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Pierre François Charles Augereau,
duc de Castiglione
(Paris, 1757 - La Houssaye, 1816)

Le général Augereau conduisant la charge à l'attaque du Pont d'Arcole
par Thévenin.
Musée National du château de Versailles et des Trianons

Pierre François Charles Augereau, duc de Castiglione .




Sa taille, ses manières, ses paroles, lui donnaient l’air d’un bravache; ce qu’il était loin d’être quand une fois il se trouva gorgé d’honneurs et de richesses, lesquelles d’ailleurs, il s’adjugeait de toutes mains et de toutes les manières. C’est ainsi que le prisonnier de Sainte-Hélène juge le maréchal qui a maté la poussée royaliste du 18 Fructidor, réprouvé le projet du 18 Brumaire, exposé sa vie sur les champs de batailles de l’Empereur, dénoncé Napoléon comme un tyran en 1814.



Augereau, de condition très modeste, s’engage à 17 ans dans les armées prussiennes puis napolitaines. Il s’établit maître d’escrime à Naples. A la Révolution, il rentre en France. D’abord simple soldat dans la Garde nationale, il est, cinq ans plus tard, général de division dans l’armée d’Italie.

En avril 1796, il prend le château de Ceva, son premier exploit sous le commandement du général Bonaparte. Sa bravoure s’illustre à Lodi le 10 mai 1796, lorsqu’il s’élance malgré la pluie de mitraille autrichienne. Le 3 août 1796, son intervention lors de la bataille de Castiglione renverse le sort de la bataille. A Arcole, le 15 novembre, il s’élance sur le pont à la tête de ses troupes. Bonaparte lui accorde son estime et sa confiance, malgré les rumeurs sur sa rapacité. Il le délègue à Paris pour mater la poussée royaliste, en septembre. C’est le coup d’Etat du 18-Fructidor. Augereau se révèle terriblement efficace, exécutant à la lettre tous les ordres du Directoire ; il est alors nommé commandant d’un corps de l’Armée du Rhin.

Augereau, député de Haute-Garonne au conseil des Cinq-Cents, est de prime abord opposé au coup d’Etat du 18-Brumaire. Il est proche des Jacobins. Il refuse l’invitation au banquet donné en l’honneur de Bonaparte. Il se rallie néanmoins au Consulat le matin même du 18-Brumaire, embrassant Bonaparte et s’exclamant : «Comment ! Tu as voulu faire quelque chose pour la patrie et tu n’as pas appelé Augereau !».

Malgré ses critiques du Concordat, il figure sur la liste des maréchaux de 1804 et assiste au sacre de l’Empereur. De septembre 1805 à février 1807, il reçoit le commandement du VIIème corps de la Grande Armée. A la bataille de Iéna, le 14 octobre 1806, il bat les Saxons et écrase le corps de Rüchel venu au secours de l’armée prussienne. A Eylau (8 février 1807), malade, il se fait attacher sur son cheval au début de la bataille. Alors qu’il doit attaquer le centre russe, son corps d’armée se perd dans une tempête de neige. Les soldats français sont décimés par les canons ennemis. Blessé au bras, Augereau rentre en France. Le 19 mars 1808, il reçoit le titre de duc de Castiglione.

Il sert ensuite en Espagne. Ses premières victoires à la tête de l’Armée de Catalogne sont bientôt suivies de défaites. L’Empereur renvoie Augereau dans ses terres mais le rappelle pour la campagne de Russie de 1812 où il lui confie un corps de réserve. Le maréchal est présent lors de la défaite française à Leipzig, du 16 au 19 octobre 1813. Sa défense acharnée lui regagne la faveur de Napoléon.

En 1814, l’Empereur lui confie le corps d’armée posté à Lyon. Augereau, qui a ordre de couper les lignes de communications de l’armée de Bohème, transige et refuse le combat. Il est maintenant un notable. Le 16 avril 1814, il lance une proclamation où il enjoint à ses soldats d’adopter la cocarde blanche des Bourbons et dénonce Napoléon comme un tyran. L’Empereur biffe son nom de la liste des maréchaux lors des Cent-Jours et le qualifie de «traître à la France», quand Augereau vient lui proposer ses services.

Louis XVIII revenu sur le trône l’écarte également. Augereau se retire dans ses propriétés, où il meurt peu après d’une maladie de poitrine, sans laisser d’enfants.

Napoléon dira de lui à Sainte-Hélène : «Il était incapable de se conduire ; il n’avait point d’instruction, peu d’étendue dans l’esprit, peu d’éducation ; mais il maintenait l’ordre et la discipline parmi ses soldats, et en était aimé. Il divisait bien ses colonnes, plaçait bien ses réserves, se battait avec intrépidité ; mais tout cela ne durait qu’un jour : vainqueur ou vaincu, il était le plus souvent découragé le soir, soit que cela tint à la nature de son caractère, ou au peu de calcul et de pénétration de son esprit».

 


A Sainte-Hélène, Napoléon disait encore...

«Depuis longtemps, chez lui, le maréchal n'était plus le soldat; son courage, ses vertus premières l'avaient élevé très haut hors de la foule; les honneurs, les dignités, la fortune l'y avaient replongé. Le vainqueur de Castiglione eût pu laisser un nom cher à la France; mais elle réprouvera la mémoire du défectionnaire de Lyon, ainsi que celle de tous ceux qui en ont agi comme lui à moins qu'ils ne réparent les torts faits à la patrie par de nouveaux services rendus à la patrie».

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A lire:
Laurence Couturaud: Augereau. L'enfant maudit de la chance.
Paris , 1990 - Éditions Henri Veyrier, 267 p.

 

Les maréchaux d'Empire

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