Quelques chiffres…
(d'après Alain Pigeard)

Forces françaises : 9400 hommes (7800 français et 1600 suisses, dont la grande partie cesse de combattre dans la journée selon Thiers).

Forces espagnoles : 16 000 hommes.

Pertes françaises : 1800 tués et blessés ; le reste est prisonnier.

Pertes espagnoles : 243 tués, 755 blessés.

 

Un témoignage sur Bailén…

Le récit qui suit est celui d'un médecin, le Docteur Treille, qui était attaché à l'ambulance de la 1ère division, présente à Bailén.

Général Pierre Dupont de L'Etang, 1765 - 1840 "Le 17 juin 1808, la division Dupont, forte d'environ neuf mille hommes de toutes armes, partit d'Andujar. Le 18, vers trois heures du matin, la tête de la colonne, arrivée à peu près à une lieue de Baylen, rencontra l'ennemi. Il nous fallut manœuvrer et combattre dans un cercle d'une lieue et demie de diamètre, les hauteurs étant partout couronnées de bataillons de volontaires espagnols qui, ce jour-là, montrèrent de la résolution ;

Notre petite armée avait plus de bagages qu'une armée de 150,000 hommes. De simples capitaines et des civils assimilés à ce grade avaient des carrosses à quatre mules. On comptait au moins cinquante chariots par bataillon ; c'étaient les dépouilles de la ville de Cordova. Nos mouvements en étaient gênés. Nous dûmes notre perte à la cupidité des chefs.

A onze heures du matin, on capitula : il fut réglé que la division entière serait dirigée sur Cadix et y serait embarquée pour rentrer en France.

L'ambulance française avait été établie à la ferme de Rombar : on peut dire que c'était sur le champ de bataille même, les lignes ennemies n'étant pas à une portée de canon. On arrêta qu'un chirurgien major, un aide major, dix sous-aides et un pharmacien resteraient pour soigner les blessés et que leurs noms seraient tirés au sort.

Cela se passait au quartier général. J'étais pour le moment occupée à l'ambulance. On tira pour moi. Ce fut un des douze billets noirs.

Six semaines auparavant, en pleine paix, Mançanarez et à la Caroline, le peuple s'était porté sur des hôpitaux pleins de blessés français et y avait lâchement tout égorgé : malades, chirurgiens et infirmiers. Ce souvenir était présent aux blessés et aux chirurgiens de Baylen.

Lorsque, instruit de la capitulation et de l'article qui nous concernait, j'arrivai au quartier général, je trouvai ceux de mes camarades, désignés par le sort, dans une triste disposition d'esprit et se lamentant : " On nous sacrifie, nous sommes perdus. "

Je pris congé de quelques amis ; je reçus mon ordre signé du chirurgien en chef et je repartis pour l'ambulance. J'avoue que j'avais le cœur oppressé, je me rendais à une mort presque certaine, et quelle mort ! Tout ceux des blessés qui purent se traîner, eurent hâte de quitter l'ambulance ; les autres furent établis dans la cour de la ferme. Un poste espagnol occupa le très petit bâtiment.

Assis en dehors, l'œil fixé sur le chemin, j'attendis les collègues qui devaient venir partager avec moi la périlleuse tâche. Personne ne se présenta. La division avait commencé à se mettre en route ; le chirurgien en chef passe à cheval ; je lui expose que je suis seul à mon poste et que, malgré mon bon vouloir, il me sera impossible, à moi seul, d'être utile à ce grand nombre de blessés. J'ai à peine du linge dans les caissons, les médicaments sont épuisés ; j'assisterai, sans les armes de ma profession, à l'agonie de ces malheureux. Moi, plein de vie, je suis lié à des demi-cadavres sans aucun moyen de les sauver.

Le chirurgien en chef constate l'absence de toute personne en état de m'aider, le manque complet de médicaments et il termine par me dire avec l'accent des la douleur : " Je vous laisse libre de faire ce que vous voudrez. " Sur quoi, il part.

N'étant plus, dès lors engagé par aucun ordre de service, je me dispose à le suivre. Néanmoins, je veux auparavant exposer à des officiers blessés la situation telle qu'elle est, et que, si je pars, c'est uniquement parce que je ne vois aucun moyen de les secourir.

Entré dans la cour de la ferme, le spectacle de ces malheureux qui gisent, couverts de sang, dans la poussière, leurs cris de souffrance et de désespoir m'ôtent tout à coup la force de déclarer ma résolution. Une rougeur me monte au front, j'oublie la France que la division va revoir alors [l'auteur le croyait alors], tandis que je serai prisonnier et que mon avancement sera perdu. Je me dis : l'honneur est de rester ici.

J'avais à soigner cinq cents blessés. Dénué de tous médicaments, j'arrosai toutes les plaies, celles d'armes à feu comme les autres, avec de l'eau pure. Je continuai mes pansements de cette façon pendant vingt et un jours que nous restâmes, depuis le 19 juin au 10 juillet, sous un ciel brûlant, ayant la terre pour lit et pour tout ombrage, les faibles rameaux de quelques oliviers.
Comme il m'aurait été impossible de panser seul cinq cents blessés dans la journée, j'en avais fait trois sections ; j'en pansais une chaque jour ; les malades des deux autres se pansaient eux-mêmes. Nous avions quelque peu de linge et, pour unique aliment du riz. Un soldat, du nom de Joseph, avait conservé un peu l'usage de ses jambes : je l'élevai aux fonctions d'aide.

La situation était terrible. Chaque nuit, nous entendions les paysans armés rôder autour de nous, alléchés qu'ils étaient par l'espoir du butin, et chaque nuit, nous nous attendions à être assassinés. Le poste qui nous gardait se composait en tout de dix-huit hommes du régiment d'Afrique commandés par le lieutenant Vincente. Sa conduite fut au-dessus de tout éloge. Malheureusement, je n'en puis dire autant de celle d'un proto-médico (chef des trois services : médecine, chirurgie, pharmacie) et d'un prêtre de Baylen, qui eurent le triste courage de venir nous visiter, non pour nous secourir et nous exhorter, mais pour nous accabler d'injures et de malédictions.

Et pourtant, dans ces circonstances des plus défavorables que l'on puisse imaginer pour une cure, sept ou huit plaies seulement se gangrenèrent et je n'eus que deux tétanos. Je perdis en tout trente-deux hommes. "

Bibliographie.

-Alain PIGEARD : " Dictionnaire de la Grande-Armée ". Paris, Tallandier, 2002.

-Louis-Joseph WAGRE : " Souvenirs d'un caporal de grenadiers, 1808-1809. Les prisonniers de Cabrera. " Paris, à la Librairie, des Deux Empires, 2003.

- "Les suites d'une capitulation. Relation des captifs de Baylen et de la glorieuse retraite du 116ème régiment. Extraits choisis par Lorédan Larchey ". Paris, 1884 (Volume d'où est extrait le témoignage du Docteur Treille).

 

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