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La Paix d'Amiens
25 mars 1802
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Aussitôt que les changements opérés en France par la journée du 18 Brumaire eurent été consolidés, le Premier Consul n'eut pas un autre désir que de rendre la paix au monde, et il s'empressa d'en chercher les moyens : les plus directs lui parurent les meilleurs. Il ne put pas croire qu'après huit années de guerre dont les résultats devaient avoir détruit sans retour les espérances de ceux qui l'avaient entreprise, les puissances les plus acharnées n'éprouvassent pas elles-même le besoin de mettre un terme à des calamités qui se trouvaient sans compensation et sans but. Il supposa qu'il ne pouvait y avoir qu'une fausse dignité et quelques préjugés d'une vieille politique qui empêchassent chacune des parties belligérantes de se porter aux premières démarches; et comme de ce premier pas dépendait la pacification de l'Europe, il n'hésita point à le faire. En conséquence, il écrivit directement à l'Empereur(1) et au roi d'Angleterre(2).

La lettre du Premier Consul était conçue en ces termes :

Paris le 5 Nivôse An 8

Appelé par le voeu de la nation Française à occuper la première magistrature de la République, je crois convenable, en entrant en charge, d'en faire directement part à Votre Majesté.

La guerre qui depuis huit ans, ravage les quatre parties du monde, doit-elle être éternelle ? n'est-il aucun moyen de s'entendre ?

Comment les deux nations les plus éclairées de l'Europe, puissantes et fortes plus que ne l'exigent leur sûreté et leur indépendance, peuvent-elles sacrifier à des idées de vaine grandeur, le bien du commerce, la prospérité intérieure, le bonheur des familles ? comment ne sentent-elles pas que la paix est le premier des besoins, comme la première des gloires ?

Ces sentiments ne peuvent pas être étrangers au coeur de Votre Majesté, qui gouverne une nation libre, et dans le seul but de la rendre heureuse.

Votre Majesté ne verra dans cette ouverture que mon désir sincère de contribuer efficacement, pour la seconde fois, à la pacification générale, par une démarche prompte, toute de confiance, et dégagée de ces formes qui, nécessaires peut-être pour déguiser la dépendance des Etats faibles, ne décèlent dans les Etats forts que le désir mutuel de se tromper.

La France, l'Angleterre, par l'abus de leurs forces, peuvent longtemps encore, pour le malheur de tous les peuples, en retarder l'épuisement; mais, j'ose le dire, le sort de toutes les nations civilisées est attaché à la fin d'une guerre qui embrase le monde entier.

Signé

BONAPARTE


(1) François II d'Autriche
(2) George III d'Angleterre


Extraits des Pièces Officielles An XI relatives aux Préliminaires
de Londres et au Traité d'Amiens. (Bibliothèque d'Amiens).

Rappelons brièvement la situation telle qu'elle se présenta à la fin de 1801, sur l'échiquier européen. Les victoires de Moreau à Hohenlinden, de Brune et de Murat dans la plaine du Pô et en Toscane avaient littéralement «essoufflé » les Autrichiens qui le 9 février 1801, avaient accepté le traité de Lunéville.

Peu après, le roi de Naples signait la paix à Florence et le Tsar Paul 1er, instigateur de la « Ligue des Neutres » se déclarait favorable à une coopération franco-russe qui, flattant le grand rêve oriental de Bonaparte, aurait été dirigée contre les Indes par le Turkestan et la Perse.

Le Premier Consul n'avait donc plus en face de lui, sur le théâtre méditerranéen, que l'Angleterre et son alliée la Turquie. Or, le 13 mars 1801, William Pitt, l'irréductible ennemi de la France, avait été renversé et les Anglais, par ailleurs inquiets de la défection forcée de leurs alliés continentaux,se montraient progressivement plus favorables à l'idée d'une paix. Si Bonaparte n'avait pas tergiversé jusqu'à ce que nos troupes aient été battues en Egypte (la disparition de Kléber, assassiné un an auparavant, s'était fait sentir) les conditions auraient pu nous être bien plus favorables encore.

Néanmoins, les « Préliminaires de Londres », signés le 1er octobre 1801, devaient être ratifiés le 25 mars 1802 par la Paix d'Amiens. Ce traité qui « ignorait » les transformations opérées en Europe continentale depuis 1793, laissait aux Anglais les mains libres sur les mers... Jetons un coup d'oeil sur, l'effervescence que provoqua, dans la capitale picarde, la venue de tant de hauts personnages.



Cathédrale Notre-Dame d'Amiens
XIIIème Siècle

Une réception qui provoque bien des soucis.

Et tout d'abord, il convient de préciser qu'il ne s'agissait pas de parapher en quelques minutes un traité élaboré à l'avance, mais de tenir une véritable conférence de Paix - un Congrès - Ce Congrès s'ouvrit le 5 décembre 1801,pour ne se terminer que fin mars de l'année suivante. Le Premier Consul avait désigné pour le représenter son frère aîné Joseph Bonaparte qui devait devenir roi de Naples, puis d'Espagne. L'Angleterre avait choisi l'un de ses personnages les plus représentatifs, Lord Cornwallis, ancien commandant en chef aux Indes et en Amérique. Le Chevalier d'Azarra représentait Sa Majesté Catholique la Reine d'Espagne et l'avocat Schimmel-Penninck, d'Amsterdam, la République Batave. On attendait un délégué portugais qui ne vint pas...Chacun de ces hauts personnages traînait dans son sillage un nombre plus ou moins grand d'attachés, de secrétaires, d'officiers et de domestiques. Il fallut donc pendant de nombreuses semaines loger tout ce monde, le distraire, lui donner une opinion flatteuse de la France et de la ville d'Amiens en particulier. Aussi, le Préfet, Nicolas Quinette, et le Maire, Augustin de Bray, durent-ils exécuter une série de véritables tours de force. Car la capitale picarde n'était pas à l'époque précisément un Eden, pas même une ville prospère et riante.

 

Lord Cornwallis


Aussi pour confirmer ceci, faisons appel au baron Albéric de Calonne qui, dans son histoire d'Amiens, écrit : « Il importait d'inspirer aux négociateurs une très haute idée de la France. Le Premier Consul voulut que tout se passât dans le plus somptueux appareil. Le 4ème régiment de dragons,commandé par le colonel Wattier et quatre compagnies de grenadiers, nouvellement équipées, firent le service d'honneur. La lecture de la correspondance échangée entre le Ministre des Relations Extérieures et le Préfet de la Somme et le Maire de la Ville d'Amiens, dénote l'affolement de ces fonctionnaires obligés de pourvoir en quelques semaines à la décoration de l'Hôtel de Ville, à la remise en état des pires endroits de la route de Calais à Amiens et d'Amiens à Paris, à l'embellissement des abords et des promenades de la ville, à l'assainissement sommaire de certains quartiers ».

Et de Calonne, un peu plus loin nous rapporte les termes d'une lettre que le maire écrit au préfet Quinette :

« Les malheureux souffrent de l'état de langueur de la Manufacture. Le défaut de travail enlève toutes les ressources : les enfants périssent de besoin, les Hospices regorgent de monde. J'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour empêcher de mendier ; il est indispensable d'offrir à ces infortunés d'autres moyens de subsister. Il serait humiliant pour nous, pour la France entière, que les Ministres étrangers fussent témoins de la misère actuelle. Il serait bien plus scandaleux encore que leur tranquillité fut altérée par des mouvements populaires que la misère pourrait occasionner ».

On sait que finalement tout se passa bien, grâce aux fonds envoyés par le Gouvernement et grâce aussi à l'ouverture d'ateliers dits de « charité », où tous les « miséreux » trouvèrent du travail.

Joseph Bonaparte
1768 - 1844

Le congrès s'amuse...


MM. les plénipotentiaires furent reçus convenablement : on loua pour eux les plus belles maisons de la ville : rue Saint-Jacques pour Lord Cornwallis, rue Porte-Paris pour Joseph Bonaparte, rue des Jacobins pour d'Azarra et rue Neuve pour Schimmel-Penninck. Outre le loyer de ces immeuble qui atteignit 18.000 francs pour deux mois, on dépensa près de 32.000 francs pour les aménager et les décorer. D'autre part, une vingtaine de tableaux et quelques pendules et bibelots du Château de Versailles furent mis à la disposition de la Municipalité pour garnir la salle de l'Hôtel de Ville, par ailleurs somptueusement meublée, où ces Messieurs tenaient conférence. On travailla certes, mais on s'amusa aussi beaucoup... peut-être pas autant qu'au célèbre congrès de Vienne, qui devait, quelque douze ans plus tard, constituer le «great event» de la saison européenne, mais ce fut plus familial. Les plénipotentiaires donnèrent des dîners et des réceptions ou l'on minauda devant une tasse de thé. Et si le faste de Lord Cornwallis qui avait apporté une magnifique vaisselle en or massif devint légendaire, la douce amabilité de Mme et de Mlle Schimmel-Penninck conquirent tous les coeurs.

Le théâtre était une source de distractions inépuisable. On y avait fait venir une troupe d'élite, le maire et le préfet suivaient de très près la composition des programmes, ainsi qu'en témoignent les archives de l'époque. Il avait été prescrit de reprendre les oeuvres du Grand Siècle, Bonaparte voyant sans doute déjà son miroir lui renvoyer l'image du Roi-Soleil...

Bref, entre une promenade en voiture sur la route de Picquigny, un thé, un souper et une représentation d'Esther ou de Britannicus on en arriva à s'accorder le 25 mars, sur les termes définitifs du traité.

Celui-ci mettait un point final - très provisoire - aux déchirements des deux plus grandes nations de l'univers, à l'époque.

 


LA PAIX D'AMIENS
par Jules ZIEGLER
Hôtel de Ville d'Amiens



Ce tableau exposé dans la Salle dite du -Congrès-, est complété par l'historique suivant : «La république Française, ayant fait choix de l'Hôtel de Ville d'Amiens afin de consacrer par un traité de paix entre la France, l'Angleterre, la Hollande et l'Espagne, les représentants de ces quatre Etats, Joseph Bonaparte pour la France, Lord Cornwallis, Ministre de Sa Majesté Britannique, le Chevalier Azara, Ministre d'Espagne et le Citoyen Schimmel Penninck, Ministre de la République Batave, se réunirent à la Maison Commune le 6 germinal an X (27 mars 1802).

Vers deux heures de l'après-midi, la grosse cloche du beffroi annonçait l'arrivée des Ministres. Ils furent reçus par Monsieur Augustin Debray, Maire, et ses adjoints qui les accompagnèrent dans la salle du Conseil. Là, ils restèrent avec les secrétaires de légation dans la salle dont les portes furent fermées.

A cinq heures, il fut permis aux autorités, aux fonctionnaires, d'entrer pour être témoins de l'apposition des signatures et des sceaux des quatre Ministres au bas de chacune des expéditions du traité.

En avant, Joseph Bonaparte serre les mains de Lord Cornwallis, en habit rouge et cheveux poudrés. Le représentant des Provinces Unies, Schimmel Penninck, assis devant la table, met sa signature au bas du traité. Derrière lui, l'évêque constitutionnel, Desbois de Rochefort est debout. A droite, le Chevalier Azara appose les cachets. Auprès et en arrière, se tiennent debout le Préfet Quinette, le Général, le Maire Augustin Debray, les Conseillers de Préfecture. Au fond, la foule des invités se presse et manifeste ses sentiments de satisfaction.
»

 

Vers Scènes.Vers Amiens...suite et fin.



 

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