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L'attentat de la rue Saint-Nicaise
24 décembre 1800
par Roger Peyre (1)

"Le traité de Lunéville permettait au gouvernement français de tourner toutes ses forces contre l'Angleterre, qui devenait notre seul adversaire. La France se prêtait volontiers à faire de nouveaux efforts pour combattre un peuple qu'elle regardait vraiment alors comme son seul ennemi traditionnel et national. Une guerre maritime ne l'effrayait pas. La glorieuse défaite d'Aboukir avait déjà montré ce dont notre marine était encore capable, et le Premier Consul, dès les premiers mois de son gouvernement, avait prouvé par ses instructions et ses actes qu'il entendait bien que la France, profitant de la situation privilégiée que la nature lui a donnée, et reprenant sa tradition historique, fût puissante sur mer comme sur terre. De plus, nous avions l'alliance de deux nations bien déchues sans doute, mais dont la flotte n'était pas à dédaigner, l'Espagne et la Hollande. Aussi l'Angleterre s'inquiétait-elle vivement de voir la France ainsi débarrassée de tout ennemi sur le continent. Il est vrai qu'elle pouvait encore compter sur nos troubles intérieurs.

Plus le nouveau gouvernement s'affermissait et devenait populaire, plus l'autorité se montrait ferme, juste et active, plus les partis étaient exaspérés, car ils perdaient toute espérance d'une révolution nouvelle. Louis XVIII avait dans son entourage un certain nombre d'esprits chimériques, qui pensaient que Bonaparte se contenterait du rôle de Monk. Ce prince, cédant trop facilement à leurs conseils, avait tenté une démarche où l'on ne reconnaît pas l'adresse et la dignité qui marquèrent en général sa politique. Dès le 20 février 1800, il adressait au Premier Consul une lettre qui resta sans réponse; il renouvela quelques mois après sa tentative.





Louis XVIII à Bonaparte

«Depuis longtemps, général, vous devez savoir que mon estime vous est acquise. Si vous doutiez que je fusse susceptible de reconnaissance, marquez votre place, fixez le sort de vos amis.

Quant à mes principes, je suis français : clément par caractère, je le serais encore par raison.

Non, le vainqueur de Lodi, de Castiglione, d'Arcole, le conquérant de l'Italie et de l'Égypte, ne peut pas préférer à la gloire une vaine célébrité. Cependant vous perdez un temps précieux: nous pouvons assurer le repos de la France. Je dis nous, parce que j'ai besoin de Bonaparte pour cela et qu'il ne le pourrait sans moi.

Général, l'Europe vous observe, la gloire vous attend, et je suis impatient de rendre la paix à mon peuple.»

Cette fois, le Premier Consul voulut couper court à toute tentative ultérieure; son ambition était ici d'accord avec l'opinion du pays et ses propres convictions sur l'intérêt de la France. Il répondit en ces termes :

 




Bonaparte à Louis XVIII

Paris, 20 fructidor an VIII (7 sept. 1800).

«J'ai reçu, Monsieur, votre lettre. Je vous remercie des choses honnêtes que vous me dites. Vous ne devez pas souhaiter votre retour en France. Il vous faudrait marcher sur 500.000 cadavres.

Sacrifiez votre intérêt au repos et au bonheur de la France; l'histoire vous en tiendra compte.

Je ne suis pas insensible aux malheurs de votre famille. Je contribuerai avec plaisir à la douceur et à la tranquillité de votre retraite.»

Bonaparte

Les rapports que Louis XVIII recevait de ses agents à Paris étaient bien faits d'ailleurs pour lui ôter ses dernières illusions.

«Il existe encore en France, disait l'un d'eux, nombre de personnes qui supposent à Bonaparte des intentions royalistes et qu'il travaille intérieurement pour Votre Majesté, ce qui n'est sûrement pas. On lui a fait malheureusement à ce sujet des propositions trop formelles et trop peu secrètes, ce qui l'a plutôt éloigné que rapproché de cette mesure. Du caractère dont il est, il ne veut aucun conseil qui lui ôte le mérite apparent d'être le créateur de ce qui peut, suivant lui, le conduire à la gloire et à l'immortalité.» (Mémoires de Fauche-Borel, t. II, p. 353-368.)

Les royalistes virent qu'ils n'avaient d'autre moyen de réussir que les conspirations, qu'ils n'avaient de chances d'arriver que par l'assassinat de Bonaparte! Les Jacobins les devancèrent. Le sculpteur Ceracchi, le peintre Topino-Lebrun, un ancien député du Conseil des Cinq-Cents, Aréna, un ancien employé du comité de Salut public, Demerville, projetèrent d'assassiner le Premier Consul à l'Opéra.

Cette conspiration était toute inspirée des souvenirs de l'antiquité et de la " haine contre les tyrans". Ce mélange d'idées fausses et de sentiments généreux, de légèreté morale et de fanatisme, qui, jointe à l'ambition déçue, a causé tant de troubles dans notre pays, se montrait d'une manière bien frappante chez Topino-Lebrun.

«Il savait Plutarque par coeur, dit Mollien, qui l'avait connu. La Révolution l'avait surpris étudiant les arts à Rome; sa folie fut de croire que la Grèce avait dû être le pays le mieux gouverné; que toutes les sociétés européennes devaient être refondues sur le modèle de quelques peuplades de ce coin du monde qui a jeté tant d'éclat. Ce qu'il savait seulement de leur gouvernement, c'est qu'il se disait républicain.» Il avait exposé au salon de 1798 la Mort de Caïus Gracchus qui se trouve aujourd'hui au musée de Marseille, sa patrie, et qui temoigne d'un certain talent.

Élève de David, le peintre de Brutus, Topino-Lebrun voulait, comme Brutus, en tuant le nouveau César, sauver la liberté expirante. Laquelle ? Était-ce celle de la Terreur ou du 18 fructidor ? Les conjurés ne se le demandaient pas. Les républicains, disaient-ils, ne manquaient pas, et, l'acte une fois accompli, on verrait se déclarer pour eux, non seulement Fouché, ministre de la police, Sieyès, Masséna, Carnot, mais Lannes lui-même, l'aide de camp préféré du Premier Consul.

Dénoncés bientôt, par un des leurs, ils furent arrêtés à l'Opéra même, le 10 octobre 1800. Il n'y avait pas eu de commencement sérieux d'exécution. Ils n'en furent pas moins condamnés à mort en vertu d'un verdict du jury de la Seine. Il est vrai qu'un attentat autrement dangereux par son organisation, autrement grave par ses résultats, avait indigné la France, qui ne voulait plus que des brouillons sanguinaires vinssent troubler sa récente sécurité.

 

 

La machine infernale

 



Georges Cadoudal (1769-1804)Georges Cadoudal avait quitté Londres et s'était caché dans le Morbihan. Il avait organisé de là l'effroyable complot de la machine infernale, dont il avait confié l'exécution à trois de ses affidés, Limoëlan, Saint-Régent et Carbon. Saint-Régent, ancien officier de marine, avait des connaissances en artillerie: il se chargea de fabriquer une machine qu'on devait faire éclater sur le passage du Premier Consul lorsqu'il se rendrait à l'Opéra. Le 3 nivôse, l'Opéra donnait par ordre la première représentation du célèbre oratorio d'Haydn, la "Création" qu'on n'avait pas encore entendu à Paris. On savait que le Premier Consul devait s'y rendre avec sa famille. Les conspirateurs choisirent pour accomplir leur crime la rue Saint Nicaise, rue sinueuse dont les détours consécutifs devaient ralentir la voiture la mieux conduite.

«Le jour arrivé, Carbon , Saint-Régent et Limoëlan conduisirent leur charrette rue Saint-Nicaise (I) et se separèrent ensuite. Tandis que Saint-Régent était chargé de mettre le feu au baril de poudre, les deux autres devaient se placer en vue des Tuileries, pour venir l'avertir dès qu'ils verraient paraître la voiture du Premier Consul. Saint-Régent avait eu la barbarie de donner à garder à une jeune fille de quinze ans le cheval attelé à cette horrible machine. Quant à lui, il se tenait tout prêt à mettre le feu.

Dans ce moment, en effet, le Premier Consul, épuisé de travail, hésitait à se rendre à l'Opéra. Mais il se laissa persuader par les vives instances de ceux qui l'entouraient et partit des Tuileries à huit heures un quart. Les généraux Lannes, Berthier et M.Ch. Lebrun l'accompagnaient. Un détachement de grenadiers à cheval lui servait d'escorte. Heureusement ces grenadiers suivaient la voiture au lieu de la précéder. Elle arriva dans le passage étroit de la rue Saint-Nicaise sans avoir été annoncée ni par le détachement ni par les complices eux-mêmes. Ceux-ci ne vinrent pas prévenir Saint-Régent, soit que la peur les en eût empêchés, soit qu'ils n'eussent point reconnu l'équipage du Premier Consul. Saint-Régent lui-même n'aperçut la voiture que lorsqu'elle eut un peu dépassé la machine. Il fut vivement heurté par un des gardes à cheval, mais il ne se déconcerta pas, mit le feu et se hâta de s'enfuir. Le cocher du Premier Consul, qui était fort adroit et qui conduisait ordinairement son maître avec une extrême rapidité, avait eu le temps de franchir un des tournants de la rue, quand l'explosion se fit tout à coup entendre. La secousse fut épouvantable ; la voiture faillit être renversée; toutes les glaces furent brisées; la mitraille vint déchirer la façade des maisons voisines. Un des grenadiers à cheval reçut une légère blessure, et une quantité de personnes mortes ou mourantes encombrèrent sur-le-champ les rues d'alentour. Le Premier Consul et ceux qui l'accompagnaient crurent d'abord qn'on avait tiré sur eux à mitraille; ils s'arrêtèrent un instant, surent bientôt ce qui en était et continuèrent leur route. Le Premier Consul voulut se rendre à l'Opéra. Il montra un visage calme, impassible au milieu de l'émotion extraordinaire qui de toutes parts éclatait dans la salle. On disait déjà que, pour l'atteindre, des brigands avaient fait sauter un quartier de Paris.» (THIERS.)

Quarante-six maisons, en effet, avaient été ébranlées au point d'être rendues inhabitables. Il y avait 8 personnes tuées, plus de 60 blessées, dont plusieurs succombèrent; mais l'homme qu'on voulait atteindre n'avait pas une égratignure.

Bonaparte, après être resté quelques instants à l'Opéra, revint aux Tuileries. Il crut d'abord que l'attentat était l'oeuvre des jacobins. C'était d'ailleurs l'opinion de la majorité du public, et cette opinion était très vraisemblable, car, sans parler du complot de Ceracchi, on venait d'arrêter un nommé Chevalier, ancien employé des fabriques de poudre de la Convention, qu'on avait surpris travaillant à une effroyable machine dans le genre de celle de la rue Saint-Nicaise. Bonaparte résolut en conséquence de prendre une mesure de rigueur extra-judiciaire contre ces misérables terroristes formés en bataillon contre tout un gouvernement. Un acte émané du pouvoir exécutif seul, mais autorisé par le sénatus-consulte du 15 nivôse an IX ( 5 janvier 1801), fit déporter 130 individus qui formaient l'état-major du parti jacobin. Parmi eux se trouvait l'ancien général de la guerre de Vendée, l'horloger Rossignol. Cet acte inique, qui violait les garanties de liberté individuelle, consacrées par la Constitution de l'an VIII, fut, il faut le reconnaître, approuvé par l'opinion. Il fallut protéger les malheureux proscrits contre la foule dans leur route vers Nantes, où ils devaient s'embarquer. Au moment où cette mesure fut prise, on pouvait se douter déjà que ce n'étaient pas des jacobins qui étaient les auteurs du complot à l'occasion duquel on frappait leur parti (2).

Limoëlan s'était hâté de quitter la France, mais Carbon et Saint-Régent, qui avait été blessé par l'explosion de sa machine, restaient à Paris pour préparer un nouveau complot: « J'espère que la grande correspondance jouera encore bientôt, écrit Georges Cadoudal au comte de la Chaussée.» Mais Carbon et Saint-Régent furent arrêtés et ce fut seulement en apprenant cette arrestation que Georges Cadoudal quitta la Bretagne. (Martel, Les Historiens fantaisistes (2ème vol.).

Cette terrible conspiration n'eut d'autre résultat politique que d'affermir le pouvoir qu'elle voulait détruire. En effet, elle discrédita pour longtemps auprès de la masse de la nation le parti royaliste. En quoi les royalistes différaient-ils des jacobins les plus décriés ? Ne recouraient-ils pas aux mêmes moyens, sans avoir les mêmes excuses ? Comment pouvaient-ils prétendre désormais à représenter les principes d'ordre et de justice? Voilà ce qu'on se disait partout en France, et cependant les conspirateurs ne se découragèrent pas.

Les complots de Ceracchi et de Saint-Régent furent les plus célèbres, mais ne furent pas les seuls. Napoléon ne tenait pas d'ailleurs à les ébruiter: «Il ne faut pas, disait-il plus tard, qu'on puisse croire à la pensée de conspirer contre l'Empereur».

La sûreté est, comme beaucoup de choses, une affaire d'opinion. De là le soin que prenait son gouvernement de cacher au public le travail intérieur des conspirations contre l'État. L'histoire s'y est même trompée et, comme pour Richelieu, n'a connu d'abord que les complots dont il était impossible d'empêcher la divulgation, soit à cause du grand nombre de leurs complices, soit parce qu'ils avaient éclaté au grand Jour.

Ceux qui étaient chargés de la garde du Premier Consul étaient dans des inquiétudes perpétuelles. C'était tantôt le projet d'une embuscade sur la route de la Malmaison, tantôt celui d'une mine creusée sous une partie dn chemin de Saint-Cloud, où un embarras retarderait de quelques instants le passage du Premier Consul. Une autre fois, les rondes de nuit trouvaient un assassin collé contre une statue dont le piédestal touchait presque la porte-croisée du Premier Consul.

Constant raconte dans ses Mémoires que, profitant des réparations faites dans les appartements de Bonaparte à la Malmaison, des assassins déguisés s'étaient mêlés aux ouvriers, et qu'au moment où il allait reprendre possession de ses appartements, on trouva sur le canapé où il allait s'asseoir une tabatière tout à fait semblable à celle qu'il portait habituellement et qui était pleine de tabac empoisonné.

On peut rattacher aux conspirations contre Bonaparte un crime mystérieux dont on ne put jamais connaître les motifs ni les auteurs. L'inventeur de l'éclairage au gaz, Philippe Lebon, fut trouvé, un matin de 1802, assassiné dans les Champs-Élysées. Il ressemblait beaucoup au Premier Consul, et peut-être crut-on, en le frappant, frapper Bonaparte lui-même.

Au milieu de ces dangers incessants et vagues, lorsqu'on se sent partout entouré d'ennemis mystérieux et insaisissables, les âmes les plus fortes ne sont pas longues à se troubler et à se décourager. C'est vraiment un beau spectacle que de voir Bonaparte, en butte à toutes ces perfidies et menacé de tant de pièges, conserver toute la liberté de son esprit, toute l'énergie de sa volonté, et, toujours égal à lui-même, poursuivre, par l'administration, la politique et la guerre, la grandeur de la France qu'il confondait avec sa propre grandeur. Cependant il n'ignorait pas que les complots dirigés contre sa personne étaient d'autant plus redoutables et pouvaient d'autant mieux se renouveller que les conspirateurs étaient sûrs de trouver un appui à l'étranger. Le cabinet anglais, avec le mépris qu'il a trop souvent montré pour le droit des gens, applaudissait à ces complots ; bien plus, il soudoyait des assassins. C'est avec de l'argent anglais que Georges Cadoudal, réfugié dans le Morbihan, avait pu organiser le complot de la machine infernale, et diriger des bandes de brigands pour piller les diligences, rançonner les voyageurs et entretenir le désordre."


(1) La rue Saint-Nicaise n'existe plus aujourd'hui. Elle a disparu dans les travaux de prolongement de la rue de Rivoli; elle aboutissait du Carrousel à la rue Saint-Honoré; l'Opéra était alors rue Richelieu et couvrait le terrain de la place Louvois. Cette salle a été détruite en 1820, à la suite de l'assassinat du duc de Berry.

(2) On n'en était pas encore sûr. Carbon ne fut arrêté que le 17 janvier. On ne peut donc dire que Napoléon ait frappé le parti jacobin en sachant parfaitement qu'il frappait des innocents.

1- Sources : Roger Peyre - Napoléon 1er et son temps - Firmin-Didot 1888. 

 

Le témoignage de Constant,
premier valet de chambre de l’Empereur
proposé par Christophe Bourachot

 

Il m’a semblé intéressant de citer ici le témoignage d’un contemporain. En effet, Constant, dans ses «Mémoires sur la vie de Napoléon, sa famille et sa cour» raconte cet épisode :

« Cétait tangent »

Comme le Général de Gaulle en 1963, après l’attentat du Petit-Clamart, Bonaparte aurait pu prononcer cette phrase. Mais laissons parler Constant :

«Le 3 nivose an IX (21 décembre 1800) (l’auteur se trompe car la date est le 24) l’Opéra donnait par ordre, la Création de Haydn, et le Premier Consul avait annoncé qu’il irait entendre, avec toute sa famille, ce magnifique oratorio ; il dîna ce jour-là avec madame Bonaparte, sa fille, et les généraux Rapp, Lauriston, Lannes et Berthier. Je me trouvai précisément de service ; mais le premier Consul allant à l’Opéra, je pensai que ma présence serait superflue au château, et je résolus d’aller de mon côté à Feydeau, dans la loge que madame Bonaparte nous accordait, et qui était placée sous la sienne. Après le dîner, que le Premier Consul expédia avec sa promptitude ordinaire, il se leva de table, suivi de ses officiers, excepté le général Rapp, qui resta avec mesdames Joséphine et Hortense. Sur les sept heures environ, le Premier Consul monta en voiture avec MM. Lannes, Berthier et Lauriston,, pour se rendre à l’Opéra ; arrivé au milieu de la rue Saint-Nicaise, le piquet qui précédait la voiture trouva le chemin barré par une charrette qui paraissait abandonnée, et sur laquelle un tonneau était fortement attaché avec des cordes ; le chef de l’escorte fit ranger cette charrette le long des maisons, à droite, et le cocher du Premier Consul, que ce petit retard avait impatienté, poussa vigoureusement des chevaux, qui partirent comme l’éclair. Il n’y avait pas deux secondes qu’ils étaient passés, lorsque le baril que portait la charrette éclata avec une explosion épouvantable. Des personnes de l’escorte et de la suite du Premier Consul, aucune ne fut tuée, mais plusieurs reçurent des blessures. Le sort de ceux qui, résidant ou passant dans la rue, se trouvèrent près de l’horrible machine, fut beaucoup plus triste encore ; il en périt plus de vingt, et plus de soixante furent grièvement blessés. M. Trepsat, architecte, eut une cuisse cassée ; le Premier Consul, par la suite, le décora et le fit architecte des Invalides, en lui disant qu’il y avait longtemps qu’il était le plus invalide des architectes. Tous les carreaux de vire des Tuileries furent cassés ; plusieurs maisons s’écroulèrent ; toutes celle de la rue Saint-Nicaise et même quelques-unes des rues adjacentes furent fortement endommagées. Quelques débris volèrent jusque dans l’hôtel du consul Cambacérès. Les glaces de la voiture du Premier Consul tombèrent par morceaux.

Par le plus heureux hasard, les voitures de suite, qui devaient être immédiatement derrière celle du Premier Consul, se trouvaient assez loin en arrière, et voici pourquoi : madame Bonaparte, après le dîner, se fit apporter un schall ? châle? pour aller à l’Opéra ; lorsqu’on le lui présentait, le général Rapp en critiqua gaiement la couleur et l’engagea à en choisir un autre. Madame Bonaparte défendit son schall, et dit au général qu’il se connaissait autant à attaquer une toilette qu’elle-même à attaquer une redoute ; cette discussion amicale continua quelque temps sur le même ton. Dans cet intervalle, le Premier Consul, qui n’attendait jamais, partit en avant, et les misérables assassins, auteurs du complot, mirent le feu à leur machine infernale. Que le cocher du Premier Consul eût été moins pressé et qu’il eût seulement tardé de deux secondes, c’en était fait de son maître ; qu’au contraire madame Bonaparte se fut hâtée de suivre son époux, c’en était fait d’elle et de toute sa suite ; ce fut en effet ce retard d’un instant qui lui sauva la vie ainsi qu’à sa fille, à sa belle-sœur madame Murat, et à toutes les personnes qui devaient les accompagner. La voiture où se trouvaient ces dames, au lieu d’être à la file de celle du Premier Consul, débouchait de la Place du Carrousel, au moment où sauta la machine ; les glaces en furent aussi brisées. Madame Bonaparte n’eut rien qu’une grande frayeur ; mademoiselle Hortense fut légèrement blessées au visage, par un éclat de glace ; madame Caroline Murat, qui se trouvait alors fort avancée dans sa grossesse, fut frappée d’une telle peur, qu’on fut obligé de la ramener au château ; cette catastrophe influa même beaucoup sur la santé de l’enfant qu’elle portait dans son sein…On sait que le Premier Consul poussa jusqu’à l’Opéra, où il fut reçu avec d’inexprimables acclamations, et que le calme peint sur sa physionomie contrastait fortement avec la pâleur et l’agitation de madame Bonaparte, qui avait tremblé non pas pour elle, mais pour lui.»

«Boire ou conduire… » ou la fin d’une légende.

Il est souvent dit que le cocher du Premier Consul, était en état d’ébriété lors de l’attentat, ce qui aurait sauvé par une promptitude excessive, la vie de Bonaparte. Si le cocher «mena très-vivement le Premier Consul» ce n’était pas par un état d’alcoolémie. Constant, en dit deux mots dans ses «Mémoires» :

«Le cocher qui conduisit si heureusement le Premier Consul s’appelait Germain ; il l’avait suivi en Egypte, et dans une échauffourée il avait tué de sa main un Arabe, sous les yeux du général en chef, qui, émerveillé de son courage, s’était écrié : «Diable, voilà un brave ! C’est un César». Le nom lui en était resté. On a prétendu que ce brave homme était ivre lors de l’explosion ; c’est une erreur, que son adresse même dans cette circonstance dément d’une manière positive. Lorsque le Premier Consul, devenu empereur, sortait incognito dans Paris, c’était César qui conduisait, mais sans livrée. On trouve dans le Mémorial de Sainte-Hélène que l’Empereur, parlant de César, dit qu’il était dans un état complet d’ivresse ; qu’il avait pris la détonation pour un salut d’artillerie, et, qu’il ne sut que le lendemain ce qui s’était passé. Tout cela est inexact, et l’Empereur avait été mal informé sur le compte de son cocher. César mena très-vivement le Premier Consul, parce que celui-ci le lui avait recommandé, et parce qu’il avait cru, de son côté, son honneur intéressé à ne point être mis en retard par l’obstacle que la machine infernale lui avait opposé avant l’explosion. Le soir de l’événement, je vis César, qui était parfaitement récent et qui me raconta lui-même une partie des détails que je viens de donner. Quelques jours après, quatre ou cinq cent cochers de fiacre de Paris se cotisèrent pour le fêter, et lui offrirent un magnifique dîner, à 24 fr. par tête.»

Bibliographie.

«Mémoires de Constant, premier valet de chambre de l’Empereur sur la vie privée de Napoléon, sa famille et sa cour». Paris, chez Ladvocat, Libraire, 1830, 6 volumes. (Cette édition est la seule intégrale ; toutes celles réalisées au Mercure de France (et ailleurs) sont incomplètes).

Voir un extrait vidéo relatant l'attentat, tiré du "NAPOLEON" de Yves Simoneau,
diffusé par France 2 en 2002 et 2005.

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Le procès

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